‹ Mémoires de Madame la duchesse d'AbrantèsChapitre 29 sur 58 · CHAPITRE XXIÎÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIÎÏ

Encore M. de Bourrienne. — Un mot sur la prétendue police de Junot. — M™^ de Montesson et Je jeune lieutenant de hussards. — Conduite de Juaot et approbation du premier consul. — Bonaparte voulant tout savoir. — Faussetés avancées par M. de Bourrienne. — Junot à la 3Ialmaison. — L'hôtel de la rue de Varennes et la place du Palais-Bourbon. — M™* d'Avaux et le vicomte de Ségur. — Les ennemis généreux et le proverbe italien. — Anecdote sur la Jeraïae de Louis XVIIL — Intime amitié de Junot et de M. Collot. — Deux lettres de M. CoUot. — M. Lageard de Ghcrvai calomnié. — Préventions du premier consul. — 31. de Talleyrand et les amitiés du séminaire oubliées. — M™« Murât, il. de Boui'rienne et un banquier de Vienne.

le n'ai pas encore tout à fait fini avec M. de Bourrienne. Je ne sais si le temps qui s'est écoulé depuis cette époque, a mis en oubli dans sa pensée une foule de choses qu'il doit cependant connaître. Ainsi par exemple, il parle de police seci'ète de Jiinoi; Junot n'était chargé d'aucune police. Il savait beaucoup de faits, d'événements, parce que le commandant militaire d'une grande ville doit chaque matin recevoir un rapport sur l'état intérieur, et sur l'ordre ou le désordre. Le commandant de Berne, celui de New- York, de Philadelphie sont dans la même obligation. La police de Paris ne concernait Junot en aucune façon. C'était M. Dubois qui en était chargé et qui, certes, s'en acquittait de manière à n'avoir nullement

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besoin d'un surveillant. Seulement, je le répète, la police militaire que l'état-major de la place était chargé d'exercer, ouvrait à Junot une infinité de portes par lesquelles bien souvent il ne regardait même pas. Que de fois j'ai vu de ces rapports faits par le vieil adjudant de place Laborde et que Junot faisait transcrire pour en enlever quelques noms, quelques mots, pouvant compromettre ceux qu'ils concernaient, et n'étant d'aucune importance pour la sûreté du premier consul! Je citerai à ce sujet une petite anecdote.

Une femme fort importante dans la bonne société se trouva compromise à l'époque d'une conspiration sous le consulat. Je ne me rappelle pas bien si c'était celle de la machine infernale ou bien celle de Chevalier. Le fait est seulement que cette femme, parfaitement innocente, se trouva compromise par ï'étourderie d'un jeune fou qui alla lui demander asile. Le jeune homme était lieutenant dans le régiment du colonel Fournier. Il était fortement compromis et, loin de le faire connaître à la personne qu'il compromet en lui confiant son sort, il lui cache le motif politique de sa proscription. La gendarmerie était sur ses traces. Elle l'eut bientôt atteint et le prit sous Vaile de M""' deMontesson, car telle était sa protectrice. Aussitôt qu'elle sut la vérité, elle s'empressa de prier Junot de passer chez elle. Le premier consul la considérait beaucoup. M""* Bonaparte l'aimait. Ellemême voulait mériter la bienveillance qu'on lui témoignait et la pensée qu'elle pouvait voir son nom dans une affaire dont les tribunaux auraient à connaître lui parut fort pénible. Junot vit aussitôt qu'elle n'avait en effet aucun tort. Le rapport fut changé et le nom de M"" de Montesson n'y parut même pas, attendu qu'il

était inutile qu'il y fût. Le jeune homme était arrêté, voilà ce qu'il fallait. A quelque temps de là le premier consul demanda à Junot :

— Dans quelle maison le jeune lieutenant du douzième fut-il arrêté?

Junot fut d'abord interdit, mais il se rappela qu'il avait fait mettre sur le rapport qu'il avait été pris se promenant dans les Champs-Elysées. Il le dit au premier consul. Ce dernier se mit à rire.

— Tu n'as pas une bonne mémoire, Junot, lui dit-il en lui tirant l'oreille.

Et alors Junot n'eut pas peur.

— C'est chez M""® de Montesson qu'il a été arrêté. Puis cessant de rire :

— Mon cher Junot, tu as fort bien fait d'écouter la demande de M""" de Montesson. C'est une femme que je considère. Tu pouvais donc très bien te dispenser de mettre son nom dans ton rapport, mais il fallait ne pas l'oublier et me le dire verbalement.

Ici l'on reconnaît le caractère de Napoléon, qui voulait toujours TOUT savoir, et se blessait du moindre mystère. Junot voulut connaître celui qui était son dénonciateur. C'était Fouché.

J'ai raconté cette petite histoire pour prouver que Junot évitait toujours le scandale, lorsque la chose n'était pas immédiatement attachée à la cause de l'empereur. Il existe encore aujourd'hui dans ses papiers beaucoup de ces rapports purement militaires, mais qui dans ces temps de troubles recevaient dans leur cadre une foule de noms étrangers au fond de l'affaire qui donnait lieu à des recherches, et se trouvaient ainsi eux et leurs secrets à la disposition d'un homme qui, heureusement pour les compromis, était un

nomme d'honneur. Quant aux fortes sommes que Junot recevait pour la police secrète de la capitale, et dont il remettait trois mille francs à un mauvais bulleti- ?îisf6, j'avoue que je n'en eus jamais connaissance. Le reste, ajoute-t-on, passait à la police des écuries de Junot et de sa table ^ .

Deux mots répondront à ce verbiage, qui semble écrit sur le coin de la table d'une antichambre ou d'un office. Le premier consul, voulant donner au commandant de Paris, parce qtiil était Junot, des appointements qui fussent d'accord avec son attachement pour lui, autorisa Junot à toucher ses appointements sur des fonds extraordinaires, déposés au ministère de la police générale et que Napoléon se réservait le droit de répartir lui-même. Je crois que cet argent venait de la ferme des jeux. Le premier consul ne voulait pas ordonnancer à la guerre les appointements d'un jeune général, se montant à 230,000 ou 300,000 francs. Quant au bulletinisté, comment M. de Bourrienne, qui devait tout connaître autour du premier consul, ne savait-il pas que les rapports de chaque matin se faisaient à l'étatmajor de la place, sur le quai Voltaire, et étaient apportés à Junot par leur auteur, l'adjudant général Doucet, chef d'état-major de la ville de Paris? Celuici travaillait d'après les rapports plus détaillés que lui remettaient les adjudants, et voilà comment se faisait la police ou plutôt la surveillance dans la place de Paris. Je puis ajouter que jamais Junot ni le maréchal Mortier, qui en sa qualité de général commani:\nt la première division militaire était son chef,

1 Je rapporte les propres paroles.

n'ont compromis an innocent tout en faisant leur devoir. Mais je conçois que des hommes dont la marche est douteuse, souvent oblique, et qui désirent demeurer dans l'ombre, aient cherché à déverser sur cette surveillance tout ce qui pouvait, sinon en empêcher le résultat, au moins en atténuer l'effet immédiat; voilà la cause de cette aniraosité inexplicable pour beaucoup de personnes; je vais la rendre encore plus frappante.

Immédiatement après la fm du XVIP chapitre du troisième volume, où se trouve une histoire de collier de perles, dans laquelle, pour le dire en passant, M. Bourrienne, qui joue fort bien la comédie, consentit à remplir un rôle qu'il faudrait être bien habile casuiste pour trouver honorable, il rapporte une autre pitite histoire qu'il prétend lui être relative, et d'après laquelle Junot aurait remis au premier consul, à la Malmaison, un rapportoù il aurait été, lui M. de Bourrienne, injustement et méchamment accusé par Junot d'avoir été dans une maison du faubourg Saint- Germain, rue de Varennes, et là, dans une conversation fort animée, d'avoir dit que le premier consul voulait se faire roi.

M. de Bourrienne ajoute que Junot persista à soutenir que, étant sûr de son agent, il devait ne rien retrancher à son bulletin — ce qui eut lieu en effet; que le premier consul haussa les épaules en disant que Junot était toujours ainsi et se laissait attrapper.

Ici, M. de Bourrienne, qui a totalement oublié les usages de la Malmaison et du premier consul, car il parle comme quelqu'un qui n'aurait pas dépassé l'antichambre, raconte que, après avoir reçu lui-même de Junot le rapport et l'avoir reçu dans le cabinet du

premier consul, où lui M. de Bourriemie avait fait appeler Jimut, lorsqui'il y était seul, le premier consul voulut à son tour voir Junot. 11 lui tint un fiort long discours tout aussi exact que le reste. Et le curieux de la chose, c'est que M. de Bourrienne aurait pu lui donner une couleur de vérité en ne retranchant pas une particularité qui ne peut l'être dans le plus petit rapport entre Junot et le premier consul, et même L'empereur, jusqu'en 1801. Ge ne fut qu'alors, au retour de Portugal, lorsque l'empereur revit Junot à Angouléme, que le duc d'Abrantès reçut le vous du souverain, à la place du toi de l'ami. Jamais, quelque fâché qu'il fût contre Junot, Napoléon n'a cessé une seule fois de le tutoyer: cette remarque est essentielle à faire ; il faut l'ajouter à cette phrase du premier consul :

« Chassez votre agents il me déplaît depuis longtemps. »

Cet agent paraît être une idée fixe pour M. de Bourrienne. Mais j'ai acquis depuis quelque temps l'explication de Vidée fixe. Au surplus, le premier consul n'a pas dit et n'a pas pu dire une pareille chose. 11 savait, mieux que personne, que Junot n'avait pas un agent. J'ai déjà dit que l'adjudant général Doucet, ayant sous ses ordres plusieurs adjudants, faisait exercer une grande surveillance sur toute la ville de Paris, pour y maintenir l'ordre, et voilà les agents de Junot. Ils n'étaient point espions de police. Lorsqu'il était question d'une affaire importante, on réclamait l'assistance de la police eivik, et voilà tout. Mais, pour terminer cette petite et cependant trop longue histoire, je dirai qu'à peu près à l'époque dont parle M. de Bourrienne, il fut accusé d'avoir dit

dans le salon d'une personne du faubourg Saint- Germain, que le premier consul commençait à prendre sous sa direction ^ , des sentiments conformes à ceux qui animaient les personnes présentes. Mais cette maison n'était pas rue de Varennes, elle était située place du Palais-Bourbon, et la maîtresse était la pJus noble des amies, la plus digne des femmes. C'était M"^ d'Avaux. Aussi le propos lui parut-il choquant, sortant de la bouche d'un homme pour qui les secrets du premier consul devaient être sacrés. Elle en parla dans ce sens, lorsqu'il fut parti, avec les personnes de son intimité, et M. le vicomte de Ségur -, qui s'y trouvait également, proposa d'écrire le proverbe vénitien, et de l'envoyer sous enveloppe triple et quadruple au premier consul. On le plaisanta beaucoup sur cette tendresse et cette sollicitude pour Napoléon, car la franchise et la noblesse de son caractère lui faisaient mettre au jour des sentiments qui auraient pu lui nuire avec un autre homme que le premier consul. Il ne tint compte de la raillerie, écrivit tranquillement son proverbe, ou plutôt son adage, et l'expédia à l'aide de camp de service, sans aucun commentaire. J'ignore si le çiremier consul reçut en effet l'envoi du vicomte de Ségur. S'il l'a reçu, je ne sais quel effet il aura produit sur lui. Ce n'était pas <^lors, lorsqu'il n'avait autour de sa personne que des êtres dévoués, à l'exception de deux ou trois hommes dont il fit lui-même justice peu de temps après,

^ A lui M. de Bourrienne.

* Le frère du comte de Ségur, grand-raaitre des cérémonies. Un jour, ayant été faire une visite et n'ayant pas de carte à laisser au suisse de la personne qu'il ne trouvait pas, il écrivit sur le livre de la porte : « Ségur, sans cérémonie. •

qu'il pouvait faire usage de l'avis prudent du vicomte de Ségur. Il aurait dû le retrouver en 1813 et 1815; c'est alors qu'il pouvait dire avec l'habitant de l'Adriatique:

Di chi mi fido guardami Dio *, Di chi non mi fido mi guarderô io.

Voilà l'histoire de M. de Bourrienne telle qu'elle est arrivée en 1801 ou 1802, je ne me rappelle pas précisément l'année. Mais ce que je me rappelle parfaitement, c'est que Junot en parla lui-même à M. de Bourrienne, pour le prévenir de ce qui pouvait en cela le compromettre, et je puis ajouter que non-seulement il n'y avait pas eu de rapport pour ce fait, mais il ne pouvait pas y en avoir, attendu que c'était ce qu'on pouvait appeler des caquets de société. L'histoire est singulièrement travestie, comme on le voit, et présentée sous l'aspect controuvé, il est possible de mettre l'innocence à la place de son contraste et de faire ainsi changer à tout le monde d'attitude. Mais il faut tout réintégrer en son lieu, et nous nous en trouverons plus à l'aise et plus contents. Ceci me rappelle une petite anecdote qui m'a été contée par un témoin oculaire et auriculaire du fait.

Madame, femme de Louis XVIII, étant un jour à Versailles, dans sa maison de Montreuil, avec M. de Créqui, dont l'esprit était si mordant et si fin, lui dit d'un ton pénétré :

— Comprenez-vous, Monsieur de Créqui, que la reine porte son inimitié contre moi au point de m'ac-

' Gardez-moi, mon Dieu, de celui auquel je me fie; je me garderai moi-même de celui dont je me défie.

cuser d'avoir une intrigue avec mon jardinier ! Voyez comme la haine est aveugle. Cet homme est infirme, il a quatre-vingts ans... Tenez, regardez-le marcher!

— Madame, répondit M. de Créqui en s'inclinant profondément, Madame est en un lieu trop élevé pour que ces paroles puissent l'atteindre. Mais je prendrai la peine de rectifier une erreur dans laquelle Madame parait être. Ce n'est pas ce vieillard impotent et goutteux que la méchanceté a fait le héros dune calomnie, mais bien ce jeune homme de vingt-cinq ans, ce beau et jeune garçon que je vois là-bas arrosant ces œilkts.

Pour en revenir à M. de Bourrienne, je répondrai également ici à une autre attaque concernant le duc d'Abrantès et qu'il est aussi par trop naïf à moi d'avoir même laissé si longtemps sans réponse. Je veux parler de l'affaire de M. Collot.

Puisque son nom est prononcé, je dois d'abord parler de lui avec quelques détails, avec tout l'intérêt que peut inspirer une amitié vraie. C'est un homme remarquable que M. Collot. Il l'est pour l'homme d'État, comme pour la maîtresse de maison qui recherchera toujours un homme spirituel et instruit pour l'admettre dans son salon. Il l'est pour ses amis, car, pour lui, l'amitié n'est cer*es pas un :vain mot. Peut-être le peu de justice de Napoléon envers lui le rendit-il trop sévère pour cet homme si grand. Néanmoins, il fut pour l'empereur ce qu'un cœur comme le sien devait être, c'est-à-dire que le malheur du colosse de gloire le trouva plus flexible qu'il ne l'avait jamais été devant le pouvoir et la puissance. M. Collot est un de ces hommes dont on

est fier d'être l'ami, parce qu'on les estime en même temps qu'on les aime.

Il était fort attaché à Junot, qui le lui rendait avec toute la chaleur d'une âme aimante et généreuse. En me le présentant, Junot me dit :

— Je l'aime comme un troisième frère \ Lui, M. Van Berchem et M. Charles étaient, après

Marmont, les trois affections les plus vives que j'aie connues à Junot en amitié.

On sait combien M. Collot fu* utile au général Bonaparte, à l'époque des guerres d'Italie. Il ne le fut pas moins au 18 brumaire. Non seulement ses conseils, ses soins, son activité furent prodigués avec profusion dans cette journée, mais son argent, son immense crédit furent d'une ressource que le général Bonaparte ne pouvait trouver que dans un homme tel que M. Collot. J'ignore quelles furent plus tard les raisons qui éloignèrent l'un de l'autre deux hommes si bien faits pour se connaître et s'apprécier. C'est un malheur que j'ai souvent entendu déplorer à Jttnot :

— Quel ministre aurait fait Collot ! me disait-il. Quel que soit le motif qui ait semé entre lui et le

premier consul le poison se déversant sur leurs plus légères relations, il fut assez grave pour éloigner des affaires un homme plein de bonne volonté, de talents, de savoir, et dont le crédit dans le monde commercial aurait étayé notre reconnaissante prospérité. Je sais que le premier consul, paraissait animé contre jyL Collot d'une sorte de vengeance. J'ai eu souvent

' Junol aimait tendrement mon frère, et toujours il l'appelaîl in si.

occasion de l'entendre parler de lui, et ce fut toujours avec cette aigreur que produit un sentiment amer et profond. M. de Bourrienne devait en savoir quelque chose. Je dirai plus loin un mot qui pourra le prouver.

C'est alors que M. de Bourrienne place le moment d'une audience demandée par M. Collot au premier consul, sollicitée et obtenue par Junot. Mais, disent les Mémoires, toujours dans les mêmes termes dont en vérité il est difficile de ne pas rougir malgré la fausseté de la chose, ce ne fut pas sa7is de grands sacrifices de la part de Collot.

Nous voici encore retombés dans cette même ignorance des temps, des choses et des hommes. Mais c'est M. Collot lui-même qui va répondre non-seulement à ce qui me concerne, mais à un autre fait également inconvenant et faux.

J'étais de retour à Paris depuis quelques mois, lorsque les Mémoires de M. de Bourrienne parurent. Peu curieuse de ma nature, je l'étais encore moins de lire la relation de faits qui s'étaient passés sous mes yeux. Je ne lisais donc pas les Mémoires de M. de Bourrienne, lorsque mes amis m'avertirent de ce qu'ils renfermaient d'injurieux et de dicté par un sentiment vindicatif et haineux contre un homme que la tombe et le désastre qui entoura son agonie auraient dû lui rendre sacré. Mais le rocher de Saint-Hélène et les souvenirs de reconnaissance n'avaient pas arrêté sa plume devant Vagonie et la tombe de son bienfaiteur. Pouvais-je me plaindre? Je n'avais plus qu'à réfuter. J'écrivis donc à M. Collot, et voici sa réponse :

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« Madame la duchesse,

« Il y a plus de quatre ans que je n'ai vu M. de Bourrienne, et il y en a plus de vingt que je le vois très peu. Il ne m'a consulté en rien pour ses Méinoires, et je ne lui ai jamais dit un mot qui ait pu autoriser le propos que vous me rapportez. Ce propos est faux. J'en dis autant de celui qu'il prête à Bonaparte dans une conversation que le premier consul eut avec moi, en présence de Bourrienne. Celui-ci affirme que Bonaparte m'a dit : « Donnez 300,000 francs à tel « ministre, 200,000 à tel autre, etc., etc. » Bonaparte, maître de la France, avait trop le sentiment des convenances pour vomir ces turpitudes. Certes, je ne suis point payé pour faire le panégyrique de'Bonaparte ; mais je dois à la vérité de purger sa mémoire de pareilles vilenies. Je les aurais désavouées dans un journal, sans une répugnance extrême à y faire parler de moi. J'aurai l'honneur d'aller vous voir et, si l'attestation que je vous donne dans cette lettre ne vous suffit point, j'y ajouterai tout ce qui pourra vous paraître désirable pour repousser l'injuste inculpation faite à la mémoire de votre mari.

« Agréez, madame la duchesse, l'hommage de mon respect affectueux.

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