CHAPITRE XVIII
Souvenirs d'Aranjuoz. — Cérémonial. — Retour à Madrid. — Singulière aventure. — Mes rapports d'intimité avec M"* de Beurnonville. — Heureux instants passés dans la maison de l'ambassadeur. — Dîner et surprise. — Tallien. — Conduite de Tallien au 9 thermidor. — Conférences de Junot avec le prince de la Paix. — Ports d'Espagne. — Son alliance avec la France. — Notre départ de Madrid. — M. le comte da Ega, ambassadeur de Portugal. — Portrait de la comtesse da Ega.
Bien des années se sont écoulées depuis que j'ai vu Aranjuez, mais le nombre de ces mêmes années ne fait au contraire qu'augmenter le charme attaché au souvenir de ce lieu de délices, car plus les événements se sont succédé autour de moi, plus j'ai vu et moins j'ai trouvé de comparaisons qui puissent même établir un parallèle. Ce n'est pas la Suisse, ce n'est pas la France, ce n'est pas l'Algarve, ce n'est pas l'Italie, ce n'est pas une autre chose enfin. C'est Aranjuez, c'est un paradis enchanté. Où trouver ces eaux jaillissantes fournies par deux rivières qui enserrent de leurs flots une île où le soleil féconde les plus belles fleurs, les fruits les plus rares de toutes les zones et de tous les pays, des arbres comme l'imagination nous les représente dans cette terre promise, dont une grappe de raisin était portée
par deux hommes \.. Jamais je n'ai vu de si verts, de si frais, de si beaux ombrages. On veut décrire quand on a vu Aranjuez, et la chose est impossible, surtout lorsque, comme moi, on l'a vu au moment où la nature se réveille après son sommeil - d'hiver et où toutes ses pompes, ses magnificences se déploient à l'envi, même dans ces lieux, les plus stériles et les plus ingrats. A Aranjuez, on trouve le luxe le plus éblouissant, la magnificence dans sa plus extrême splendeur; mais cette magnificence, ce luxe, c'est celui de la nature, non pas en nous donnant des mines d'or et de diamants... c'est avec les plus beaux ombrages formés par des arbres séculaires, des prairies où l'herbe courte et fleurie est tellement épaisse qu'elle est élastique, sans parler par métaphore, comme un tapis de la Savonnerie, des eaux jaillissantes et donnant par torrents une fraîcheur salutaire sous ces mêmes ombrages, où la chaleur ne peut plus atteindre. Comme on jouit de ce luxe de la nature et en même temps d'un calme si voluptueusement senti dans une belle journée, où le soleil ajoute encore à la pompe du spectacle! De grands arbres bien touffus, de l'eau à chaque pas, de hautes murailles de verdure, mais sans aucune régularité, voilà quelle est la magnifî cence du jardin de l'Ile. Je ne pense pas que la main de l'homme pût y ajouter sans le gâter. La calle de la Reyna, cette magnifique allée, formée par des ormeaux qui ont, dit-on, plus de cinq cents ans et dont
* On m'a reproché d'être un peu trop pompeuse dans mes descriptions de l'Espagne, c'est que j'ai vu et que je me rappelle. Tous ceux qui ont vu la belle partie de l'Espagne pensent comme moi.
la longueur est de plus d'une demi-lieue d'Espagne, est à- elle seule un des plus beaux ornements d'Aranjuez. C'est là que je revis le soir la reine et la famille royale. Les princesses se promenaient en voiture, chacune dans la sienne, jamais ensemble, et c'est ainsi qu'elles font, au très petit pas, plusieurs fois dans la même soirée, le chemin d'un bout de la colle à l'autre. Et chaque fois qu'elles se rencontraient, elles se saluaient avec une politesse qui pouvait être exacte, mais point du tout affectueuse. Les femmes qui se trouvaient sur la route de la promenade des princesses s'arrêtaient aussitôt, ainsi que les hommes; les femmes saluaient, et les hommes laissaient à l'instant tomber leur capa, qu'un moment avant ils drapaient de mille manières élégantes. Quant à la reine et aux princesses, lorsqu'elles passaient devant une femme qu'elles aimaient et qui, par son rang de grande d'Espagne ou de titulados de Castilla, pouvait recevoir un public témoignage de faveur, alors la princesse, qui voulait le lui donner, faisait, avec la main ou avec l'éventail, un signe amical comme pour l'appeler. Cette marque de faveur est très recherchée. Lorsque la reine passa devant la place où je m'étais arrêtée, elle me fit, en souriant, une inclination de tête fort gracieuse, à laquelle se joignit un salut de la main. La faveur était complète, comme on voit. Lorsque les infants, frères du roi, étaient revenus assez tôt de cette malheureuse chasse, qui vraiment ressemble à une monomanie, alors, pour se délasser, ils montaient à cheval et accompagnaient les princesses à la promenade.
Tant d'auteurs ont décrit Aranjuez, que j'en ai peut-être déjà tiop dit sur ce sujet. Mais les souve-
nirs se pressaient tellement en foule autour de moi, qu'il m'était impossible de les repousser. Je les ai retracés comme je les sentais. D'autres écriront aussi une relation de leur voyage à Aranjuez. Car, quel est Tœil qui k voit et demeure insensible? Quelle est la main qui, devant un tel tableau, ne cherche pas à le peindre ?
Je l'ai revu depuis, et voilà où les souvenirs sont moins doux. C'est alors qu'il ne faut pas anticiper sur les temps.
Nour retournâmes à Madrid. Le moment de notre départ pour Lisbonne approchait et nous avions plusieurs choses à faire qui, pour Junot surtout, étaient de la plus haute importance. Quant à moi, je courais Madrid, je voyais toutes les beautés qu'il renferme et, certes, il est faux de dire que cette ville n'est pas une des plus admirables de l'Europe. Cependant les Castillans ont une vanité un peu excessive lorsqu'ils disent :
— Donde Madrid ? se calle el mundo ^ !
Mais il est de toute vérité que c'est une belle ville, renfermant plus de raretés en tous genres que beaucoup de villes du N«rd dont on fait grand bruit et qui devraient se taire devant la capitale de la Castille, ainsi que le dit le proverbe.
Au moment de quitter Madrid, il m'arriva, chez l'ambassadeur, une petite aventure assez singulière pour trouver place dans des souvenirs.
J'allais tous les jours diner chez l'ambassadrice
* Oh est Madrid ? que le monde se taise ! On reconnaît ici la ,%nité castillane ; mais, comme je l'ai dit, cette vanité n'a qu'un bon motif.
Elle est bonne et parfaitement bienveillante. Aussi était-ce avec plaisir que j'obéissais à Junot, qui m'avait recommandé d'être bien pour elle'. J'allais donc chaque jour où nous n'étions pas invités à dîner dans quelque grand gala, à l'ambassade et, au bout de plusieurs jours, grâce à la bonté aimable de M""" de Beurnonville et de l'ambassadeur, ainsi que de M"" Amélie de Durfort et de son frère, je me trouvai dans cette famille comme dans la mienne. M. de Vandeuil, premier secrétaire d'ambassade, dont j'ai déjà parlé dans le volume précédent, se joignait à eux pour nous rendre le séjour de Madrid agréable, et mon souvenir le remercie àaalement de l'intérêt qu'il nous a témoigné.
J'arrivais ordinairement un peu tard, parce que mes courses de curieuse me conduisaient assez avant dans la matinée, et je n'étais pas de retour avant cinq heures. Il me fallait le temps de m'habiller. Aussi je n'arrivais presque jamais qu'après le troisième coup de cloche, mais on était indulgent pour moi et l'on me pardonnait. Un jour, ma course de la matinée avait été plus longue qu'à l'ordinaire. J'arrivai, selon mon habitude, au moment oia l'on passait dans la salle à manger. Le général Beurnonville me donne la main, je prends à peine le temps de saluer M"" de Beurnonville, et l'on se met à table. Lorsque le premier moment du silence fut passé, chacun se regarda. J'avais auprès de moi un grand homme, à la figure hideuse et sinistre, qui ne disait pas une parole. Cet homme était grand, brun, d'un aspect morose et atrabilaire, l'œil assez sombre dahs son regard et donnant même d'abord l'idée qu'il était borgne. Mais on voyait bientôt qu'il avait ce qu'on appelle un dragon
dans l'œil. Il était taciturne, parlait peu et, pour dire la vérité, on ne lui adressait pas beaucoup la parole. Cela me^^surprit, en raison de l'extrême politesse de l'ambassadrice, qui était vraiment charmante dans son accueil. Lorsque nous fûmes à l'entremets, je ne pus résister à ma curiosité et, quoique je susse fort bien qu'il n'est nullement poli de demander le nom des gens, je me penchai vers le général Beurnonville et je lui demandai celui de mon silencieux voisin.
— Comment, me dit-il avec un air étonné, vous ne le connaissez pas?
— Jamais je ne l'ai vu de ma vie.
— C'est impossible.
— Je vous le jure.
— Mais vous l'avez cependant entendu nommer bien souvent, dans votre enfance surtout.
— Vous commencez à piquer ma curiosité bien autrement qu'elle ne l'était avec l'œil extraordinaire du personnage. Quel est-il donc?
— Veux-tu que je t'envoie des épinards, Tallien, dit une voix bien connue.
C'était celle de Junot, qui était en face de moi, et qui avait deviné ma curiosité et s'en était amusé.
Je fis presque un bond sur ma chaise.
Tallien!!!
Je regardais le vilain en dessous. Il s'était aperçu de l'effet qu'il produisait sur moi et était devenu de la nuance de ses épinards.
Junot l'avait connu non seulement en France, mais surtout en Egypte, où il avait été, et il le tutoyait, sans être pourtant lié avec lui, car le général en chef ivait presque frappé d'anathème tous ceux qui avaient des relations avec Tallien. Je ne m'étais pas aperçue
qu'ils S'étaient approchés l'un de l'autre à notre arrivée.
J^éprouvais une singulière impression en entendant prononcer ce nom d'une manière si inattendue. Cette enfance, dont le général Beurnonville me disait d'invoquer le souvenir, avait été entourée de dangers et de récits les plus affreux, auxquels précisément se l'attachaient et le nom et la personne de Tallien. Je ne pus m'empécher, ainsi que je l'ai dit, de faire ur mouvement, dont sans doute il s'aperçut, car lorsque e jetai de nouveau les yeux sur lui, il me parut encore plus sombre et plus retiré sur lui même.
Le malheureux !.. quelle existence il traînai! alors ! Je demandai au général Beurnonville ce que Tallien pouvait faire à Madrid et comment l'un de nos décemvirs se trouvait dans le royaume d'un Bourbon,
— J'en suis autant étonné que vous, me répondii l'ambassadeur, et d'autant plus que l'empereur n'aime pas Tallien et qu'il le lui a toujours témoigné d'une manière peu gracieuse. C'est au point qu'en Egypte Junot a pu voir que le général Bonaparte était fort sévère pour les officiers qui étaient liés avec Tallien. Les deux Lanusse, qui étaient ses amis intimes, furent toujours peu bien venus du général en chef, en raison de cette liaison.
Les deux Lanusse étaient amis intimes de Tallien. L'aîné des deux frères fut tué en Egypte, à l'affaire du 30, où périt Abercrombie. C'était un brave el digne homme. Ce fut avec lui que Junot se battit à Boulack. L'autre frère, également ami de Tallien, revint en Europe. C'est lui que nous avons vu, sous la restauration, être l'un des serviteurs les plus cér lèbres de Charles X. 11 a épousé la fille du général
?erignon. C'est une personne dont le caractère serait )ien curieux à tracer. Elle est, dit-on, très dévote. D'est une chose que je n'ai jamais pu comprendre. Il j a probablement dans notre admirable christianisme juelques parties que nous ne sommes pas dignes de ;onnaître et dans lesquelles se trouve une explicaion de l'Évangile différente de celle devant laquelle e me prosterne et une autorisation qui donne pouvoir le châtier sans pouvoir jamais récompenser.
Ainsi, par exemple, M"° Lanusse possède dans son iternel sourire quarante nuances d'après lesquelles slle classait les personnes que sa position lui faisait ■egarder comme n'étant pas dans sa ligne. Elle est ntolérante comme le fanatisme du douzième siècle ; lans ce temps-là, la chose n'était que fâcheuse, parce (ue même une manière de grande dame pouvait nuire, dais aujourd'hui elle est à la fois fâcheuse et ridicule, parce qu'on demandera à M"* Lanusse pourquoi ille se mêle des affaires des autres. C'est une quesion que, pour ma part, j'ai été souvent au moment le lui faire, ainsi que dix autres femmes. Depuis, slle a été à Besançon et, comme elle vieillit, la chose l'est plus tenable. Heureusement qu'une passion, nais une passion plus effrénée que l'amour, plus ter- 'ible et dont les émotions sont hideuses, car elles iennent de l'Euménide, la passion du jeu, est portée îhez M^^ Lanusse au point de laisser peu de place à a médisance. Maintenant je demande si une vraie chrétienne est joueuse, médisante et intolérante?
Après le dîner, Junot me présenta Tallien comme m (le leurs compagnons de voyage d'Egypte. Il ne ne parut nullement se souvenir du mouvement que e n'avais pu retenir en entendant prononcer soo nom
Il nous apprit qu'il avait une place de consul à Malaga, je crois. Du moins suis-je sûre que c'était en Andalousie.
Tallien a un nom très faineux dans notre révolution ; sans aller chercher le motif qui le fit agir, il est hors de doute qu'il mérite une place dans notre histoire pour le fait du 9 thermidor, car je ne suis pas de ces bonnes âmes qui, toujours déterminées à trouver du bien dans tout, en trouvent même dans Robespierre et disent aujourd'hui qu'il avait de bonnes intentions que le 9 thermidor [est venu troubler et que nous aurions eu l'âge d'or si on l'avait laissé faire. Cela peut être. J'aime mieux le croire qu'avoir une discussion avec de ces braves gens qui disent encore aujourd'hui, bien que la mode en soit passée : « Sois mon frère ou je te tue \ » Et pourtant je suis •une bonne et loyale patriote. Et la France ! Ma patrie, ma patrie bien-aimée! Voilà mes dieux, voilà mes autels ! Car j'ai été nourrie à l'aurore de cette belle révolution. J'ai sucé ses principes et mes jeunes années se sont écoulées à l'ombre du drapeau tricolore et de l'arbre de la liberté !
Retournons à Madrid.
Junot avait eu les conférences qui lui avaient été
I Nous avons vu l'autre jour, dans un jugement, une explication de ce mot : La liberté ou la mort.
II est de fait que, dans l'origine, où tout avait rapport à cette sainte, cette belle, celte adorable liberté, tout était pur et avec abnégation de soi-môuie. Voilà la liberté dont j'ai souvenance, voilà la république que je demande. Mais, depuis cette époque, la robe blanche de la liberté s'est souillée de sang et ce n'étail pas celui qui portait l'étendard qui répandait le sien. Tout devint déviation.
ordonnées avec le prince' de la Paix, et il en était enchanté. J'en ai entendu dire beaucoup de mal et quelque peu de bien. Je puis même dire que, pendant mon second séjour à Madrid, ce moment, qui fut celui de la mort de la princesse des Asturies, fut affreux pour lui. Les bruits les plus injurieux et les plus sinistres se répandirent alors. J'ai donc eu tout le loisir de prendre alors de cet homme une impression défavorable. Mais, avec cette même conscience que je dois apporter à ce que je i aconte comme historienne, je dois dire que mon mari en avait reçu une tout autre et que depuis il influença beaucoup la mienne. Mon frère, qui l'a vu longtemps à Marseille, lors de son exil en 1808, m'a également raconté de lui des traits qui m'en ont donné une opinion meileure. Lui et Junot me querellaient sur mon injustice envers le prince de la Paix et le résultat de nos discussions était, de ma part, la manifestation d'un grand regret que le prince de la Paix n'eût pas mis à profit toutes les belles facultés d'homme d'État dont le ciel l'avait doué. Que pouvais-je faire de plus chrétien?
Nous partîmes de Madrid pour Lisbonne le 29 de mars 1805, après avoir acquis la certitude que l'Espagne était alors pour nous une fidèle alliée. Soit intérêt, soit vraiment loyauté, l'Espagne, à cette époque, nous donnait des gages de la plus parfaite et la plus entière alliance avec elle. Ses ports de l'ouest et du midi étaient remplis de vaisseaux prêts à appareillei sous notre pavillon. La Santa-Trinidad, vaisseau dtf cent trente canons, attendait nos ordres — c'est le mot — dans le port de Cadix. J'aurai bientôt à parler du triste résultat de ces immenses préparatifs,
Nous partîmes, après avoir été comblés de soins
affectueux par l'ambassadeur et, surtout, par l'ambassadrice de France. Nous n'avions pas pu échanger de prévenances avec l'ambassade de Portugal à Madrid, parce qu'elle n'était pas encore arrivée. C'était M. le comte da Ega, l'un des plus pauvres fidalgos portugais, qui venait à Madrid pour y représenter le royaume volé pendant le ministère du fameux comteduc. Le comte da Ega menait avec lui sa jeune femme, M"° d'Oyenhausen, la personne la plus charmante de Lisbonne.
L'époque de notre départ de Madrid était la plus convenable pour voyager en Espagne. C'est alors que la température est enchanteresse. Il ne fait plus froid, il ne fait pas chaud. Ce n'est plus la douleur et ce 71 est pas la joie. Nous devions traverser, me dit-on, un pays désert et affreux. Je partis effrayée. Mais à peine e-ùmes-nous fait dix lieues, que je compris alors une grande partie de ce qui est dit si bénévolement sur l'Espagne. Comme je l'ai observée avec un soin particulier sous le rapport physique et moral, qu'il me soit permis d'en dira ici mon sentiment comme voyageuse et comme observatrice.
L'aspect de l'Espagne, lorsqu'on sort de Madrid pour aller à Lisbonne, était surtout en 1806 aussi rebutant pour le voyageur qui entreprend une longue route, qu'il est possible qu'un pays le soit. C'étaient la pauvreté, la malpropreté de la Nouvelle-Castille, portées à leur plus haut degré. La plaine de Madrid s'étend sur une partie considérable de cette province 3n descendant vers le Tage. Mais en allant le rejoindre en Estramadure, ce n'est plus comme par la route d'Aranjuez. Plus de ces belles prairies, de ces ombrages d'Arcadie, de ces vallées qui rappellent
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Tempe et des pays encTianics. Le site est nu, ouvert, parsemé de quelques champs de blé mal cultivés et partout l'aspect de la plus profonde misère. Au moment où nous traversions cette partie de l'Espagne, sa physionomie était cependant à cette époque de l'année où elle revêt son costume de coquetterie. Tout était en pleine floraison et les buissons de genêts, qui plus tard ne présentent qu'une masse sèche et stérile offraient alors, avec leurs fleurs papiliunacées, d'un jaune d'or\ et leurs fleurs blanches avec un calice rouge, des bouquets d'une espèce.singulière, car ce genêt, presque sans feuilles et dépourvu d'épines, vient quelquefois à la hauteur de six pieds. Ses branches sont longues, flexibles et chargées de ces jolies touffes jaunes ou. blanches ; puis le daphne gnidmm\ avec ses fleurs à odeur de fleur d'oranger. A moins de connaître cet arbrisseau et le genêt dont je viens de parler, il est impossible d'avoir une juste idée des paysages de l'Espagne, mais surtout de la Nouvelle-Castille et de l'Estramadure. Les environs de Madrid en sont remplis et le parc qui entoure le Pardo principalement en est couvert. La flore de la péninsule est bien riche non seulement en plantes de cette nature mais en plantes exotiques. Don Casimir Ortéga désirait que l'histoire naturelle de tout ce que pouvaient fournir l'Espagne et la partie de l'autre hémisphère qui est sous sa dépendance, fût entièrement
1 II y en a deux espèces ires aislinctes, le genista spiiœrocarpa et le monospervia, qui est blanc. Celte dernière espèce fleurit en février, mars et avril.
Le daphne gnidium que l'on trouve en Estramadure a les feuilles plus lancéolées que le nôtre. C'est, dil-on, la cassia des anciens.
connue dans le monde savant. Depuis lui, la botanique et tout ce qui tient aux autres branches de l'histoiie naturelle, a été soigné et dirigé avec un égal intérêt. Mais la guerre a tout bouleversé et je crains bien que depuis la paix factice dont jouit l'Espagne, ses véritables éléments de grandeur n'aient été bien négligés par ceux qui tiennent le gouvernail, de son Vaisseau aventureux.