‹ Mémoires de Madame la duchesse d'AbrantèsChapitre 10 sur 58 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Jles visites aux Tuileries après le 3 nivôse. — Conversation avec le premier consul. — Inutilité d'une victime de plus. — Opinion de Bonaparte sur le salon de ma mère. — Son jugement sur les émigrés. — M. Roger de Damas, terme de comparaison de bravoure. — Le cheval et le manteau. — M'"« Murât à l'hôtel de Brionne. — Promenade à Villiers. — M. Baudeloque et M™® Frangeau. — Nous ne sommes pas riches .'... — Opinion du premier consul sur les auteurs de la machine infernale.— Les républicains et les enragés. — Sci'ne remarquable à la Malmaison. — Discussion animée entre Bonaparte et Fouché. — Enumération de crimes contemporains. — M'"^ Bonaparte et la conciliatrice éconduite. — Suite et fin d'une longue discussion entre Fouché et le premier consul. — Le Turc et le militaire français. — Metge et son arrestation. — Le tribun Duveyrier. — Tribunaux spéciaux. — Portails à la Malmaison et le discours préliminaire du Code civil. — Les papiers de Junot.

Dans les jours qui suivirent l'explosion de la machine infernale, nous fûmes encore plus assidus que de coutume à nous rendre aux Tuileries. Ma mère elle-même m'engageait à n'y pas manquer et souvent, quelque désir qu'elle eût de m'avoir auprès d'elle, elle me forçait à la quitter pour aller au château.

— Tu auras grand soin, me dit-elle , de bien exprimer au général Bonaparte tout le mal que m'a fait cette horrible affaire. Ne va pas arranger cela comme une adresse du tribunal ou du conseil d'État, mais peins-lui avec vérité ce que j'ai ressenti le soir et la nuit du 3 nivôse.

Ma mère avait beaucoup pleuré en rentrant chez elle, où j'ai déjà dit que je n'avais pas pu la suivre, et dans la nuit elle avait eu un violent accès de fièvre. Ma mère pouvait bien dire ce qui lui déplaisait relativement au premier consul, mais il était l'enfant qu'elle avait élevé et la nature était plus forte que toutes les petites rancunes auxquelles l'esprit supérieur et la belle âme de ma mère ne donnaient au reste accès chez elle que pour couvrir une juste dignité d'amitié offensée. Elle était attachée à Napoléon. Plus d'une fois je suis sûre qu'elle s'est repentie d'avoir été si sévère pour celui qu'elle avait aimé comme ami et, dès sa naissance, comme le fils d'une de ses plus chères amies. La tentative du 3 nivôse la fit frémir. Elle ne me le témoigna pas à l'Opéra, parce que là elle craignait pour moi et que cette crainte absorbait toutes les autres, Mais quand elle fut rentrée chez elle et que l'horreur du forfait avec ses afîreuses conséquences lui apparurent dans toute leur vérité, elle pleura beaucoup, comme je l'ai déjà dit, et fut très malade pendant deux jours.

Lorsque je m'acquittai de sa commission auprès du premier consuP, il me répondit de manière à vivement étonner toute personne qui ne l'aurait pas connu comme moi. Il me regarda bien attentivement, arrêta sur moi ce regard plein de feu et de plomb, avec lequel il neutralisait le vôtre par son action vive et pressante et me fit répéter ce que je lui disais de la part de ma mère.

— J'ai eu l'honneur de vous exprimer au nom de

1 C'était à l'un dos dîners du quintidi qui suivirent le 3 nivôse, Celui du 15, je crois, car je me rappelle très positivement que ce ne fut pas à celui du 5 suivant.

ma mère, général, le vif intérêt qu'elle a pris à ce qui s'est passé l'autre jour. Elle espère que vous n'en doutez pas et, moi, j'ajoute qu'elle peut y compter, n'est-il pas vrai?

— Cependant elle s'en est allée, ainsi que vous, avant la fin de l'oratorio.

Je ne répondis pas, mais je regardai le général Bonaparte avec une expression dont il traduisit probablement le texte littéral, car il ajouta en cessant de me regarder et en allant vers la fenêtre, quoiqu'il fît nuit et qu'il ne pût rien voir dans la cour du château à cette heure :

— Au fait, il n'en serait rien résulté pour ma sûreté quand une victime de plus se serait exposée, dans le cas oii il y aurait eu du péril pour moi.

— J'ajouterai, général, qu'aux yeux de ma mère, c'était sa fille qui était exposée, et aux miens, c'était ma mère. Nous nous devions un mutuel intérêt de conservation. Quant à moi, je ne puis rien dire qui ressemble à de l'exagération, quand j'affirme que je ne me suis éloignée de l'Opéra qu'avec une grande répugnance. Je savais que dans le moment même où je le quittais, Junot courait aussi le danger qui pouvait menacer son général, et cette pensée me faisait mal. Mais je ne pouvais laisser ma mère courir cette même chance sans être, en quelque sorte, criminelle.

— Eh oui, sans doute, oui, sans doute, répondit le premier consul avec une inflexion de voix que je ne puis rendre, c'est moi qui suis un homme tout à fait ridicule d'avoir dit ce mot d'exigence, car vous allez l'appeler comme cela. Je sais que dans la société de votre mère on cherche à recueillir tout ce qui peut me faire paraître sous un jour peu favorable.

— Général, répondis-je, fort peinée de cette persistance à croire que le salon de ma mère était un foyer où s'allumaient les haines contre lui, comment puis-je faire pour vous dissuader? Je n'y parviendrai que par un moyen que Dieu seul pourra même faire réussir, c'est que l'accent de la vérité aille à vous, Jespère beaucoup dans cette vérité qu'on ne peut jamais feindre. J'ai l'honneur de vous dire, citoyen consul, que jamais il ne s'est prononcé dans le salon de ma mère une phrase injurieuse contre vous, sans que ma mère ou mon frère ne se soient aussitôt emparés du privilège de maîtres de maison pour imposer silence aux personnes qui parlaient de vous dans un sens que l'amitié de ma mère pour vous et toute votre famille lui interdisait, non seulement par véritable attachement, car ïamitié de ma mère, poursuivis-je fort émue et presque en colère, n'est pas de ces affections vulgaires qui sont sacrifiées à la première demande d'une convenance de salon.

— Ah! dit le premier consul, vous convenez donc que dans le salon de votre mère on reçoit des gens qui ne m'aiment pas !

— Je vous ai parlé avec franchise, général, je continuerai de même. Sans doute, parmi les connaissances de ma mère, il en est qui n'aiment pas le gouvernement actuel ; je ne puis ni les blâmer ni les absoudre. Je sais qu'ils souffrent des suites d'un long exil, que leurs biens sont confisqués, quç la plupart sont dans la misère, qu'un grand nombre gémit encore sous le ban qui a été prononcé contre eux. Mais tout ce mal ne leur a pas été fait par vous. Ils seraient donc absurderaent injustes s'ils vous en voulaient de ce qu'ils souffrent, ilais, d'un autre côté, je crois aussi...

Je m'arrêtai et, souriant à demi, je regardai le premier consul... Il continua ma phrase.

— Que je serais injuste à mon tour si je les obligeais à crier : Vive la république? N'estrce pas cela que vous voulez dire, madame Junot? Mais s'ils n'aiment pas ce nom-là, pourquoi rentrent-ils en France? Qui les rappelle? On n'a besoin d'eux dans aucune des branches de l'administration. Fouché et Chaptal seront aussi bons ministres que M. le comte d'Antraigues, et Junot et Lannes commanderont aussi bien mes soldats que M. Roger de Damas, tout brave qu'il est^

— 3Iais, général, répHquai-je, le sol de la patrie n'est-il pas le bien de tous ses enfants ? Un Français ne peut-il rentrer dans son pays que pour avoir une place? N'existe-t-il pas un attrait bien plus puissant? Je le sais par une expérience que présente ma propre famille. >ion oncle, M. de Comnène, est rentré en France pour vivre en paix, avec l'espoir d'un meilleur

' Toutes les fois que Napoléon parlait de la bravoure des émigrés, il citait toujours M. Roger de Damas. Il racontait une certaine histoire, que je n'ai jamais connue que par lui, d'une tète de cheval entourée d'un manteau et puis d'un saut dans la mer, homme et cheval ; cela se serait passé à Quiberon. Mais comme Bonaparte n'était pas facile à suivre dans sa narration et qu'on pouvait difficilement le l'aire répéter, je n'ai jamais bien su cette histoire. Ce que j'en ai recueilli, c'est que M. Roger de Damas, se voyant au moment d'être pris, avait entouré la tôle de son cheval avec son manteau pour lui dérober la vue du péril et, lui enfonçant ses éperons dans le ventre, l'avait fait sauter dans la mer. Une personne de l'armée de Condé à qui je parlai de ce fait me dit qu'il était vrai, mais point arrivé à Quiberon. Je le donne comme je l'ai appris. C'est de Napoléon que je le liens.

avenir. Et, certes, ce n'était pas la confiance en votre générosité qui lui manquait, car il est revenu en France sans un passeport, sans une parole rassurante. Et comme il était loin de s'attendre à trouver sa nièce fiancée à un de vos généraux, il ne comptait que sur la noblesse de la conduite du gouvernement à l'égard d'un homme qui se livre.

— Il ne m'aime pas, votre oncle, et je puis dire qu'il n'aime pas la république. Ensuite il a émigré et je regarde tout émigré comme un enfant parricide. Cependant j'ai fait pour M. de Comnène ce que Junot m'a demandé. Car, ajouta-t-il, M""* Permon se serait bien gardée de m'adresser une pétition même en faveur de son frère.

C'était vrai; ma mère avait dit : « S'il veut le faire, il le fera pour Junot, et s'il ne le veut pas, que puis-je en cela? »

Ma mère se trompait. Le général n'aurait jamais refusé à M"" de Permon ce que le premier consul de la république aurait cru de son devoir peut-être de ne pas accorder au général Junot.

Je me rappelle que ce fut ce même jour-là que le premier consul me parla de toute ma famille. Il s'informa si ma grand'mère vivait encore, me demanda ce qu'était devenu mon oncle, l'abbé de Comnène. Il me parla aussi de mon frère et de ses bonnes intentions relativement à lui. Il ne fut pas question des parents de Junot. Il ne me parla que des miens.

J'allais donc souvent, ainsi que je l'ai dit plus haut, chez M"" Bonaparte. M™" Murât, qui était au moment d'accoucher, y venait aussi et je la retrouvais toujours avec plaisir. Elle était simple, bonne enfant; elle aimait passionnément son mari, et, en général, elle

offrait en elle tout ce qui pouvait donner de l'intérêt. Un jour je fus la voir à l'hôtel de Brionne^ où elle logeait alors. Elle occupait le rez-de-chaussée et M. Benezech et toute sa famille étaient au premier. Lorsque j'arrivai, je trouvai M""" Murât au moment de monter en voiture pour aller se promener à Villiers (Neuilly) que le premier consul venait de lui donner. Elle était au moment d'accoucher et d'une énorme grosseur. Elle ne comptait plus. On lui recommandait de marcher et, pour obéir à l'ordonnance de Baudelocque, elle allait en voiture jusqu'à Villiers, faisait deux tours d'allées et puis elle revenait à Paris. Elle me proposa d'aller avec elle. J'acceptai et nous partîmes en ayant la précaution de mener M"" Frangeau dans la voiture, car M""^ Murât aurait bien pu accoucher en chemin.

C'était une drôle de femme que M™* Frangeau, avec sa robe taillée à la mode de la régence, son petit bonnet monté, ses cheveux retapés et autour de tout cela quelque chose de la mode de 1800. Elle était la favorite de Baudelocque, qui ne la donnait que dans les maisons que lui-même affectionnait. 31"^ Frangeau savait à quel numéro M. Baudelocque en était pour faciliter l'entrée dans ce monde à ceux qui veulent bêtement souffrir. Elle vous racontait toutes les histoires de la jeunesse, de l'âge mûr, du commencement de la vieillesse de M. Baudelocque, et tout cela avec des notes et des additions que chaque contage augmentait de moitié. Qui de nous ne se rappelle

* Cette maison n'existe plus. Elle était située dans ce qui for« mait la cour des Tuileries, précisément en face du guichet du Ponl-Royal. Lorsque .>!■"« Murât quitta cette maison pour l'hôtel Théluîson, elle fut occupée par M. et M""» Maret.

M"'^ Frangeau? Tout ce qui était alors jeune femme et accouchée par Baudelocque avait M""" Frangeau et était pendant six semaines soumise à sa férule. Son souvenir m'est bien présent et je suis certaine que la reine de Naples et la reine de Hollande, la duchesse de Frioul, une foule de jeunes mères à l'époque dont je parle, se rappellent M"* Frangeau aussi bien que moi.

Ce petit voyage de Villiers m'est demeuré dans la mémoire parce que les histoires que nous fit M"'"' Frangeau égayèrent tellement la route que je craignis un moment que Caroline n'accouchât. Mais elle n'y songeait pas. Elle était bien autrement occupée, malgré ses rires, à manger dix ou douze grosses grappes de raisin de Fontainebleau, avec deux petits pains à la duchesse, qu'on avait mis dans la voiture par ordre de M™" Frangeau. Je n'ai jamais vu un tel appétit.

— Veux-tu manger? me dit-elle en songant enfin qu'elle croquait ses petits pains depuis la barrière à elle seule.

Mais je la refusai. J'étais alors au commencement d'une chose qui se terminait pour elle. Je ne pouvais au contraire rien manger et je vivais dans un état de mal de cœur continuel. Je l'exhortai donc à continuer. En arrivant à Villiers, il n'y avait plus ni pain ni raisin dans le panier. On prit chez le concierge du pain de ferme et des poires. Les vivres étant renouvables, nous revînmes à Paris après avoir parcouru le parc de Villiers qui étai^t encore charmant malgré l'époque avancée de la saison. Mais il y avait beaucoup d'arbres verts. Sa position est plus abritée que celle du grand Neuilly.

— Le premier consul, en nous donnant cette cam-

pagne, me dit Caroline, a mis la plus généreuse bonté à faire ce cadeau.

— Nous ne sommes pas riches, me dit M""* Murât, et si mon frère ne nous avait pas mis à même de meubler la maison de Yilliers et de l'entretenir, nous ne pourrions pas la garder.

Plus tard, lorsque Murât, à son retour d'Italie, revint habiter Paris et en prendre le gouvernement au départ dcTunotpour Arras, il n'était déjà plus question d'impossibilité de ce genre pour habiter et meubler l'hôtel de Thélusson.

Après l'explosion de la machine infernale, la France entière montra le plus vif intérêt pour le premier consul. 11 est difficile de pouvoir rendre ce concours unanime de témoignages d'affection. De toutes les provinces, de toutes les parties de la république arrivaient les adresses, les vœux et surtout les recommandations, souvent acerbes dans leurs formes, pour que le premier consul prit enfin toutes les mesures pour sa sûreté. Un seul cri exprimait toutes les pensées : c'est Viniérêt de la France!

Le soir on allait, même après le spectacle, quand il n'était pas trop tard, chez M"'^ Bonaparte. C'était là qu'on était heureux de rencontrer le premier consul. Sa conversation, toujours attachante par la profondeur de la pensée jointe à ce tour original que lui donnait son imagination si brillante et si riche, était bien plus intéressante encore dans un moment où l'on savait qu'il devait ne donner passage qu'à des idées dont l'influence était directe. J'avoue que je manquais rarement les dîners du quintidi par cette raison. Quoiqu'il y eût beaucoup de bruit et beaucoup de monde, et par conséquent de mouvement, il était

toujours facile d'entendre le premier consul converser avec tout ce que la France avait alors d'habile et de savant. Les jurisconsultes les plus profonds, les financiers les plus forts, les diplomates les plus fins venaient autour de lui pour l'entendre et semblaient être là plutôt à la leçon que pour faire part de leurs lumières à un jeune homme dont le pâle visage accusait des veilles et des fatigues bien au-dessus des leurs, môme depuis leur jeune âge.

C'était surtout à la Malmaison, ou bien à Paris dans le salon de M""* Bonaparte, qu'il fallait entendre le premier consul. Mais jamais il ne fut une époque plus intéressante que celle que je viens de décrire, bien imparfaitement sans doute, lorsque je pense au coloris fort et vigoureux qu'il faudrait répandre sur tout ce qui se passait alors, puisque je le fais comparaître devant des yeux qui n'ont pas le même souvenir pour aider à la faiblesse du pinceau. Mais je suis convaincue, et c'est beaucoup pour peindre.

A l'époque de la machine infernale, on sait que le premier consul avait la persuasion que le coup avait été fait par les jacobins, ou plutôt par une classe de misérables usurpant le nom de républicains et ne méritant que celui d'enragés que la police leur avait donné. Et dans le fait, on ne vit parmi eux ni Thibaudeau, ni Daunou, ni Grégoire, ni Boissyd'Anglas, ni aucun des républicains d'une opinion bien avouée avant le consulat. Nous avons eu des hommes obscurs, instruments de crimes, souillés de sang, rebut de nos époques fatales de 93 et de 94. Ces hommes, mécontents du retour de l'ordre, ainsi que le préfet de police l'avait dit dans plusieurs rapports faits en fructidor et vendémiaire an IX conspiraient contre un

gouvernement réparateur, sévère dans l'exécution des lois, et sous lequel ils ne pouvaient espérer de voir revenir l'anarchie. Il y avait parmi eux plus d'un Babœuf, et la conspiration du camp de Grenelle se renouvelait tous les jours autour de la personne du premier consul.

Mais lui-même était injuste lorsqu'il disait dans le conseil d'État: « Ce sont les hommes de la révolution qui font tout ce mal, ce sont les septembriseurs. »

Ce pouvait bien être ces hommes de sang qui, sous le nom d'enragés, avaient essayé d'entrer dans les souterrains des Tuileries en forçant les grilles, qui avaient essayé un assassinat, qui avaient essayé même une machine infernale. Mais j'ai toujours pensé, et l'événement est venu me confirmer dans mon opinion, qu'il y avait d'autres mobiles qui les faisaient agir et l'affaire de nivôse le prouve.

Longtemps le premier consul fut impossible à persuader. Je me rappelle qu'un jour à la Malmaison il eut une conversation avec Fouché, Junot, Cambacérès et plusieurs autres personnes, contre lesquelles il soutenait son avis. Déjà à cette époque la police commençait à tenir le fil de cette infamie, H Fouché était bien glorieux. Junot, qui ne l'aimait pas, était de son avis relativement à tout ce qu'il disait sur la machine infernale. Le premier consul discutait sans humeur. Cambacérès lui-même, avec sa figure habituellement aussi jaune que calme, recevait un peu d'émotion de la contradiction soutenue du général Bonaparte. Lui seul était aussi tranquille que si la question agitée n'eût pas intéressé sa vie. Il n'y eut qu'un moment où il finit enfin par se fâcher.

Fouché prétendait avec raison que la Vendée,

quoique pacifiée en apparence, était toujours en feu, que les bandes d'insurgés occupaient toutes les routes et que la Bretagne n'était pas habitable.

— Parbleu, dit le premier consul en colère, vous nous la donnez bonne! Que venez-vous nous parler de la Vendée et de la Bretagne? Comment, vous qui êtes ministre de la police, et qui savez dans quel état est le nord et le midi de la France, vous venez parler de la Vendée comme du point central vers lequel il semble que toute la sollicitude, toute l'attention du gouvernement devraient se porter ! Quelles sont les nouvelles de la rive droite du Rhin ? Est-ce un Vendéen, ce chef de bande qui a fait un vol de soixante mille francs, à main armée, en germinal dernier, dans l'intérieur de la France, dans le département de rOurthe? Est-ce encore de la Vendée, ces hommesqui viennent d'être arrêtés à Chàteaudun? Ce sontdes^ déserteurs conduits par une femme habillée en homme. Dans le déparlement du Gard, vous voyez que depuis le mois de germinal jusqu'au 10 nivôse on a arrêté' soixante-huit brigands. Dans la Sarre, comment appellerez-vous la bande du brigand Schinderanes? Dans l'Aveyron, dans les Basses-Alpes, vous apprenez tous les jours quelques nouvelles arrestations. Avant-hier encore, qu'est-il arrivé sur la route de Rouen? La route de Rouen à Paris, j'espère que ce n'est pas là un pays perdu! Eh bien, la diligence est attaquée par huit brigands, malgré l'escorte de quatre hommes commandée par un sergent et établie sur l'impériale ! Sont-ce là des Vendéens encore?

Le premier consul était presque en colère. Fouché, qui ne se d '-montait pas facilement, le regardait fort respectueusement sans doute, néanmoins avec une

DE LA DUCHESSE D'ABRANTES i2â

expression qui m'aurait impatientée si j'avais été à la place du premier consul, ce qui n'était guère possible.

— J'ai l'honneur de vous faire observer, général, dit-il au premier consul, que les brigands qui ont arrêté la diligence de Rouen ne sont pas autre chose que des chouans, qui eux-mêmes ne sont que des Vendéens rhabillés. Lorsque la diligence fut arrêtée, ils commencèrent, avant même de faire feu, par demander les fonds appartenant à la république, et l'on sait que la formule des brigands de l'Ouest n'est pas différente de celle-ci. Chassés, traqués, pour ainsi dire, par le général Bernadotte, ils refluent de notre côté. Mais ce sont des chouans, et je persiste à le dire.

A cette nouvelle assertion répétée avec une expression tout à fait inconvenante, le premier consul s'avança vers Fouché avec une précipitation qui dénotait une vive colère. Il se planta devant lui et, se croisant les bras :

— Et moi je vous répète aussi, citoyen ministre de la police générale, que vous vous trompez, ou plutôt que vous voulez faire croire que vous vous trompez.

Dans ce moment M""" Bonaparte, qui aimait tendrement Fouché et qui lui portait un profond intérêt, ce qu'il reconnaissait à sa manière, s'avança derrière Bonaparte et passa sa main dans son bras. Le premier consul dégagea doucement son bras de la pression de celui de sa femme et lui dit sans humeur, mais assez péremptoirement :

— Je t'en prie, Joséphine, laisse-moi tranquille lorsque je parle d'affaires sérieuses.

Je n'oublierai jamais la figure décontenancée de M""" Bonaparte. Elle retourna tranquillement à sa

place, sans avoir seulement la pensée de répondre.

— Oui, citoyen ministre, reprit le premier consul, , je vous le répète bien clairement, vous vous trompez I lorsque vous prétendez que le poison domestique » dont la république est malheureusement atteinte a 1 pour cause une autre origine que cette vaste conspiration de brigandage et de crimes, ourdie par une troupe de misérables, qui ne sont d'aucun parti et qui déshonoreraient celui auquel on les attacherait, mais qui depuis quinze ans, toujours prêts à vendre leurs bras, sont attentifs au moindre trouble pour l'accroitre et en profiter. Croyez-vous que les hommes qui ont égorgé aux 2 et 3 septembre, ceux qui exécutaient à Nantes les mariages républicains et qui liaient dos à dos une jeune fille de quinze ans avec un jeune homme de vingt, en faisant les plus infâmes réflexions ; ceux qui ont comblé les glacières d'Avignon avec des cadavres, les assassins des prisonniers de Versailles; les misérables qui ont vécu pendant deux ans les pieds dans le sang jusqu'au-dessus de la cheville, en signant les arrêts de mort de vieillards de quatre-vingt-dix ans, comme l'abbesse de Montmartre \ ou de jeunes victimes de seize ans, comme les jeunes filles de Verdun? Croyez-vous, monsieur

1 C'était M"° de Montmorency. Elle était tellement courbée par l'âge que le bourreau fut obligé de la redresser, ou plutôt de la casser, pour l'exécuter. L'infortunée était sourde et aveugle. Lorsqu'elle fut interrogée, comme elle n'entendait qu'à l'aide d'un cornet qu'on lui avait ôté, Fouquier-Tinville fut obligé de crier très haut. Malgré cela comme elle n'entendait pas, elle fut condamnée pour avoir conspiré sourdement. Lorsqu'elle fut dans la charrette et que l'air frappa son visage, elle chanta le Salve regina à demi-voix. Elle se croyait délivrée 1

— et le premier consul avança de deux pas vers Fouché — croyez-vous que ces hommes-là aimaient la liberté, la république? Pouvez-vous me répondre OUI? Si vous le faisiez, je vous dirais non, moi. Je vous dirais que ce sont des hommes voulant de la licence, des hommes qui, la veille du jour où ils massacraient comme je viens de le dire, n'avaient pas de quoi payer un pain et vivaient dans l'opulence six mois après, parce qu'ils n'avaient nul remords de porter la chemise de celui qu'ils avaient égorgé et de dormir dans son lit. Vous me direz peut-être que parmi ces hommes on en a vu se retirer pauvres et sans bien? Peut-être cela est-il possible, mais la plupart d'entre eux ont longtemps mangé du pain trempé de sang. Je sais ce que je sais, ajouta-t-il en secouant la tête.

Fouché était plus pâle qu'à son ordinaire et l'on voyait que depuis longtemps il voulait répondre au premier consul. Lorsque Napoléon se fut retourné vers le feu et qu'il se mit à tisonner, selon son habitude, Fouché dit d'une voix, évidemment altérée par la colère, bien que sa parole fût posée :

— Mais, général, vous me permettrez de vous dire que toutes les horreurs qui ont ensanglanté la révolution n'ont pas été commises par les jacobins, comme vous les appelez. On voit bien que vous n'avez pas assisté aux tragédies de Tarascon, de Beaucaire, de Marseille et de tant d'autres villes du Midi, théâtres des hauts faits des compagnies de Jésus et de leurs collègues, enfin des assassinats royalistes.

Le premier consul était encore courbé et occupé à tourmenter un pauvre tison. A oe mot de Fouché il

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se releva avec précipitation et, se retournant aussi vivement, il fut aussitôt près du ministre.

— Eh! pardieu, que venez- vous me conter là? Vous me donnez gain de cause. C'est ce que je vous dis depuis une heure. Ces monstres à figure humaine qui retroussent les manches de leurs chemises, quand ils en ont, pour aller couper des tètes ou jeter les gens à l'eau, les jetteraient dans le feu d'un bûcher de l'inquisition d'Espagne, si le grand inquisiteur les payait mieux que leurs brigandages. Parbleu, je le sais bien, qu'il y a eu des assassinats royalistes ! Je pourrais dire que ceux-là étaient des représailles et que les glacières d'Avignon, le massacre de plusieurs individus que j'ai moi-même particulièrement connus, quoique bien jeune alors, et dont je puis garantir la moralité pouvaient excuser ceux qui arrivaient après. Mais je ne le dirai pas. Rien ne peut autoriser la cruaut-é, rien ne peut légitimer le crime. Notre belle révolution n'est point mère de ces infamies. Toutes les horreurs de 93 ne pourront jamais ternir sa robe éclatante de blancheur, lorsque, conduite par la liberté, ou plutôt la tenant par la main comme une sœur, elle nous vint délivrer en 89 de notre dur esclavage. Les gens de mauvaise foi et qui n'aiment pas la révolution pourront seuls au reste confondre les époques et les temps. Il est impossible de ne pas faire la part de chacun. Mais il n'en est qu'une seule pour les égorgeurs et les verseurs de sang. Réprobation sur eux ! La France ne veut plus de ce régimelà et l'anarchie est décidément en horreur. 11 faut mettre un terme aux brigandages qui désolent l'intérieur de la république. C'est un rejeton des fatales époques. La liberté publique est menacée et même

déjà attaquée dans ses plus précieuses garanties. Chaque membre de la grande famille de la société est à chaque instant frappé dans ses moyens d'existence. La sûreté n'est plus qu'un mot et l'être le plus inoffensif ne sait en se couchant si le lendemain il déjeunera dans sa maison. Voyez ce bon Clément de RisV Et tout cela se passe sous le régime d'un gouvernement qui veut le calme et le retour de Tordre ! Il faut que cela finisse ! Je sais bien que le Directoire a préparé ces tristes héritages, par la détestable organisation de ses provinces, surtout après la première pacification de la Vendée. Mais on ne répare pas le mal en le rejetant sur les autres. Voilà maintenant que les misérables, non contents de s'attaquer à moi, veulent faire sauter tout un quartier de Paris. Si la sentinelle de l'Opéra n'avait pas éloigné le tonneau, trois mille personnes étaient mutilées, assassinées, parce que des monstres en veulent à ma vie. Je le répète, il faut que cela finisse ! Ce n'est pas au moment où la république partout victorieuse dicte des lois à ses ennemis au sein même de leurs pays, qu'elle se laissera meurtrir sous les coups de quelques scélérats obscurs prenant comme par dérision une couleur politique. Ce n'est pas dans de telles âmes qu'il y a place pour un sentiment aussi noble que celui de l'amour de la patrie. Comme ils volent les diligences et les receveurs des contributions, parce qu'ils ont toujours une caisse bien garnie, ces co(iuins-là disent qu'ils font la guerre au gouvernement. Cela fait pitié.

'Nous verrons une étrange clarté luire sur cette histoire de Clément de Ris.

— Citoyen consul, répondit Fouché, je ne puis que répéter ici ce que j'ai eu l'honneur de vous dire plusieurs fois, depuis le 3 nivôse. J'ai exprimé ma pensée intime, lorsque j'ai dit que ce forfait exécrable n'avait pu être commis que par des ennemis non pas de la' république, non pas de votre personne, mais des hommes. La Convention a été attaquée par eux à main armée au 13 vendémiaire. Ils ont été en conspiration permanente contre le Directoire, non pas qu'il fût plus mauvais gouvernement pour eux que l'eût été celui de la Convention ou bien des comités, mais parce qu'ils sont ennemis de tout gouvernement. Je sais bien la vérité de tout cela, citoyen consul, et la place quej'occupe me met à même, bien plus qu'un autre, de connaître toutes ces iniquités. Mais tout en convenant avec vous que quelques centaines de bandits sont répandus sur la surface de notre belle France, pour y faire le mal que nous leur voyons commettre, je dis que l'enfer qui vomit ces démons-là n'est pas 03.

Le premier consul leva les épaules.

— Et le Militaire et le Turc ? La plume qui a écrit ce beau morceau est-elle dirigée par l'Angleterre ou par tout ce qu'il y a de plus enragé en opinion démagogique?

— Voilà précisément ce qui vient à l'appui de mon assertion, citoyen consul, Melge, l'auteur du libelle que vous venez de nommer, est un de ces hommes qui se montrent à toutes les grandes époques. II ressemble à ces claqueurs en chef, connus pour faire réussir ou tomber une pièce nouvelle. On les prend à la solde de tel auteur pour un soir et de tel autre pour le lendemain. Ces deux auteurs sont ennemis,

cela importe peu au claaueur. Il en est de même de ces hommes de l'espèce de Metge. Vous êtes dans une sphère, citoyen consul^ de laquelle vous n'apercevez aucune de nos misères politiques. Vous ne voyez rien du dégoûtant — je puis dire le mot — de l'arrangement qu'il faut faire pour que toutes ces matières fétides ne sentent pas trop mauvais. Vous n'avez jamais eu besoin de vous servir de Metge, et Metge ne vous aime pas parce qu'il sait bien qu'avec vous il ne peut espérer que la prison. Aussi a-t-il ouvert de grandes oreilles aux premières paroles, ainsi que les mains pour recevoir les belles guinées bien dorées qui lui ont été remises pour qu'il taillât sa plume afin de produire le beau chef-d'œuvre dii> Turc et du Militaire français.

— Allons, vous voilà encore avec votre comité anglais ! Certes, je n'aime pas l'Angleterre, c'est-àdire son cabinet, mais je crois que vous êtes aussi par trop injuste pour lui.

— Citoyen consul, je ne suis plus assez jeune pour me laisser emporter par le feu de la prévention. Je raisonne d'après des faits. Il y a longtemps que je connais Metge et que je puis résumer mes soupçons et mes doutes. Metge n'a aucun moyen d'existence et cependant il fait de la dépense, et une dépense journalière assez considérable qu'il paie toujours comptant. Où prend-il cet argent? Il faut bien qu'il soit à la solde des ennemis de la république.

— Mais n'existe-t-il donc que l'Angleterre qui puisse donner de l'argent pour troubler la tranquillité de l'État ? Vous avez vu que les soupçons ont été fortement éveillés sur Félix Lepelletier et sur Antonnelle. Metge n'a-t-il pas fréquenté ces horaraes-là? N'est-il

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pas connu aujourd'hui que toute l'affaire de Ceracchi, Diana, Demerville, Aréna, n'était pas étrangère à ce Metge ? Il paraît même que le stylet qu'il portait devait me servir dans l'occasion, si je me trouvais dans son chemin. C'est un vigoureux compère, au reste, que ce Metge. 11 paraît qu'il s'est défendu comme un lion. Où donc fut-il pris?

— Au passage Feydeau. Il était fort tard. Les hommes de la police chargés de le suivre l'arrêtèrent d'abord au nom de la loi, sans s'assurer immédiatement de ses mains. Il eut le temps de saisir un stylet qu'il portait toujours et de frapper l'officier de police. Il lui porta plusieurs coups très violemment qui heureusement ne le blessèrent qu'à la main et au poignet. Une chose assez remarquable, c'est qu'il ne couchait pas deux nuits de suite dans le même endroit depuis plus de quatre mois. Il travaillait à Montmartre, dans une petite chambre. C'était là qu'il composait les mauvais pamphlets qu'on lui payait bénévolement bien au-dessus de ce qu'ils valaient.

Dans le même moment entrèrent deux tribuns. Le premier consul les accueillit avec une bonne grâce tout à fait remarquable. La conversation continua sur le même ton. L'un des deux tribuns était Duveyrier. Le premier consul parla avec lui d'un rapport qu'il devait faire au tribunat, quelques jours après, relatif à l'établissement des tribunaux criminels spéciaux. Ces tribunaux étaient particulièrement destinés à punir immédiatement tous les voleurs et les brigands qui désolaient les routes de la république et qui venaient enfin troubler la tranquillité intérieure des villes. Le premier consul reparla de nouveau sar cet objet et fut admirable dans son discours. C'était

dans de pareils moments qu'il fallait et le voir et l'entendre. Il y avait alors en lui un feu qui s'épanchait en vivifiant tout ce qui était autour de lui. Je ne l'avais jamais vu sous ce jour lumineux. J'en étais plus qu'étonnét.'. Il me faisait un effet tout à la fois entraînant, comme charme d'attrait, et vivement agitant, comme éloquence unique, par sa concision concluante et parfaitement persuasive.

M. Portails arriva ensuite. Le premier consul fut à lui et, lui prenant la main, il le conduisit pour ainsi dire jusqu'auprès de M""' Bonaparte. Il avait powr lui une profonde estime. Purtalis n'avait pas, à cette époque, la triste infirmité de la cécité. Il voyait déjà péniblement, mais cependant il n'avait pas besoin de guide. Le premier consul lui parla, aussitôt qu'il fut entré, du discours préliminaire du Code. C'était M. Portails qui était chargé de le faire,

— Vous êtes paresseux, citoyen Portails, lui dit en riant le premier consul, mais il faut vous hâter. Voilà tout le monde qui crie après nous pour ce Code. Il faut aller vite en besogne.

— Ah ! général, répondit le digne homme, en riant à son tour, vous croyez donc que tout le monde a votre don de féerie? Vous avez été doué en naissant, vous, mais nous autres, pauvres humains, il nous faut aller tout doucement dans notre route. Et puis, savez-vous, général, que notre Code n'est commencé que depuis un an? Savez-vous que c'est un immense monument à élever dans une nation, qu'un Code de lois? Vous y avez travaillé comme nous et vous savez que c'est un écheveau difficile à débrouiller.

— Oui, sans doute; oui, sans doute, répondit le premier consul, mais il faut marcher, répétait-il tou-

jours, il faut marcher. Le discours préliminaire estil prêt ?

— Le premier consul est bien sûr que je ferai toujours non seulement mon devoir, mais plus que mon devoir, pour seconder ses nobles et grands projets, ayant pour but le bonheur de la France, répondit Portalis. Le discours est fait.

• — Ah ! vous êtes un excellent et bon Français ! di. le premier consul. A la bonne heure! Parlez-moi de gens comme vous et comme ce brave Duveyrier. Je suis heureux quand je vois des hommes comme vous autour de moi. Etant ainsi secondé, je ne puis que bien faire.

Cette conversation fut la première de ce genre que j'entendis tenir au premier consul après mon mariage. Elle me frappa d'autant plus que, dans la position où il était, cette hberté d'esprit pour raisonner de vie et de mort, quand il s'agissait de lui-même, me parut admirable. Cependant, quoique je fusse bien frappée de tout ce qui s'était dit dans cette soirée, je n'aurais pas pu rappeler ainsi jusqu'aux moindres mots du premier consul et de Fouché, si je n'avais trouvé cette conversation écrite par mon mari, dans les papiers que j'ai conservés de lui. Il en est encore d'autres aussi curieuses que celle-ci et faisant encore mieux paraître dans leur vrai jour les différents interlocuteur§.

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