‹ Mémoires de Madame la duchesse d'AbrantèsChapitre 24 sur 58 · III · texte numérisé non relu

III

pavillon du Butard. Nous chasserons un peu avant et après. Cela me fera du bien et nous amusera tous. Après-demain mardi \ je vous donne rendez-vous ici, à dix heures.

On se promena encore quelque temps, puis on rentra au château. Le premier consul, après avoir fait deux ou trois tours dans le salon, s'en fut travailler et nous ne le vîmes plus de la soirée.

En rentrant dans mon appartement, je donnai de nouveau l'ordre à ma femme de chambre de ne point ouvrir ma porte le lendemain matin, et je me couchai fort ennuyée sans savoir pourquoi. J'étais triste. Je voulais revoir mes amis. Tout cet intérieur si heureux, si animé, dont ma vie était embellie, je ne l'avais pas à la Malmaison. J'étais bien accueillie, mais enfin je vivais là au milieu d'étrangers. Quelle différence d'existence pour une jeune personne entourée depuis sa naissance d'une perpétuelle affection qui remplissait chacun de ses jours! Et puis, je ne voyais presque pas mon mari à cette époque. Cet intérieur marital qui, par la suite des temps, change toujours, en se refroidissant, jusqu'au moment où la raison et une sincère amitié remplacent tout ce que l'amour a donné de beaux jours et le remplacent avec une sùi-eté qui en détermine à jamais la durée, cet intérieur était entre Junot et moi dans toute sa fraîcheur de bonheur. Nous étions heureux autant que des êtres humains peuvent l'être. Ce bonheur, je le sentais vivement et je regrettais de vivre ainsi éloi-

* Il peut parailre extraordinaire qu'après un aussi long temps je me rappelle le jour précis de cette chasse. Mais il s'y rattache un érénement qui me donne l'indication juste de celle joarnée.

DE LA DUCHESSE D' AERANTES hi5

gnée de ma famille, de mon mari. Et pourquoi? On ne l'exigeait pas : C'était une déférence que Junot avait pour le premier consul et cette déférence lui coûtait, car à cette époque, il m'aimait avec cette même force de sentiment qui l'avait porté à conclure une alliance dans laquelle il ne pouvait trouver que ■du bonheur de cœur. Je savais que je lui étais nécessaire, .l'étais encore trop jeune pom* médire que ce besoin ne serait pas éternel. La jeunesse est plus que crédule à cet égard. Elle est elle-même créatrice et donne sa main pour serrer le bandeau posé sur ses yeux.

Toutes les réflexions que je viens de donner furent faites par moi, dans la nuit du dimanche au lundi, avec des sensations beaucoup plus vives que je ne ■puis même les retracer aujourd'hui, quoique l'âge n'ait certes pas glacé mon cœur. Il résultait, de beaucoup de ces réflexions, des choses pénibles dans leur aspect et tellement pénibles que mon état finit paa' être un état de vraie souffrance. Je voyais confusément un malheur, un malheur dont les suites pouvaient être terribles. Mais je le vis en enfant et, tout en voulant l'éviter, je pensai l'amener. Je passai ma nuit à pleurer. J'aurais donné, je crois, des années de ma vie, de ma vie encore à son matin et dont la journée promettait d'être si belle et si brillante! Eh bien, j'en aurais donné des années au démon familier qui m'aurait portée près de ma mère ou de mon msH'i. Je ne savais que résoudre. Je voulais m'en aller et je craignais que Junot lui-même, malgré son déLiir de m'a voir près de lui, ne voulût pas consentir y mon retour à Bièvres avant celui de M""' Bonaparte à Ja Maimaison. Enfin, je m'endormis, comme les en-

fants, quand leurs yeux sont fatigués de larmes. Mais mon sommeil fut agité et la première clarté du matin perçait à peine à travers mes persiennes, lorsque je m'éveillai. J'avais cru entendre du bruit près de ma porte. J'écoutai et n'entendis rien. Tout à coup il me vint en pensée que je devrais peut-être prendre la clef, parce que ma femme de chambre n'oserait sans doute pas refuser d''ouvrir au premier consul et j'étais bien déterminée à ce que ces visites du matin ne se renouvelassent pas. Je n'y voyais aucun mal. Mais, enfin, le monde m'était assez connu pour juger de l'effet qu'elles pourraient produire. Je me levai donc très doucement et, traversant la chambre de ma femme de chambre qui ronflait comme un soufflet d'orgue, je fus à sa porte pour en prendre la clef. Mais je fus bien étonnée de trouver la porte aussi peu fermée que le soir, lorsque nous nous étions couchées. La clef était en dehors et le verrou n'était même pas poussé. J'eus un moment de vraie colère, mais je me contins. J'ouvris doucement la porte, je retirai la clef, je fermai à double tour et, l'emportant avec moi dans ma chambre, je me couchai sans pouvoir m'endormir. J'avais ma montre près de moi. Je suivais le mouvement de l'aiguille. Lorsqu'elle marqua six heures, j'entendis les pas du premier consul dans le corridor. Il s'arrêta à la porte et frappa, mais un coup beaucoup moins fort que les jours précédents. Il attendit un moment, puis frappa une autre fois. Ma femme de chambre s'éveilla alors probablement, et j'entendis qu'elle lui disait que j'avais pris la clef. Il ne répondit rien et s'en alla.

Lorsque le bruit de ses pas se perdit dans l'escalier qui menait à son cabinet, je respirai comme si le

plus lourd des fardeaux avait été enlevé de ma poitrine, puis je me mis à pleurer encore. Je regardais le premier consul comme mon frère, et même, le sentiment que j'avais pour lui ayant toujours été appuyé sur une profonde admiration, je le voyais plutôt comme un père. Il était le protecteur de mon mari, son appui, Junot lui-même le considérait comme sa plus chère affection. De quel œil verrait-il cette sorte de méfiance grossière que je lui témoignais, en le privant d'un moment de distraction qu'il se donnait en venant causer avec une enfant qu'il avait presque vue naître? Oui, mais les autres ne verront pas la chose aussi innocemment, me dis-je. J'ai déjà surpris des regards malveillants et d'autres trop bienveillants — car, à cet égard, la corruption habite surtout auprès du pouvoir — et j'étais bien déterminée à ne pas les mériter.

Je me rendormis, après avoir dit à ma femme de chambre de fermer la porte qui donnait chez elle. J'avais presque pris mon parti et j'étais plus tranquille. Je dormais donc profondément lorsque ma porte s'ouvrit avec assez de force et je vis le premier consul.

— Craignez-vous donc que l'on vous assassine? me dit-il avec une aigreur assez forte pour m'ôter toute crainte.

Car aussitôt que l'on veut me passer le mors, je deviens rétive et il put juger, à ma physionomie, que j'étais plus fâchée que repentante.

Je lui dis que, étant levée de grand matin, j'avais été dans la chambre de ma femme de chambre et que, voulant désormais qu'on entrât par ma chambre, j'avais ôté la clef de la sienne. Napoléon fixa sur moi

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ses yeux de faucon et d'aigle tout ensemble et ne me répondit pas. J'eus le tort de ne pas lui dire à l'instant même ce que j'avais résolu, mais j'eus une sotte timidité et je m'en suis bien repentie.

— C'est demain notre chasse au Butard, me dit le premier consul. Vous ne l'avez pas oublié depuis hier soir, n'est-ce pas ? Nous partirons de bonne heure et, pour que vous soyez prête, je viendrai moi-même vous éveiller. Et, comme vous n'êtes pas ici au miheu d'une horde de Tartares, ne vous barricadez pas comme vous l'avez fait. Au reste, vous voyez que votre précaution contre un vieil ami ne l'a pas empêché d'arriver jusqu'à vous. Adieu.

Et il s'en alla, mais cette fois sans chanter.

Je regardai ma montre. Elle marquait neuf heures. Je fus désolée. Cette heure était celle où toutes les femmes de chambre allaient et venaient dans la maison pour le service de leurs maîtresses et il était impossible que l'une d'elles au moins ne l'eût pas vu entrer ou sortir, et c'en était assez pour que tout le château en fût informé.

— MaiscQmment est-il donc entré? medemandai-je. J'appelai M"° Caroline et lui demandai pourquoi elle

n'avait pas suivi mes ordres. Elle me dit que le premier consul avait ouvert avec un passe partout et qu'elle n'avait pas osé l'empêcher d'entrer dans ma chambre.

Je ne dis rien à cette fille qui ne m'aurait pas comprise et je inc mis à réiléchb' sur ce que j'avais à faire. Demander une voiture à M""" Louis Bonaparte fut ma première idée. Mais quelle raison donner? M'en aller aux écuries ? Dire à Jardin, le premier écuyer, de faii'e atteler deux chevaux à une calèche? Il k ferait

bien certainement, mais comment dire le premier mot ■de ma demande?

Dix ans plus tard, je l'aurais fait. Mais alors mes •dix-sept ans me donnaient une timidité dans les manières, bien que je ne l'eusse pas dans le caractère, qui m'empêchait de manifester ce qui était la pensée de mon esprit. Je m'habillai donc et m'en allai au déjeuner avec une irrésolution dans la façon d'exécuter ma volonté qui était pourtant bien positivement arrêtée.

Duroc était absent. S'il eût été à la 3Ialmaison, j'aurais eu un conseil, un ami, et surtout un moyen d'agir. Mais il était en Lorraine pour plu.-ieurs jours et son secours m'était immédiatement utile. Jamais son amitié ne me faillit autant. Parmi les personnes qui alors étaient au château, il n'en était pas une qui fût jugée par moi susceptible de recevoir et de conaprendre ce que j'avais à lui dire; M""*" Louis Bonaparte, elle-même, bonne, spirituelle et connaissant assez le monde pour accorder avec les convenances tout ce qui pouvait être admis, aui'ait été la seule femme que j'aurais consultée. Mais je fus arrêtée par une considération toute puissante, qui me retint au moment où je me levais pour passer chez elle.

Je retombai presque anéantie. Je ne savais quel parti prendre. Je voulais positivement retourner à Paris. Le lendemain, cela ne m'embarrassait pas. En écrivant à Junot ce même jour et lui disant que j'étais malade et que je voulais m'en aller chez moi, j'étais certaine de voir arriver ma voiture dans la journée. Mais c'était le lundi que je voulais m'en aller, et non pas le mardi, et encore moins le mercredi. Ensuite, je ne voulais pas faire une chose désobii-

géante pour M""* Louis Bonaparte, que j'aimais véritablement, et encore moins une démarche qui pût blesser le premier consul, et cependant!.,.

— Mon Dieu ! dis-je en laissant tomber ma tète sur mes deux mains, mon Dieu! comment donc faire?

Dans ce moment je me sentis entourer par deux bras qui me pressèrent doucement et une voix bien connue me dit :

— Qu'as-tu donc, ma Laure?

Dieu tout puissant! C'était mon mari ! Je m'élançai dans ses bras, je l'entourai des miens, je le pressai, je l'embrassai, je baisai ses cheveux, ses mains. Dans la vivacité de mes caresses, je me blessai même à la joue contre une de ses épaulettes, et mon sang coula.

— Mais qu'as-tu donc ? me répétait Junot en étanchant le sang de mon égratignure en même temps qu'il essuyait mes larmes — car je pleurais aussi. — Qu'as-tu donc, ma pauvre enfant? Mais regarde-moi d'abord. Sais-tu que voilà quatre jours que je ne t'ai vue?

Et lui aussi me prenait les mains, me les baisait, m'emlirassait, puis m'éloignait de lui pour juger des progrès que faisait notre enfant.

— Tu as toujours la même taille, me dit-il d'un air fâché... Tu ne grossis pas!...

Ah ! qu'on ne me reproche pas de m'arréter sur de semblables souvenirs. Ils sont purs et doux comme le bonheur même. Tous deux voyageurs sur cette route pénible de la vie, sans doute nos deux têtes n'eurent pas toujours au-dessus d'elles un ciel calme et serein, mais alors, oui, alors nous étions biea heure'ix!.,.

— Mon ami, je veux m'en aller, dis-je à Junot. Je veux retourner à Paris.

— Oh! tu peux compter qu'aussitôt après le retour de M™® Bonaparte, je t'emmène avec moi.

— Et pourquoi pas à présent?

— A présent? Avant son retour? Mais tu n'y songes pas, ma chère enfant.

Je n'insistai pas davantage, mon plan était fait.

Depuis la machine infernale et la conspiration de Ceracchi, j'ai déjà dit qu'il était défendu à toutes les autorités agissantes de quitter Paris une seule nuit. Junot et le préfet de police étaient les deux plus assujettis à cette sévère ordonnance. Depuis mon séjour à la Malmaison, il y venait très fréquemment, indépendamment de ses voyages de service. Il venait le soir à l'issue du c'iner et restait jusqu'à onze heures, ou bien le matin il se mettait en boghey ou en caricle et en trois quarts d'heure il était à la Malmaison. Alors le premier consul lui faisait dire de rester à dîner et il ne repartait que le soir lorsque nous rentrions dans nos appartements.

Ce même jour dont je viens de parler, ce lundi, veille d'une chasse au Butard, Junot vint à la Malmaison, ainsi que je viens de le raconter. Il resta pour diner, le premier consul le lui ayant fait dire par l'aide de camp de service. Lorsqu'on se réunit dans la salle à manger, le premier consul était fort gai. Il plaisanta tout le temps du diner avec M.Monge, lui fit répéter plus de dix fois ce que c'était que les vents alités, quoiqu'il le sût fort bien, mais le digne homme avait dans le fait une si singulière manière d'arranger ses mains en parlant et puis de courir la poste dans ses narrations, qu'il était fort amusant et l'aurait

été bien plus s'il n'eût réuni la plus exeellente bonté à son haut savoir. L'après-diner s€ passa comme à l'ordinaire. On joua au billard. Je fis une partie d'échecs avec le premier consul et à l'heure ordinaire tout le monde se sépara, les uns pour s'aller coucher, les autres pour retourner à Paris. J'avais empêché Junot de repartir avec Bessières, en lui disant que j'avais une commission à lui donner pour ma mère et, comme il me fallait écrire, je devais remonter dans ma chambre. Lorsque nous y fûmes, je lui dis que je le suppliciis de m'emmener avec lui^

— Laure, mon amie, me dit-il, je t'ai déjà fait l'observation que c'était une chose ridicule, que ce caprice de ne pas vouloir attendre dix ou douze jours. Tu sais combien je t'aime et pourtant je n'y céderai pas. Quelle raison peux-tu donner? On te comble de bontés, on a pour toi des attentions dont j'ai été moi-même témoin encoreaujourd'hui.. Quelqu'un t'aurait-il fait delapeine ici? s'écria-t-il ensuite, comme frappé d'une idée soudaine. Ne me le cache pas. Si quelque femme, jalouse de l'accueil que tu reçois ici, a pu te blesser, toi, si bonne et si inoffensive, ma Laure, dis-le moi. Je ne lui parlerai pas, mais elle a un mari... et, maintenant que j'y pense, ton entêtement à vouloir partir ne peut pas avoir une autre cause.

— Non, non, m'écriai-je, tout à fait alarmée de la tournure que prenait cette affaire, car la physionomie de Junot devenait terrible aussitôt qu'une affection

^ On nie demandera pourquoi je n'cavais pas demande tout simplement à M'"*^ Louis Bonaparte la ponnissicMi de m'en aller à Paris avec Junot. C'est très vrai, mais Junot ne le voulait pas, lui, et, pour l'y déterminer, il aurait fallu lui communiquer tout ce qui me traversait la cervelle, ce qui était plus qu'imUile.

torte venait l'animer, non, personne ne m'a offensée. Mais je voudrais m'en aller. Je sais que ma mère est plus souffrante, qu'elle me désire. Mon frère est loin d'elle, ma place est près de la chaise longue où ma mère languit.

Quelques raisons que je pusse ajouter à mon vif désir de m'en aller avec Junot,il ne voulut en écouter aucune. Au fait, à présent que je puis réfléchir à toutes les particularités de cette étrange semaine, je conçois très bien que mon mari ne pouvait me laisser commettre une aussi ridicule action. J'étais bien jeune alors.

Notre discussion avait été longue. Il était minuit et demi lors<|no Junot me dit qu'il était résolu à ne pas m'emmener ainsi, au milieu de la nuit, comme une héroïne de roman. Ce n'est pas la première fois que l'on combat des raisonnements solides avec des mots spécieux et vides de sens. Mais il me fut impossible de trouver un autre expédient que celui de faire rester Junot près de moi. Aussitôt que je lui en dis le premier mot, il se récria comme si j'avais reparlé de m'en aller avec lui. Mais ici j'avais bien plus de marge pour étendre mon texte et, malgré sa résistance, ce fut en souriant qu'il me dit:

— Heureusement que je ne crains plus les arrêts. Mais tu me feras gronder.

Et il resta.

Je laissai la porte de ma femme de chambre fermée à double tour et je gardai la clef, en ayant soin de pousser les verroux. Je laissai ma porte simplement fermée avec la clef en dehors. Tout cela disposé, je; me couchai, très bêtement convaincue que j'avais pris le meilleur moyen — ne pouvant m'en aller — «

de faire comprendre au premier consul que je préférais que ses visites, puisqu'il voulait bien m'en honorer, eussent lieu à une toute autre heure que celle qu'il choisissait.

Cinq heures venaient de sonner à l'église de Rueil lorsque je m'éveillai et j'entendis encore vibrer les deux derniers coups de la cloche du village. Tout était calme dans le château comme au milieu de la nuit. Le temps était admirable et, à travers mes persiennes entr'ouvertes, je voyais les beaux ombrages du parc se balancer sous le vent frais du matin, tandis qu'un rayon doré jaunissait déjà leur cime. Il y avait dans tout ce silence et ce repos un conti*aste si frappant avec l'inquiétude qui me dominait malgré moi, que je ne pus m'empècher de tressaillir lorsque mon regard tomba sur Junot endormi, reposant à côté de moi. Son sommeil était calme, et pourtant c'était une chose imposante que cette figure, ce mâle et beau visage encore basané par le soleil d'Afrique, ce front si jeune et déjà labouré de cicatrices. C'était un coup d'œil pittoresque que cette tète blonde aux traits caractérisés, coiffée d'un châle de mousseline turque tombé sous sa main la veille et dont il s'était servi pour bonnet de nuit. Junot, sans avoir une beauté remarquable, avait un ensemble qui faisait dire: Il est bien! A cette époque surtout, il avait à peine vingt-huit ans et la jeunesse ajoutait encore à ces dons naturels.

La demie de cinq heures venait de sonner lorsque j'entendis le bruit des pas du premier consul retentir au bout de notre long corridor. Le cœur me battit violemment. J'aurais donné ma vie pour que Junot fût à Paris. J'aurais voulu le rendre invisible, le cacher, mais il n'était plus temps.

Encore une minute, et Napoléon était à ma porte !

Mes yeux troublés parcouraient tous les traits de mon mari, et il me semblait dans cet instant que je ne l'avais jamais tant aimé! Il y avait de la colère à côté de cet amour, mais elle n'était pas ^ourlui. ie craignais ^ et cette obligation où j'étais de craindre m'irritait contre le premier consul, tandis que j'aurais dû ne l'être, au fait, que contre moi-même.

Dans cet instant un mouvement que fit Junot en dormant entr'ouvrit sa chemise et me laissa voir deux cicatrices de blessures reçues à la bataille de Castiglione. Un peu plus bas, au-dessous du cœur, était celle que lui fit Lanusse en Egypte, lorsque, pour défendre son général bien-aimé, il croisa le fer avec un brave compagnon d'armes.

— Ah ! dis-je alors, je ne crains rien. C'est un bon clier bien fort que celui-là !

Et, reposant ma tête sur mon oreiller, j'attendis l'événement.

La porte s'ouvrit avec bruit.

— Comment ! Encore endormie, madame Junot! un jour de chasse ! Je vous disais bien que...

Tout en parlant, le premier consul avait fait le tour nécessaire pour arriver en face du lit, il avait soulevé le rideau et demeurait immobile à la vue de cette figure tant connue, de ce visage de l'ami le plus fidèle, le plus dévoué !

Je suis presque sûre qu'il crut d'abord que c'était une vision.

De son côté, Junot, à peine éveillé, appuyé sur un

de ses coudes, regardait le premier consul avec un

air étonné qui aurait égayé un tiers dans ce moment

singulier. Cette figure fortement colorée, avec un

^ MESOIRES

tupban rouge et brun qui lui entourait la tète, l'expressioi animée de celte physionomie mobile, tout donnait à cette scène un caractère oriental. Mais dans le regard de Junot il n'y avait nulle colère.

— Eh! mon Dieu, mon général, que venezrvous donc faire chez nos femmes à cette heure-ci?

Et ces paroles furent dites par lui avec un ton de bonne humeur.

— Je venais réveiller M""" Junot pour la chasse, répondit le premier consul sur le même ton, mais après m'avoir lancé un long regard dont le prolongement est encore présent à ma pensée, malgré les trente années qui me séparent de ce moment. Mais je vois qu'elle a un réveil-matin beaucoup plus matinal encore que moi. Je pourrais gronder, car enfin, monsieur Junot, vous êtes ici en contrebande.

— Mon général, répondit Junot, si jamais faute fut digne de pardon, c'est bien la mienne. Si vous aviez vu cette petite sirène-là, hier soir, employer toute sa magie pendant plus d'une heure pour me séduire, je ci'îois que vous me pardonneriez.

Le premier consul sourit, mais il était évident que aon sourire était forcé.

— Aussi je t'absous, et entièrement. C'est M"" Junot qui sera punie.

Et il se mit à rire de ce rire qui ne rit pas.

— Pour te prouver que je ne suis pas fâché, je te permets de venir à la chasse avec nous. Es-tu à cheval?

— Non, mon général, je suis venu en voiture.

— Eh bien, Jardin te donnera un cheval, et je te permets de me gronder tout à ton aise\ Adieu, ma-

* Parce qu'il no savait pas chasser.

dame Jimot. Allons, lovez-vous et soyez diligente. Et il sortit.

— Ma foi, dit Junot en sautant de son lit, voilà, je vous r avoue, un bien excellent homme! Quelle bonté !.. Au lieu de me gronder, au lieu de me renvoyer comme un vilain faire mon devoir à Paris. Ma Laure, conviens que c'est vraiment un être non seulement étonnant^ mais hors du cercle de l'humaine nature.

Lorsque tout le monde fut prêt et réuni sur le pont de pierre du jardin, on amena plusieurs calèches et des -chevaux de main. Une petite calèche à la Daur mont s'avança, le premier consul s'y plaça et me faisant signe de la main :

— Madame Junot, voulez-vous m'honorer de votre compagnie?

Il y avait dans le sourire qui accompagnait ces mots fort simples, une expression qui ne me plaisait pas. Je montai sans répondre. Vigogne referma la portière, et la petite et légère voiture, prenant à droite, suivit une allée qui menait à l'une des grilles du parc. Je savais que le premier consul ne resterait en voiture que pendant le. trajet du château au rendez-vous, car alors il devait monter à cheval, mais ce temps me paraissait bien long et pour beaucoup j'aurais voulu être hors de là.

Lorsque nous fûmes à quelque distance du château, le premier consul, qui jusqu'alors avait regardé les personnes à cheval qui passaient auprès de nous en rejoignant la tète de la troupe, se tourna de mon côté et, se croisant les bras, il me dit :

— Vous vous croyez beaucoup d'esprit?

Je ne répondis rien. Il répéta :

— Vous vous croyez beaucoup d'esprit, n'est-ce pas?

Je répondis, — car le ton devenait positivement iuterrogatif — mais avec fermeté, quoique avec mesure. Avec un tel homme j'étais perdue, si je me laissais intimider en ayant raison.

— Je ne me crois pas un esprit au-dessus de la portée ordinaire, mais je pense que je ne suis pas une imbécile.

— Une imbécile, non, mais une sotte.

Je gardai le silence,

— Pouvez-vous m'expliquer pour quelle raison vous avez fait rester votre mari ?

— L'explication sera claire et concise, général. J'aime Junot. Nous sommes mariés et j'ai pensé qu'il n'y avait nul scandale à ce qu'un mari demeurât près de sa femme.

— Vous saviez que je l'avais défendu et vous savez aussi que mes ordres doivent être exécutés.

— Ils ne me regardent pas. Lorsque les consuls auront signifié leurs volontés pour le degré d'intimité qui doit régner entre deux personnes mariées ensemble, et le nombre de jours et d'heures qu'elles doivent accorder à leurs entrevues, alors je verrai à m'y soumettre. Jusque-là, général, mon bon plaisir, je vous l'avoue, sera ma seule loi.

le je devenais impolie, mais j'étais en colère. Probablement que cette manière d'être de ma part lui donna de l'humeur aussi, car il reprit avec aigreur et une sorte d'ironie :

— Vous n'avez pas eu d'autre raison que votre amour pour votre mari en le faisant rester?

— Non, mon général.

— Vous en avez menti.

— Général !

— Oui, VOUS en avez menti, reprit-il avec une voix altérée. J'ai deviné la raison qui a provoqué cette démarche. Vous avez eu de moi une méfiance... que vous ne devez pas avoir. Ah ! vous ne me répondez pas, dit-il d'un air triomphant.

— Et si j'avais eu en cela un autre motif que la méfiance dont vous parlez, général, si je m'étais aperçue que vos visites à une telle heure dans la chambre d'une jeune femme de mon âge pourraient me compromettre étrangement aux yeux des personnes qui habitent cette maison avec moi, et que j'eusse pris ce moyen pour les faire cesser?

Je n'oublierai jamais l'expression delà physionomie de Napoléon dans ce moment. Il y eut une rapide succession de sentiments dont aucun n'était mauvais.

— Si cela était vrai, dit-il enfin, pourquoi ne pas m'avoir parlé à moi-même de ce qui vous troublait. Ne vous ai-je pas montré assez d'amitié, méchante enfant, depuis huit jours, pour avoir confiance en moi?

— Voilà mon tort peut-être. J'aurais dû songer que vous m'avez connue enfant, général, que mes parents vous aimaient, que vous étiez vous-même tendrement attaché à ma mère — il regarda de l'autre côté de la route — et que surtout et avant tout il y avait une raison, la plus forte de toutes, qui devait me donner l'assurance de vous dire ce que je pensais de ces visites matinales dès le deux ou le troisième jour, c'est que je suis la femme de Junot, de l'homme qui vous aime le mieux et le plus en ce monde. Tenez, tout à l'heure, lorsque j'entendais vos pas, lorsque vous alliez entrer dans ma chambre, je craignais, je l'avoue, votre humeur. Mais en voyant ces cicatrices reçues en partie pour votre gloire, je me suis dit que jamais vous

Referiez souffrir le noble et excellent cœur qui bat pour vous peut-être plus que pour moi dans celte poitrine mutilée de Junot.

— C'est presque une homélie que vous me faites là. Qui vous parle d'affliger Junot? Pourquoi ne m'avoir pas parlé à moi ?

— Et le moyen de le faire ! Lorsque hier matin vous employiez un moyen qui serait appelé indigne, pour entrer chez moi, après que ma manière d'agir a dû vous montrer, général, que les visites du malin que vous aviez la bonté de me faire étaient jugées par moi ce qu'elles sont en effet, c'est-à-dire compromettantes? Vous êtes entré une seule minute, et certes avec un air d'humeur qui n'appelait pas la confiance. J'ai dû alors ne recourir qu'à moi-même. Peut-être ai-je eu tort dans le moyen.

— N'y a-t-il pas de conseil de votre mère, dans tout cela?

— De ma mère, général? Gomment ma mère pourrait-elle me diriger? Ma pauvre mère! il y a un mois que je ne l'ai vue.

— Vous pouvez vous écrire.

Et le regard de Napoléon m'entourait de son interrogation.

— Mon général, je n'ai point écrit à ma mère que je n'étais point en sûreté sous votre toit. Je lui aurais fait trop de peine.

— Madame Junot, vous me connaissez depuis assez longtemps pour savoir que vous n'obtiendrez pas la continuation de mon amitié en parlant comme vous le faites. Il ne manquerait plus à votre manière d'agir en tout ceci, que vous eussiez été dire à Junot ce -que vous avez si heureusement imaginé.

Et ce même regard investigateur m'enveloppait de nouveau.

— Je ne réponds pas à cette interpellation, général, répondis-je avec une humeur que je ne dissimulai plus. Si vous ne m'accordez ni de bon sens, ni d'esprit, accordez-moi du moins assez de cœur pour ne pas blesser celui que je connais, et que vous connaissez aussi.

— Encore!

Et il frappa le bord de la calèche avec son poing fermé.

— Encore ! . . . Taisez-vous !

— Non, général, je ne me tairai pas. Je continuerai ce que je veux avoir l'honneur de vous dire. Je vous supplie de croire que ma mère, ni mon mari, ni même un de mes amis, n'ont été instruits de ce qui s'est passé depuis huit jours. Je dois vous ajouter que ne vous supposant aucune mauvaise intention, il y aurait eu inconséquence à moi à me plaindre d'une marque d'amitié, parce qu'elle pouvait me compromettre. Mais j'ai jugé à propos de la faire cesser, quelque prix que je dusse y mettre. Et voilà où ma jeunesse sans conseils m'a sans doute fait errer, puisque je vous ai déplu. J'en suis peinée. Mais voilà tout ce que je puis dire.

Nous allions arriver. On entendait déjà les chiens, les cors, tout le bruit de la chasse. Le premier consul prit une physionomie moins sombre que celle qu'il avait pendant mon long discours.

— Et vous me donnez votre parole d'honneur que Junot ne sait rien de toute cette sotte affaire?

— Grand Dieu! général, comment une pareille idée peut-elle se présenter à vous, connaissant Junot

comme vous le connaissez! Mais c'est un Othello pour la violence des passions, un Africain pour la chaleur du sang; sa faible raison française n'aurait pas eu la force de juger sainement de tout ceci, et... Je m'arrêtai.

— Eh bien! après?... Allons! n'ayez pas de réticences en parlant. Rien n'est plus sot.

— Eh bien, général, si j'avais dit à Junot tout ce qui s'est passé depuis huit jours, ni lui ni moi nous ne serions ici ce matin ! Junot vous est assez connu pour cela, n'est-ce pas ?

Napoléon ne répondit rien à son tour et fit jouer ses doigts sur le bord de la calèche. Enfin, se tournant vers moi :

— Vous ne voulez donc pas croire que je ne vous voulais aucun mal ?

— Moi, général ! Je suis au contraire si convaincue que vous n'aviez aucune mauvaise intention que je puis vous assurer que mon attachement pour vous, attachement qui date de l'enfance, ainsi que l'admiration que vous inspirez et que je sens plus qu'une autre, n'en éprouveront nulle atteinte. Et voilà une main pour gage de mes paroles.

Je ne puis rendre, non, je ne puis expliquer ni exprime)' son mouvement de front, son regard et son d^mi-sourire, secouant négativement et doucement la tête, en refusant ma main. Je fus blessée de ce refus.

— Ainsi, lui dis-je, nous sommes brouillés, parce qu'il vous a convenu de faire une chose dans laquelle, au fait, tous les torts sont de votre côté, et vous allez laisser croître la barbe et mettre le stylet au c6té\ parce que vous m'avez fait de la peine I

» On sait qu'en Corse, la personne offensée, ou qui croit l'ôtre,

Il demeura une minute les yeux attachés sur la route, puis, se tournant tout à coup vers moi, il me tendit sa petite main après l'avoir dégantée :

— Croyez bien que j'ai de l'amitié pour vous, madame Junot. Il aurait tenu à vous qu'elle fût plus solide encore. Mais l'éducation première ne change pas. Elle inculque les sentiments et ceux qui vous ont été inspirés pour moi sont d'une méchante nature. Vous ne m'aimez pas, et je suis sûr...

— Je prends la liberté de vous interrompre, général, pour vous supplier de ne jamais parler ainsi. Vous m'affligez et d'autant plus que c'est faux de raisonnement, de conséquences et de tout enfin. Ditesmoi que vous ne le pensez pas, il me serait trop pénible de vous quitter ainsi.

Le premier consul regardait alors les couples de chiens que menaient les piqueurs ; il se retourna si brusquement, que la calèche fit un mouvement sur le côté et il s'écria :

— Vous partez !

— Au retour de la chasse, général, j'ai déterminé Junot à m'emmener, et voici qui vous prouvera que, même sans aucun des incidents qui nous ont occupés tous ces jours-ci — je dis cela en souriant — je n'en serais pas moins partie ce matin pour aller auprès de ma mère.

Et je lui montrai une lettre de ma mère qui, se doutant que Junot voulait me faire rester à la Malmaison, m'écrivait directement pour me demander d'aller près d'elle :

se met ainsi en état de vendetta, aussitôt que l'injure a été commise.

« Si le premier consul fait quelques difficultés pour te laisser aller, ajoutait-elle, ainsi que M™° Louis Bonaparte, montre-leur ma lettre et demande-leur de laisser venir une fille à sa mère bien malade. »

On m'avait remis cette lettre le matin, pendant que je m'habillais. Le premier consul y jeta les yeux et leva les épaules en souriant avec une sorte de dédain qui me fit mal. Il fallait que cette scène se terminât, elle n'avait que trop duré !

— Et quand reviendrez-vous? me demanda-t-il avec un air assez moqueur pour donner de l'humeur à quelqu'un mieux disposé que moi. Aussi je répondis avec aigreur :

— Lorsque je serai nécessaire pour mon rôle, général. Mais vous pouvez disposer de mon appartement. Je ne l'occuperai plus à l'avenir. Je vous en doimeici Vassurance,

— Comme vous le voudrez. Au surplus, vous faites bien de vous en aller ce matin. Après toute cette sotte affaire, vous et moi nous n'aurions pas grand plaisir à nous voir maintenant. Vous avez raison... Jardin! mon chev«l.

Et, ouvrant lui-même la portière de la calèche, il sauta à terre, monta sur son cheval et partit au galop.

Lorsqu'on revint au château, je dis à M""" Louis que la santé de ma mère me demandait impérieusement à Paris et que j'allais repartir avec Junot. L'excellente femme me comprit et je crois même qu'elle me comprit tout à fait. Elle voulut me retenir à diner, mais Junot était absent de la veille et il avait besoin de se reti'ouver chez lui. Nous refusâmes donc et revînmes à Paris, où nous dînâmes chez ma mère.

Je retournai à la Malmaison quelque temps après

pour le retour de M""" Bonaparte. Elle revint de Plombières où elle avait été passer ce qu'on appelle iine saison cl eaux, c'est-à-dire six semaines. Je retrouvai le premier consul fort bien pour moi, mais je pus facilement m'apercevoir qu'il avait toujours cette pensée à la fois injurieuse et bizarre, que j'avais été dirigée dans tout ce qui s'était passé entre nous dans la semaine qui avait précédée mon départ. J'en fus peinée. Mais ne connaissant aucun moyen humain de détruire cette prévention, je laissai le temps ^ en faire l'ouvrage et n'en changeai pas davantage le plan de conduite que je m'étais tracé.

Un an après, je fus un jour dîner à la Malmarson. J'étais alors à Bièvres et dans mon contentement d'habiter une maison vraiment charmante, dont j'étais la maîtresse, je la quittais le moins qu'il m'était possible et, selon ma détermination, je revenais toujours le même soir. Le jour de ce dîner à la Malmaison, ayant demandé mes chevaux pour dix heures, au moment de partir il éclata un orage tellement te - ' le, que les arbres du paiH3 se rompaient sous la violence du vent. M'"*' Bonaparte me dit qu'elle ne voulait pas que je partisse au milieu de cette tempête et qu'on allait me préparer ma chambre. Je la remerciai et lui dis que l'on m'attendait chez moi et à l'instant :

ï A cette époque, je sais très positivement que des rapports et des rapports faux envenimaient toutes les paroles de ma mère redites dans un sens diffi^rent et tout dénaturé au premier consul. Je suis presque sûre que cette histoire est venue à la connaissance de ceux qui devaient nécessairement en faire un usage pernicieux pour elle et pour moi. Le premier consul a gardé longtemps une sorte de rancune qu'il n'aurait pas ressentie bien certainement si elle n'avait pas été non seulement éveillée, mais entretenue avec soin.

— Je ne vous laisserai pas partir au milieu d'un tel orage, madame Junot, me dit M"" Bonaparte en allant vers la porte pour donner ses ordres.

Je l'arrêtai en lui donnant pour raison que je n'avais pas de linge, pas de femme de chambre.

— On vous donnera un de mes bonnets de nuit, une de mes camisoles, vous aurez tout ce qui vous est nécessaire. Une de mes femmes sera à vos ordres. Allons, restez. C'est entendu, n'est-ce pas ? Comment, d'ailleurs, vous en iriez-vous à cette heure, seule, au milieu des bois? Vous courez des risques. Savez-vous que les bois de Bougival ne sont pas sûrs ?

— Je ne crains rien du tout, madame, j'ai quatre hommes avec moi, et puis je vous assure que les bois de la Celle et ceux de Bougival n'ont aucune béte féroce. Permettez-moi donc de partn* et de prendre congé de vous.

Le premier consul était à la cheminée, occupé à tourmenter un malheureux tison avec les pincettes et ne se mêlant pas du tout de la conversation. Seulement, de ma place, je le distinguais parfaitement, je le voyais sourire, mais sans aucune expression méchante. Il était clair pour moi que son souvenir lui rappelait une de mes paroles. Enfin, au moment où RP'' Bonaparte insistait une dernière fois avec plus de force pour me faire rester, il lui dit de sa place, sans quitter sa pincette et la tête toujours dans la cheminée :

— Ne la tourmente pas davantage, Joséphine ; je la connais, elle ne restera pas.

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