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rai, Sire, et je voulais même demander à Votre Majesté, si nous autres pauvres femmes, nous sommes soumises à la loi militaire, c’est-à-dire à la discipline ? Parce que, dans le cas contraire.
Je ne puis dire avec quelle rapidité il m'interrompit. Ce fut un éclair de regard et de parole. Toute sa joyeuseté d'humeur disparut en une seconde
— Eh bien, que feriez-vous?
— Je partirais, Sire, répondis-je fort tranquillement, car jamais il ne m'a intimidée au point de ne pouvoir lui parler.
Sa bonne humeur revint sur-le-champ.
— J'ai, ma foi, bonne envie de vous laisser mettre en route, me dit-il en riant. Mais non, restez tranquille chez vous à soigner vos enfants. Ils sont malades, à ce que m'a dit /a signora Lætitia. L'impératrice prétend que ma filleule est la plus jolie petite fille de Paris, elle ne l’est pourtant pas davantage que ma nièce Lætitia.
L'impératrice ne répondit rien, mais 1l était évident qu’elle aurait voulu dire que Joséphine était la plus belle et, en qualité de mère, je trouvais que cela était. Quant à Madame, elle dit que les deux petites filles étaient bien jolies. Le fait est que la jeune princesse Lætitia était belle à cette époque comme ces amours du Guide ou du Corrège, mais ma Joséphine était aussi bien charmante.
— Vous ne m'avez pas dit si vous étiez contente de M°° Junot, signora Lætitia? Et vous, êtes-vous bien aise d’être auprès de ma mère? ajouta-t-il en s’adres sant à MOI.
Pour toute réponse, je pris la main de Madame et la baisai avec la tendresse et le respect que j'aurais
eus pour ma mère. L'excellente femme m'attira à elle et m'embrassa au front.
— C'est une bonne enfant, dit-elle, et je tâcherai qu'elle ne s'ennuie pas trop chez moi.
— Oui, oui, dit l’empereur en me pinçant l'oreille, faites surtout en sorte qu'elle ne s'endorme pas en vous voyant faire votre élernel reversis et en fixant de manière à se rendre aveugle le tableau de David, quoique cependant ce tableau soit une leçon parlante pour ceux qui versent leur sang dans les batailles. Il “appelle que vous les souverains sont ingrats*.
Je demeurai confondue ! Ces mèmes paroles avaient été dites par moi l’avant-veille, dans la soirée, dans une maison que je ne nommerai pas et seulement entre quatre personnes dont je faisais partie et que, par la même raison, je ne nommerai pas non plus. Le fait réel, c'est que je demeurai stupéfaite et pas mal embarrassée. Mais j'ai toujours remarqué que l'empereur avait l’admirable talent de ne s’offenser que lorsqu'il avait le temps, la volonté et l'opportunité de punir. Cela ne lui faisait rien alors que j'eusse parlé ainsi. Seulement, il me dit avec une expression plus sérieuse, mais tout affectueuse :
— Ils ne le sont pas Tous.
Madame, qui n’était pas toujours au courant de la conversation par le peu de facilité qu’elle avait à suivre la parole fran@ise, comprenait cependant par le regard qu'elle jetait sur la physionomie déjà si
1 Ce tableau, acheté par Lucien, et laissé par lui dans le salon de l’hôtel de Brienne, est le Bélisaire de David. La composition en est différente de celle de Gérard. Ici Bélisaire demande l’aumône. Il est en tout inférieur à l'autre,
expressive de son fils, qu'il y avait quelque those entre nous. |
— Ah! dit-elle, jäfnais Junot ne péut craitidre d’être oublié par nous! Quant à moi, toute ma vie je garderai le souvenir du jour où il vitit en pleurant, me baisant les titins, m'annoncer que vous étiez en prison. Il voulait vous délivrer où mourir avec vous. Oh! de ce jour- -]à, j'ai pris Juñot en ajjection cornme ün Sixième fils mis au monde par moi.
— Oui, ditl empereur, Junot est un fidèle et loyal ami... et puis si brave garçon! Adieü, madame Junot, adieu.
Et mé faisant signe de la ain, en the souriant avée affecuioh, il renträa daïis Son cabinét intérieur. Au moment de passer la porté, il s'arrêta de nouveau ét me regarda tandis que je saluais :
— Mais cette cour de Lisbohiné vous a rëndue tout à fait damé de cour, madätie Junot, savez-vous céla ?
— Vous êtes vräiment bien instruit, dit l’impératrice avéc hümeür. Faut-il aussi qué M°° Junot s'asseoie par terre comme les dames du palais de la princesse du Brésil, et sur un parquét tal frotté encore |
Réntrée chez moi, Cette longue conversation, ou plutôt cette $cèné, me fit songer à tout cé que plusieurs dé méës äimis me disaient depuis quelques jours. On muürmurait sourdemént que Junüt était
1 On à vü le détäil de cette arrestation aü comMéncément des Mémoirés. Cé fut du moment où Albitté ét Salicetti faisaient arrêter l’empereur, alors général de brisädé, et qu'ils le fifent réformer, c’est-à-dire destiluer.
nommé gouverneur de Paris. On parlait aussi de bruits
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de guerre. Mais à cette époque les nouvelles politiques apparaissaient dans un jour tellement douteux, on les proférait d’une voix si basse que leur authen-
cité ne prenait une couleur que lorsque les choses
n'étaient secrètes pour personne. On disait que, pendant la campagne d’Austerlitz, les mouvements de Paris n'auraient eu aucun retentissement si Junot avait été à la tête du gouvernement de la grande ville. La confiate de l’empereur en son courage
était ésale à célle dé sa fidélité, et ce choix, au fait,
s 'äccoidait avec une abseñce militaire dé l'empereur.