‹ Mémoires de Madame la duchesse d'AbrantèsChapitre 15 sur 58 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Ambassade de Lucien à Madrid. — Ordres de Bonaparte relativement à rÉg}-pte. — Mission de mon beau-frère. — Lettre de Lucien au général Menou. — La plus intéressante de nos colonies. — Le plus fidèle ami de la République. — Reddition de l'Égj^te et mission tardive. — Mon beau-frère à Malte. — La Sicile. — Naples et M. Alquier. — M'^^Lagrena-Désirabode.

— Cruautés napolitaines. — La sœur de la reine des Français.

— Mesdames de France au palais de Caserte. — M. Goubaud, peintre romain, les princesses et la cravate tricolore. — Le peintre du cabinet de l'empereur et du roi de Rome. — Tableau remarquable.

Vers cette même époque , mon beau-frère , M. de Geouffre, qui avait suivi Lucien en Espagne, fut chargé, par lui, d'une mission près le général Menou. Elle va jeter un nouveau jour sur les intentions de Bonaparte relativement à l'Egypte.

Lucien, comme je l'ai déjà dit plus haut, partit pour Madrid dans le mois de novembre de l'an IX. M. Félix Desportes, M. Arnault, M. Félix Baciocchi, beaufrère de Lucien, mari de M"" Elisa, étaient partis en avance par la route d'Amiens \ Baciocchi passait pour l'ambassadeur. Il y avait en outre deux peintres

* Si j'ai dit plus haut que M. Alexandre de Laborde partit arec Lucien, je me suis trompée, il partit après. Il en est de môme <Ii' M. de Chàtillon, peintre amateur très distingué, il ne s'attacha à Lucien qu'au retour d'Espagne.

que Lucien emmenait avec lui pour prendre des vues.

On envoya un courrier aux voyageurs du Nord et ils tournèrent vers le Midi. L'ambassade se réunit à Bordeaux et continua sa route vers Madrid.

Lorsque les premières exigences données à sa mission furent accomplies, Lucien s'occupa d'exécuter les ordres de son frère relativement à l'Egypte. M. Clément, adjudant supérieur de la garde consulaire, fut choisi par Lucien pour porter des dépèches au général Menou. Il le fit embarquer à Barcelone. Le secret fut probablement mal gardé, le moment du départ connu; il fut pris par les Anglais, ainsi que ses dépêches écrites, et celles qu'il portait verbalement dans ses instructions secrètes furent perdues, puisqu'il n'arriva pas.

Lucien connaissait le dévouement de mon beaufrère à sa personne et tout ce qu'il pouvait attendre de lui. Il savait en outre que M. de Geouffre, avec son esprit, son expérience, sa connaissance du monde et des affaires, parviendrait encore à faire arriver ses dépêches s'il était pris par les Anglais, qui étaient à l'entrée de chaque port comme des requins, la gueule ouverte, pour avaler jusqu'au moindre aviso.

Mon beau-frère reçut donc de Lucien Bonaparte, alors ambassadeur de France en Espagne, non seulement des lettres importantes, mais des instructions secrètes qui lui donnèrent la preuve, comme il me l'a lui-même assuré depuis, de la haute importance que mettait le premier consul à conserver cette admirable colonie.

Mais une pièce que je suis assez heureuse de posséder, c'est une lettre écrite par cette même occasion au général Menou par Lucien Bonaparte. C'est la

lettre de créance^ qu'il donna à M. de Geouffre. Mon beau-frère a l'original, qu'il m'a laissé copier. Voici cette lettre. Je la transcris tout entière pour bien faire juger de la façon de voir et d'agir des deux frères.

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