‹ Mémoires de Madame la duchesse d'Abrantès (volume 2)Chapitre 44 sur 72 · GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL

« J'ai reçu la lettre que {ous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du 27 octobre, pour m'annoncer votre départ de Bayonne et le bon ordre qui a régné jusqu'ici dans la marche des troupes que vaus commandez sur le territoire espagnol.

« J'ai rendu compte à l'empereur de ces détails, et j'ai mis sous les yeux de Sa Majesté les observations que vous m'adressez sur la nécessité ainsi que sur les moyens de pourvoir à l'avance à la subsistance des troupes françaises pour le moment de leur entrée en Portugal.

« J'ai communiqué à Son Excellence le ministre du trésor public vos plaintes sur la conduite des receveurs de département sur lesquels le payeur général de votre corps d'armée avait des ordonnances pendant que les troupes qui le composaient étaient cantonnées dans les environs de Bayonne.

« Agréez, général, l’assurance de ma parfaite considération distinguée pour Votre Excellence.

« Le ministre de la guerre, « CLARKE. »

11 est à remarquer que dans l'original de cette lettre que je viens de copier à l'instant, la phrase de la fin est à moitié de son écriture ; pour Votre Excellence est de sa main; ensuite ce mot d'Excellence, qu'à l'exemple de l'Allemagne l’empereur avait laissé prendre à la noblesse militaire et que Clarke avait complètement dénié dans sa première épitre, était 1ci réintégré en son lieu. Le même jour il envoyait à Junot la copie de la convention secrète conclue entre nous et l'Espagne pour que nous puissions traverser cette partie de la Péninsule; mais le prince de la Paix n'était plus le même homme ou plutôt il était toujours le même, mais il n’était pas ce qu'on s'était figuré. Le prince de la Paix, d'Izquierdo enfin, n'était pas plus le vrai prince de la Paix que la France et l'Espagne d'Izquierdo n'étaient la France et l'Espagne

véritables. Voici une pièce très curieuse que je mets ici, et que j'y mets maintenant quoiqu'elle ait été écrite en 4805, mais elle est caractéristique. Et puis c'est une sorte de franchise pour un premier ministre qu'il est rare de rencontrer. Est-ce franchise, est-ce autre chose? Voilà la question. La lettre n’est pas traduite. Elle fut écrite en français comme elle est là ; je n’y ai pas changé une virgule ni un point, ainsi qu’on peut le voir. J'ai préféré laisser les fautes quelque nombreuses qu'elles soient, et même quelque grossières : je me bornerai à les marquer par des italiques.

A Son Excellence le général Junot, ambassadeur de Sa Majesté l'empereur des Français près la Cour de Portugal, etc.

LA

« Mon GÉNÉRAL,

« Je n'aurai jamais l'intention d’improber la conduite de Votre Excellence dans aucune affaire ; je n'ai fait qu’exposer mon avis sur l'incident du convoi anglais avec toute la franchise de mon caractère dont ‘ votre Excellence sera plainement satisfaite dans la suite de notre correspondance. Je souhaite bien sincèrement que le cabinet portugais se conduise de facon à ne nous donner le moindre sujet de plainte ; mais si, contre mon espoir, il oublie ses engagements jusqu’à favoriser les projets de l'ennemi, älors je n’hésiterai ua moment à employer tous les moyens ; qui seront en mon pouvoir pour l'occupation du Portugal.

« En attendant, je ne pense qu'il soit prudent de

DE LA DUCHESSE D'ABRANTES 543 précipiter les affaires. Votre Excellence se rappellera sans doute nos conversations chez moi, et n'aura pas oublié ma façon de penser sur les mesures à prendre dans tous les cas possibles : par conséquent j'aimerais zmieux, pour le moment actuel, employer la faveur dont Sa Majesté Impériale et Royale m'honore, plutôt pour temporiser que pour pousser les choses à bout. Du reste, Votre Excellence peut être persuadée que je n'épargnerai rien pour accélérer le moment si désiré de voir l'Angleterre humiliée et réduite à la nullité politique la plus absolue, pour le bien de l'humanité et pour la tranquillité de l'Europe. Heureusement les intérêts de mon pays se trouvent par- . faitement d'accord avec les affections de mon cœur. Mon amitié pour les Français, mon enthousiasme pour son empereur, me portent à procurer la ruine d'une nation dont le despotisme maritime est incompatible avec la prospérité de l'Espagne. Je me flatte que mes efforts pour cela ne seront tout à fait inutiles, et que j'aurai la double satisfaction de servir mes amis et de faire à la fois tout le mal possible 4 ses ennemis qui seront toujours les miens.

« Je suis très sensible aux sentiments d'amitié dont Votre Excellence a eu la bonté de m'honorer; je la prie de me croire,

« Mon £énéral,

« Le plus sincère et dévoué serviteur de Votre Excellence.

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