‹ Mémoires de Madame la duchesse d'AbrantèsChapitre 18 sur 58 · III · texte numérisé non relu

III

quelques autres, fortement soupçonnées de complicité dans une aussi funeste affaire.

Saint-Réjant, ou Pierrot, comme l'appelaient ses camarades de péril, était d'un courage et d'une force extraordinaires. Le jour de l'explosion, ce fut luimême qui mit le feu à la machine. J'ai déjà dit comment, le hasard ayant fait avancer la charrette du côté du Carrousel, Saint-Rijant trouva une plus grande longueur de ficelle à tirer pour que la soupape fit son jeu, et le peu de secondes qu'exigea ce retard pour ramener la ficelle à lui sauva le premier consul. Mais aussi la machine se trouva plus rapprochée de l'angle qui abritait l'assassin, et il pensa être victime avec ses victimes\ La violence de l'explosion le jeta sur une borne où il fut fort maltraité. Un médecin, nommé M. Collins\ qui le soigna et ne fit pas en temps utile sa déclaration, fut compromis assez fortement, et l'on prétend que ce ne fut pas sans raison.

Depuis trente ans, il s'est passé tant d'événements étonnants que peut-être celui du 3 nivôse est décoloré aux yeux de beaucoup de gens trop jeunes pour avoir pu alors apprécier toute la gravité de la circonstance, ou qui n'étaient pas encore nés. Ces jeunes têtes-là, qui ne jugent que sur les choses présentes, ne comprennent pas l'immensité du péril général. Mais nous, qui vivions à cette époque, nous qui vivions avec toute cette action, cette vigueur dans le regard jeté sur la vie, tel qu'il est animé au temps de la jeunesse, tel qu'eux-mêmes l'ont aujourd'hui, nous

1 J'avais oublié son nom. Je me le suis rappelé depuis, mais je crains de mal en écrire l'orlhographe. Au reste, celle des noms propres est permise.

nous souvenons de ce fait unique dans l'histoire des nations, et surtout nous nous souvenons parfaitement de ses suites. C'est une erreur de classer ce crime dans la catégorie des autres assassinats commis sur nos rois. 11 n'y a aucune parité. Il faut pénétrer plus avant dans ce mystère d'une sanglante iniquité et interroger la majesté souveraine dégradée, avilie, tachée à la fois de sang et de boue, parce que, pour satisfaire une haine personnelle, on a mis en oubli tout ce que les hommes ont de sacré dans le code de la civilisation. Mais un seul coup d'œil n'est pas suffisant pour embrasser d'abord toutes les conséquences et les résultats de cette action. Aussi les premiers jours furent-ils consacrés uniquement à la joie d'avoir conservé le premier consul et à la pitié que réclamaient les victimes.

Mais ensuite, lorsque la réflexion, qui suit toujours un événement, quel qu'il soit, vint éclairer chacun et, de la lueur sinistre du foyer de la rue Saint-Nicaise, montrer l'énormité du danger individuel de l'enfant le plus innocent, on frémit à la seule pensée que le premier consul pouvait donc amener la mort dans le quartier le plus paisible de Paris, s'il lui prenait la fantaisie d'aller s'y promener. L'intérêt personnel est toujours celui qui s'éveille le premier et s'endort le dernier. De plus, il est de nos intérêts celui dont le sommeil est le plus léger. Lorsqu'il fut connu, après l'explosion, que les misérables avaient voulu placer leur tonneau près de l'Opéra, la fureur du peuple fut terrible.

En écrivant des mémoires contemporains, cette époque de la machine infernale est une de celles dont les développements doivent le plus occuper l'auteur.

Il faut leur donner toute l'extension dont ils sont susceptibles, ne négliger aucun détail; tout est utile, tout est précieux. C'est une peinture non seulement d'un fait, mais de ses conséquences, et ces mêmes conséquences furent de la plus haute et de la plus immense importance pour la vie politique de la France. C'est peindre un acte tout entier de la vie de Napoléon et un acte du plus haut intérêt. La pierre que ses assassins lui lancèrent ainsi toute brûlante, comme une vraie pierre infernale, devint pour lui la pierre de touche, en lui faisant connaître l'état véritable de la France relativement a son affection pour lui, question qui était de la plus importante gravité en 1801.

Depuis que l'on connaissait l'horrible histoire dans les départements , les adresses venaient en foule à Paris. Tous les ministères en regorgeaient. Il est plaisant d'entendre aujourd'hui un émigré, rentré depuis cette époque, vous dire de très bonne foi :

— Mais ces adresses-là étaient faites dans le cabinet du premier consul, dans les bureaux des ministres, n'est-il pas vrai?

A cette époque, rien ne se faisait de cette manière. La magie de Napoléon résidait en lui. Il ne mettait en œuvre, pour réussir, que les circonstances dans lesquelles il se trouvait. Par exemple, il le faisait avec une grande habileté. Eh bien, que peut-on dire à cela ? Je crois que le grand homme se reconnaît un peu plus à de telles actions, en le voyant profiter du malheur pour le transformer en félicité et en gloire générale, qu'on ne le trouve dans celui qui, ayant le plus beau jeu en main, écarte quinte et seizième et perd la partie par sa faute. Ne croyez pas que cela soit bien loin de nous, ce que je vous dis là.

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J'ai VU une grande partie de l'est de la France pen après cet événement; Junot, qui avait promis à sa famille de lui présenter sa jeune femme, n'avait pas pu tenir sa promesse immédiatement après notre mariage, précisément à cause de tous ces troubles, des soins constants et assidus que lui-même devait donner à l'administration militaire de Paris. Le préfet de police, Dubois, l'homme le plus habile en n'étant pas vexatoire, le magistrat le plus vigilant sans être minutieux, restait, il est vrai, pour être le chef suprême de toute cette organisation si bien entendue dans toutes ses parties, mais aussi dont un seul fil cassé embrouillait l'écheveau. Junot et Dubois se querellaient souvent, par la même raison qui faisait quereller Junot et Fouché. Mais il y avait une bien grande différence dans sa manière de juger les deux individus, et cette différence, il me l'expliqua en deux paroles, le jour où nous allâmes dîner pour la première fois chez le préfet de police ; il me dit pendant le trajet :

— Tu vas voir un homme de beaucoup d'esprit. Il est surtout fin comme la soie... mais point faux. C'est l'homme le plus capable pour la place qu'il occupe.

J'ai déjà dit que je n'allai en Bourgogne que plus tard que je ne comptais le faire. C'était non seulement après la machine infernale, mais bien aussi depuis l'arrestation des chefs de chouans qui avaient été envoyés par Georges pour faire le coup. De Paris à Dijon, et dans la Champagne que je traversai pour revenir à Paris, ainsi qu'une partie de la Picardie, je ne puis exprimer que par des paroles l'enchantement qu'il me semblait qu'une fée eût jeté sur toutes ces provinces. C'était partout le même attachement mani-

festé dans les adresses, c'était partout la même joie de la conservation du premier consul, la même horreur des assassins. Mais aussi les paroles exprimant ces affections avaient universellement une franchise qui n'a rien de la fausse couleur de la louange accordée par la crainte ou prodiguée par la bassesse. Partout uniformité de vœux pour la conservation de la personne du premier consul et recommandation, sévère même, de prendre soin de ses jours, parce qu'ils sont nécessaires à la patrie.

Je ne sais si Bordeaux a gardé le souvenir de son adresse. Je ne l'ai pas oubliée, moi; non plus que tous les noms bien librement mis au bas de cette adresse. Le maire de Bordeaux, à la tête des autorités municipales dit au premier consul :

« Que sa reconnaissance et les besoins de la patrie étaient la mesure de l'indignation qu'elle éprouvait, cette cité qui implorait le ciel pour sauver les jours de leur premier magistrat. Mais, ajoute-t-elle , c'est en vain que les ennemis de la France armeront contre lui des mains parricides et sanguinaires. Le génie de la patrie qui a veillé sur lui dans des batailles, qui l'a guidé sur les flots, conservera à la république celui à qui elle doit tant, et de qui elle attend son bonheur et la stabilité de son gouvernement. »

« Venez au milieu de nous, écrit la 52° demi-brigade, deux mille quatre cents bras éprouvés seront prêts pour vous défendre. »

Et la 59*, qui veut que ses sentiments parviennent plus directement au premier consul et croit que par la bouche de son commandant on pourra croire que la flatterie guide ses phrases. C'est le quartier-maître qui écrit au nom des soldats de cette bra\ e légion.

« Citoyen consul, dit cette lettre, modèle touchant d'un discours du cœur, n'oubliez pas vos soldats d'Italie, quand il s'agit de vous défendre. Rappelezvous que la 59^ combattait à votre droite àMarengo. »

« Citoyen consul, disaient les Rouennais, tous les cœurs français ont frémi, excepté le vôtre. Ne vous exposez plus. »

Parmi ceux qui demandent la punition du crime avec le plus d'instance, on trouve les magistrats de la ville de Pau, parlant au nom de ses habitants dont les souvenirs ont ici tant d'éloquence. Tous disent que le crime soit enfin puni.

Une adresse aussi fort remarquable, surtout par sa concision, est celle des habitants de Montmorillon :

« Citoyen consul, on a conspiré contre vos jours, la Providence les a sauvés. Grâces éternelles lui soient rendues ! »

Non, il ne faut pas aujourd'hui que nous cherchions à revenir sur un temps qu'il n'appartient à nul de nous de rendre moins grand, moins lumineux qu'il ne le sera toujours. Si Ronaparte fît plus tard des fautes, nous le verrons en avançant avec lui sur ce chemin qu'il a fait pour la France, et sur lequel il l'a fait si glorieusement marcher au temps que je retrace. Soyons justes une fois, si nous pouvons l'être. Parlons des choses avec l'accent de leur époque. L'histoire surtout ne veut que cette impartialité froide et calme. Ne refusons aucune gloire, ne retenons aucun blâme.

Il faut convenir aussi que les monstres avaient bien sottement choisi leur moment pour commettre leur crime. Après avoir trouvé la France bouleversée par l'anarchie, Bonaparte achevait de lui rendi'e sa tran-

quillité intérieure en mettant un soin paternel à détruire ces hydres sans cesse renaissantes de ces bandes de brigands qui, sous un prétexte politique — ainsi que je l'ai fait voir dans les précédents chapitres — volaient, égorgeaient jusque dans Paris même. L'Autriche demandant la paix, la Russie au moment d'entrer dans notre alliance , l'Espagne nous procurant celle du Portugal, la Prusse tout à nous puisque nous étions heureux, nos armées victorieuses sur tous les points et nous donnant la possibilité de dire à l'Angleterre :

— Nous traiterons, mais avant tout, vous déposerez le titre de roi de France. Il y a trop longtemps que cette humiliation pèse sur nous. L'homme de la destinée, qui nous conduit aujourd'hui, vous dit ces paroles en vous forçant à plier dès la première relation.

Il fallait bien payer ce léger triomphe. Mais quoi? Existe-t-il donc des dettes qui ne s'acquittent qu'avec du sang, avec la vie? Hélas! nous ne l'avons que trop vu !

Oui, notre état était alors bien prospère. L'enthousiasme, la confiance entouraient le nom de Bonaparte. Oh ! quel temps, quel temps ! Je puis bien le dire encore.

Vers cette époque les sœurs de charité furent rétablies. On leur donna une maison rue du Vieux-Colombier. Elles devaient y former des élèves pour le service des hospices. Le premier consul affecta une somme de trois cents francs à l'entretien de chaque élève. Les hospices eurent une administration formée sous la protection spéciale du gouvernement. M. de La Rochefoucauld-Liancourt, M. Mathieu de Montmorency,

M. Delessert, une foule de noms respectables et respectés étaient à la tète de cette administration et donnaient une garantie de plus aux malheureux. Les Enfants-Trouvés furent également soumis à une inspection plus immédiate. Aussitôt que je fus mariée, je devins, en ma qualité de commandante de Paris, une personne importaiite pour faire quelque peu de bien. Mais cette même position me faisait voir des actions admirables. J'ai vu des choses dont le souvenir seul fait du bien, rafraîchit l'âme, lorsque, désespérée de ne trouver dans sa route en cette vie que crimes, ingratitude, impiété et cœurs de pierre, elle rentre en elle-même pour vivre dans le temps passé.

Un mois avant la machine infernale ^ , Moreau avait remporté la fameuse victoire de Hohenlinden. Ceux qui accusent Napoléon de jalousie et d'injustice envers Moreau, ne l'ont pas entendu comme moi parler des avantages de cette victoire et combien la république devait lui en avoir de reconnaissance. Bourrienne, qui a su dire tant de belles choses relativement à ï itiimitié de Napoléon pour Moreau, sentiment que je ne crois pas qu'il ait jamais éprouvé pour lui, aurait bien pu également parler du mouvement de Napoléon en apprenant la victoire de celui qu'on a fait son rival. Il le sait mieux que personne, lui que Bonaparte pressait pour écrire le message au sénat, comme s'il eût dû mourir dans la nuit, et que ce fût un devoir immédiat à remplir. Ce message si honorable, si simple, si laconique, eh bien, je l'ai entendu attaquer par la malveillance qui ne respecte rien.

1 Pas précisément un mois, mais trois semaines, car je crois que la bataille d'Hohenlinden est du 3 décembre, et la ma* chine infernale est du 24.

— Bonaparte, disait-on, aurait dû ne parler que du général Moreau !

Après cela ayez, si vous le pouvez, de la patience, écoutez tranquillement des gens qui veulent, pour abattre un homme, en élever un autre. Car ne croyez pas que ce soit une véritable admiration pour Moreau. Non, non, c'est pour frapper Napoléon. L'attachement vrai est calme et en tout la vérité n'est jamais passionnée, Moreau aurait été lui-même bien plus grand si les gens qui le grimpaient malgré lui à une élévation à laquelle il serait bien parvenu sans eux, ne lui avaient pas fait faire cinq cent mille bévues plus ridicules les unes que les autres. Il faut aussi qu'il y ait justice pour tous les généraux qui combattirent sous lui à cette même journée de Hohenlinden. Et puis faire la part de l'Autriche qui, bien loin d'avoir son Hector \ n'obéissait qu'à l'archiduc Jean, ayan . pour conseil le général Lauër. Tout cela faisait aussi beaucoup. Nos généraux formaient un beau groupe de gloire, Richcpanse, Ney, Grenier, d'Hautpoul, Grouchy, Decaen, Dessolles, et Moreau, général en chef. Quatre-vingts pièces de canon, dix mille prisonniers, dont deux généraux, six mille cadavres couvrant le champ de bataille, voilà le résultat de cette journée; tandis que, de l'aveu de l'ennemi, nous n'avons pas perdu trois mille hommes!... Et puis qu'on vienne nous dire que nous n'avons pas de motifs d'être vains du nom de Français'!...

Le premier consul nous dit une particularité fort

< Le prince Charles.

2 11 a été dit, ce mol. Il l'a été, et par qui?... Je souffre assez de ie savoir; je ne veui: pas que ma patrie connaisse le nom [ d'un enfant inijrat.

remarquable. C'est que dans la journée de Hohenlinden rien ne fut le résultat du hasard. Il paraît que Moreau avait fait le plan d'avance et que rien ne vint le changer. Je me rappelle à ce propos que le premier consul dit un mot assez plaisant là-dessus :

— C'est par hasard, dit-il, que ce même hasard ne s'en est pas mêlé. Car, avec de la neige dans les yeux et du verglas sous les pieds, on ne peut répondre de rien.

Puis il ajouta plus sérieusement:

— Au fait, Moreau, en homme habile et prudent, aura fait prendre ses renseignements ; et s'il n'a pas été trompé par ses espions, race toujours infâme, il a dû savoir à quelle heure l'archiduc Jean a demandé au général Lauër ; « Faut-il commencer? » Le conseil aulique décide toujours à Vienne. Cependant je les ai habitués à ne pas tant compter sur leurs forces et surtout à ne pas se croire infaillibles.

En relisant ces mots : le premier consul nous Ut, j'espère que l'on ne me croira pas assez sotte — je me sers de ce mot — pour raconter que le premier consul nous faisait l'honneur de nous admettre à ses hautes conversations, soit sur une question comme celle de Hohenlinden, soit comme le jour où il parlait à Fouché. Si je le faisais, d'abord mes contemporains sauraient très bien que cela ne fut jamais ; et nos petits-neveux, d'après ce qu'ils pourront recueillir de Napoléon, sauront très bien aussi qu'il n'était pas très causeur avec les femmes. Mais je dois employer cette formule, il nous dit, parce que, en effet, il parlait dans le salon de M"^ Bonaparte où nous étions toutes, et si quelques-unes de ces dames ne l'écoutaient pas, quant à moi, je réponds qu'il me parlait, car je sui-

vais mot à mot tous ses discours et il m'est quelquefois arrivé de faire une telle attention à ce qu'il avait dit, qu'en rentrant chez moi j'écrivais la conversation que j'avais entendue sans qu'un seul mot y manquât. Au reste, il me savait quelque gré d'écouter avec cette attention. Il me le disait, et cela m'a souvent valu de bonnes paroles qui m'auraient été inconnues. J'ai parlé tout à l'heure d'un général de l'armée de Moreau, dont le nom est très honorablement cité dans nos fastes militaires. Il le fut un jour d'une manière tellement plaisante qu'elle finit par ne plus l'être du tout. Il y eut même un duel entre le propriétaire du nom et le général Kilmaine. Le proprtétaire était le général d'Hautpoul. Il était aussi homme de qualité. Mais, pour le savoir autant qu'il le savait, il aurait fallu avoir été autrement appris et même élevé. Il était excellent homme, mais d'une telle vanité qu'il était impossible de tenir à tout ce qu'il vous contait d'absurde sur lui et tous les siens. Je ne sais pas ce qu'il était en naissant, mais ce dont je réponds, c'est qu'il s'était fait paon. Cette vanité nobiliaire ^ et cette vanité de lui-même produisaient quelquefois des scènes dont il ne se tirait pas toujours avec succès. Il était une fois à l'armée du Rhin et commandait une division de cavalerie. Il y avait dans son état-major un adjudant général, homme d'esprit, railleur et ne persifflant pas son général parce que... la discipline avant tout. Le général le crut un simple. Parce qu'il ne mordait pas, il pensa qu'il n'avait pas de dents et un jour

* Il était homme de qualité et d'une belle naissance ; son 'éducation avait été tellement négligée, ou lui-môme en avait si mal protilé, qu'il ne paraissait ni l'un ni l'autre.

à table, chez lui, ayant vingt-cinq officiers à diner, il entreprit l'adjudant général dont le nom était Martial-Thomas. Le général d'Hautpoul, trouvant que le texte prêtait, lui dit avec ce ton péremptoire qu'il avait toujours, excepté lorsqu'il voulait plaire et crojuer un cœur :

— Monsieur Martial Thomas, pourquoi donc votre nom est-il si bizarrement arrangé ? Pourquoi ne vous appelez-vous pas Thomas le Martial, au lieu de Martial-Thomas.

— Mon général, lui répondit très tranquillement l'adjudant général, par la même raison qu'on vous appelle d'Hautpoul, au lieu de vous appeler Poule d'eau.

— Hem !... quoi? dit le général commandant à son inférieur, avec des yeux interrogateurs tout flamboyants.

— Oui, mon général, dit Martial en achevant de peler une poire, par la même raison qu'on vous appelle d'Hautpoul, au lieu de vous appeler Poule d'eau.

Le général ne dit pas cette fois : « Hem ! » et € quoi! » Il se le tint pour dit et fît bi-en.

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