NUI
pouvais prévoir, a toujours été regardé par moi comme une des fatalités de ma vie, etc. »
Ce qu'on vient de lire est transcrit par moi sur une note que je possède entièrement de la propre main du général ThiébaultV
Je terminerai ce chapitre par un fait qui me concerne et qui peut faire juger à quoi point était cruellement agitée la vie qu'on menai i en Espagne. C'est encore le général Thiébault qui parle.
« ...Peu après l'arrivée de la duchesse d'Abrantès à Salamanque.je résolus de conduire moi-même douze mille hommes de renfort à l'armée du maréchal Masséna à Santarem. J'allai en informer la duchesse et lui dire que cette résidence ne serait plus tenable pour elle, et que je regardais comme indispensable pour elle qu'elle se rendît à Valladolid. J'ajoutai que le petit nombre d'hommes que je laisserais à Salamanque devait, en cas d'attaque, évacuer la ville et se jeter dans le fort, où ils seraient à l'abri, mais qui ne pouvait lui offrir, à elle, un asile seulement supportable. J'ajoutai encore que je savais (ce qui était vrai) que toutes les bandes de guérillas la guettaient et rivaliseraient d'ardeur pour la faire prisonnière avec son fils. Enfm, je lui offris de lui donner par écrit toutes ces déclarations, dont mon respect pour elle, mon dévouement pour le duc, me faisaient un devoir. Mais quelque chose que je pusse faire et dire, elle fut inébranlable.
^ Je n'ai rais celte note du général Thiébault que pour raoutrer dans tout son jour l'existence terrible qui était imposée à chacun, moine aune pauvre lemme, pendant cette guerre mal beureuse.
DE LA DUCHESSE D'ABRANTÈS Ml
€ — Quoique je fusse bien mal à Ciudad-Rodrigo, me répondit-elle, je ne l'ai quitté que parce que le défaut de nourriture, et pour ainsi dire d'abri, m'y a contrainte. Mais, en venant à Salamanque, j'ai promis au duc de l'y attendre et de ne pas quitter la ville sans lui. Je le lui ai écrit par le comte d'Erlon, je tiendrai ma promesse. Je la tiendrai, quoi qu'il puisse m'en arriver. S'il survenait en votre absence un danger qu'il fallût éviter, eh bien, je saurais moi aussi me retirer dans le fort avec mon fils et m'y mettre sous la protection de ces mêmes soldats qui m'ont déjà sauvée. Je ne vous en remercie pas moins, général, de vos avis et de vos instances. Mais je vous prie de ne pas laisser ici un honmie de plus à cause de moi. Le fort sera, en cas de danger, une retraite assez sûre.
« Mon départ n'eut pas lieu. 3Iais il n'en est pas moins vrai que M""* la duchesse d'Abrantès donna dans cette occasion la preuve d'un courage et d'une fermeté extraordinaires, car, pendant mon absence, presque tous les fonctionnaires devaient quitter Salamanque. »