‹ Mémoires de Madame la duchesse d'Abrantès (volume 3)Chapitre 13 sur 48 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Enthousiasme de la France pour la cause nationale. — La pairie en danger. — Aux armes!!!— Le maréchal Macdonald abandonné. — Trahison. — Le général York. — Taurogen. — Réponse à M. de Chateaubriand. — La brochure. — Le roi de Naples. — Le prince Eugène. — Brouille de Murât et de Napoléon. — Cause de cette brouille. — Le général Cavaignac. — M. Godefroy de Cavaignac. — Son éloge. — Querelles du roi de Naples et de sa femme. — Il ne veut pas être mené. — Le second Bacciochi. — Le comte Daure. — Le duc de La Vauguyon. — Demande dé Mural. — Décret de l'empereur. — Les Français napolitains — Bouderie de Mural. — Le couloir secret. — M. Mazois. — Son éloge. — L'eniremur. ■^ Le beau jeune homme et le gros petit homme. — Lettre de Napoléon à sa sœur et à Mural. — Il n'a du courage que comme un moine ou une femme. — Marie- Louise. — On ne l'aime pas. — Pourquoi cela? — Ses galopades. — La jeune bourgeoise de Paris et le capitaine de r&fmée d'Espagne. — Infidélité. — Folie et inort de Claire.

On a reproché à la France d'avoir abandonné la cause de Napoléon en 1814. Peut-être à cette époque y eut-il vraiment un découragement qui influa sur la conduite des Français» mais ce que je puis affirmer, c'est qu'en 1813, l'élan national était admirablement beau et me rappelait à moi, jeune femme, ce que j'avais vu, toute petite enfant, au commencement de la Révolution, c'est-à-dire en 1194 et 1195. La patrie était de nouveau en danger. Napoléon le disait avec ga voix forte et puissante, et la France l'entendait.

Elle comprenait. Les revers de la retraite de Russie étaient affreux, sans doute, mais tel était l'amour qu'on portait à cet homme que nul reproche ne sortait de la foule du peuple. Quelques voix s'élevaient et disaient parfois quelques sottes ou même quelques spirituelles paroles, mais qu'est-ce que cela faisait? La France entière marchait après la gloire et la suivait fidèlement, car le souvenir de vingt ans de victoires ne pouvait être effacé par une défaite qu'on pouvait justifier encore en montrant la confiance que Napoléon devait avoir dans ses alliés. Il ne chercha pas cependant cette justification aux dépens de l'honneur d'un autre. Il se contenta d'appeler aux armes! Et, comme au temps où la défense de la liberté armait la France entière, on vit deux cent cinquante raille hommes * courir aux drapeaux aux seuls mots de Vinvasion étrangère. Ce mot fut électrique. La Prusse, qui fut la première, comme toujours, à sonner la cloche de la défection, fit alors l'indigne affaire de Taurogen. Le général York abandonna le maréchal Macdonald^ qui avait pénétré victorieusement dans la Samogitie, attaqué et entamé la Livonie et menacé Riga. Il fut contraint d'abandonner ses succès et non seulement l' ^ reculer, mais de voir son indigne allié signer une convention avec les Russes ! Macdonald fut donc obligé de rétrograder jusqu'à Lawartz et l'Oder, au lieu de vaincre et de s'établir chez l'ennemi.

Mais à la vue d'une trahison si lâche — une trahi-

» Le Sénat ordonna, le U janvier 1813, une levée de 250,000 hommes.

* il faisait i'tixlrôme gauche de la grande armée.

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son qui formait le digne complément d'une conduite toujours cauteleuse depuis vingt-cinq ans, de ce même abamdon qui avait toujours été tenu en réserve pour une défaite, comme à Austerlitz, lorsque M. d'Haugwitz portait les deux lettres dans sa poche — à la vue de cette perfidie, notre jeunesse, et même les pères, crièrent : Aux armes! encore plus haut. La France devint un camp, les villes un arsenal particulier où se forgeaient les armes. L'empereur, infatigable au milieu de cette tourmente intérieure qui lui annonçait des événements différents enfin de ceux qui formaient sa carrière depuis tant d'années, activait tout par cet esprit créateur et vivifiant qui nous avait redonné l'existence depuis que nous nous étions donnés à lui.

Mais au premier cri d'alarme, tout un parti se leva contre lui, — contre lui, son bienfaiteur ! — et répudia nos conquêtes, notre gloire, nos lauriers. Ils étaient sanglants, ces lauriers ! disaient-ils. Eh ! quels lauriers ne le sont pas? Ils ont, dit-on, coûté des milliers d'hommes à la France ! Mais la révocation de l'édit de Nantes a frappé d'expatriation plus de trois cent mille familles. Parmi ces malheureux, combien n'y avait-il pas de vieillards abandonnant le toit, le champ paternel, pour aller mourir sur une terre étrangère! Croit-on qu'à l'agonie de ces infortunés leur cri de désespoir ne résonna pas avec un éclat plus retentissant^ au pied du trône de Dieu, pour deman-

* Voyez une brochure de moi qui parut en 1831, intitulée : De la Liberté, avant, pendant et après la Restauration, réponse à M. de Chateaubriand, avec cette épigraphe :

« France, écoute ce qui retentit à tes oreilles. Les servitudes «t les humiliations du passé, voilà ce qu'on redemande comnq^e

su MEMOIRES

der vengeance dontre Louis XIV, que le boulet frappant le soldat de Napoléon au milieu des batailles? Et quant aux autres reproches qu'on avait à lui faire, fussent-ils réels aussi bien que futiles, ils ne vaudraient pas encore les cages de fer du château de Loches, redit sur les chasses du bon roi Henri IV, et les passe-temps de la fleur de chevalerie, qui menait joyeusement sa cour et ses maîtresses voir brûler les sectaires à petit feu pour distraire et réjouir un chacun. Allons, il ne faut pas non plus crier ainsi tollé après Napoléon. Il n'en a pas tant fait.

Il me faut maintenant parler d'un des plus grands et des plus graves motifs de ses malheurs et de sa «bute.

J'ai raconté dans le précèdent chapitre le départ dil roi de Naples pour son royaume, laissant au prince Eugène le commandement de l'armée qui lui avait été confiée par Napoléon. C'était un dépôt sacré que l'em* pereur lui mettait entre les mains. Et il ne le vit pas!

ligitirHe. Les préjugés de l'ignorance et le culte du despo-^ tisme, voilà ce qu'on préconise comme fondement de l'ordr social. •

(Faits civils de la France, Tissot, t. i.)

Cette brochnro, sans nom d'auteur, fut faite et publiée pai moi en réponse à la première que fil paraître M. de Chateau-j briand en avril 1831. Malgré ma profonde admiration pour soilj beau talent et son noble caractère, je ne me trouvai pas être d son opinion... à cette époque (mai 1831). Comme mes Mémoire n'avaient pas encore paru, je ne voulus pas mettre mon nom j un ouvrage politique, surtout pour mon entrée dans le monq littéraire. Des motifs personnels me tirent ensuite retirer celj brochure, au moment où parurent mes Mémoires. Klle aura place dans un recueil de Mélanges littéraires que je me propo dd publier.

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Il abandonna ces restes précieu:^ d'uhe troupe de braves, rejetant sur le vice-roi d'Italie le poids immense de cette responsabilité que Napoléon lui avait remise comme Une préférence donnée au plus brave et au plus digne. Il quitta le danger enfin — car il faut le dire — il abandonna l'artnée à Posen et retourna à Naples,

Il est à propos de faire ici une remarque qui peut jeter du jour sur l'obscurité de cette époque de sa vie.

Depuis longtemps une aigreur pfesque haineuse avait l'emplacé les sentiments qui unissaient les deux beaux-frères, sentiments qui, du reste, n'avaient jamais été ceux de l'amitié. Napoléon n'aimait Murât qu'en raison de sa bravoul-e et du parti qu'il en pouvait tirer. Je prie de croire que je ne parle ici d'après aucune impressiori personnelle. Ce sont des renseignements positifs et dégagés, au contraire, de toute partialité... L'empereur n'avait pas pour Murât ce sentiment de profonde amitié qu'il avait pour tous ses aricièns officiers de l'armée d'Italie, II se moquait ouvertement de lui, lorsqu'il n'était pas à l'armée, et certes beaucoup d'entre nous l'ont entendu rire du roi de Naples et l'appeler le roi Franconi. Cette inimitié, ou plutôt, pour parler plus juste, cette répulsion datait de plus loin et la cause en était bien connue à ses amis les plus intimes. Je retrouvais encore hier, eh cherchant parmi des notes, une lettre de Junot qui est bien explicative â ce sujet. Mais laissons cela.

Le motif qui rendait le roi Joachim presque l'ennemi de son beau-frère avait pris sa source dans tout ce qui se passa lors de son expédition contre la Sicile

(1809). Murât se fit braver par la flotte anglo-sicilienne, qui vint même prendre Procida et Ischia. Il eut cet élan de bravoure qui lui était propre et lui fit crier en avant! sans savoir même s'il était suivi. Il prépara une descente en Sicile. Le passage fut ordonné et une division, celle du lieutenant général Cavaignac', passa de l'autre côté du phare. Les autres divisions ne le suivirent pas. Pourquoi? Voilà ce que je ne sais ni ne puis expliquer. Mais le roi de Naples le traduisait de la façon la plus injurieuse pour son beau-frère. Son expédition était manquée. Il attribua le non-succès à l'empereur, crut qu'il avait donné des ordres secrets et revint à Naples, honteux comme un vaincu et la vengeance au cœur. Ce fut dès cet instant que l'aigreur se mit entre eux. La plus amère correspondance s'établit entre la cour des Tuileries et celle de Naples. La mésintelligence suivit bientôt et ne fut pas ce qu'elle aurait été si Ferdinand eût été à Naples, car les rapports de famille une fois troublés, ne sont remplacés que par la haine. Murât se plaignit hautement. La reine, qui depuis longtemps vivait dans une sorte d'opposition tacite avec lui pour des détails d'intérieur tout à fait privés, voyant un prétexte pour la guerre prit parti contre le roi. Et le palais de Naples vit le scandaleux spectacle d'une lutte maritale entre le roi Joachim et la reine Caroline.

Ces dissensions atteignirent des personnes de leur cour. Tout devint prétexte pour le roi, tout devint

• Oncle de M. Godefroy de Cavaignac, de ce brave et digne jeune homme, aussi loyal, dans son opinion, qu'habile et capabl» 4e la conduire,

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prétexte pour la reine. Un médecin, un chirurgien, je ne sais lequel des deux, mais je sais qu'il s'appelait Péhorde, était très aimé du roi et, par conséquent, détesté de la reine, Péborde voulait épouser une jeune et charmante personne, Élise de Saint- Même (fille de M""" de Saint-Même, amie de ma mère, et dont j'ai beaucoup parlé dans mes premiers volumes). Cette affaire, qui eût été toute simple si le roi et la reine avaient bien voulu ne pas s'en mêler, fut une véritable guerre à mort. Joachim, comme tous les hommes qu'on mène, criait du haut de sa tête qu'il ne voulait pas être mené par sa femme, qu'il ne voulait pas être un second Bacciochi.

Il vit dans l'armée française une sorte d'auxiliaire pour seconder la reine. Les emplois principaux de sa cour étaient en grande et majeure partie occupés par des Français. C'était M. Paul de La Vauguyon qui était colonel général de sa garde et qui, en sa qualité de Français, devait lui porter ombrage. C'était M. le comte Daure, qui, sous le même titre exactement que M. le duc de La Vauguyon, devait l'inquiéter, étant ministre de la guerre. C'était... ma foi, la place me manque pour en faire la liste.

Le fait important est de dire que Murât demanda le rappel des troupes françaises. L'empereur fronça le sourcil et rép'^ndit par un non très sec. Alors Murât tomba dans des méfiances absurdes, même par leur excès. La reine et lui devinrent presque ennemis et l'intérieur du palais de Naples fut un enfer. Une nouvelle demande, tout aussi maladroite et surtout intempestive, acheva de mettre la mésintelligence entre les deux couronnes. Murât demanda que tous les Français qui était à son service fussent naturalisés

comme Napolitains. La chose était maladroite de toute manière.

— Ah ! ah ! dit l'empereur, il ne se regarde donc plus comme Français lui-même, notre frère.

Et dans la colère que lui fit éprouver cette démarche de Murât, Napoléon, pour toute réponse, fit aussitôt paraître le décret suivant, dont jamais Joachim n'oublia les paroles :

«... Considérant que le royaume de Naples fait partie du grand empire ; que le prince qui règne dans ce pays est sorti des rangs de Varmée frau' çaise; qu'il a été élevé sur le trône par les efforts et le sang des Finançais, Napoléon déclare que les citoyens français sont, de droite citoyens du royaume des Deux-Siciles. »

J'avais alors un grand nombre d'amis à Naples. J'en avais, non seulement dans l'intérieur intime du roi et de la reine, mais dans toutes les positions, et, pour dire la vérité, j'ai même été mieux instruite par ceux qui n'étaient rien, que par ceux qui avaient, par honneur, l'obligation de se taire. Eh bien, tous n'ont eu qu'une voix pour me rapporter combien la conduite de Murât fut absurde et ridicule dans cette circonstance. Il bouda comme un enfant, ôta^ sa croix de la Légion d honneur et même le grand-cordon de l'ordre. Il s'en fut à Capodimonte et là, perpétuel* lement en querelles avec la reine, ils donnèient tous deux le scandaleux spectacle d'une dissension qui recevait un jour honteux de ses motifs. Des intrigues basses et privées l'envahirent tout entier. Il passait

• Pendant un jour seiileiilont. Mais il l'ôta pendant vingts <|uatre lieurris, et par humeur.

quelquefois une partie des nuits à lire de nombreux rapports de police, tous plus alarmants les uns que les autres et d'autant plus inquiétants, pour lui, que ceux qui les rédigeaient connaissaient le côté vulnérable de l'homme'. Il oubliait, pour satisfaire ce goût

' J'ai eu un ami qui était à Naples à peu près vers cette époque. C'était le bon, l'aimable et le savant Mazois. 11 a vu cette cour de Naples avec les yeux d'un homme d'esprit et l'âme d'un loyal et honnête homme. Il était bien curieux à entendre sur le théâtre de la cour et ses acteurs.

11 était architecte, comme chacun sait. Il fut employé, je ne veux pas dire par lequel des deux époux, à faire dilïérents travaux au palais de Naples et à celui de Casente. Dans des temps aussi orageux, qui rappellent les troubles Guelfes et Gibelins et les querelles de Jeanne, il était à propos de prendre ses précautions contre un danger. En conséquence, JJazois fit faire un couloir secret, pratiqué entre deux murs et susceptible de laisser passer un homme.,. Ce coujoir servit longtemps à une personne. Puis, les intérêts changèrent. Je ne sais pas s'ils étaient politiques ou non, cela ne me regarde pas. Je suis historienne, et voilà tout. Le fait est que le voyageur du couloir changea et que Ventremur fut parcouru par un autre homme. Les rendez-vous sont toujours à heure fixe, qu'ils soient pour décider du sort d'un empire ou de la vie d'une femme. Or, l'heure (ie ce premier rendez-vous était passée depuis longtemps, et personne ne paraissait. Celui ou celle qui attendait, impatienté de cette attente, prit une lampe et entra dans le passage, où était l'exphcation du retard. Le premier voyageur était un grand et beau garçon, svelte, élégant de tournure et tout à lait destiné 4 voyager dans un entremur. Mais l'autre, quoiqu'il fût un bomme des meilleurs et des plus spirituels, et même des plus supérieurs, n'en était pas moins un peu trop sphérique pour le passage, qui certes n'avait pas été fait pour lui. De manière que, s'y étant engagé, il ne pouvait ni avancer ni reculer et se trouvait pris cpmme dans une souricière. Il en sortit cepencjant et, le lendemgiin, le pauvre iiazois fut tout pantois d'avoir fait un passage secret dans un palais de rois et de reines, ou toutes les tailles ne pouvaient pas passer.

de délation et d'espionnage, ce qu'il se devait à luimême. Il voyait de vils espions. Il leur parlait, il les accueillait. C'était en même temps une honte et une pitié. Mais il avait du bon dans l'àme. Aussitôt que le tambour battit en 1812, il redressa sa tête et parut écouter si l'empereur l'appelait. Quand il entendit sa voix, il parut hésiter. Cependant il était résolu. Il partit pour la Russie. Mais son cœur était ulcéré et ce fut alors qu'il en donna des marques. Le moment était mal choisi. Du reste, toujours aussi brave sur le champ de bataille, comme le disait l'empereur, il fit dans cette campagne de Russie tout ce qu'un homme peut faire de plus vaillant et de plus déterminé. Il gagna des batailles, fut vainqueur des Russes et ajouta à la gloire de nos aigles. Voilà pour la vérité. Quelque tort qu'on ait à reprocher à un homme, la vérité avant tout. Dans cette horrible retraite de Moscou, l'empereur était entouré d'un bataillon qui pouvait à bon droit être nommé le bataillon sacré. Là, des colonels et des maréchaux.de camp faisaient le service de sous-officiers, des lieutenants généraux celui de capitaines et de lieutenants. Murât en était le colonel. Il y a une sorte de souvenir de la chevaleriedans cette troupe d'hommes à épaulettes d'or se faisant gardiens de leur bien-aimé. Et Napoléon l'était encore pour eux à cette époque, bien qu'il! crût ne voir autour (Je lui que des ingrats, comme il me le disait dans l'audience que j'eus de lui auj retour de Russie.

On a prétendu, dans je ne sais plus quelle biographie ou quel ouvrage, que, lorsque Murât reçut le commandement des mains de l'empereur, il lui di^ qu il consentait seulement à conduire l'armée sur U

territoire prussien et que, aussitôt arrivé à Kœnisberg, il s'en irait à Naples. Il ne faut que connaître l'empereur pour douter complètement de cette version. C'était bien lui qui, au moment où Murât lui avait donné des sujets de mécontentement graves, aurait été en recevoir la loi, lui qui ne la voulut jamais recevoir d'aucune autre puissance en Europe. C'est absurde à prétendre. J'ajouterai que le Moniteur du 8 février, lorsqu'il apprit que Murât avait abandonné le commandement laissé par la confiance, prouve tout le contraire. Voici l'extrait du Moniteur :

« Le roi de Naples étant indisposé, à dû quitter le commandement de l'armée, qu'il a remis au prince vice-roi. Ce dernier a plus l'habitude d'une grande administration ; il a la confiance entière de l'empereur... »

Le 26 00 le 24 janvier précédent. Napoléon avait déjà écrit à sa sœur Caroline :

t Le roi de Naples a quitté l'armée. Votre mari est très brave sur le champ de bataille, mais il est plus faible qu'une femme ou qu'un moine quand il ne voit pas l'ennemi. Il n'a aucun courage moral. »

Plus tard, dans le mois de février ou de mars, il écrivit à Murât lui-même :

«... Je ne vous parlerai pas ici de mon mécontentement... sur votre conduite depuis mon départ de l'armée, car cela provient de la faiblesse de votre caractère. Vous êtes un bon soldat, vous vous battez bravement sur le champ de bataille. Hors de là vous n'avez ni caractère, ni vigueur. Au reste, je présume

que vous n'êtes pas de ceux qui croient que le lion est mort et qu'on peut... Si vous faisiez ce calcul, il serait complètement faux... Vous m' ave:, fait tout le mal que vous pouviez me faire depuis mon départ de Wilna. Mais je ne veux plus parler de cela. Le titre de roi vous a tourné la tête. Si vous désirex, le conserver, conduise^vous bien,.. »

Cette lettre écrite à Murât, en 1813, acheva l'ouvrage de l'article du Moniteur et il devint l'ennemi de Napoléon,

C'est ici le lieu d'observer que l'empereur a toujours eu une pensée singulièrement fausse dans cette coutume de faire insérer dans le Moniteur des personnalités offensantes. Il s'est peut-être fait plus d'ennemis avec ce malheureux journal qu'avec son canon. L'article de la reine de Prusse, article injuste, au reste, autant que faux, celui du prince royal de Suède, de M. de Stadion, celui de M. de Meiternich et puis lord Castlereagh, et mille autres, tout ce qui fut inséré, depuis 1803 jusqu'en 1814, contre le prince de Galles, depuis Georges IV, fut peut-être un plus sûr moyen de haine que tout ce qu'avaient légué M. Pitt et nos longues guerres. Je ne parlerai pas des particuliers, dont Napoléon blessait les réputations au cœur ; mais j'ajouterai seulement qu'il est- hors de sens pour moi que cet homme, le plus grand des hommes, eût recours à de si petits moyens, qui donnaient la mort comme des vipères, lorsque j souvent il ne voulait infliger qu'une punition.

Pendant ce temps, les nuages s'épaississaient de| plus en plus et l'orage approchait chaque jour. Penidant ce tempe, que croyez-vous que faisait celle qui"

aurait dû trembler et s'inquiéter que le canon autrichien vînt gronder sur les hauteurs de Montmartre ? Que faisait Marie-Louise enfin? De la tapisserie. Elle jouait du piano, s'en allait voir son fils, comme je je vous l'ai déjà dit, à une heure fixe, se le faisait apporter de même, et l'enfant, qui connaissait mieux sa berceuse que sa mère, voulait à peine lui donner sa petite joue rosée pour que l'autre y posât ses lèvres. Et pourtant, comme l'empereur l'aimait, mon Dieu ! Il l'aimait plus que jamais il n'aima une femme, et Dieu l'a puni par celle-là même qu'il préféra à l'autre.

Marie-Louise n'était aimée d'aucune de nous, et cela était fort naturel. Constamment retirée dans son intérieur le plus intime, elle ne voyait en familiarité que la duchesse de Montebello. Sans doute le choix était bon, mais cependant elle aurait pu avoir plus de laisser-aller dans ces petites soirées que l'empereur lui avait organisées en y admettant seulement quarante à cinquante femmes qui, se relayant, c'était le mot, faisaient que, chaque jour, elles étaient douze ou quinze. Cela comprenait les dames du palais et les maisons des princesses de la famille impériale. C'était peu amusant. J'en ai rendu compte. Et si ce n'eût été l'oreille de l'impératrice, qui faisait son devoir de tourner pour le bon plaisir de chacun, on s'y serait bien impérialement ennuyé. Quant à Marie- Louise, elle passait son temps comme je viens de le dire, montant à cheval, non pas du tout comme Catherine I" pour accompagner l'empereur à la guerre, mais pour galoper. Je crois que le mot est littéralement juste. Elle galopait pour galoper. Et cependant l'Europe entière armait contre l'homme IX. ,'1

qui était son mari devant Dieu, devant les hommes, la moitié de sa vie, le père de son enfant! Et dans cette Europe dont les flots allaient peut-être nous submerger, étaient son père, ses oncles , son frère ! 7^'avait-elle donc pas une parole à leur dire? Ne pouvait-elle se présenter à eux en s écriant :

— Cette terre de France, c'est le patrimoine de mon fils ! C'est ma nouvelle patrie ! Ne la ravagez pas !...

Mais non, elle fut muette. Toujoui-s, toujours muette !

Il arriva à cette époque une histoire bien tragique, que l'on fit disparaître à cause de l'homme et à force d'efforts, du journal causeur du monde. Ce fut d'autant plus facile que, les intérêts privés se rattachant alors aux intérêts généraux, il était impossible de distraire son attention de la commune tragédie qui se représentait sur le grand théâtre. Depuis, il s'est écoulé tant d'événements et de jours qu'un peut parler du fait dont je fais mention, sans craindre d'ailleurs d'être indiscret. Cette histoire offre une réunion d'incidents plus extraordinaires qu'aucun roman ne peut, certes, en présenter.

Dans une honnête famille bourgeoise de Paris, il y avait une jeune fille que je nommerai par son nom de baptême seulement. Elle s'appelait Claire. Cette jeune fille avait un fiancé qu'elle aimait avec une de ces passions que les cœurs de femmes seulement peuvent connaître, parce que, ayant plus que les hommes la faculté de souffrir, le ciel dans sa justice nous a donné aussi la faculté d'aimerplus qu'eux. Claire avait été accordée à son prétendu lorsqu'elle n'avaitî encore que treize ans et qu'il n'était que sous-lieu-

tenant. Depuis, il avait agi comme un brave jeune homme et, en 1813, il était capitaine dans l'armée d'Espagne — dans le corps do général Foy '. Pendant longtemps il donna de vives inquiétudes non seulement à sa famille, mais à celle de sa fiancée. II faisait partie de l'armée de Portugal, et j'ai déjà dit combien les lettres avaient eu de peine à passer. Cependant on avait été rassuré sur son compte, lorsque tout à coup on cessa de recevoir de ses lettres. Et cependant l'armée était rentrée en Espagne. Mais Eugène n'y était pas revenu avee elle.

Sa famille et celle de Glaire écrivirent au maréchal Bessières qui était alors à Valladolid. Il fît prendre des informations, mais elles furent très longtemps infructueuses. Eugène de S... n'était pourtant pas mort, à ce que disaient les chefs. Qu'était-il devenu? Claire pleurait et son amour de jeune fille, si tendre, si dévoué, donnait alors des larmes à plus d'une douleur. Elle craignait pour la vie de son amant, elle craignait pour son amour,

— Mon Dieu, disait-elle un jour en priant devant son crucifix, faites-moi la grâce de me rendre assez forte pour supporter ce que je crains !

Enfin, le maréchal écrivit lui-même à la famille que le capitaine Eugène de S... était retrouvé, Il avait été malade, disait le maréchal, et une famille portugaise des environs de Viseu l'avait humainement recueilli. « Ce qui est rare, ajoutait le maréchal, car l'assas-

* Eugène de S... était capitaiae dans le corps que commandait le général Foy le jour du combat de Tolosa. Je ne sais et je n'ariiniie pas qu'il fût sous ses ordres a vam ce

sinat suivait presque toujours une rencontre isolée. »

Quelques jours après une lettre d'Eugène confirma celle du maréchal. Il était fort éloquent dans la peinture de sa reconnaissance, mais ne disait pas un mot de son retour, ni de son mariage. En lisantcette lettre, Claire devint froide et pâle :

— Il ne m'aime plusl se dit-elle.

Un an se passa ainsi... à recevoir des lettres contraintes, et bien évidemment écrites sous l'impression de la seule pitié, et à cacher une peine qui amenait la mort dans le sein de la jeune fille aimante et fidèle. Elle lutta contre la souffrance tant que son âme eût de la force. Mais le jour vint où elle fut anéantie par une nouvelle qui parvint d'une manière confuse à ses parents. On disait qu'Eugène avait enlevé une jeune fille en Portugal et qu'il allait l'épouser. Les parents n'y crurent pas et voulurent lui cacher cette nouvelle. Mais Claire comprit même ce qu'on lui taisait et devina un malheur qu'elle avait prévu. Le lendemain elle avait disparu. Une lettrequ'elle laissa, demandait à son père et à sa mère de lui pardonner d'avoir ainsi disposé d'elle. On la crut morte.

C'est tandis que l'armée de Masséna était en retraite que, plusieurs corps s'étantun peu écartés de l'armée principale, celui d'Eugène se trouva séparé des autres. Lui-même allant un jour en reconnaissance, ou plutôt en maraude, comme on le disait alors, et ne revenant pas, ses camarades le crurent assassiné et ils retournèrent au quartier général dans cette persuasion. Il avait, en effet, été rencontré par quelques hommes armés, contre lesquels il avaient voulu se défendre et qui l'avaient blessé ! Ils l'avaient ensuite emporté. Pendant plusieurs semaines sa prison fut supportable

et même douce, car une jeune fille devint sa geôlière, et il l'aima de cet amour passionné qui porte avec lui et en lui bonheur et malheur. La jeune Portugaise l'aima bientôt aussi, plus peut-être qu'elle-même ne l'était. Ce n'était pas de l'amour, c'était de cette passion délirante qui est du feu, de la lave dans ces cœurs de la Péninsule. Eugène ne résista pas. Il oublia Claire, ses engagements, son devoir, la France, tout pour cette enchanteresse aux yeux de velours qui le menait en enfer en lui montrant le paradis.

— Partons, lui dit-elle un jour, je sais le moyen de rejoindre l'armée française sans rencontrer les nôtres. Mais, Eugène, tu me promets que je n'aurai pas à me repentir de mon sacrifice, car pour toi, voistu, je quitte ma mère, ma famille et ma patrie !

Eugène la pressa sur son cœur et la regarda sans lui répondre... Son regard s'appuya sur celui de la jeune fille et lui disait tout ce qu'elle demandait. Elle pencha sa tête sur la poitrine du jeune Français et dit seulement:

— Partons !

La nuit suivante, ils quittèrent la maison maternelle de Dolores. Ils suivirent des chemins inconnus au jeune homme, mais que Dolores paraissait connaître parfaitement. Trois jours après, ils étaient à Ciudad- Rodrigo et, une semaine n'était pas écoulée, que le jeune capitaine était à la tête de sa compagnie et que Dolores était ftP^deS...

Quelquefois Eugène se réveillait de son rêve d'amour et sa pensée rebelle se reportait malgré lui dans cette maison de la rue Saint-Denis, où l'attendait une jeune fille, qui était sa fiancée!...

— Mais elle n'est plus à moi, se disait-il. Je sais sûi

qu'elle est mariée même. Au surplus, il faudra bien que les choses s'arrangent.

Et dans sa dureté, il ne pensait même pas que la pauvre Claire pouvait pleurer.

L'Espagne avait reçu le contre-coup des désastres du Nord. Le roi Joseph, après avoir fait tous les efforts qu'un être humain peut faire, fut obligé de se retirer sur la France. Le malheur de notre destinée militaire a voulu que dans ce moment, où il était nécessaire surtout d'avoir à la tête de nos troupes un homme comme le maréchal Suchet ou le maréchal Soult, l'un fût encore en Saxe et l'autre occupé à faire fuir, de Tarragone, Georges Murray, qui s'en fut en nous laissant son artillerie. Mais qu'importait ce succès? Jourdan, qui commandait l'armée royale, était malheureusement son chef le jour de la funeste affaire de Vittoria. Il était major général et tout était perdu : bagages, artillerie. Tout enfin était tombé au pouvoir de l'ennemi. La route de France était impraticable. Il fallut y rentrer par Pampelune et cette route était ellemême couverte de guérillas. Ce fut là que le général Foy arrêta avec vingt mille hommes presque toute l'aile droite de l'armée anglaise dans cette retraite, au combat de Tolosa (en Biscaye).

A la nouvelle du désastre de Vittoria, l'empereur manda le maréchal Soult auprès de lui.

— Il faut partir pour l'Espagne dans une heure, lui dit-il. Tout y est perdu par une impéritie inconcevable. Allez, servez-moi et servez votre pays comme vous savez le faire, et ma reconnaissance naura pas de bornes*.

* J'ai iM\ que dans les lettres que je receyais de l'année il y

Le maréchal Soult partit de Dresde en ayant pour tout renseignement la nouvelle de l'entière destruc-

avait des détails curieux sur des faits intéressant l'empereur et tous ceux qui l'entouraient. En voici un extrait. Il concerne précisément le fait du départ du maréchal Soult.

(I , . . Nous avons été bien étonnés l'autre jour de voir arriver ici la duchesse de D... Elle est venue y chercher la duc pour des histoires d'intérieur pour lesquelles elle est sans pitié. Parce qu'elle est d'une conduite parfaitement exemplaire et que nul reproche ne peut lui être fait, elle n'entend à aucune concession et il y a eu des explications orageuses. . . »

Et cette même lettre, commencée un jour, comme toutes les lettres écrites en campagne, n'était finie que huit ou dix jours plus tard. En voici la tin :

« ... Le maréchal Soult est parti pour l'Espagne. C'était le seul homme capalle de sauver les malheureux débris que Jourdan a si imprudemment sacrifiés ! Quelle malheur affreux que cette bataille de Vittoria ! Et vous croyez en connaître les détails ? Et bien, vous ne savez rien! L'empereur a empêché la publication des épouvantables ventés du bulletin. Il y a de bien graves accusations ! Mais il est des fautes pour lesquelles il faut un tribunal tout exprés pour le coupable, et un accusé tout fait pour le tribunal ! Enfin bahia bahia... usted con Dios ! Tout ce que JQ puis vous dire, c'est que l'empereur est, comme Auguste, redemandant ses légions à Varus.

« Mais le départ du maréchal eut un antécédent bizarre. Lorsque l'empereur l'envoya chercher pour lui dire sa volonté et qu'il l'eut transmise à la maréchale, elle lui dit très impérativement : Il Vous ne retournerez pas en Espagne ! « Le maréchal fut un peu étourdi de cette volonté contradictoire, lui si ferme dans ce qu'il entend exécuter. Aussi répondit-il par un haussement d'épaules à cette parole : « Je ne veux pas que vous « retourniez en Espagne ! » .

« J'arrivais chez le maréchal au moment où la conversation était le plus animée. Comme j'apportais de nouveaux ordres qui i^ndaieul 4 accéleicr S'Oo départ, nous passâmes dans

lion de l'armée, arriva sur la frontière au moment où les débris de cette belle armée d'Espagne venaient

son cabinet. Il avait l'air soucieux. Je lui demandai ce qu'il avait. Il me dit : « — Il faut bien que je parte et je vais partir. Mais la maréchale ? Elle a, je crois, le diable au corps. On a été lui faire cinquante contes sur moi et sur Mortier, et ce sera une dent difficile à arracher que son consentement. »

« Comme je le connaissais ferme et décidé, et surtout homme de résolution, je le quittai, bien persuadé que l'orage finirait par un coup de tonnerre qui serait l'expression de sa volonté. Mais la chose m'avait panae gaie. L'empereur en vit les traces sur mon visage en rentrant au palais Marcolini, et je lui en dis la raison. Il ne vit pas comme moi. Tout au contraire, il frappa du pied et commanda qu'on fût chercher la maréchale. Elle arriva presque aussitôt. Le maréchal logeait en face de nous. La scène fut vive, et en disant la scène je dis le mot propre. La maréchale répondit admirablement à l'empereur, parce que jamais elle ne sortit des bornes du respect. Mais elle fut sévère et dit très positivement à l'empereur : « — Sire, le maréchal vous doit sa vie et ses services. Mais en vous les donnant ne doit-il rien non plus à ses enfants et à sa veuve ? Voilà six ans que le maréchal use sa santé dans les sables brûlants de l'Andalousie et dans les parties les plus difficiles de la Péninsule. Son dévouement a été reconnu par Votre Majesté, Sire, et pourtant elle n'a jamais fait rien pour lui...

<■ — Comment! s'écria l'empereur.

M — Non, Sire, poursuivit la maréchale avec beaucoup de sang-froid, elle a moins fait pour mon mari que pour le maréchal Suchet, par exemple ; et surtout, ajouta-t-elle avec une juste émotion — car elle avait raison — que pour le maréchal Ney. Pourquoi Votre Majesté ne le récompenserait-elle pas de même? Le titre de prince, sire, serait dignement porté par lui. La pointe de son épée en soutiendrait la couronne, comme la lame a défendu vos frontières. »

« L'empereur fut un moment accablé, c'est le mot, sous cette éloquence d'une femme plaidant une cause honorable et juste. U avait voulu lui parler avec sévérité et il ne sut que continuer

tomber presque expirants sur le sol de la patrie. Il les rallie, leur parle de cette voix puissante comprise par des soldats français quand elle rappelle à la gloire, attaque l'ennemi à Roncevaux au milieu de ces mêmes rocs qui virent tomber Roland. L'affaire fut terrible. Malgré tout le talent de Soult, il ne put redonner la vie à ce qui était mort.

L'armée n'existait plus depuis Vittoria. Repoussés, écrasés par tous les malheurs, ces misérables restes rentrèrent en France, après avoir laissé plus de huit mille hommes sur les rochers de Roncevaux.

Depuis bien des jours, on voyait au milieu de cette horrible déroute une jeune fille pâle et malade, et visiblement aliénée, demandant à tous ceux qu'elle rencontrait, le régiment du capitaine de S... Les soldats l'accueillaient selon l'humeur où ils étaient. Tantôt repoussée, tantôt bien reçue, la pauvre enfant ne pouvait parvenir à rejoindre celui qu'elle cherchait. Une vivandière ^ en eut pitié et la sauva des désastres

une conversation commencée avec une aussi noble fermeté. Néanmoins, le résultat de cette conférence fut que le maréchal est parti pour l'Espagne pour aller rétablir des affaires désespérées. •)

Cette relation n'était pas aussi longue dans la lettre que je reçus alors. Elle contenait en revanche des détails sur d'autres questions. Ce que j'ai dit de la suite de celle-ci, m'est parvenu d'un autre côté, et comme le commencement et la fia [sont tout aussi bien à la louange d'une femme que J'estime comme épouse, comme mère, etcomme femme enfin, je l'ai mise ici comme je l'ai su. . .

' Cette femme, aussi bonne, aussi humaine qu'elle était alors jolie, s'appelle Rosalie Berger. Elle a longtemps appartenu au huitième corps et faisait partie de la division du général Clausel (aujourd'hui maréchal). Je l'ai vue souvent %

qui l'auraient enveloppée. Mais il lui restait à peine la force de marcher lorsqu'elles arrivèrent au premier village de France. Dans ce village, elle trouva au moins une parti i du repos qu'elle était venue chercher. Elle mouiut dans la nuit qui suivit son arrivée, mais sans dire un seul mot qui put faire soupçonner qui elle était. Dans la matinée du même jour le régiment d'Eugène arriva.

— Capiiuine, lui dit Rosalie, il y a ici une jeune fille qui demande après vous depuis Viltoria que c'est une pitié. Je l'ai protégée tant que je l'ai pu. et heureusement pour elle, la pauvre enfant. Mais enfin...

— Une jeune fille ! s'écria Eugène. Où est-elle?

— Dans cette maison. Mais ne vous pressez pas tant. Ce n'est pas la peine, car la pauvre créature est retournée cette nuit au bon Dieu.

En ce moment, ils entraient dans la cabane où le corps était étendu sur de la fougère et entouré de fleurs des montagnes, que les enfants de la maison avaient mises à la tête et aux pieds de la morte, selon l'usage du pays. Eugène poussa un gémissement sourd et tomba sur ses genoux devant le cadavre. C'était celui de la pauvre Claire ! . . .

Toro, ou elle vendait de» Jruils pour ma lable à mes domeS' uquos

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