‹ Mémoires de Madame la duchesse d'Abrantès (volume 4)Chapitre 4 sur 64 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Cliàteau de Coppet. — Détails d'intérieur. — Appréciation de M™« de Slaél. — Son ambition politique. — Représentations théâtrales à Coppet. — Acteurs : MM. le comte de Sabran, Charles de Labédoyère, marquis de Palmella et M™^ de Staël. — Retour de M'"<> de Staël à Paris. — Éloignement de l'empereur pour cette femme célèbre. -=- Inauguration de l'ordre de la Légion d'honneur à l'hôtel des Invalides. — Étrange discours de M. de Lacépède, grand-chancelier.

La relation qui va suivre et qui dévoile dans ses moindres détails la vie intime des habitants de Coppet, n'est pas de moi ; elle m'a été donnée par M. Frédéric de Châteauvieux, auteur des spirituelles et remarquables Lettres de Saint-James et ami intime de Ar" de Staël.

« La grande figure de M"" Necker s'interposait comme une statue de marbre entre M. Necker et sa fille. Aussi, tant qu'elle a vécu, y a-t-il eu quelque chose de pénible et de brisé dans cette intimité de famille qui ne s'exhalait qu'en admirations réciproques. Mais dès qu'elle eut cessé de vivre, M, Necker ne trouvant plus auprès d'elle le caractère et la volonté auxquels il avait dû sa force d'asccMision, tombé luimême de si haut et n'ayant plus d'avenir que dans son intérieur, il se hâta d'y rappeler sa fille et consacra tous ses soins, je dirai presque toute sa galan-

MEMOIRES DE LA DUCHESSE D'ABHANTES fl

tcrie, à rendre cet intérieur agréable pour M""" de Staël.

« Cet intérieur avait des formes graves ; on y trouvait de la solennité, peu de mouvement et d'abord. Le mérite en était dans les prodigieux développements de l'esprit auxquels donnait lieu la présence de M. Necker, de M""^ de Staël, de M. Benjamin Constant, qui séjournait dans ce temps à Coppet.

« On se réunissait pour déjeuner dans la chambre de M""^ de Staël (on n'y buvait alors que du café). Ce déjeuner durait souvent deux heures car, à peine réunis, M™° de Staël soulevait une question prise plus souvent dans le champ de la littérature ou dans la philosophie que dans celui de la politique, et cela par ménagement pour son père, dont le rôle sur ce théâtre avait si malheureusement pris fin. Mais quel que fût le sujet du débat, il était abordé avec une mobilité d'imagination et une profondeur qui a été l'école ^de Benjamin Constant, et d'où jaillissait tout ce que l'esprit humain peut concevoir et créer, M"° de Staël avait dans ses luttes littéraires et philosophiques une grande supériorité sur son père, en promptitude, en facilité, en éloquence. Mais prête à atteindre le but, une piété filiale la saisissait et, comme effrayée du succès qu'elle allait obtenir, elle se fourvoyait elle-même avec une grâce d'esprit inimitable, pour laisser à son concurrent la gloire de la vaincre. Mais ce concurrent était son père, et il a été le seul auquel elle ait jamais' accordé un tel avantage.

a Chacun se retirait alors jusqu'au diner, qui se passait au milieu d'une querelle permanente entre M. Necker et de vieux maîtres d'hôtels sourds et

grondeurs, débris du régime que M. Necker avait enseveli, et qui avaient suivi sa fortune à Coppct avec leurs habits brodés. L'après-midi était encore consacrée au travail jusqu'à sept heures, où commençait le whist de M. Necker. Ce whist était orageux ; M. Necker et sa fille s'accusaient, se fâchaient, se quittaient en jurant de ne plus jouer ensemble, et recommençaient le lendemain. Le reste de la soirée rendait tout son prix à la conversation.

« Hormis quelques voyages, M""" de Staël a consacré ainsi huit années au bonheur de son père et à la première éducation de ses enfants, éducation très positive et dans laquelle elle a montré toute. la force de la raison supérieure qui a été le vrai point de départ de ses admirables facultés. C'est pendant ce temps aussi qu'elle a composé ses ouvrages que j'appellerai de sa seconde, manière, c'est-à-dire son livre sur l'influence des passions, sur la littérature, et enfin Delphine.

« Après la moFt de M. Necker \ en 4804, libre et maitr sse d'une grande fortune, M°° de Staël aspira à figurer sur la scène politique. Elle y était portée par une vive réminiscence des premiers temps de la révolution, temps de son début dans le monde et de ses premiers succès, temps d'enivrement, d'animation et où l'influence politique était dévolue à tous les talents, à tout ce qui exerçait une puissance morale sur des esprits sans expérience et amoureux de

* C'est précisément à l'époque où nous sommes arrivés dans ce volume, que M""' de Staël revint en France. C'est pourquoi je n'ai pas voulu ((ne colto notice fût mise eu une autre place que celle de son véritable temps.

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l'avenir. Elle y était portée parce qu'elle aimait à exercer le pouvoir comme un attribut de sa supériorité.

« Mais cet amour du pouvoir, ce désÎPj ardent comme tout ce que ressentait M""" de Staël, la ressaisit au moment le plus fatal pour elle, à l'instant où toute la force d'un gouvernement herculéen tendait à dépouiller la société de l'action des forces individuelles pour la concentrer uniquement en lui. Il s'établit ainsi une lutte forcée entre l'action individuelle que M"" de Staël aurait voulu exercer et la résistance que lui opposa le gouvernement de l'empire. Cette lutte ne cessa qu'au bout de huit années, à l'époque où M""* de Staël s'éloigna du théâtre de ce combat entre une puissance morale inouïe et le plus fort des pouvoirs matériels qui aient jamais existé.

« Mais, durant ce temps, M""" de Staël publia Corinne et son grand ouvrage sur l'Allemagne, ouvrage qu'elle a dû aux voyages qu'elle y avait faits pour s'éloigner du régime impérial et sympathiser avec les victimes auxquelles il avait permis de survivre à leurs blessures, ouvrage qu'elle a dû aux travaux entrepris et exécutés avec M. Schlegel dans la vue de pénétrer dans le monde littéraire et philosophique de l'Allemagne, monde nouveau alors, et que nous avons vu depuis envahir les idées, les traditions et même les habitudes littéraires dont la France s'était montrée si fière.

« Bien que M""" de Staël fût pénétrée du besoin de sortir de ces idées, de ces traditions, de ces habitudes, elle avait en elle un sentiment poétique, une horreur du mauvais goût et un pouvoir de charmer par l'harmonie des paroles, qui suscitaient de fré-

quentes querelles entre elle et M. Schlegcl, lequel, comme on l'a vu dans son cours, ne se laissait pas fasciner par l'harmonie des vers de Racine. Aussi suffisait-il que M™^ de Staël en déclamât quelques-uns avec une componction poétique, pour soulever une de ces querelles, d'oiî s'échappaient mille aperçus, mille points de vue aussi nouveaux que profonds sur tous les mystères de notre nature morale. Personne ne se ménageait dans ces brillantes discussions et il suffisait d'un instant pour que toutes les questions fussent analysées et atteintes jusqu'au fond.

« Le goût le plus vif, l'amusement le plus sérieux qu'ait eu pendant ce temps M™° de Staël a été celui des représentations théâtrales. Son admirable organe, l'expression de son jeu, lui donnaient une grande préférence pour mettre en scène des tragédies. Mais elle n'était secondée en cela que par M. le comte Elzéar de Sabran, M. Charles de Labédoyère et dom Pedro de Souza, aujourd'hui marquis de Palmella. Son jeu appartenait à l'école qui avait, précédé Talma, et son admiration pour ce grand acteur ne la rendit pas son écolière. Mais quoique M'"^ de Staël n'attachât pas un grand prix à ce talent, ce n'était pas moins dans les rôles de soubrette qu'elle excellait.

« M. le comte de Sabran composa des pièces pour ce théâtre, et elle écrivit enfin Agar la Sunamile et deux autres pièces qui ont été imprimées depuis et qui obtinrent un grand succès. Pour témoins de ses représentations. M""" de Staël réunissait à Coppct et ses relations du voisinage et ceux de ses amis qui venaient de loin pour Ta voir. J'ai déjà nommé M. de Sabran, mais j.e dois citer encore le prince Guillaume de Prusse, le baron de Vogt, Bonstetten, le poète

\Verner,M. de Montmorency, qui, chaque année, venait en pèlerinage à la Val-Sainte et à Coppet, et M'"" Récamier, chez qui RP° de Staël avait su reconnaître, au travers de sa beauté, l'esprit et le charme dont elle est douée.

« Aussi longtemps que M°" de Staël a pu réunir autour d'elle les amis que je viens de nommer, et d'autres encore; aussi longtemps que sa vie sociale a été respectée, elle • a supporté l'existence d'exilée. Mais lorsqu'elle vit dans le même jour et sous son toit hospitalier, M""® Récamier et M. de Montmorency frappés du même exil, l'impression qu'elle en reçut fut au delà de ses forces. La terreur de l'isolement, extrême chez elle, la douleur de se croire la cause immédiate de la condamnation de ses amis, la décidèrent à quitter, jusqu'à des temps meilleurs, la France et son voisinage, pour aller chercher ailleurs ce que la France lui refusait alors : la liberté. »

Cette notice, qui peint parfaitement, selon moi, l'intérieur de Coppet, donne également en peu de mots un aperçu très juste du caractère de M™* de Staël, l'un des plus remarquables de notre époque. Cette femme célèbre fit une grande sensation à l'époque où elle revint à Paris et il était impossible qu'il n'en fût point ainsi, car la mode, le caprice, un goût passager d'un jour, aussi fugitif que la fraîcheur du teint qui le cause, n'entraient pour rien dans notre admiration pour M""" de Staël, ni dans les hommages empressés de la foule. Car il est un fait certain, c'est qije la France la regarde comme son bien. Elle n'est pas Française, cependant. Mais bien que mariée à un Suédois, elle avait, j'en suis certaine, tellement adopté notre patrie, qu'elle eût été surprise qu'on lui disputât

le tilre de Française. C'est que son cœnr, qu» comprenait toutes les passions nobles et généreuses, avait voué toutes ses affections à notre pays malheureux. Ce n'est pas une main étrangère qui a tracé les lignes hardies et admirables de ses Considérations •ur le^ principaux événements de la révolution; c'est une main patriote qui a dessiné ces traits vigoureux et sublimes qui décèlent le génie. Mais ce n-'est pas l'heure de parler de cet ouvrage : il viendra en son temps. Je ne m'occuperai maintenant que de l'arrivée de M""" de Staël à Paris, après la mort de M. Necker.

M"'"' de Staël avait été exilée déjà sous le consulat. Son retour à Paris était donc une sorte de rentrée. Le nombre infini de ses connaissances fit de ce retour un triomphe. Ce fut uu tort. L'empereur, qui avait presque de l'éloignement pour elle, éloignement du reste fort injuste et sans cause, prit de l'humeur de ce bruit occasionné par l'arrivée d'une femme. Il oubliait que cette femme avait un génie supérieur, qu'elle parcourait à vue d'aigle ce qui était sous ses yeux, qu'elle était enfin, quoique femme, un des publicistes les plus remarquables de notre époque. Peut-être, au reste. ne Voublia-i-il [)as, et ne fut-ce que par crainte qu'il se décida à l'éloigner. Ce mot crainte ne doit pas être traduit comme on pourrait le faire. J'en donnerai l'explication lorsque plus tard j'arriverai à l'exil de M"'" de Staël. Junot, qui fut en partie chargé, à cette époque, de solliciter pour elle la faveur de rester en France, eut avec l'empereur une conversation qui mérite d'être connue.

Napoléon était empereur depuis trois ^ mois, lors-

* Jo lie parle ici que du titre d'empereur conféré par le Sénat

qu'il voulut inaugurer l'ordre de la Légion d'honneur, créé par la loi du 19 mai 1802. Cette cérémonie, la première qui eût de la solennité depuis que Napoléon avait son nouveau titre, eut lieu dans l'église des Invalides à Paris, le 44 juillet 1804. La plus grande pompe fut déployée dans cette circonstance : elle n'avait rien de factice. C'était une grande et belle idée que celle d'accorder une récompense militaire ou plutôt de la consacrer par un signe perpétuel et ostensible sous ces voûtes vénérées, dernier asile du soldat mutilé par le fer ennemi ; là, sous l'ombre de ces drapeaux que plusieurs avaient rougis de leur sang et payés d'un de leurs membres, il était grand sans doute de leur donner le prix pour lequel ils se dévouaient, celui de l'honneur. Les dignitaires prêtèrent serment entre les mains de l'empereur. M. de Lacépède, grand-chancelior de la Légion, prononça un fort beau discours, mais dans lequel peut-être il mit maladroitement quelques phrases que la circonstance rendait singulières. Il ne se rappela qu'une chose, c'était la première pensée de l'institution ; mais bien des changements étaient survenus depuis deux années ! Et M. de Lacépède, en rappelant l'anniversaire du 14 juillet auquel ce même jour répondait, et en

à Napoléon, le 18 mai 1804, à Saint-Cloud, où il résidait habiluellcmcnt. Je me rapjDelle qu'en apprenant que celte démarche solennelle avait eu lieu dans ce séjour malheureusement illustré par l'assassinat du dernier des' Valois, beaucoup de personnes no purent s'empêcher d'èlre péniblement affectées. L'im])éralrice Joséphine, qui était, comme on sait, fort superstitieuse, en fut très longtemps presque malheureuse. Mais la crainte qu'elle avait de Napoléon lui faisait celer ses pressentiments, et peu de personnes en eurent connaissance.

faisant une application directade ce qui avait été dit jadis pour le 14 juillet à l'époque présente, fit, ce me semble, une chose peu adroite ou dictée par un motif que je ne puis comprendre. Sans doute, le jour où la couronne est mise sur la tête d'un homme qui, dix ans plus tôt, était un simple officier \ ce jour atteste que le régime de l'égalité est bien fort, puisqu'il peut donner un trône. Mais qu'il continue de l'être, voilà qui est plus douteux... et lorsque M. de Lacépède ajouta dans son discours :

« Répétez les mots qui ont déjà été proférés dans cette enceinte, et qu'ils retentissent jusqu'aux extrémités de l'empire :

« Tout ce qu'a établi le l^ juillet est inéhranlahle ; rien de ce qu'il a détruit ne peut reparaître. »

Cette phrase est singulière, prononcée en instituant un nouvel ordre de chevalerie et devant le trône impéi'ial. C'est ainsi que les ministres de Napoléon, ou ceux qui, dans la position de M. de Lacépède, étaient appelés à exprimer une idée vaste et imposante qu'il fallait lancer au milieu de l'opinion, le faisaient de telle sorte qu'ils dépassaient la volonté de l'empereur, et lui donnaient ainsi l'apparence d'une duplicité et d'un calcul qu'il n'avait pas. Ainsi donc, en s'asseyant sur un trône, il a demandé à l'État de le rendre héréditaire, parce que son haut génie lui a fait voir que notre nation ne comporte pas, par sa nature turbulente, un état d'agitation permanent tel que celui auquel la

' « En Amérique, Tolontiers, j'eusse été un Washington. En France, j'aurais défié Wasiiington lui-:nrme, ou il n'eût été qu'un niais. Je ne pouvais être qu'un Washington couronné. » {Mémorial de Sainte-Hélène.)

soumettrait un régime électif auquel le pays serait forcé de recourir chaque fois qu'il faudrait donner un souverain à l'État, soità vie, soit temporaire; car, enfin, il est souverain, celui-là qui a le pouvoir et qui commande aux autres, quelle que soit la force des lois qui s'appellent répressives. Mais à cette pensée, d'autant plus juste qu'elle avait l'exemple, et l'exemple récent pour point de départ, s'en joignait une autre tout aussi positive, celle de Yéçialilé. J'ai entendu bien souvent l'empereur parler sur cette matière, et toutes ses paroles me sont demeurées présentes. Sa noblesse ellemême, création qu'il regardait comme une de ses plus grandes pensées ; sa noblesse avait été instituée dans l'intérêt d'établir cette égalité, vrai mobile de tout ce qu'ont fait et demandé les Français depuis vingt ans, disait-il. La liberté, observait Napoléon, a sans doute été !e premier cri du peuple lorsque la révolution a projeté les premiers rayons de sa lumière; mais ce n'était pas la véritable expression de sa pensée. Que la Russie se révolutionne, le mot liberté sera le premier qui s'échappera de ces bouches vraiment esclaves, qui s'ouvrent si souvent pour crier sous le nerf de bœuf dont s'arme un maître barbare. La liberté est le vrai bien que désirera le peuple russe dès qu'il aura un souhait à exprimer : il ne comprend pas encore V égalité. Mais chez nous, c'est autre chose et le premier éclair de notre révolution a fait voir combien il existait de talents que le nivellement rendait à la société pour le bien et la gloire de l'État. Aussi est-ce V égalité que le peuple français a toujours voulue; à bien dire, il n'a jamais eu de liberté depuis le temps oîi elle fut tant proclamée. Car enfin, la véritable définition du mot liberté est l'entier exercice

de^ toutes les facultés. Et hormis quelques discour> qu'on permettait aux bavards de quelques sections de crier dans leurs séances, dans l'année 1795, montrez-moi une époque où le peuple ait été vraiment libre d'agir, de parler, de se conduire, enfin, comme il l'entend. Quand des masses de femmes, de mécontents, se rendaient à la Convention après le régime de la Terreur, on leur répondait : « Allez-vous en à vos travaux, la Convention poursuivra les siens. » Et cependant le malheureux peuple mourait de faim et ne demandait que du pain. Quant aux années 1193 et 94, les présentera-t-on comme exemple d'une époque libre? Soùs le Directoire, malgré sa faiblesse et la pourriture d*^ ses étais, on n'osait pas parler, le bureau central était là pour vous faire taire; et après le 18 fructidor, la France eut une seconde Terreur, et les journaux supprimés alors par l'ordre de Sieyès, répondent à la liberté de ces temps désastreux. Jamais le peuple, même sous Louis XI, sous Richelieu, sous les gouvernements les plus despotiques, n'eut moins de liberté que dans les années qui se sont écoulées depuis le commencement de la révolution. Ce que la France voulait, et ce qu'elle veut sous un nom qu'elle ne sait pas appliquer, c'est l'égalité; c'est surtout l'égalité devant la loi et pour parvenir.

Et Napoléon avait grandement raison. Au reste, nous nous laissons souvent entraîner par la magie des paroles, et nous crierions comme nous l'avons fait : Vive noire ruine! si le désastre était voilé sous (le grands mots. Nous l'avons prouvé, nous le prouvons, et nous le prouverons encore.

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