‹ Mémoires de Madame la duchesse d'Abrantès (volume 2)Chapitre 48 sur 72 · VL · texte numérisé non relu

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sorte de débordement dans les troupes qu'il fut impossible d'arrêter.

« Peut-être présentera-t-on ces faits comme une insurrection de l’armée. Il n’en est rien et les soldats n'ont même Jamais résisté à la voix de leur colonel ou de leur général, lorsque ceux-ci pouvaient euxmêmes les surveiller.

« J'ai été bien content de Thiébault, que tu connais depuis longtemps. Il a agi en ces circonstances difficiles avec le courage d’un héros et la bonté d’une femme. Il est mon chef d'état-major. Je ne puis manifester autant de contentement pour quelques-uns des autres chefs. Si l'on parlait d’insubordination, c'est parmi les généraux qu'il faut aller la prendre et non parmi les soldats. Ce n'est pas qu'aucun m'ait désobéi, car tu me connais assez pour savoir qu'une heure après, celui qui m'aurait dit non aurait été mis entre les mains d’un piquet de cavalerie et reconduit en France comme un soldat déserteur. Dans les circonstances où je me suis trouvé, l'énergie de mon caractère devait doubler, ou bien j'étais perdu. Quant au général de Laborde, il faudrait dire de Jui qu'il a bien mérité de la patrie. C’est un héros !

« Tu sais combienje veux ce que je veux et dans quelles dispositions je suis parti pour cette expédion que l’empereur m'a, pour ainsi dire, contraint d'accepter, et contraint avec son amitié, car son autorité eût été insuffisante. Je savais, en partant de Paris, que nous allions à Lisbonne, et cette marque de confiance de l’empereur m'engageait encore davantage à bien faire ma besogne. Mais comment parvenir à un but, lorsque la trahison, la mauvaise foi, sont nos auxiliaires ?.. Non seulement toute la route

de Bayonne à Alcantara fut hérissée de difficultés provoquées par les autorités du pays; mais arrivé à Alcantara, à Alcantara où je devais trouver des vivres, des troupes, des munitions, du repos enfin, je ne vis autour de moi qu'un pays désolé, aride, dépourvu de tout. Nulle ressource, aucunes provisions, et des bataillons espagnols incomplets, animés du plus mauvais esprit et plutôt disposés à nous combattre qu à nous servir. Oh! combien j'ai souffert dans la cruelle journée qui suivit cette découverte ! car nous étions trahis ! Nous l’étions, et nous l’étions par ma faute. J'avais été assez simple dans ma loyauté pour me fier à la parole d’un privado, d'un homme qui devait son élévation à une cause honteuse. Cet homme ne pouvait que se jouer d’une parole donnée sur le pommeau de l'épée comme d’un serment juré sur ia croix du Sauveur. Dans l'espace de quelques heures, ma pauvre Laure, ton ami a plus souffert que dans le cours de sa vie déjà si aventureuse. Il y eut des instants où d'horribles pensées me traversèrent l’esprit. Et puis je pensais à tout ce qui m'’aimait, à toi, à mes enfants et pourtant, te le dirai-je..., une pensée dominante dans ces heures d'angoisse prévalait sur toutes les autres, c'étaitla destinée de tant d'hommes qui m'était confiée. Je leur devais compte de ma vie. Que seraient-ils devenus sans moi? Il fallait prendre un parti sans doute, mais ce n'était pas celui de mourir. Je crois qu'un lâche l'aurait fait. »

Cette lettre, qui avait plutôt la forme d’une relation que d’une lettre, est beaucoup plus longue... Je m'arrêteral ici, et je citerai plus tard les propres paroles du général Thiébault dans son ouvrage si re-

marquable intitulé : Relation de l'expédition de Portugal.

Je réserve également pour les premiers chapitres du septième volume, ce que j'ai à dire sur les erreurs grossières du colonel Napier, comme par exemple de donner quatre divisions à l'armée française, tandis qu'elle n’en eut jamais que deux et quelques régiments de cavalerie qu’on appelait une division, et qui, au fait, ne l'était pas. Au surplus M. Napier est étranger. Pourquoi m'en prendrais-je à lui ? Mais le traducteur, par exemple, pouvait bien s'informer de la vérité. Comme aussi, avant de sancetionner des injures dites sur un frère d'armes par un ennemi naturel, 1l pouvait tailler et retailler sa plume pour avoir le temps de la réflexion, ainsi que celui de vérifier dans les bureaux de la guerre où il passe une grande partie de son temps, si l'officier d’étatmajor anglais disait ou non la vérité.

M. Napier invoque un état de situation trouvé, ditil, sur le champ de bataille de Vimeiro. Get état de situation n'aurait pu être perdu que par le général en chef ou le chef d'état-major de l’armée; et je suis autorisée à lui affirmer que ni l'un ni l'autre ne l'ont perdu. C’est donc une erreur. Je ne doute pas qu'elle soit involontaire, mais enfin c'est une erreur,

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