‹ Mémoires de Madame la duchesse d'Abrantès (volume 3)Chapitre 11 sur 48 · QUINZE FRANCS · texte numérisé non relu

QUINZE FRANCS

Voulant obéir à l'empereur, il songea à partir pour Pantzick. Mais comment faire? Il fallait passer le Niémen, et le froid était si rigoureux que les Russes eu-Vmèmes tombaient sous sa terrible action. Cependant Rapp voulait obéir et surtout rejoindre sa place de Dantzick, dont le péril était manifeste depuis nos revers. Il se détermina enfin à se confier à deujç juifs qu'il loua à Wilna pour qu'ilg le menassent jusqu'au Niémen. Ce fut la relation de ce voyage que

* 4 Smoleiisk, à Qrscha et à Kowpo.

reçut Junot par un officier que Uapp envoyait à l'eiTjr pereur pour lui dire qu'il ne se rfi^tlrait jamais ^'/Mwi, à lïîOins qu'il ne le lui ordonnât. Cet officier nous ra-? conta ce qu'il avait souffert par l'intensité du froid. Cela fait frissonner- Le malheureux était déjà couvert de blessures^ et le ffoid lui gela deux doigts de Id main droite, et une partie du nez. Il avait surmonté tous les obstacles et de la nature et des hommes pour se jeter dans Dantzjck.

— Il y parvint, mais par une sorte de miracle, nous dit cet officier.

« Au reste, mon cher Junot, écrivait-il, j'ai trouvé ma pauvre place dans un état affreux... Tout y était en pleine désorganisation. Je m'y suis renfermé main-r tenant et bien habile sera celui qui m'en fera sortir. On dit que les Russes veulent venir pour le tenter, avec le duc de Wurtemberg. Je les attends de pied et surtout de main ferme, quoique leur diable de général Morosow m'ait presque coupé les deux doigts et m'ait emporté le nez. C'est que si cela arrivait, sais-tu bien, les jolies femmes ne me prendraient* plus pour toi, etç... »

Nous eûmes à cette époque à peu près une de cea nouvelles jetées à la société pour pâture et sur les-

' Il avait reçu sa vingl-deuxième blessure la veille de la batftille de la Mojaïsk. M. de Narbonne me disait que l'empereur l'envoyait lui-qicme tous les JQurs pour savoir de ses nouvelles. On était alors à Moscou, où les tlammes le forcèrent d'errer de maison en maison.

2 II y avait beaucoup de ressemblance entre eux, quoique je ne puisse guère dire en quoi elle consistait, mais il y en av^it. Junot était plus ékocé que Rdpp et plus distingué de tQurnure et dt* manières.

quelles elle s'exerce largement. Ce fut le voyage de. l'empereur et de l'impératrice à Fontainebleau, où était le pape Pie VII depuis plusieurs mois\ après avoir subi une sorte de captivité à Savone. Sa con duite à Fontainebleau avait été admirable. Celle d'un apôtre, du véritable vicaire de Jésus-Christ. En l'approchant, l'impératrice se mit à genoux et lui demanda sa bénédiction, que le saint père lui donna comme à sa fille. L'empereur, toujours dans la question, fut avec le pape comme s'il venait d'arriver de Rome pour le couronnement de 1804, En reconnaissance d'avantages temporels accordés par la France, le pape promit l'institution canonique au grand nombre d'ecclésiastiques qui, depuis la rupture du saint-siège a\ec la France, avaient été nommés évèques. L'empereur rendait également sa faveur et ses bonnes grâces aux évêques et aux archevêques qui avaient encouru son déplaisir. De ce nombre était le cardinal Fesch, qui était exilé dans son archevêché de Lyon. II était oncle de l'empereur cependant; mais Napoléon n'avait pas de liens de famille sous ce rapport-là. Ce nom du cardinal Fesch me rappelle que dans rénumération des noms des membres de la famille impériale qui étaient à Aix-en-Savoie, l'année précédente, et que j'avais nommés dans un chapitre précédent, j'ai omis de parler du cardinal Fesch. Son caractère est pourtant aussi honorable que son cœur est bon et dévoué. Il ne voulut pas taire, par com-

1 Le pape était à Fontainebleau depuis le mois de mai 1812. L'empereur fut dans le mois de janvier à Fontainebleau, vei-s le 15 ou le 16, je crois. Il partitde Paris comme pour aller fairti une chasse à Grosbois, chez Berthier. et partitde Grosboispouij Fontainebleau.

plaisance pour son neveu, parce qu'il était empereur, ce que l'autre exigeait assez impérativement de lui.

— J'ai deux maîtres avant vous, dit-il à Napoléon, Dieu d'abord, et puis le pape. Vous voulez que je prenne possession du siège de Paris. Je ne le ferai que lorsque mes bulles de Rome seront arrivées.

Or, comme l'empereur était brouillé avec le saintsiège, il n'était pas probable que les bulles vinssent de sitôt. L'empereur insista, et le résultat de la lutte fut l'installation du cardinal Maury, comme archevêque nommé, et l'exil du cardinal Fesch dans son diocèse de Lyon. Il s'y rendit, y vécut saintement, et comme un excellent homme, qu'il est en effet, et ne parut pas disposé à céder. II était fort bien établi dans son palais archiépiscopal, et il y tenait fort bien sa cour d'archevêque, lorsque Madame mère vint à Aix-en-Savoie. Le cardinal vint la voir et passa six semaines avec nous. Il y eut une particularité dont je me souviens, qui n'a de prix que parce que le personnage est devenu depuis un homme très remarquable dans le clergé.

Madame mère était protectrice de toutes les institutions de charité existantes alors en France. Les sœurs de charité, comme on le pense, devaient être au premier rang. Il n'y en avait pas à Aix. Comme il y avait un hospice, les autorités de la vjlle demandèrent à Madame de leur donner des sœurs de charité. Quatre sœurs et une supérieure suffisaient pour desservir l'hospice. Madame accorda volontiers la demande, mais il fallait une quête pour subvenir aux premières dépenses de leur installation. L'occasion était belle. Il y avait précisément alors à Aix une

m ¥EMÛIRf;S

grande quantité de gens riches qui, par vanité, si eo n'était par charité, devaient donner. La reine d'Espagne, cet ange de miséricorde et de bonté, sa goeur, qui avait, beaucoup 4e ressemblance avec elle, l'impératrice Joséphine, la princesse Pauline, moi, M. et M""*" de Semon ville, M. et M"' de Rambuleau, une foule d'autres personnes devaient nécessairement donner pour un tel motif. On arrêta donc de faire une sorte de cérémonie de cette quête. Mais il fallait quelqu'un pour prêcher.

■^ Mon Dieu, nous dit le cardinal, j'ai icj un tout jeune homme qui s'essaie dans sa chambre à parler seul çt haut. Il a des moyens. Parle^fr^yi du projet, je vais le faire appeler,

On fit venir je jeune abbé, C'était la plus ravissante figure que j'eusse jamais vue. Il avait à peine vingtquatre ans. Il était, malgré sa beauté et sa jeunesse, tout en pieu et tout recueilli, fort niodeste, paraiS" sant aimer profondément son protecteur. Ce jeune et bel abbé, c'était l'abbé Feutrier,

Lorsque le cardinal )ui eut expliqué ce que nous attendions de lui, il prépara un discours qu'il prononça dans la petite église d'Aix et qui ne produisit pas l'effet qu'on en attendait. Le jeune abbé pouvait être très beau, mais pour bon prédicateur, c'est autre chose,

Je nVen étais douté, je ne sais trop pourquoi, si ce n'est pourtant au sourire continuel que l'abbé mettait toujours avant et après ses phrases, Je doute que l'abbé Combalot et l'abbé Lacordaire sourient autrenient qu'en appelant à l'ineffable bonté de Dieu, et encor' le sujet devient-il si sérieux que )e sourire est toujours de trop. Pour obvier, ep cunséquence, au

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peu d'impression que pouvait f^ire l'abbé Feutrier, je proposai d'avoir un^ quêteuse, Ce sont de ces petits moyens humains qu'il ne faut jamais négliger. Nous avions à Ai]ç une charmante personne dqnt j'ai déjà parlé, jyi™' de Menou. On la pria de se charger de la quête, ce qu'elle accepta avec reconnaissance, comme participation à une bonne œuvre. Elle fut donc placée à la porte de l'église d'Aix, ayant un vojle de dentelle sur Ipi tète, et plus jolie qu'aucurie madone de lia^phaêl. Je me rappelle que, ne pouvant trouver une bourse dans la ville d'Aix, je fps obligée de prêter une jatte en vermeil qui était dans mon nécessaire de voyage, et ce fut dans cette sorte de coupe que se fît la quête, qui fut trèg abondante, grâce à notre I^elle quêteuse... e^ tiien un peu aussi à h charité des ç(,umQnievs, Mais pour le sermon, il pt rire, et voilà tout, l^e cardinal le comprit bien. Mais il était- fort engoué du jeune abbé. Et puis il comprenait mieux l'italien que le français, s'il faut le dire.

l^orsque je passai par Lyon et que je m'y arrêtai pour voir M""' Récamier, il était déjà de retour dans son palais archiépiscopal. Il m'engagea à dîner chez lui, ainsi que tous mes amis, M. et M""' Alexandre Doumerc, M°" Lallemand, et M. de Geouffre, mon beau-frère. Il npus fît grand'çhève, comme aurait dit Brantôme, Entre autres rçLveté^ et 'primeurs, il nous ftt servir des merles de Corse qu'il prétendait sentir le myrte, mais qui, en réalité, sentaient fort mauvais, parce qu'ils étaient venus pendant le mois d'août et que la grande chaleur avait produit son effet na-f turel, Il fut, du reste, ce qu'il a toujours été, bon, Jiospitalier, et le plus accueillant des hommes.

puiscjue je reparle de Lyon^ il faut (jueje relève

ici une erreur bien coupable, parce qu'elle est faite avec une pleine connaissance de cause... J'ai lu, l'autre jour seulement, et encore par hasard, une histoire racontée par M"" de V...dé, dans les Mémoires de Constant, où l'on a intercalé une relation d'elle qui est en grande partie relative à l'empereur et mensongère d'un bout à l'autre, respirant la haine et la vengeance, et tout cela parce que l'empereur n'a pas voulu que M"' de V...dé deme^aràt dame du palais, ni payer cinquante mille francs de dettes qu'elle avait. Elle écrivit une lettre très pathétique à l'empereur, en lui disant qu'elle allait s'empoisonner si ses dettes, — dettes d'honneur s'il en fut jamais, c'était une dette de jeu, — n'étaient pas payées dans les vingt-quatre heures. L'empereur, comme on a pu le voir, n'était pas très susceptible de cet entraînement romanesque qui porte à un premier mouvement, mais il était bon et surtout très donnant pour prévenir un malheur de réputation, et bien plus encore pour empêcher une catastrophe aussi terrible. Il envoya donc aussitôt l'aide de camp de service pour prendre quelques informations relativement au genre de la dette. L'aide de camp qui, je crois, était Rapp, arriva à Auteuil, où M""® de V...dé avait une maison et la trouva disposée à tout autre chose qu'à se tuer. Sa démission lui fut demandée et rien ne put fléchir l'empereur, qui était avec raison très susceptible sur de pareilles affaires. M"" de V...dé devint son ennemie la plus acharnée après cette démission donnée. Elle écrivit un libelle qui forme une centaine de pages, qu'on a mis au travers du troisième volume de Constant. Il est impossible d'imaginer l'effet que produit cette longue guite de pages couvertes d'injures, en contraste avec

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cette bonne simplicité franche de Constant C'est le tableau recevant l'ombre. Les injures, je ne les relèverai pas, parce qu'elles sont si ridicules que je ne puis assez les oublier. Mais il est des faits, des mots attribués à Napoléon, que je dois rectifier. C'est un devoir.

M"" de V...dé prétend que M"" de Chevreuse, étant exilée à Caen (où elle fut effectivement quelque temps, parce que son humeur toute mobile ne lui permettait pas de demeurer six mois dans la même ville), y fut fort malade et que, l'empereur ayant envoyé des troupes pour apaiser les émeutes qui eurent lieu pour les grains dans le Calvados, le général qui les détruisit, lui ayant demandé pour récompense de faire revenir M"' de Chevreuse dans sa famille, parce qu'elle était fort malade, et malade à mourir, l'empereur avait répondu :

— Eh bien! elle mourra aussi bien à Caen qu'à Paris.

Et M""' de V... dé ajoute :

« Et V infortunée mourut peu de temps après cette cruelle réponse. »

Il y a erreur sur erreur dans toute cette histoire. M"" la duchesse de Chevreuse, que du reste je regrette fort, parce qu'elle était une spirituelle et bonne personne et dont je trouve la punition injuste et cruelle, a bien été à Caen, mais non pas dans le temps indiqué par M°" de V.,.dé. Les troubles du Calvados, qui eurent lieu pour les blés, eurent lieu pendant que l'empereur était en Russie. Il n'était pas à Paris, et ne pouvait donc pas donner une récompense au général qui avait terminé ces affaires. Il est ensuite plus que douteux que l'empereur eût donné une ré-

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compense, même en paroles, pour une telle chose, parce que la manière dont ces troubles furent apaisés, en tuant, par exemple, des femmes, des vieillards et des enfants, cette manière fut non seulement blâmée par l'empereur, quand il l'apprit en Russie, mais ii en fut excessivement mécontent. Et, certes, ii n'aurait pas donné une récompense pour de telle besogne. M°*" de Chevreuse n'était pas ensuite à Caen à cette époque qui était 1812 si ce n'est tout aU commence^ ment de l'année. Et encore je n'en suis pas sûre. Ce dont je suis certaine, c'est qu'au mois de septembre 1812, M"" la duchesse de Chevreuse était à Lyon, où elle est morte dans le printemps de 1813. Elle n'est donc pas morte a Caen et le général dont je veux oubHer le nom, qui apaisait les émeutes de gens qui ont faitn et demandent du pain en fusillant des vieillards et des femmes, n'a pas demandé sa récompense à l'empereur dans les termes employés par M""" de V...dé.

C'est une bien misérable haine que celle qui se manifeste envers Napoléon, de la manière dont la témoigne M"* de V.,.dé. Il est visible que cette haine est personnelle. On voit clair dans ces pensées à moitié exprimées, à moitié retenues, qui i*évèlent une âme remplie d'un fiel produit par une cause qu'elle ignore, mais qui n'est pas probablement à l'honneur de là pei*sôrtne qui en use ainsi sans pitié ni vergogne. M"" de V...dé devinait se rappeler qu'elle û, accepté là place de dame du palais qui lui fut donnée à la suit* de longues sollicitations faites par elle-même auprès d'un graftd personnage qui occupait alors un poste très remarquable comme confiance auprès de l'empereur. M"" de V. . .dé n'a jamais eu l6 droit de se plaindre

de î'èmiieréùr Napoléon, comme j'aurais pu l'àvoif, moi, ou tout autre dans ma position. L'empereur de-' vâit de la reconnaissance à la mémoire de nos maris^ Il êti devait à nous-mêmes pour avoir partagé leurs malheurs, leurs fatigues et leurs souffrances, lorsqu'ils feutraient dans l'intérieur de là vie domes^ tique.

Mais qu'était M*"* de V... ? Qu'était M. de V... ? Elle, Une fort belle femme, lui, Un fort honnête homme — probablement, car je ne le connais paS; -^ Mais ensuite qu'est-ce que tout cela faisait k Nâpo^ léon? Je fie veux même plus répondre à ce libelle, pàrôê que cela donne de la colère à devenir dinde.

Ceux qui habillent l'empereur avec une peau de tigre. Comme lui-même l'a fort spirituellement dit à Sainte-Hélène, hè le connaissent guère. C'est pitié en vérité de voir Une renommée aussi colossale être livrée à des chenilles qui la souillent de leur bave impure. L'empereur n'avait peut-être pas une grande sènsi'bilité, encore l'amour qu'il avait pour son fils prouvést-il que cette gi'ande âme avait été créée bien com* plètemeut par la divinité. Elle ne se trompé pas dans ses œuvres et le moule où fut jeté Napoléon était bieti de ceux dont oîi sort avec la perfection.

L*empéréur avait des goûts qui détiotent là bonté. Aussi Je crois qu'il est né avec le germe d'une extrême sensibilité, et que le malheur de Sa position, car il n'était pas heureux dans les premières années de sa jeunesse, lui imposa presque une autre nature. Ensuite l'ambition et toute sa sécheresse égoïste est venue envahir une àme qui était d'abord formée pour aimer et être aimée. C'est une autre vie que celle qui

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s'offrit à Napoléon en sortant de l'enfance, et celle qu'il a suivie. Il ne pensait pas, lorsqu'il était lieutenant d'artillerie à Marseille, qu'un jour cette ville ferait partie de son vaste empire. Il avait dix-sept ans. Il était alors dans toute la verdeur de la jeunesse et, conséquemment, des illusions. Mais comment un rêve, même un rêve de jeune homme, pouvait-il se bercer devant une couronne, devant un trône, devant une puissance ? A cette époque il n'en reconnaissait qu'une seule, c'était celle exercée par deux yeux parlant d'amour, par une voix harmonieuse. Alors il se laissait aller volontiers au charme d'une magie séductrice, de cette magie qui nous enlace et nous enchante, lorsque surtout elle vient à nous fortifiée de mille illusions. C'est pour cela que la séduction du théâtre est si redoutable. Ce fut celle-là que l'empereur, encore presque enfant, ressentit à Marseille ^ pour M"" de Saint- Huberty. On sait qu'elle excellait dans le rôle de Didon. Napoléon la vit, l'entendit et son cœur de feu palpita aux accents de cette voix qui révélait, dit-on, les peines de l'âme avec une telle vérité, qu'on pleurait en l'écoutant, mais de ces larmes si douces, de ces larmes qui sont à elles seules une volupté. Après avoir entendu M°" de Saint-Huberty dans ce rôle de Didon, Napoléon, transporté et profondément ému, composa les vers que je mets ici. Ces vers sont peutêtre les seuls qu'il ait faits de sa vie et j'en puis garantir l'authenticité.

Romains, qui vous vantez d'une illustre origine, Voyez d'où dépendit votre empire naissant ■

^ On dit à Marseille, d'autres à Aix, mais la différence est si légère, que le mieux est de ne pas s'y arrêter.

Didon n'eut pas d'attrait assez puissant Pour arrêter la fuite où son amant s'obstine; Miiis, si l'autre Didon, ornement de ces lieux,

Eût été reine de Carthage, Il eût, pour la servir, abandonoé ses dieu»., Kl votre tieau pays çerait encore sauvage *.

Il y a de la poésie dans ces vers-là. En ajoutant à ce goût pour les vers qu'ont seules les âmes tendres, cette préférence pour les œuvres osbianiques, cette tendance à la rêverie, ce charme à écouter les cloches lorsqu'elles tintent vers le soir, et tout cela sans affectation, sans rien qui dénote le comédien ou l'homme ayant un masque, voilà qui prouverait que l'empereur fut d'abord créé pour être, comme Lucien, un composé de fer et de feu, et dont l'âme aimante et toute remplie de cette force d'amour qui développe en nous la bonté et la pitié, fut d'abord altérée par un premier sentiment méconnu, et puis cette ambition dévorante qui ravagea toutes les passions douces en lui, et les remplaça par des volontés violentes et des affections qui, bien loin d'être la douceur de sa vie, ne furent plus que secondaires et très peu importantes dans sa grande marche au travers du monde qu'il s'en allait bouleversant. Je ne suis pas injuste pour Napoléon. Je ne suis pas une fanatique séïde non plus. Étant aussi raisonnable qu'il est grand, je le juge comme doit l'être un colosse de gloire tel que lui, par ses acUons présentées à la postérité.

1 Ces vers sont parfaitement authentiques. Je les tieus de M. le duc de Bassano,qui a la certitude qu'ils sont réeUeraeot de l'empereur.

Ce qui m'était arrivé lorsque j'avais reçu la nouvelle de la bataille de Busaco et que l'empereur me fit gronder de ne pas la lui avoir communiquée, me revint en tête en recevant de Londres une pièce bien curieuse, avec un paquet de musique que m'envoyait Naldi*,ce bonNaldi, mon maître de chant à Lisbonne. Il me faisait parvenir souvent de la musique et, lorsqu'il quittait momentanément l'Angleterre, il chargeait quelqu'un de confiance de ce soin. Cette fois la chose était grave, quoiqu'elle ne le fût pas relativement de lui à moi, parce que Naldi connaissait mon attachement à l'empereur, ainsi que l'amour dévoué de Junot. Lui, ou son mandataire, ne m'envoyèrent donc cette pièce, qui me parvint alors, que comme une rareté, attendu^ qu'en France elle serait probablement peu connue.

Cette pièce était la fameuse proclamation de Louis XVIII, datée d'Hartwell, la maison de campaguf^ qu'il occupait près de Londres ^ Cette proclamation me surprit au dernier point. Je me rappelle qu'à cette époque je la pris pour une œuvre de folie. Rien ne me révélait le péril venant de ce côté. Et, pour dire la vérité, c'est qu'alors il n'y avait pas plus de

* Le plus digne des hommes et le plus loyalement probe. Naldi est un de ces hommes qui sont rarement placés sur la ftcène du monde. Il était fait pour être à la première place bien plus que tant d'autres. Il est le père de la comtesse de Sparr.

2 La proclamation était renfermée dans les duos d'un opéra de Winter fait pour la Bollington et la Grassini, intitulée : Proterpine. Ces morceaux sont ravissants, surtout un duo qui commence ainsi : Vaghi colli ameniprati.

* Près de Londres, dans le Buckingham-Shire.

chances pour Louis XVIII que pour Louis-Philippe. Encore celui-ci avait-il plus de sympathie avec la nation dans ce temps-là. Je ne crois pas que, au moment de la Restauration, il y eût dans toute la France dix mille personnes sur les quarante millions d'habitants qu'elle renfermait, qui voulussent décidément cet ordre de choses \ La proclamation de Louis XVIII était fort bien faite. Elle exprimait des idées toutes constitutionnelles et annonçait des volontés toutes paternelles. C'était le résumé de la charte donnée un an plus tard, avec des principes plus développés.

Je pensai d'abord à ce que j'allais faire de cette pièce. La montrer à Junot n'était utile à rien. Elle l'aurait violemment agité, et voilà tout ! Après quelques réflexions, je me décidai à envoyer chercher le duc de Frioul et je la lui remis entre les mains. Elle était datée du 1" février, et nous étions alors au 8. Je demandai à Duroc ^ s'il croyait que l'empereur ne l'eût pas. Il me dit que, quant à lui, il en ignorait l'existence, qu'il allait l'emporter, mais qu'il croyait ne pas devoir me recommander la discrétion la plus absolue. Cette parole dite par un ami qui devait si bien me connaître, qui me lisait comme un livre, me fit de la peine. Je le lui dis.

1 II y en a beaucoup dans le faubourg Saint-Germain qui ont regrolté vivement l'empire.

2 J'ai déjà fait remarquer qu'il était bien extraordinaire qu'une amitié aussi vive, aussi pure, se fût établie entre moi et Duroc à l'âge que nous avions tous deux, sans que dans le cours de notre intimité la moindre pensée contraire à notre devoir soit venue se placer entre nous, et il est de fait que cette amitié fut toujours celle d'un frère pour sa sœur, mais en même temps très profonde et très tendre.

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Je suis pour l'empereur, en celte circonstance, ce que vous et Junot êtes pour lui, dis-je au duc. Jugezmoi donc d'après vous et d'après lui. Et maintenant dites-moi si vous ne seriez pas blessé si je voua faisais cette recommandation...

— J'ai tort, me dit-il, j'ai tort. Mais si vous saviez? Si vous pouviez voir comme moi toute l'horj'eur de l'intérieur de quelques âmes. Mon Dieu, que je serais bien vite pardonné! Oh! ma pauvre amie, quel avenir se lève devant nous!

Il emporta la proclamation et moi je n'en conservai que le souvenir. Je le revis quelques jours après et, l'ayant questionné relativement à cette pièce, il me répondit:

— N'en parlons pas. J'espère que vous me tiendrez votre parole.

Je ne répondis qu'en lui serrant la piain. ftjais j'ai été fidèle à ma promesse, car Junot lui-même ne sut rien de cette pièce, qui au fait demeura inconnue pour tout ce qui tenait à l'empire jusqu'au moment de l'entrée des alliés. Je n'en parlai pas à M""" Lallemaod, ni à Narbonne qui, par sa position, aurait pu me donner de curieux éclaircissements relativenienr au |»liis ou moins de fondement que pouvait espérev le comte de Lille. L'empereur ne le nommait jamais autrement.

A quelques jours de là, je fus au cercle malgré mon état de maladie qui me retenait au lit jusqu'à six ou sept heures du soir. Lorsque l'empereur fut vis-àvis de moi, il s'arrêta, me regarda fixement en lais»» sant reposer son œil de tout son poids sur le mien, çoinme pour descendre dans ma pensée et décliiffier ce qui s'y passait. Enfin, au buutd^ deu?t ou trqis pait

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nutes, il me dit, mais avec une expression tellement distraite qu'il était évident qu'il pensait à autre chose :

— Comment vous portez-vous, madame la duchesse?...

Et, se rapprochant de moi, il me dit en me regardant encore plus fixement que la première fois :

— Cesl bien, très bien.

Et puis comme si cette idée eût été attachée à l'autre :

— Votre oncle est-il ici?

— Lequel, Sire?

Je faisais cette question exprès, comme il faisait la sienne.

— Comment, lequel ?

— Oui, Sire.

— Mais vous n'en avez qu'un.

— J'en ai trois, Sire.

— Ah ! oui, l'abbé de Comnènel Vous savez très bien duquel je veux parler.

Il m'avait devinée comme je l'avais deviné...

— Sire, il y a plus de douze jours que je ne l'ai vu.

La proclamation avait été remise par moi à Duroc il n'y avait pas quatre jours... L'empereur sourit et passa plus loin. Mais qu'il était changé et que son sourire était triste ! Ah ! toutes les horreurs de Sainte- Hélène se révélaient déjà à cette âme que le malheur ne pouvait toucher sans la blesser à mort!

Voici une histoire qui arriva dans ce même temps et que je veux raconter, parce qu'elle le pince dans un de ces jours lumineux qui lui sont propres.

On sait que Napoléon aimait à courir le matin, accompagné seulement du duc de Frioul, et que surtout son grand plaisir était de n'être pas reconnu. Un jour, dans le mois de mars ou d'avril, il sort de l'Elysée, où il était alors, et avec Duroc, ils prennent ensemble le chemin des boulevards par le plus beau jour d'un printemps chaud et parfumé. Il était six heures du matin. Arrivés sur le boulevard, l'empereur observa en riant que leur course était trop matinale. Toutes les boutiques étaient encore fermées.

— Il ne faut pas faire l'Haroun-al-Raschid d'aussi bonne heure, dit-il. C'était d'ailleurs la nuit, je crois, qu'il faisait ses courses de surprise avec son fidèle GiafTar.

Et tout en causant, en remarquant telle maison qui faisait un mauvais effet en gênant la voie publique et en la faisant noter sur le calepin de Duroc pour que Fontaine en fût instruit par lui à leur premier travail, ils arrivèrent au passage du Panorama... Là, quelques boutiques venaient de s'ouvrir. L'une d'elles attira l'empereur plus qu'une autre. C'était celle du fameux magasin d'albâtre de Florence. Il était, comme il l'est encore aujourd'hui, tenu par M. L... et sa sœur. Tous deux' sont Suisses.

Il n'y avait dans le magasin dans ce moment qu'une servante qui balayait, et même si gauchement, dans la crainte de casser quelque chose, que l'empe-

' Ils sont tous deux parfaitement élevés et ayant les meilleures manières, ils vivaient tous deux fraternellement, cl c'était plaisir de les voir toujours unis et aussi heureux ensemble. Je crois que. l'un des deux s'est marié. La sœur est une charmante femme sous tous les rapports, et comme bonnes façons, et comme femme estimable. Elle est fort belle.

reur ne put s'empêcher de la regarder longtemps et de rire ensuite du rire joyeux d'un jeune écolier...

— Ah çà! dit-il enfin, qui donc tient ce magasin? On ne voit ici ni maîtresse ni maître.

— Voulez- vous t'y donc acheter queque chose, dit la servante en suspendant son travail et regardant l'empereur en s'appuyant sur son balai, et posant son menton sur ses deux mains.

Elle avait un air assez moqueur, et, dans le fait, elle n'avait aucun tort, car jamais on ne verra, selon moi, une plus étrange physionomie que celle de Napoléon dans son costume d' Haroun-al-Raschid, comme lui-même l'appelait, ou de calife de Bagdad*.

Il portait toujours la fameuse redingote grise ^. Ce n'était pas là le singulier. C'est la façon de la redingote. Jamais l'empereur n'avait voulu être serré, ni même gêné dans ses habits, ce qui fait que ses tailleurs lui faisaient des habits et des redingotes qui lui allaient comme s'ils avaient pris mesure sur une guérite pour la largeur et la longueur. Lorsqu'il se maria, le roi de Naples le fit consentir à se laisser habiller par ses tailleurs. L'empereur y tint assez courageusement les premiers jours, mais ensuite il cria au supplice et demanda merci. Il donna la question à décider à l'impératrice, qui, pourvu qu'on lui laissât ses courses à cheval et ses quatre ou six repas, était de bonne humeur et de l'avis de tout le monde. Elle

' Il chantait aussi très souvent, depuis qu'il avait relégué le fameux air de Camille ou le Souterrain : Non, il est impossible, l'air du Calife : De tous les pays pour vous plaire... et cela avec la même voix fausse.

2 II en portait aussi souvent une bleue dans les dernières années.

m MÉMOIRES

accorda, en conséquence, à l'empereur toute facilité pour s'habiller à sa mode et surtout à sa guise, disant qu'elle aimait l'empereur autant d'une manière que de Vautre. Je crois qu'elle ne mentait pas et qu'elle voulait seulement dire qu'elle ne Vaimait pas plus d'une manière que de Vautre.

Avec cette redingote faite ainsi que je viens de le dire, à la grâce de Dieu, il avait un chapeau rond posé sur ses yeux, parce qii'il ne voulait pas être reconnu, et le chapeau planté tout droit. Cette redingote boutonnée et mise en façon d^étui, tout cela joint à une grande déshabitude des façons du monde, faisait, comme on peut le croire, un ensemble assez comique, où rien du héros ne se retrouvait. La servante des albâtres jugea dans un coup d'œil rapide que le personnage ayant une redingote et un pareil chapeau, ne pouvait vouloir acheter qu'un serre-papier ou quelque autre misère de dix à quinze francs, ce qui ne valait certes pas la perne d'aller réveiller sa jeune et belle maîtresse. Mais l'empereur, qui ne jugeait pas de même, après s'être à son tour diverti de la tournure de la Fatime du balai, lui demanda avec un ton de maître s'il y avait là quelqu'un pour lui répondre.

La jeune sœur de M. L..., ayant entendu le colloque de sa servante et de l'empereur, se hâta de passer une robe et de descendre dans son magasin. En la voyant, l'empereur fut frappé de l'aspect de sa figure et de sa tournure, toutes deux aussi nobles, aussi distinguées que celles des femmes les plus élégantes de la cour impériale.

— Pardieu, madame, lui dit l'empereur en touchant le bord de son chapeau, mais évitant de l'ôtep

pour n'être pas reconnu, il me semble que vous n'êtes guère mâtin&le ; ce n'est pâS ainsi qu'une marchande doit tenir son magasin.

— Vous auriez raison, monsieur, répondit M"' L...* si nous vendions et si le commerce allait. Mais qu'iraporte ou non que nous soyons dans notre magasin, la vente n'en va ni plus ni moins.

— Le commerce est donc bien malade? dit Napoléon en regardant différentes choses placées sur des tablettes...

— Perdu, monsieur, perdu! Et comment cela seraitil autrement? Nous devons périr à la peine.

— Vraiment! Gomment, la France est dans un état aussi alarmant? Je suis étranger. Je voudrais faire quelques emplettes et, en même temps, je désiserais qu'une aussi agréable personne me donnât

' quelques éclaircissements sur ce qui se passe en France. Gomment appelez-vous la forme de ces vases?

— Ce sont des vases forme Médicis, répondit M"* L...

— Ceux-ci sont fort beaux. A quel prix les mettezvous?...

M"" L... ouvrit à la fois les yeux et les oreilles. Les vases étaient marqués trois mille francs. Elle le dit à Napoléon. Il fît seulement un signe de tête, puis il reprit :

— Vous dites donc que le commerce ne va pas. Quelle en est la raison?

— Eh ! monsieur, tant que nous aurons un petit homme aussi enragé que l'est celui-là pour faire la guerre, comment voulez-vous que nous ayons, non pas des jours, mais des heures tranquilles?

Et la jeune et belle fille se laissa tomber comme

accablée sur le banc de son comptoir. L'empereur la regardait avec complaisance, mais avec une sorte d'intérêt respectueux, car j'ai déjà dit qu'elle imposait seulement en marchant dans son magasin.

— Estrce que votre mari est à l'armée? dit-il à M"'L...

— Je ne suis pas mariée, monsieur, je suis sous la protection de mon frère et je l'aide dans son commerce... Nous ne sommes pas Français, nous sommes Suisses.

— Ah! Ah!

Et l'empereur dit ce mot avec la même distraction qu'il aurait mise à bâiller, ou telle autre chose. Et pourtant il écoutait bien.

— Je vous achète ces deux vases Médicis, dit-il à M"' L... On viendra les chercher à onze heures. Vous aurez soin qu'ils soient prêts...

Il dit ces derniers mots avec le vrai ton du maître et, touchant de la main le bord de son chapeau, il s'élança hors du magasin en faisant signe au duc de Frioul de le suivre.

— Eh bien, j'ai eu mon fait, j'espère! dit-il, lorsqu'ils furent sortis du passage, où les boutiques commençaient à s'ouvrir. Sais-tu bien qu'elle est fort distinguée, cette jeune fille! Lorsqu'elle m'a dit qu'elle était Suisse, j'ai cru voir une des femmes ou l'une des sœurs des hommes du Griitli*. Crois-tu qu'elle m'ait reconnu?...

— Je suis sur du contraire, Sire. Sa parole était

' C'est le nom de la prairie où se prêta le serment de Guillaume Tell, Vaither Furst et Staufacher.

trop calme et trop assurée. Non, elle ne sait pas qui vous êtes.

L'empereur fut pensif pendant quelques instants et puis, relevant sa tète, son regard parcourut ce qui l'etitourait avec un calme orgueilleux. Duroc, qui me racontait cette scène, me dit qu'il était certain que l'empereur avait eu quelques mauvaises pensées dont ensuite il avait triomphé...

Oh! son âme était grande et forte!

A onze heures, M'^° L... vit arriver des porteurs avec un brancard et un valet de pied à la livrée de l'empereur. Il était porteur d'un petit billet qui disait que M"® L... devait accompagner les vases pour en toucher le montant.

— Et où dois-je aller? dit la jeune fille toute tremblante, car elle commençait à regretter ses paroles du matin en voyant la livrée impériale.

— A l'Élysée-Napoléon, mademoiselle, dit le valet de pied.

Son frère, qui apprit l'aventure en même temps que la conclusion, car il rentrait seulement, voulut accompagner sa sœur. Il fit charger les vases avec le plus grand soin et se mit en marche derrière eux avec sa sœur qui tremblait comme une feuille de bouleau. Et pourtant elle ne se doutait pas de l'entière vérité.

Arrivés à l'Élysée-Napoléon, ils furent introduits à l'instant même dans le cabinet de l'empereur. Il prit lui-même trois billets de mille francs dans son bureau et, les remettant à M'" L..., il lui dit en souriant :

— Une autre fois, ne murmurez pas autant de la stagnation du commerce...

Et, faisant un signe de la main d'une manière gracieuse, il rentra dans son appartement intérieur.

è84 MÉMOIRES DE LA DUCHESSE D' AERANTES

Le frère et la sœur étaient deux ètres faits pour comprendre cette conduite généreuse. Ils la sentirent avec une âme à l'unisson d'une belle action. J'ai vu longtemps après M"" L... raconter cette histoire et toujours d'une manière aussi simple et aussi à son avantage, sans le savoir. Elle avait appris depuis cette matinée, que le commerce pouvait souffrir sans que ce fût immédiatement la faute du chef de tous. Elle était juste. Aussi le petit homme avait bien grandi dans son esprit, non pas en lui achetant une paire de vases de trois mille francs, mais en oubliant une parole qui, pour tant d'autres, eût été une offense.

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