LE PRINCE DE POIX
les écrits et les principes qui sont ceux de nos amis Mounier» Lally, Malouet; je suis retire dans ce pays, vivant intimement avec les deux derniers» et nous parlons fort souvent de vous.
Je me crois obligé de vous faire quelques représentations sur récrit où vous avez la bonté de parler de moi ; pour la vérité des faits, je dois vous adresser cette note, parce qu'il est possible que cette journée désastreuse du dix août soit placée par vous dans l'histoire de la Révolution.
Page 42. Note 6.
Le roi'n'ôta (par la réponse de M. de La Porte) le traitement aux officiers, ou gardes qu'à Coblentz, en spécifiant qu'ils ne seraient jamais payés que sur des certificats de résidence; le roi ne payait plus ni masses^ ni nourriture de chevaux ' .
Page 43. Note 7.
Je savais que ce propos avait été tenu, et. pendant que ma tète était à prix pendant neuf semaines à Paris, on parlait de me jeter mon fils et moi dans le Rhin à Coblentz; j'étais immolé à Paris pour avoir sollicité vivement les bienfaits du roi pour mes ennemis, qui ne sont pas devenus plus justes pour moi. Mes lettres sont imprimées partout.
Même note 7.
J'étais de la minorité de la noblesse, parmi lesquels se cachaient des scélérats ; cette minorité était de soixante-douze. Quarante-cinq, en vertu de leurs mandats, avaient la liberté de passer aux communes ; le mien étant impératif, je ne passai qu'avec la majorité et ne pris voix que lorsqu'une assemblée de noblesse, à Amiens, m'eut donné de nouveaux pouvoirs.
Voilà la vérité. Monsieur; je crois avoir servi fidèlement mon roi et ma patrie, et je jouis bien d'obtenir justice d'un homme de votre caractère ; cela me dédommage des injustices des sots, des ambitieux et des méchants; je ne perdrai jamais
' La déclaration que fait ici le prince de Poix se trouve confirmée par la lettre de Servan, l'ancien minbtre de la guerre, en date du 11 mai 1795.
Tamour de la liberté sous un roi puissant; je demande le chà«tinient des assassins du plus vertueux des rois et des hommes, et je renonce avec plaisir à toutes les grâces dont j^é tais comblé ^. Agréez l'expression de ma reconnaissance pour les sentiments que vous voulez bien me témoigner, et croyez à l'attachement que je vous ai voué.
MALOUET A MALLET DU PAN, A BRUXELLES
Londres, 26 octobre 1793.
J'ai reçu votre ouvrage " et votre lettre, mon cher ami : l'un et l'autre m'ont déchiré. Vous marquez le mal, comme vous le
1 Le passage suivant d*une lettre écrite le 16 septembre 1795 par Mallet du Pan, au comte de Sainte- A Idegonde, trouve ici sa place : « C'est un parti m pris, mon cher Comte; vous voyez que l*on s'est bâté d'appli(pier les prin- « cipes de la déclaration en disgraciant le prince de Poix et en lui retirant m sa cbarge. Il a écrit à Sa Majesté une lettre pleine de noblesse, de fierté et m d'énergie : il finit par s'élever contre l'assurance que lui donnait le roi qae t cet acte de sa volonté resterait secret, « Il importe à mon honneur, répond « le prince de Poix^ que cet acte de votre volonté soit public, afin que l'on « connaisse mes offres et vos refus, vos ordres et ma soumission. A pareil «jour, le 10 août, il y a trois ans, ajoute-t-il , je couvrais de mon corps « S. M. Louis XVI pour le garantir des coups de fusil tirés sur lui dans les
■ Tuileries ; j'ai entendu six semaines crier ma tète à prix ; j'ai perdu sur « l'échafaud mon père et ma mère pour la cause de Sa Majesté. Après cela, « je m'attendais à quelque considération de la part du successeur de Louis XVI,
■ qui est son frère. »
3 Les Considérations, dont il est parlé dans une lettre de Malouet du 9 juillet précédent. — Nous avons donné en note à cette dernière lettre une appréciation de ce livre par l'éditeur des Mémoires de Mallet du Pan, qui fait voir la manière dont il avait été accueilli par une partie des émigfés. Une lettre du publiciste au maréchal de Castries contient une fière apologie du livre par l'auteur lui-même; cettre lettre mérite d'être lue. (T. I*', p. 376.) — Disons encore que les opinions développées dans les Considérations ne diffèrent point de celles qu'exprimait Malouet dans sa Lettre aux émigrants du 20 décembre 1791, • qui plut beaucoup à Louis XVI. • (Mémoires^ t. II, p. 255.)
diteSy avec un fer rouge ; mais le bien, quelles espérances nous en laissez-vous? Au surplus, je vous ferai lire un mémoire présenté par moi, au mois de février dernier, au ministère britannique, sur les caractères de cette guerre, sUr ses motifs et les moyens de la soutenir. Vous y verrez une parfeite conformité de vues et de conjectures entre vous et moi ; cela n'a rien produit. Le cabinet de Londres, plus éclairé que les autres, est soumis à des entraves et à des préventions nationales qui lui laissent peu d'avantages sur les autres ministères dirigeants.
Je crois bien fermement que l'Angleterre n'a d'autre intérêt que de conserver ce qu'elle a, et de rester ce qu'elle est; mais le développement de puissance que présente encore la France désorganisée, imprime une sorte de terreur sur ce qu'elle pourrait faire avec un bon gouvernement, comme si un véritablement bon gouvernement ne tendait pas inévitablement à l'ordre, à la tranquillité, au bonheur môme des autres nations. Des idées fausses ont prévalu partout et sur tout, et les passions féroces du peuple français se reproduisent, sous des caractères différents, dans presque toutes les parties de l'Europe. L'orgueil et la cupidité aveuglent les conseils des nations comme ceux des Jacobins. Cependant, malgré le poids de votre opinion, qui est beaucoup pour moi, je vois comme inévitable la destruction de la République française après une nouvelle campagne. Il est impossible que leur fabrique d'assignats se soutienne au delà de six mois, et le partage des terres, qui leur reste à faire, renforcera les royalistes de l'intérieur des propriétaires de tous les partis.
Tout ce que vous avez dit de la Suisse, de la Savoie, de Lyon, des secours à donner aux royalistes, je l'avais dit et écrit; j'ai de nouveau envoyé des extraits de votre lettre; mais qui est-ce qui dirige la coalition? Quel est le cabinet prépondérant? Je n'en sais rien en vérité. Je vois bien qu'ici on parle de l'Autriche, qu'on se défie de la Prusse et qu'on paraît influer
;iH4 CORRESPONDANCE.
sur TEspagne et sur la Cour de Turin. Cependant qu'a produit cette influence? Les opérations du midi sont pitoyables et celles du nord désespérantes, d'après la marche rétrograde de M. de Cobourg ^ Qi a fait mettre dans les papiers ministériels que le duc d'York voulait marcher sur Paris, que le maréchal de Cobourg a dit que ses instructions s'y opposaient : que conclure de tout cela? J'ai grand^ peur que le plan de démembrement ne soit arrêté, qu'on ne se borne à rétablir Fancien royaume de Paris, à faire ou à laisser fÎEiire une république au midi, et à prendre nos colonies, qui ne seront bientôt qu'un monceau de cendres, et qui entraîneront dans leur ruine les autres colonies européennes.
• Il est impossible de prévoir ce qui résultera de cette subversion; l'Europe sera longtemps agitée, mais par l'ambition et l'aveuglement de ses princes, plutôt que par la puissance de la Convention, que je vois expirante. Tout tend, en France, à un déchirement et non à une réunion.
Vous m'annoncez votre arrivée prochaine ici, et vous suspendez par là mon départ. J'allais vous joindre, sans autre objet que de me rapprocher des moyens d'avoir des nouvelles de ma famille et de tenter de la faire sortir de France. Dites-moi précisément votre marche, afin que je ne vous manque pas, et répondez-moi tout de suite. Mon plan est d'aller de Bruxelles à Valencieunes, et d'essayer de faire pénétrer jusqu'à Compiè-
' Aprè« la prise de Gondé (9 juillet), de Valenciennes (28 juillet), du QueSDoi et de Landrecies, le prince de Saze-Cobourg ayait investi Maubeuge ; mais, affaibli par le départ des forces anglaises, qui s'étaient portées devant Dunkerque, il leva le siège et se replia sur la Meuse et le Rbin (18 octobre), après une défaite essuyée à Watignies. Un mois auparavant, le duc d*York, ou du moins son lieutenant, le général hollandais Freytag, était battu à Hondscoote^ et cet échec avait amené la levée du siège de Dunkerque. — La coalition était donc vaincue au nord et le projet d'une marche sur Paris abandonné. — Au nord-est, la campagne se prolongea; mais la mésintelligence de la Prusse et de l'Autriche eut pour effet de rejeter les coalisés, à la fin de l'année, sur la rive droite du Rhin.
gne un envoyé, pour donner de mes nouvelles et en recevoir. Marquez-moi en attendant si vous connaissez quelque voie sûre de correspondance par Liège, et si vous avez là, ou si vous pourrez vous y procurer une adresse pour y envoyer des lettres et en recevoir de France. Rendez-moi le service alors de l'indiquer à ma belle-fille à Verberie, en lui mandant d'envoyer par telle voie ses lettres à John Kindall. Je suis ici continuellement au supplice par les retards de la poste et par la privation de nouvelles de France. J'attendrai votre réponse, qui doit m'arriver dans huit jours.
Vous devez avoir vu Mounier & son passage à Bruxelles ; je compte qu'il sera ici dans peu de jours. Je crois vous avoir mandé, que dans la détresse où il se trouve, je lui ai procuré une ressource momentanée. Il vient chercher ici et mener chez lui en Suisse le fils de lord Hawke. L'année prochaine, s'il n'y a point de changement dans nos affaires, j'en chercherai autant pour mon compte.
J'ai fait vos commissions auprès de Lally, Bertrand et Gibbon. Je vais passer deux jours avec ce dernier chez lord Sheffield'.
Répondez-moi vite ; je voudrais partir le 5 septembre, si vous n'arrivez pas ; et si votre intention est de venir, dites-moi quels sont vos projets; si vous avez celui d'écrire, de faire un journal, vous êtes mieux placé où vous êtes qu'en Angleterre, où les* meilleurs ouvrages français sont peu recherchés. Ces gens-ci
^ Holroyd, comte de Sheffield, créé baron de Dunmore; membre distingué de la Chambre des communes et plus tard de la Chambre des lords, il défendit les catholiques contre les attaques de lord Gordon et se prononça énergiquement contre la traite des nègres. Il était Tami, et quelquefois le collaborateur de Gibbon. Ses écrits les plus connus sont : Observations sur le commerce des Etats d* Amérique, 1783; — sur les manufactures, le commerce et Cétat actuel de V Irlande, 1785; — sur le projet d abolir la traite, 1789 ; — et plusieurs publications sur le commerce des grains, sur l'exportation des laines et sur le système colonial. — Les détails qui précèdent servent à le distinguer des Sheffield, ducs de Buckingham, dont le nom s'éteignit en 1737.