NE
sant au père qüi ne comprenait rien aux épaules fiues de sa fille, nous noûs sommes trompées toutes deux... Mais vous me le renverrez demain matin, ajouta-t-elle en remarquant que lä jeune femme frissonnait. |
Et nous rentrâmes dans le bal.
— Eh bien, me dit-elle, voilà une jolie aventure:
— Savez-vous l'effet qu'elle à produit sur moi? lui dis-je.
— Non.
— Celui de m'affecter au point de me rendre malade.
Et cela était vrai.
Du reste, M”° de S... se conduisit à merveille dans cette circonstance. Je la suppliai de ne pas pärler de cette aventure. Je le lui demandai pour la mère de l4 jeune femme surtout, qui était aimée et considérée de tout le monde et que moi-même, ef moh particulier, j'aimais sincèrement. M"° de S... me le promit et tint parole. Le bruit qu'on ne put éviter fut si vague ét si léget, que jamais la chose ne fut connue que de moi, de M là comtessè de S... et quelqués persofines qui se troûvaient là au moment de l'explication.
Une aventüte présquè sembläble atriva à peu près ä la même époque à M" Hamelin. Élle était dans un bal. Elle se lève pour danser une contredanse et laisse à sa place un fort beau chäle noir; elle réviéñt, le châle n’y était plus, et M°"° Hamelin lé voit qui se promenait sur les épaules d’uné dame fort confue. Elle va à elle:
— Madame, vous avez mon châle ?
— Pas du tout, madame.
— Mais, madame, c'est si bien le mien, que je vais
vous dire le nombre des palmes. Il ÿ en à treize; nombre assez rare. |
— Mon châle 4 également treize pales.
— Mais, dit M” Hamelin, jy ai fait un accroc en entrant ici.
— Ah, mon Dieu ! il se trouve aussi un pareil accident au mien. C’est précisément la raison qui me l’a fait acheter, parce qu’on me l’a vendu thoins cher.
Le moyen de disputer avec une persünhé aussi déterminée à suivre le précépte de Basile que ce qui est bon à prendre est bon à garder ? M*° Hamiëlin perdit son châle et n’eéut pour consülation que la petite vengeatice de raconter l’histoire. Mais la ferme coùpable d’une telle action ne devait pas savoir roügir.
Les événements politiques les plus importants sé prépardient alors en Europe. Le royaume de Naples venait d’être occupé par une de nos armées, commandée par Joseph Bonaparte, ayant avec lui Masséna, dont les deux lieutenants étaient Gouvioh-Säint- Cyr et le général égyptien Réÿnier. On a béducoup parlé de cette prise de possession du royaume de Naples. Je ne veux certes pas excüser l'emperéur ‘dans plusieurs actes arbitraires qu’on lui reproché peut-être avec raison, fnâis cet événement n’est pas däns lé nombre de ceux qué l’on peut blämer. Par le träité du 21 Seplembre 1805, le roi de Naples Ferdinand IV S'engageait à restér heutre pendant là suerre avec l'Autriche.
Il était dit spécialement, dans ce traité, « que le roi de Naples s'engageait à ne confier aucun commandement à des officiers russes, autrichiens, où appartenant à d'autres puissances belligérantes, hi à des émigrés français. En retour de ces promesses,
l'empereur Napoléon s'engageait à retirer toutes les troupes du royaume de Naples. »
Mais qu'arriva-t-il? c'est que Ferdinand IV oublia la foi jurée, ou plutôt se la rappela pour la trahir. Fallait-il donc supporter une insulte ? Nous sommes bien résignés maintenant, mais alors il n’en allait pas ainsi et, dès que l'injure montrait sa tête aluère, le canon grondait aussitôt sur elle.
— La maison‘ de Naples a cessé de régner, dit l'empereur en ouvrant le Corps législatif de l’année 1806; elle a perdu sa couronne sans retour... La presqu'ile de l'Italie est réunie au grand empire. J'ai garanti, comme chef suprême, les souverains et les constitutions qui en gouvernent les différentes parties.… Il m'est doux de déclarer ici que mon peuple a fait son devoir. Au fond de la Moravie, je n'ai pas cessé un seul instant d'éprouver les témoignages de son amour et de son enthousiasme... Français! cet amour fait ma gloire, bien plus encore que l'étendue de vos forces et de vos richesses !
Ce discours fut prononcé par Napoléon, le 2 mars 1806, le jour de l'ouverture du Corps législatif. Sans être accusé de prévention en sa faveur, on peut dire qu'il était alors un géant de gloire pour l'Europe et pour le monde, lorsque, vainqueur de forces bien plus nombreuses, il avait fait triompher la France, de sa main planté le drapeau tricolore sur les rem-
1 Ce discours fut prononcé tel que je le rapporte ici. Le Moniteur l’a transcrit un peu altéré, mais le voilà, saut quelques omissions tout à fait inutiles à conserver. Il contient quelques mots remarquables à cette époque.
DE LA DUCHESSE D’ABRANTÉS s7
parts d’une capitale étrangère. Et cette conquête, il ne la garda pas cependant. Il remit sur son trône celui qui depuis le fit descendre du sien pour y remettre un parent dont les liens étaient bien faibles à côté des droits de Napoléon comme son gendre et comme père de son petit-fils. Et cette généreuse clémence ne l’eut-il pas trois fois! Ah! pour quelques instants soyons donc justes, équitables, honorables pour nous-mêmes ! !!
Quelques jours après cette cérémonie de l’ouverture des Chambres, qui fut importante, surtout en raison de l’état politique de l’Europe, dont les cabinets tremblants méditaient cependant encore de nouvelles agressions, il mourut un homme non seulement fameux dans la jurisprudence, mais parmi tout ce qui comprend une honorable action. C’est Tronchet. Il était d'abord, comme jurisconsulte, un des plus célèbres dans la docte faculté. Mais sa défense de Louis XVI le signalera à la postérité comme un homme noblement et dignement courageux. Je connaissais déjà personnellement M. de Sèze et j'ai toujours conservé pour lui la même amitié que lui portaient mon père et ma mère. Je connaissais aussi Tronchet, mais seulement par relations, par mon tuteur, M. Brunetière qui était aussi l'ami de Gohier. On voit que son amitié était bien indépendante des opinions.
Tronchet était un homme d’un haut talent et d'une probité sévère. L'Assemblée constituante appréciait ses lumières et les mettait à haut prix. Napoléon, dont l'œil savait aussi juger le talent, le fit, malgré son grand âge — il avait, je crois, quatre-vingt sept ou huit ans — concourir pour beaucoup à la rédaction du Code civil. Cambacérès, malgré l'espèce de bar-
rière que le procès de Louis XVI semblait élever entre eux, ne parlait de lui que dans les termes les plus admiratifs. Ce n'était pas encore la mode de ne trouver de talent qu'à ceux qui sont de notre opinion. Maintenant la chose en est au point, qu’on est un imbéeile si l’on ne crie pas autour de la bannière plantée dans un salon. Et cela, c'est dans toutes les factions. Pourquoi donc cette exigence? Eh! mon Dieu, il faudrait se rappeler que rien n'est moins inamovible que ces charges de porte-drapeau.
Louis XVI, reconduit au Temple le 12 décembre 4792, après un interrogatoire de cinq heures, pendant lequel il fut vraiment en position grande et belle, mais où 1l vit la mort qu'on lui destinait, Louis XVI demanda pour conseils Target! et Tronchet. Target refusa. Ce n’est pas son refus qui me paraît répréhensible. Si ses opinions étaient arrêtées sur la culpabilité du roi, il ne pouvait pas le défendre. Mais alors il devait en dire franchement et hardiment la raison avec cette loyauté toute républicaine, dont les hommes vraiment républicains d’alors faisaient hautement profession. Loin d'agir avec cette franchise, il écrit à la Convention une lettre presque cauteleuse, dans laquelle 1l refuse, en donnant pour raison la faiblesse de sa santé — et il se portait très bien — ainsi que son âge qui, disait-il, était de soixante ans — et il est prouvé qu'il n’en avait que cinquante-quatre. — Peu de temps avant, il avait défendu une cause mépri-
1M. de Lally réclama aussi ce dangereux honneur. C’est un des beaux traits de sa vie. Cazalès et Malouet l’ont aussi demandé. Tout le monde connait ce qu'a écrit M. Necker à ce sujet. |
sable et méprisée, celle du cardinal de Rohan. Tronchet, presque septuagénaire et souffrant, accepta la noble mission de défendre non pas un roi, mais un homme, un homme menacé de mort! Ses paroles sont remarquables.
— Tout homme qui se trouve appelé, dit-il, d'une manière si publique à la défense d'un aceusé, ne peut lui refuser son ministère sans prendre sur lui-même de prononcer un jugement téméraire, avant tout examen des pièces. et barbare après cet examen.
Oui, Tronchet était un honnête homme.
Maintenant nous sommes entrés dans une route dans laquelle se trouvent à chaque instant de nouveaux portraits à tracer, soit comme nécr ologie, soit comme biographie vivante. La chose ne m'est nullement agréable, à moins que je ne parle de mes amis et encore de mes amis les plus intimes, je le dis avec franchise, mais elle est indispensable dès que Je me suis décidée à continuer ces Mémoires. Depuis quarante ans il s’est succédé bien des individus sur la scène du monde politique et sur celle de la vie privée, l’une et l’autre ont fourni une grande foule d'acteurs. Dans le nombre, il en est beaucoup dont la biographie‘ est tellement inexacte ou tout au moins si vague, que l’on est obligé de la rectifier, et que l'on sent le besoin de remplacer par un portrait vrai et positif, au moins en tout ce qui concerne les détails matériels de l'individu, une notice sèche et très souvent fautive. La chose est ensuite d'autant plus né-
1 Dans trois biographies sur mon mari, il y a erreur sur le lieu de sa naissance; l’une le fait naître à Montbard, l’autre à Dijon, et une troisième à Châtillon-suyr-Seine.
cessaire que nous venons de traverser une époque dont l’un des effets les plus remarquables est d’avoir presque effacé les traditions locales. Jadis ces traditions se conservalent très souvent d’une manière douce et facile, oralement. La grand’mère, en contant des histoires pour abréger les soirées d'hiver, disait comment M. le duc de Richelieu avait le nez fait, comment il regardait une jolie femme lorsqu'il la lorgnait pour bonne ou mauvaise intention. C’est par ce racontage du coin du feu que j'ai une foule de souvenirs bien intéressants. Il y en a d’autres burlesques, mais en général tous plaisent à retrouver, parce que jamais on ne rencontre dans les Mémoires de ce temps des choses comme j'en ai entendu redire à ma mère, à M. de Narbonne, à ma bonne et spirituelle* amie, la comtesse de la Marlière. Maintenant il n’en est plus ainsi; et lorsque les débris d’une gé-
1 Il est impossible d'imaginer toutes les histoires du temps passé que sait ma vieille et excellente amie. Elle et M. de Cherval pourraient en composer plusieurs volumes, qui certes seraient bien amusants, parce que ces histoires donnent une couleur à toutes les figures qui comparaissent devant nous comme à un appel fantasmagorique. Souvent c’est un mot sur un homme que nous nous représentons comme le type de l’élégance, et ce mot le transforme à l'instant. C’est ainsi qu’une fois, en parlant du maréchal de Richelieu, M. de Cherval me disait qu’étant aux derniers mois de sa vie il était toujours si coquet, que, pour cacher ses rides, ilse faisait tirer la peau sur le haut de la tête ; et lorsque le valet de chambre l’avait amenée à lui, il la liait avec un ruban, puis on recouvrait le vieux chef et la vieille peau avec une perruque bien poudrée et surtout bien ambrée; ensuite, comme par le déplacement de la peau les sourcils étaient remontés d’un pouce, on en peignait d’autres. Il n’y avait que les orcilles qui s’en allaient aussi derrière la tête et que l’on ne pouvait pas ramener,
nération, qui a été en grande partie détruite par une autre action que celle du temps, auront entièrement disparu, avec eux disparaitront aussi une foule d’anecdotes curieuses sur les hommes et les choses de la grande époque. Je crois que cela est fâcheux, parce que la postérité, puisqu'il faut dire le grand mot, y perdra la connaissance de beaucoup de faits particuliers, contribuant positivement à faire connaître les mœurs nationales. L'histoire ne surgit pas d’abord toute grande et toute majestueuse. Elle se pose sur un terrain qu'on lui aplanit, elle s’édifie ensuite. Mais avec quoi? Avec cette foule de matériaux que lui fournissent les traditions conservées. Parmi ces traditions, les portraits sont les plus utiles et, si quelquefois la passion, excitée par l'esprit de parti, jette sur la toile quelques touches trop vigoureuses ou trop faibles de ton, la comparaison, qu'il est à la disposition du lecteur de faire, rétablit l'équilibre et fait porter un jugement qui est rarement faux. Il y a ensuite des exceptions, mais où n'’existent-elles pas ?
Il semblait que cette année de 1806 dût être aussi fatale à notre marine qu’elle avait été favorable à nos succès sur le continent. Une nouvelle défaite fut annoncée à l'empereur. J'avais été témoin, ainsi que je l'ai rapporté, de la satisfaction qu'il ressentit lorsqu'il reçut la nouvelle de la victoire d’Algésiras. Le hasard me rendit de nouveau témoin de sa douleur, je puis dire le mot, en apprenant la prise du viceamiral Linois, qui fut capturé par les Anglais comme il revenait de l'Inde. Il avait avec lui un seul vaisseau de ligne et une frégate, et l'ennemi avait non seulement des forces supérieures, mais toute une escadre. Le premier mouvement de l’empereur fut terrible. I
laissa échapper un jurement effroyable. L'impératrice Joséphine lui dit quelques mots à voix basse. Il répondit toujours avec emportement et j'entendis le mot. Et puis : « Pauvre Magon ! » Le premier moment avait dû être effrayant, car sa figure était bouleversée, et il savait la nouvelle avant d'entrer chez l'impératrice, où nous étions alors. Mais il se remit bientôt et, revenant à lui, il parla de l'amiral Linois dans les termes les plus flatteurs et tels que ce brave et habile marin mérite qu’on les emploie à côté de son nom. Il rappela Algésiras, et je puis certifier que le jour où il apprit le combat d’Algésiras il pleura de joie. Je l'ai déjà dit et le redis encore. Hélas ! le combat qui avait eu lieu quelques semaines avant cette dernière’affaire, entre l'amiral anglais Duckworth et le contre-amiral français Leissèques, était le coup de mort donné à notre marine. Voilà la plaie qui ne pouvait se fermer. Cette prise de l’amiral Linois était le coup de poignard appelé coup de merci. Notre marine avait déjà eu les bras et les jambes coupés à Trafalgar. La tête était tombée à la bataille perdue par M. Leissègues dans la baie de Santo-Domingo. Il est vrai de dire aussi que nous avions un malheur constant en ce que nos forces étaient toujours inférieures à celles de l'ennemi. Ainsi, cette fois, comme presque toujours, nous nous sommes trouvés en nombre minime. Les Anglais avaient sept vaisseaux, deux frégates et deux sloops. L'escadre anglaise enfin portait cinq cent dixhuit canons. Quant à nous, nous n’avions que cinq vaisseaux, deux frégates et une corvette. Nous ne pouvions opposer que quatre cent-vingt-Six Canons. L'engagement dura deux heures et demie avec un acharnement dont rien ne peut donner une idée, Un
de mes cousins, qui était alors dans la marine impériale et qui faisait partie de l'équipage de la corvette, m'a dit que tout ce que l’on savait des désastres de Trafalgar ne pouvait donner un aperçu de l'horreur de cette bataille de Santo-Domingo. Enfin, malgré la vésistance héroïque de nos marins, trois vaisseaux français furent pris et deux autres, jetés à la côte, furent brûlés après avoir échoué J'ai entendu Îe récit de ces deux combats par deux témoins oculaires, et en vérité je ne sais auquel des deux je donnerais la palme victorieuse du martyre, malgré cette injustice du sort qui appelle vaincu celui qui souvent a re- .Gueilli le plus de gloire.
Quelque temps après ces nouvelles désastreuses, 1l en arriva une de Saint-Domingue, en ce qui regardait la partie française. Et cette nouvelle était ce qu'elle devait être, puisque Dessalines en était l’auteur. Le monstre avait fait massacrer tous les blancs qui étaient demeurés au Cap français. Ce tigre, altéré de sang — et l’on peut le dire sans métaphore — avait annoncé dès longtemps ses projets atroces dans la proclamation qu'il avait faite en prenant possession de l'ile lors de la malheureuse capitulation du général Rochambeau, qui, au fait, ne pouvait plus tenir le pays avec une armée moissonnée par la fièvre jaune, un climat de feu et la plus sanguinaire de toutes les guerres, mais surtont qui ne pouvait obtenir aucune confiance après les artifices sans excuse aucune employés par le général Leclere, qui avait fait prendre ou plutôt qui avait achevé de faire prendre les blancs en horreur‘. Après
1 J'ai entendu des hommes habiles et connaissant parfaitement tout ce qui avait rapport à l'expédition de Saint-Domingue, dire
cette capitulation du général Rochambeau, Dessalines, devenu maître de la plus grande partie de l'ile, fit cette proclamation dont j'ai eu longtemps un des exemplaires, que m'avait rapporté mon cousin :
« .… Frappez, soyez sans merci! Mon bras suspendu au-dessus de leurs têtes a trop longtemps différé de frapper... Semblable à un torrent qui rompt sa digue, et qui renverse tout obstacle qui voudrait s'opposer à lui, que votre fureur vengeresse brise dans sa course impétueuse tout ce qu'elle rencontrera devant elle. Quel est le vil Haïtien, si indigne de la régénération, qui ne croirait pas accomplir les décrets de l'Éternel en exterminant ces tigres altérés de sang ! S'il en est un seul, qu'il fuie ! La nation indignée le rejette de son sein, l'air que nous respirons n'est pas fait pour ses organes grossiers. C’est l'air pur de la liberté auguste et triomphante. Oui, nous avons rendu à ces canntbales guerre pour guerre, crime pour crime, outrage pour outrage. Oui, j'ai vengé l’Amérique ! L'aveu que j'en fais à la face de la terre fait ma gloire et mon orgueil. Guerre à mort aux tyrans ! Voilà ma devise. Liberté, indépendance ! Voilà notre cri de ralliement. »
En admettant que les nègres aient pu souffrir dans la personne de quelques-uns d’entre eux, fallait-il donc autoriser d’aussi sanglantes représailles? Oh! les Anglais étaient chrétiens et l’évangile n’apprend pas à rendre outrage pour outrage. Cependant cette
que dans l’espace de vingt-un mois il avait péri de mort violente plus de soixante mille individus, et près de quatre-vingt, si l’on compte les noirs noyés, mitraillés, etc. Je parle non seulement des pertes militaires, mais des massacres.
proclamation ne fut jamais l’œuvre d’un noir. Le style en est non seulement trop relevé pour qu'on en puisse douter, mais il y règne une teinte d'habileté plus consommée que ne pouvait l'être la ruse du tigre, telle que pouvait l'avoir Dessalines. Cette proclamation fut distribuée dans l’île. On la traduisit en créole pour ceux des noirs qui n’auraient pas bien compris les mots trop recherchés qui s’y trouvent, puis le feu s’alluma. Oh! je le répète, comment l'Angleterre at-elle pu souffrir le massacre du Cap français! Les noirs, excités par cette atroce proclamation, coururent sur les blancs, un poignard dans une main et une torche dans l’autre. L'appel du monstre noir au carnage ne devait-il donc pas être étouffé par le pouvoir anglais ? Il en avait la puissance. Oh ! c’est une atrocité !
Hélas ! j'avais des parents, des amis dans les victimes qui furent non seulement égorgées, mais livrées aux plus indignes outrages. Ma voix a le droit de s’élever contre ceux qui pouvaient empêcher le mal‘ et qui ne l'ont pas fait.
M. Descourtils, savant et botaniste distingué, connu surtout pour son bel et rare ouvrage de la Flore des Antilles, était au Cap, où il avait des propriétés, lors du massacre des blancs. Il fut, comme tous les hommes distingués par leur savoir et que les nègres avaient choisis, renfermé dans une maison de la ville contre laquelle ils braquèrent ensuite quatre pièces de canon pour que les infortunés éprouvassent à la fois tous les genres de supplices. Aussitôt que la flamme et l’écroulement de la maison forçaient les infortunés à sortir de leur dernier asile, ils étaient égorgés sur les cadavres encore palpitants de leurs amis et de leurs parents. M. Descourtils fut sauvé par un prêtre, qui, le sa chant dans cette maison qui avait contre elle un double juge ment d’extermination, puisqu'elle renfermait la vertu et le savoir.
Junot était toujours à Parme: Je recevais souvent de lui des lettres dans lesquelles 1} me chargeait de demaänder à M s’il me fallait partir pour l'aller joindre. C'était une petite ruse que je compreniais fort bien, pour savoir s’il demearerait longtemps à Parme. Mais là chose était plus facile à ordonner ét à tenter qu'à mener à bieñ. Napoléon n'était pas un de ces Hommes qui répondent à ce que vous leur dites, lorsque la chose ne leur convienit pas. Aüssi je tins conseil avec la princesse Caroline, que je voyais toujours dans des rapports d'inumité qu’elle-mième avait eu le bon goût de maintenir, et moi, de mon côté, celui de ne pas provoquer. Elle re dit que je ferais bieri de parler à l’empereur la première fois que je le vérrdis, soit chez Madäme mère, soit chez l’une des princesses :
— Mais ne lui demandez pas d'audience pour cela, me dit-elle. |
Elle avait raison. Au premier mot que je dis à l'empereur de mon voyage, il me defnañdà avec une sorte d'humeur si c'était Junot qui me chargeait d’être son ambassadeur auprès de lui et si mes lettres de créance étaient en règle. Je me donnai bien de garde dé tépondre qué Junot m'avait écrit meme de uemänder uñe audience et je dis que de moi-même, sans remplir le rôle d'ambassadrice, bien que je le fusse encore, je } renais la liberté de lui demander si je pouvais joindre mon mari et lui mener ses enfants, qu'il d’avait pas vus depuis SIX MOIS.
se hätä d’y coürir et, usant envers les nègrës d’un réste de pouvoir que lui donnait là superstition sur les nègres, il eut le
bonheur dé Sauver Son ämi ét de conserver aux sciences ur de léirs dignes souliens.
C'est ici le lieu de faire remarquer dé fiouveau combiéh Napoléün tenait à tout ce qti sanctionnait lé repos ét l'accord intétieüt des ménages. On était sr d'être écouté de lui aussitôt que cette corde était atteinte. Il Sé tournä vers moi, en prehant lentement une prise de tabac, comme il fäisait toujours lors qu'une idée ne lui était pas désagréable et, avec un demi-sourire : FL
— Vraiment! dit-il. Comment, c’est vous qui voulez aller joindre Jünot! Mais c’est trés bien. Ce serait encore mieux, si, en lui conduisant ses enfants, vous lui meniez des garçons. Mais vous re faites que des filles!
Et me faisant un signe de tête gracieux, il S’éloigna en souriant. J'écrivis cette pêtité Conversation à Juñot et sa réponse fut une demande ihstatite de me mettre en route aussitôt que je le pourrais. Il était impatient le mé revoit, mais suftout d'embrasser ses filles, dont l4 plus jeune n'étant pas venüe en Portugal ävec nous, était éloignée de lui depuis près de vingt mois. Il m'écrivait que le palais des dües dé Parme était arrangé admifablément pour mé recevoir. Il mé faisait là description de mon appartémérit et, Certes, je pouvais être téntée d'aller fâire la petite souveraine, d'après tout ce qu'il mé disdit, non éeulethent du palais dé Parmé, mais dé la mäniëré dont lui-mêémé ÿ était placé. Parnie est encore dañs le nombré des lieux dont je puis invoquer le témoignage avec honneur et glüiré en fAVeur du père de mes fils.
Ce palais des ducs de Parme me rappelle une his: toire assez comique arrivée dans le temps des guerres d'Italie, et dont mon frère fut l’un des acteürs; ou plutôt à laquelle il dotina liet, ainsi que l’un de nos
amis qui existe toujours, et qui s'appelle M. Briche Tous ceux qui le connaissent savent à quel point il est aimable, et vraiment amusant dans la conversation. C’est l’un des plus drôles d’esprits que j'ai jamais rencontrés. Ma mère et mon frère avaient pour lui beaucoup d'amitié, car il était aussi bon que spirituel. Nous aimions aussi tendrement sa femme. Comme elle était blanche et douce, belle et blonde ! et pourtant avec cette peau de satin blanc elle était Italienne. Je l’aimais aussi beaucoup, et elle était bien bonne pour moi.
M. Briche était employé dans l'administration de l'armée d'Italie. En quelle qualité, voilà ce que j'ai oublié. Je crois pourtant que c'était comme commissaire des guerres, mais cela ne fait rien à l'affaire. Il était alors fort lié avec Albert, qui, après avoir rempli les fonctions d'agent supérieur de la République à Massa-Carrara, conjointement avec M. Suchet, frère du maréchal, avait été nommé à la même place à Parme pour faire rentrer les contributions imposées par l’armée d'Italie. Il était fort bien établi dans le palais ducal, et faisait sa besogne tout en chantant, en aimant et modulant sur la harpe sonore en vrai chevalier troubadour. Le fait est que, plaisanterie cessante, 1l menait bonne et joyeuse vie à Parme. M. Briche, passant par la ville, fut voir son ami Albert. Ils passèrent gaiement la journée en célébrant nos victoires ‘ et M. Briche repartit le même jour à quatre heures du matin, après avoir promis à Albert de le voir à son retour :
M. Briche avait servi autrefois et faisait partie d'un ancien régiment d'artillerie. Il était du régiment de l’empereur.
— Tu l'oublieras, lui dit mon frère.
— Non, sur ma foi.
— Ta parole ?
— je te la donne. Queile que soit même l'heure a laquelle je passerai, je m'engage à t’aller voir, füt-ce même au milieu de la nuit,
M. Briche va je ne sais où et y demeure trois semaines ; retournant à Milan, il traverse Parme de nouveau et se propose de tenir parole. Cependant en arrivant 1l voit qu'il est de trop bonne heure pour espérer de trouver Albert éveillé. Il était cinq heures du matin, mais on était en été; il faisait un temps admirable :
— Et puis, après tout, disait-il, voyez le grand malheur ! Il est cinq heures, je ne puis lui donner que peu d'instants. Ainsi nous pourrons déjeuner, dire des folies et je remonterai en voiture.
Il se disait tout cela en cheminant vers le palais ducal. La sentinelle, qui voit un homme en uniforme avec la cocarde tricolore, lui présente les armes et le laissé passer. Briche traverse les cours solitaires et silencreuses, et monte le vaste escalier. Il connaissait l'appartement d'Albert et se dirige, mème sans conducteur, vers sa chambre à Ebuéher. Il arrive à la porte et, comme il méditait une surprise à sa manière, 1] l'ouvre doucement et s'avance sur la pointe du pied vers le lit où le guide un ronflement qui faisait trembler les vitraux.
— Diable! dit M. Briche, ce pauvre Permon s'est enrhumé d’une façon sévère... Comme 1} ronflet... c'est un orgue.
Mà per Bacco, non un vraano sonante.