CHAPITRE n
Evasion miraculeuse de six cents Français prisonniers. — Conduite admirable de M. Le chevalier de Faurax. — Ils échappent aux tortures des pontons espagnols. — Réunion à la France de la Hollande et de l'Italie. — Nous sommes le premier peuple de l'univers. — Bernadotte, roi de Suéde. — Prise d'Astorga par Junot, — Fêtes à Paris. — Chagrins qu'éprouve iMarie-Louise de quitter Vienne. — Berthier la trouve en larmes. — Elle regrette ses parents, ses dessins, ses tapis, ses oiseaux et son chien. — Réscîution subite de Berthier. — Arrivée de Marie-Louise. — Rencontre à Compiègne. — Saint-Cloud. — Enthousiasme du peuple aux Tuileries. — Journées de délices. — Le cabinet. — Les tapis, les dessins, les oiseaux et le chien sont ici. — Es-tu contente, Louise ? — C'est Berthier qui en a le mérite. — Embrasse-la, mon vieil ami. — Et voilà cet homme qu'on a abandonné! — Fêtes à Valladolid. — La marquise d'Arabecca. — Elle aime à rire, elle aime à boire. — Elle me prête son piano. — Je trouve des cigarilas sur les cordes de basse. — Elle aime à rire, elle aime à boire .
11 arriva vers cette époque un événement vraiment admirable et dont notre nation doit être flère à jamais. Six cents prisonniers français attachés, pour ainsi dire, sur un ponton dans la baie de Cadix, formèrent le projet de se sauver et le mirent à exécution. 11 s'agissait cependant de traverser deux escadres ennemies et surveillantes ; il fallait le faire sur une mauvaise carcasse de navire sans agrès, sans voiles, sans aucun moyen de la gouverner. Et cela, il le fal-
MÉMOIRES DE LA DUGHE6SE D' AERANTES â7
lait tenter sans connaissance delà mer et sans aucun secours. Ces six cents Français étaient presque tous des officiers. Ils firent usage de leurs connaissances en mathématiques, prirent le vent et arrêtèrent enfin le moment de leur délivrance, du moins celui où ils la tenteraient. Mais ils ne pouvaient rien espérer, si leurs compatriotes, campés sur la terre ferme, de l'autre côté des puntalès, n'étaient pas prévenus de leur tentative. L'un des prisonniers, dont le nom mérite d'être à jamais consacré, M. le chevalier de Faiirax, se jeta à la mer et traversa à la nage une distance de plus de quinze cents toises pour aller prévenir le maréchal Victor, dont le corps d'armée pouvait leur prêter secours. Le courageux jeune homme eut le bonheur de résister non seulement à la fatigue de cette course aventureuse où chaque vague offrait un double péril, mais il échappa à la surveillance des deux flottes, au feu de plusieurs chaloupes canonnières, qui l'eussent foudroyé s'il eût été aperçu, et à l'ouragan. Ce n'était rien pour ses camarades d'infortune. Cependant, il fallait doubler leur courage en leur apprenant que des dispositions de secours étaient faites en leur faveur par le maréchal Victor. Il n'hésite pas un instant quand il voit qu'un seul signal peut tout perdre, il se rejette à la mer, traverse avec le même bonheur l'espace qu'il vient de parcourir et retourne à ses malheureux compagnons pour les amener sur une terre libre ou pour partager de nouveau leur terrible sort.
Ils furent tous sauvés! Ah! que cela fait du bien au cœur de penser que de si nobles victimes ont échappé à ces tortures de la vie de pontons! C'était une éducation de barbarie que les Anglais donnaient
aux Espagnols, car jamais cette nation, passionnée il est vrai, mais grande et généi-euse, n'aurait employé ainsi la pointe du poignard pour tourmentev, ses en nemis. Elle eût ouvert leur poiti-ine de son tranchant, sans épuiser ainsi leur sang goutte à goutte. C'est l'idéal de la cruauté que le récit de ce que nos prisonniers ont souffert en Angleterre sur les pontons. C'est fabuleux dans l'horrible.
Du reste, à cette époque, les événements les plus extraordinaires passaient devant nous comme une fantasmagorie évoquée par un de ces enchanteurs dont les vieilles chroniques bercèrent notre enfance et qu'elles nous représentaient soulevant le monde d'un coup de leur baguette d'or et de fer. Ingénieuse allusion au bien et au mal. Dans les premières années du siècle, en vérité c'était à croire à un pareil prestige, quand on voyait les trônes s'écrouler, s'élever, d'immenses destinées apparaître tout à coup, puis s'obscurcir avec la même rapidité, et tout cela à la voix d'un seul homme !
Ce fut alors que, presque le même jour, moururent, l'un à Londres, l'autre à Paris, deux êtres qui, bien qu'ils fussent hors de la sphère de sa domination, n'en appartenaient pas moins au merveilleux qui entourait son nom. C'étaient le chevalier d'Éon et M. de Mongolfier. L'un, moitié femme, moitié homme, au sexe ambigu, demeuré comme un témoin frappant du scandale de la politique du cabinet de Versailles et de la France dégénérée sous Louis XV et son ministre Pompadour. La physionomie morale de la nation à cette époque s'était conservée dans cet être, quel qu'il fût, .aventurier ou aventurière, pour nous faire rougir de ce que nous avions été naguère.
L'autre, au contraire, hardi novateur, semblait n'être né que pour le bien de la science. Se frayant des routes inconnues là où nul mortel n'avait encore été, il avait contraint les éléments à lui obéir et paraissait aussi, lui, réaliser la fable de cet enchanteur que je signalais plus haut. Puis c'étaient nos dernières colonies^ perdues, et tout aussitôt, comme par une compensation subite, la Hollande réunie à la France. Et l'on entendait nommer à la ftis le département du Zîiyderzée et celui du Tibre. Nous perdions des îles lointaines, mais la France avait alors trente-six mille lieues carrées, cent trente départements et au delà de quarante-trois millions d'habitants ! Ah ! si alors Napoléon avait su conserver de telles conquêtes, s'il avait compris que, parvenu à ce point de sa miraculeuse carrière, l'affermissement de ce qu'il possédait était plus urgent que de nouveaux efforts pour agrandir cet immense empire, qui ne demandait plus que perfection et solidité, nous eussions été longtemps encore ce qu'il voulait faire de nous, le premier peuple de l'univers !
Je reçus alors de Paris une lettre qui d'abord me parut bien extraordinaire. Puis, en y réfléchissant, en me rappelant tout ce qui m'avait été dit mille fois de Bernadotte, je ne fus plus étonnée. Il était question de son adoption par le roi de Suèiie, Charles XIII. Mais je parlerai plus tard de ce fait avec quelques détails, maintenant il faut marcher avec les événements d'Espagne.
• Bourbon et l'Ile-de-France prises l'une en juillet et l'autre en octobre ISiO. La réunion de la Hollande et du Brabant est du rpérne temps.
Junot prit Astorga, ainsi qu'on l'a vu plus haut, puis il revint à Valladolid. Les nouvelles devenaient inquiétantes du côté de l'Ouest. Le général Kellermann avait défait l'armée du duc del Parque, mais cette armée était presque plus dangereuse étant disséminée que ralliée sous un chef faisant la guerre. On n'osait pas sortir de la ville. Je me rappelle qu'un jour, me promenant au bord de la rivière, presque dansCampo- Grande\ dans un jardin attenant aux portes de la ville, qui appartenait autrefois au collège des Irlandais et que j'aimais fort, parce qu'il y avait de l'ombrage et de l'eau, je faillis être prise par des guérillas qui s'approchaient de la ville habillés en paysans. Rien ne les trahissait. Le maréchal Ney était toujours à Salamanque et le général Keynier du côté du Tage. On ne savait pas encore qui prendrait le commandement de l'armée de Portugal, et pourtant cette armée devait bientôt marcher. Tandis que nous attendions, les fêtes du mariage avaient lieu à Paris et les relations que je recevais étaient de vrais contes de fées. Et pourtant c'était réel. Je n'étais pas alors à Paris. Je ne me mêlerai donc pas de parler avec détail de ce que je n'ai pas vu. Je vais seulement rapporter, à propos du mariage, une anecdote qui lui est relative.
On sait que le prince de Neufchàtel fut chercher l'impératrice à Vienne pour la conduire à Paris. Lorsqu'elle eut été épousée par son oncle le prince Charles et que toutes les cérémonies d'étiquette furent achevées, ce qui, à Vienne, comme on le sait, n'est pas sitôt terminé, il fallut songer au départ. Les prépa-
' Grand espace entouré d'arbres, qui sert de promenade à Valladolid. 11 y a treize couvents bàlis autour de Canipo-tirande.
natifs se firent et, tandis qu'ils avaient lieu, la jeune Marie-Louise, dont on ne pouvait blâmer les regrets, pleurait chaque jour à la seule pensée de quitter sa famille. On sait qu'en Autriche les liens de parenté ont quelque chose de sacré qui nous semble peu bienséant à nous autres gens de France. Mais il est de fait que, même sous Marie-Thérèse et sous la sèche et astucieuse politique du vieux Kaunitz, ces liens de famille étaient chers et respectés. Marie-Louise, élevée dans ces principes, pleurait non seulement à la pensée de quitter ses sœurs et son père, et peut-être même sa belle-mère, mais aussi à celle de venir auprès d'un homme qui devait être pour elle un objet presque de terreur. Aussi n'est-ce pas de cela queje puis la blâmer, et si jamais elle n'avait été coupable que de ces larmes-là, j'en verserais aujourd'hui sur elle. Mais elle les a remplacées depuis par de doux regards, des paroles d'amour, des sourires de tendresse... Voilà ce que je ne lui pardonnerai jamais, d'avoir non seulement oublié, mais dénié. Voilà ce que mon âme recueillera éternellement comme une marque de perfidie envers celui qui l'aima avec amour ! Mais laissons ces idées, elles brûlent le cœur.
Le jour du départ arriva enfin. L'impératrice prit congé de son père, de sa belle-mère, de ses sœurs et de ses frères, puis elle se rendit dans son appartement pour y attendre Berthier, qui, selon l'étiquette, devait aller l'y prendre pour la mettre en voiture. Lorsqu'il entra dans le cabinet où elle s'était retirée, il la trouva tout en larmes et, la voix brisée par les sanglots, elle lui dit qu'elle était bien fâchée de lui paraître aussi taiblc.
— Mais jugez si je suis excusable, lui dit-elle,
voyez, je suis ici entourée de mille choses qui me sont précieuses. Ces dessins sont de mes sœurs, cette tapisserie a été faite par ma mère, c'est mon oncle Charles qui a fait ces tableaux.
Et, continuant l'inventaire de son cabinet, il n'était pas jusqu'au tapis de pied qui ne lui vînt d'une main chérie. Et puis, les oiseaux qui étaient dans une volière, une perruche. Mais la pièce la plus importante et la plus regrettée faisait à son tour autant de bruit dans ses plaintes, et cette pièce c'était un cliien.
On n'avait pas laissé ignorer à la cour de Vienne combien ces malheureux chiens de Joséphine, à commencer par Fortune, qui eut l'honneur de faire une partie des campagnes d'Italie et qui eut les reinscassés par un gros chien mal élevé, avaient été déplaisants à l'empereur. Aussi, en père prudent, François II eut-il soin que sa fille laissât son chien à Vienne et n'emportât aucune de ses bètes avec elle. Mais la séparation n'en était pas moins cruelle, et la jeune impératrice et son chien faisaient un duo de regrets.
11 y avait toutefois dans ces mêmes regrets une preuve de bonté de cœur qui fut comprise par Berthier, qui lui-même avait de la bonté. En voyant tout ce deuil, là où il aurait voulu ne voir que joie et transport, il lui vint une idée qu'il accueillit aussitôt.
— Je venais au contraire prévenir Votre Majesté, dit-il à Marie-Louise, qu'elle ne partira que dans deux heures. Je lui demande la permission de la quitter jusqu'au moment du départ.
Et, s'éloignant aussitôt, il fut rejoindre l'empereur, à qui il confia son plan. Fr;inçôis II est le meilleur des hommes et des pères, il comprit à merveille ce qu'on lui demandait. Berthier donna ses ordres et, au
bout de deux heures, ainsi qu'il l'avait dit, tout fut prêt. Il fut prendre l'impératrice. On partit... Elle arriva en France... Là elle vit des fêtes, des merveilles, ît elle oublia un peu le chien et la perruche. Puis on ïrriva à Compiègne. Vous savez comment la voiture s'arrêta, comment un homme y monta sans rien dire ît prit place à côté de celle qui n'était encore que sa lancée, et à laquelle il avait déjà voué une fidélité qui le fut jamais violée par lui jusqu'au moment de sa nort, de cette mort devenue un bienfait pour lui et jue des années d'agonie lui faisaient appeler à grands :ris. Puis vinrent les jours de miel pour la jeune jpouse. Tout le bonheur qui l'entourait était si raiieux que ses paupières s'abaissèrent à son éclat! [)n vint à Saini-Cloud, puis à Paris... C'est là qu'un ies derniers sourires de la fortune tomba sur la tête, întourée d'une auréole de bonheur, de son favori, lorsque, prenant par la main cette jeune femme qu'il croyait un gage de paix et d'éternelle alliance, il la présenta au peuple rassemblé en foule au-dessous du balcon impérial des Tuileries ! Comme dans cette journée de délices les cris de : Vive V empereur! ébranlaient les fondements mêmes du vieux Louvre !
— Vive V empereur ! vive Vimpératrice ! criaient cent mille voix.
Et lui, tout tremblant de bonheur, ivre d'une joie jusqu'alors inconnue, qui venait inonder son cœur, il pressait entre les siennes une toute petite main, qui alors savait bien lui répondre et lui répondre avec amour.
Quand ils se retirèrent du balcon, il lui dit :
— Viens, Louise, il faut qae je te paie du bonheur que tu viens de me donner.
Et l'entraînant rapidement dans un de ces corridors
sombres qui, même en plein jour, ne sont éclair-' que par une lampe, il la Taisait marcher à grands pa-
— Où donc allons-nous? disait l'impératrice.
— Viens toujours, que crains-tu avec moi? as-ti' peur?
Et il rapprochait de lui la jeune femme en la serrani contre son cœur, qui battait avec une émotion délicieuse. Toutà coup il s'arrêta devant une porte fermée. Un bruit se fit entendre. C'était un chien qui avait entendu, ou plutôt qui avait senti ceux qui s'approchaient. Il grattait de l'autre côté de la porte. L'empereur l'ouvrit et poussa doucement l'impératrice dans une pièce très éclairée, où l'éclat du jour l'empêcha d'abord de distinguer ce qu'elle voyait. Puis les objets devinrent plus distincts, il se détachèrent en lames de feu pour la frapper au cœur. Elle se pencha sur la poitrine de Napoléon et fondit en larmes.
Savez-vous ce qui causait cette émotion ? C'est que Marie-Louise, impératrice du premier des empires, retrouvait au milieu des pompes triomphales, des gloires partagées d'un époux le plus grand homme de l'univers, Marie-Louise retrouvait, par lui, de ces joies de l'enfance, de ces délices de famille, de ces souvenirs qui lui garantissaient que celui auquel son père avait fié son bonheur lui en rendrait fidèle et bon compte. Elle sentait encore à cette époque et elle h montra dans la vive émotion qu'elle manifesta. L'empereur la serrait contre sa poitrine et baisait doucement ses joues si fraîches toutes baignées de larmes. C'était bien du bonheur qu'ils avaient alors tous deux Dans ce moment d'extase l'annonce d'une victoire eu peut-être trouvé Napoléon sourd à sa voix. Cependaft'
l'impératrice parcourait avec ravissement le cabinet meublé avec ses fauteuils, son tapis, les dessins de ses sœurs, ses volières et jusqu'à son chien ! La pauvre petite bète semblait craindre d'approcher.
— Es-tu contente, Louise? lui demanda l'empereur.
Pour réponse, elle se jeta de nouveau dans ses bras. Ils étaient alors près de la fenêtre et, quoiqu'elle fùl fermée, on vit ce mouvement du dehors et des acclamations à faire trembler les murs furent poussées jusqu'au ciel par le peuple. Marie-Louise se retira, en rougissant, dans le fond du cabinet. Napoléon se mit à rire et fut l'embrasser dans le coin où elle s'était réfugiée. Dans ce moment un léger bruit se fit entendre à la porte entr'ouverte et la tête de Berthier se laissa voir. L'empereur lui prit la main et le fit entrer.
— Tiens, Louise, dit-il à l'impératrice, j'ai eu la récompense et il en aie mérite. C'est lui qui eut l'idée, en voyant tes larmes, de transporter ici ce qui pouvait adoucir tes re?rets, du reste si justes. Allons, embrasse-le aussi lui, pour qu'il soit récompensé.
Berthier avait les larmes aux yeux. Il prit la main de Marie-Louise, mais l'empereur la poussa doucement vers lui :
— Non, non pas ainsi ! Embrasse-la, mon vieil ami.
Et voilà cet homme que l'un a abandonné et que l'autre a oublié, à peine était-il dans la nef de l'exil!
Nous eûmes aussi des fêtes à Valladolid. Le général Kellermann me donna un charmant bal, très bien ordonné et qui eût été parfaitement bien, même à Paris. Je dansai, mais peu, parce que ma grossesse commençait à être avancée et que je ne conçois pas qu'une
mère puisse faire courir un danger même incertain à l'enfant qu'elle peut mettre au jour. Aussi je ne vals;ii pas et je me contentai de danser quelques contredanses. II en fut de même chez moi, où je donnai une belle fête aux femmes de Valladolid, parmi lesquelles il y en avait alors de fort jolies.
Je me rappelle entre autres h jeune comtesse de Valloria, nièce du duc del Parque. Elle avait surtout une beauté rare en Espagne. C'était une fraîcheur merveilleuse, c'était un bouquet de roses blanches et roses. Mais le défaut ordinaire à ce genre de beauté se faisait déjà sentir, quoiqu'elle eût à peine quatorze ans. Elle était énormément grasse pour son âge.
Une autre femme assez jolie, et surtout élégante à la manière des élégantes de province en Espagne, c'était l'intendante de la ville, la marquise d'Arabacca. Elle était jeune et très gaie. Souvent, en entendant parler d'elle aux officiers de l'état-major du duc, je leur demandais quelques renseignements sur elle et l'un d'eux me répondit un jour par cette ancienne chanson :
Elle aime à rire, elle aime à boir», Elle aime à chanter comme nous.
Ayant appris qu'elle avait un fort bon piano dont elle ne faisait rien, je lui écrivis pour la prier de me le prêter. Elle me répondit aussitôt un petit billet, très bien tourné en espagnol. Quand je dis un petit billet, c'était une lettre de trois lignes, mais écrite sur du papier à lettre presque grand comme du papier à ministre. C'est la coutume dans le midi de l'Europe. En Italie, c'est la même chose, les femmes ne savent
pas ce que c'est qu'un billet du matin. La marquise d'Arabacca m'envoyait en même temps l'objet de ma demande. Je l'essayai sur-le-champ et je le trouvai très bon. Seulement il avait à la basse un son que je ne pouvais comprendre. Je l'ouvris et je trouvai sur les cordes le plus joli petit paquet de cigaritas (paquillas) qu'il soit possible de voir. Cela m'expliqua le parfum très méphitique pour moi dont était imprégné le billet de la marquise... mais aussi :
Elle aime à rire, elle aime à boire, £lle aime à chanter comme nous 1