SERVAN A MALLET DU PAN
Lausanne, 11 mai 1705.
J'ai passé. Monsieur, plusieurs jours à Rolle et aux environs de cette ville, et ce n'est qu'hier, à mon retour, que j'ai trouvé la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 5 de ce mois. J'aurais désiré pouvoir prendre le temps de jeter les yeux sur la vie de Dumburiez*, que je n'ai pas encore lue, et
de Hastings et Hnngerford. Le 7 décembre 1816, il avait été créé pair du Royaume-Uni avec le titre de marquis de Hastings, sous lequel il est inscrit dans le Peerage.
^ Après sa sortie du ministère de la guerre, le 3 octobre 1792, et à la suite de ses démêlés avec Dumouriez, Servan s*était réfugié à Lausanne, auprès de son frère. Mallet du I^an, qui était en correspondance avec ce dernier, 8*âdressa à lui pour avoir des détails sur la journée du 10 août. C*est Tancien ministre girondin qui répond ici à Mallet du Pan sous le nom de son frère avec. une liberté d'appréciation qui ne lui eût pas été permise autrement, car il avait à parler d'événements auxquels il avait été mêlé et d'bommes dont il avait été le collègue.
^ Le livre intitulé : Vie et Mémoires du général Dumouriez parutpour la première fois à Londres en 1794, et Tannée suivante à Paris, à Hambourg et à Francfort. Cette publication, due aux amis de Dumouriez, avait pour but de le placer dans un rôle exclusivement militaire, en dehors des intrigues et des violences de la politique révolutionnaire. Le second volume contient un Précis de la Vie de Dumouriez, sous la forme d'une lettre adressée par lui à un de ses
y reconnaître les infidélités que vous avez déjà remarquées sur les faits que vous avez l'intention de rectifier ; mais je ne veux pas perdre un instant pour répondre aux questions que vous m'avez adressées :
1** Sur la déclaration de guerre, sur le fait des avis cachetés, et le dépôt qui en a été fait.
Il est essentiel de rappeler les circonstances difficiles dans lesquelles se trouvait le Roi à l'époque qui a précédé la déclaration de guerre faite au roi de Hongrie et de Bohème. Environné de pièges, de quelque manière qu'il eût fixé ses résolutions en butte à tous les genres de calomnie, expoâé aux provocations, aux insultes d'une faction avide de sang et de carnage, dénué enfin de tous les moyens qui auraient pu mettre sa personne en sûreté, le Roi ne pouvait cependant se lasser de croire à la loyauté de la majorité de la nation française ; il supposait en même temps que cette Constitution, qu'on lui répétait si souvent être le vœu du peuple, pouvait être essayée, et, pour prouver de plus en plus combien il aurait désiré que cet essai fût suivi avec le moins d'obstacles, il avait choisi pour mioistres des hommes qui, par leur attachement connu à la Constitution ou par le genre de places qu'ils avaient occupées depuis la révolution, ne pouvaient être suspectés d'en contrarier la marche.
Mais le pai*ti républicain voulait accélérer la destruction de la royauté. Les imputations les plus calomnieuses ne suffisaient donc plus ; il fallait préparer des griefs plus apparents : le Roi,
amie. On y Ht ce qui suit : « Au mois de février 1792, j*ai été nommé ministre « des affaires étrangères; on me reprocbe d'avoir fait déclarer la guerre; je « prouverai qu'elle était inévitable. Mon opinion a été tout entière pour cette I déclaration, et elle était conforme à celle du Roi; non-seulement il a ap- « prouvé le rapport que j'ai lu à l'Assemblée nationale et qu'il a eu trois jours f entre les mains, mais il y a fait des corrections et il a lu lui-même son « discours. « On voit que cette déclaration de Dumouriez est démentie par la lettre de Servan que nous publions ici. Dans la même année, Servan publia l'écrit intitulé : Notes sur les Mémoires de Dumouriet, (Paris, 1795, in-8<>.)
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qui avait craint l'effet d'une dénonciation injuste dont la Reine était menacée, crut, malheureusement pour lui et pour la nation, qu'en s'entourant de ministres qui s'honoraient alors de leur attachement au parti jacobin, il n'y aurait plus lieu de douter de son abandon à la volonté générale, contre laquelle il n'avait d'ailleurs aucun moyen de résistance. Mais ces mêmes ministres, Dumouriez, Rolland, Glavière, De Grave, La Goste, Duranlhon, embarrassèrent le roi par une proposition dont les deux alternatives étaient également dangereuses : s'il refusait la déclaration de guerre, on l'eût accusé de connivence avec les puissances qui n'y étaient , à cette époque, nullement préparées ; s'il acceptait l'avis de la déclaration de guerre , on en rejetait sur lui l'événement ; et cette détermination unanime de son conseil, qu'il a été forcé de suivre, malgré le regret qu'il en a manifesté dans différentes circonstances, lui avait paru tellement impérative dans la position funeste où il se trouvait, qu'il avait pris la précaution de se faire remettre (ce qui ne lui était jamais arrivé pour aucune délibération de son conseil) l'avis séparé et signé de chacun de ses ministres. On peut interroger sur ce fait positif ceux d'entre eux qui existent encore. Qu'ils disent si tous leurs avis ne portaient pas que le roi, pour l'honneur, pour la sûreté de la nation française, ne pouvait se dispenser de consentir à la déclaration de guerre? Qu'ils disent, ces ministres , liés dès lors à la faction qui préparait les massacres qui ont désolé la France, s'ils n'ont pas menacé le roi des effets de la responsabilité dont il se chargerait envers la nation, s'il ne profitait pas du moment où les puissances n'avaient fait que des simulacres de préparatifs , sans attendre qu'elles aient pu réunir leurs forces? Le roi avait pris la précaution de garder ces avis de son perfide conseil et d'en prendre des copies qu'il avait déposées, ainsi que les originaux, pour en assurer la conservation. On ne peut contester que ces pièces ne lui eussent été nécessaires, s'il avait eu besoin de justifier les malheurs d'une guerre dont il a souvent déploré la cause, et
dont il était facile de prévoir les tristes résultats. Pourquoi donc ces pièces, si importantes àla justification de la mémoire du roi, ne se sont-elles pas trouvées dans le dépôt où elles avaient été mises, et très-probablement dans cette armoire de fer, dont le ministre calomniateur Roland s^était attribué , pendant plusieurs jours, la disposition exclusive? Il a craint sans doute, dès lors, la responsabilité dont lui et ses collègues s'étaient chai^ gés, en entraînant le plus infortuné des monarques à une démarche qui a précipité la France dans un abtme de maux ; il avait espéré peut-être que cette manœuvre criminelle, à laquelle il avait participé, resterait ignorée, en ôtant au roi la possibilité de désigner les véritables auteurs de la guerre , à laquelle il n'aurait jamais voulu donner son assentiment, s'il n'avait eu à repousser, dès cette époque, l'imputation de concerter avec les puissances des projets d'invasion. Le roi, au contraire, a été constamment opposé k toute idée de réclamer le moindre secours de la part des étrangers ; il savait que leur ambition , leur jalousie contre la plus florissante des monarchies, ne leur inspirerait jamais le désir généreux et désintéressé de rétablir la paix intérieure dans le sein d'une nation qui devait nécessairement s'affaiblir par ses propres divisions.
2^ Le prétendu payement fait aux gardes du corps émigrés est un des principaux reproches qui ont été faits au roi. On ne peut que répéter, à cet égard, ce qui a été répondu par les défenseurs du roi, ce qui a été imprimé dans une déclaration du trésorier général de la liste civile ; il en résulte que te rot avait donné l'ordre le plus absolu, notifié dans les différents bureaux de la liste civile, de ne payer que sur la représentation des mêmes certificats de résidence ' qui étaient exigés , à cette époque, pour le payement de toutes les parties de la dette publique. On a cru pouvoir aliéner à jamais l'opinion des Français de leur malheureux roi , en supposant qu'il avait favorisé
1 Voy. la lettre du prince de Poii, du il mai 1795.
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des projets hostiles contre la France, et l'on a affecté d'imprimer, avec la plus grande profusion , des états ordonnancés de la totalité des gardes du corps, comme preuve de leurs paye-* ments. Gomment a<t-on pu supposer qu'il ne serait pas facile, dans les premiers moments où l'on pourrait parler de justice et de raison, de faire retomber sur leurs auteurs l'effet de la plus exécrable calomnie? Et en effet, dès que la totalité des anciens gardes du corps avaient conservé leur traitement, soit comme retraite, soit jusqu'à ce qu'elle eût été réglée, il s'ensuivrait que leurs noms et les sommes à payer à chacun d'eux devaient être inscrits sur le même état, sauf aux payeurs à exiger les quittances dans la forme prescrite et à exiger des certificats de rési- . dence en* France. On ne peut pas plus dire que ces états soient une preuve de payement, qu'il ne serait possible d'alléguer que
le département des finances, en France, ait ordonné de payer tous les rentiers indistinctement, quand ils n'ont pu et ne peuvent encore y rien recevoir qu'en rapportant des certificats de non-émigration.
3** Y avait-il, le 10 août, quelques députés au château?
Dès les premiers moments où le château avait été menacé , dans la nuit du 9 au 10 août, le roi avait désiré assurer sa personne et détruire, par la présence d'une députation de l'Assemblée, la fausseté des allégations répandues sur un projet d'évasion, et toutes les absurdités du même genre, à la faveur desquelles on égarait le peuple. Il avait fait faire, par ses ministres, divers messages auprès de l'Assemblée , pour lui faire connaître la position dans laquelle il se trouvait. Tantôt, l'Assemblée n'était pas formée ; puis, .se trouvant complète, elle avait refusé de détacher quelques-uns de ses membres pour les envoyer auprès du roi. Le maire de Paris, Pétion, qui était en même temps membre de l'Assebmlée, mais qui devait, comme chef du corps municipal, répondre à l'invitation que le roi lui faisait faire de se rendre auprès de sa personne et d'empêcher l'attaque dirigée contre le château, refusa de se présenter de-
vant le roi. Il ne le pouvait réellement pas, puisqu'il était déjà reconnu l'un des principaux provocateurs de l'insurrection. C'est sans doute en cette qualité qu'il était encore dans les cours du château des Tuileries à trois ou quatre heures du matin ; et il se dispensa de tout efFort pour rétablir l'ordre en se faisant enjoindre par l'Assemblée , et comme l'un de ses membres, de venir participer à ses délibérations.
4*" Y avait-il collusion entre Rœderer et les conspirateurs?
A défaut d'une députation de l'Assemblée, et en l'absence du maire de Paris, il ne restait plus au roi que de tenter de fiaire servir l'influence des membres du département de Paris à détourner, s'il était possible, l'orage qui menaçait le château. Rœderer voulut paraître disposé à iaire son devoir et à faire respecter, dans la personne du roi, la dignité éminente de chef de l'État. 11 voulait paraître avoir eu Tintention de s'assurer des dispositions du poste de la garde nationale et des canonniers qui étaient de service au château. Il leur recommanda , en cas d'agression , et au nom de la loi , de repousser la force par la force. Lorsqu'il se trouva ensuite réuni avec le petit nombre des membres du département qui s'étaient rendus, ainsi que lui, au château, il insista auprès d'eux sur la nécessité de déterminer le roi à se rendre à l'Assemblée ; il en fit ensuite directement la proposition au roi, qui la rejeta. Cependant le château était déjà investi de toutes parts ; les canons étaient braqués ; la populace organisée, dirigée par les Marseillais, et renforcée par une portion de la garde nationale , formait une armée de quatre-vingt à cent mille hommes ; elle était en présence de six à huit cents Suisses et du petit nombre de gardes nationales qui se trouvaient , dans ce moment , de service au château. Les deux canons, qui accompagnaient constamment chaque bataillon de garde au château, pouvaient seuls opposer quelque résistance contre la nombreuse artillerie que les assaillants avaient enlevée dans la nuit à l'Arsenal. En signe de leur réunion avec ceux du dehors, les canonniers attachés au service
de ces deux seules pièces de canon , les avaient aussi tournées contre le château'. Les menaces de la part du plus grand
nombre des gardes nationales , qui étaient dans l'intérieur des cours et du château; l'appareil de Tarmée assiégeante, qui n'attendait plus que le signal de l'attaque, ne pouvaient plus faire douter de la perte certaine du roi, de la famille royale et de trois à quatre cents personnes de leur service qui les environnaient. Rœderer fit alors un dernier effort pour déterminer le roi à sortir du château , et s'adressant à la reine , il lui dit qu elle se rendrait responsable envers le roi et sa famille des derniers malheurs, si elle ne s'empressait de réunir ses instances aux siennes pour décider le roi à se rendre sans délai à l'Assemblée. Ce fut à la suite de cette invitation pressante que le roi et la famille royale s'y rendirent. Mais Rœderer, l'ami de Pétion et des conspirateurs, a-t-il eu l'intention perfide de concourir à entratner le roi et sa famille à leur perte ?^ Il me semble qu'il Ta avoué lui-même, lorsqu'il a été appelé par l'Assemblée pour rendre compte des ordres qu'il avait été supposé avoir voulu donner, comme procureur syndic, à la garde nationale et aux canonniers de service. Il faudrait, à cet égard, vérifier ce qui a été dit par lui dans les séances de l'Assemblée, où je me rappelle qu'il a énoncé l'intention de servir les conspirateurs. Et d'aiUeurs, s'il n'avait pas été de leur parti, s'il avait pu paraître avoir donné quelques preuves de dévouement à la cause royale et à la sûreté de la personne du malheureux roi, n'eût-il pas été sacrifié? On peut ajouter à ces présomptions trop fondées , que lorsque le commandant de bataillon , Mandat, qui se trouvait au château, fut appelé par la Commune, incertain sur le parti qu'il devait prendre, ce fut Rœderer lui-même qui lui dit qu'il ne pouvait se dispenser d'obéir. Or, la Commune et Rœderer savaient bien qu'en appelant le
^ « Les canonniers, à la seule recommandation de la défensive, ont déchargé « leurs canons. » (Rœderer, Chronique de cinquante jours, p. 368.) II. 28
coDimandant de bataiUon et en le faisant aussitôt égorger, on rendait toute défense du château presque impossible ' .
^' Le récit de Servan et ses appréciations se trouvent confirmés parla déposition de Rœderer lui-même devant l'Assemblée, sous le titre de : Observa^ fions de P. L» Rœderer sur des réponses faites par des officiers suisses dans leur interrogatoire, /e 17 août 1792;
« Des officiers suisses ont dit que j*avais passé dans leurs rangs avec
le Roi et donné ordre de repousser la force par la force.
« Je nie d'abord, de la manière la plus absolue, que j*aie accompagné le Roi de près dans la revue qu'il a dit avoir faite des troupes.
■ Ils (les officiers suisses) disent que j'ai donné l'ordre de repousser
la force par la force... qu'ib indiquent les circonstances; le lieu où je me suis présenté, et je prouverai mon alibi... • J'ai fidèlement rapporté à l'Assemblée natiopale, dans la matinée du 10, ce que j'ai dit aux canonniers et aux gardes nationaux qui ne sont pas des Suisses; j'ai parlé, mais je n'ai rien
requis Je recommandai positivement, fortement de ne point attaquer; je
dis anx gardes et canonniers nationaux que la loi n'exigeait d'eux que de garder leur poste et d'opposer une forte résistance si, contre toute attente, leurs concitoyens les attaquaient.
• Quand j'eus parlé aux canonniers de ne point attaquer, l'un d'eux m'adressa cette question : « Et vous, resterez-vous là s'ils nous attaquent?-» Oui, • répondis-je, et non derrière vos canons, mais devant, » Mes collègues ajoutèrent : « Nous y serons tous, et devant. » Sur cette réponse, lecanonnier, sans rien dire, débourra son canon....: J'ajoute que telle est l'opinion de l'Assemblée, et lorsque, dans la matinée du 10, je lui rendis compte de ma conduite, si ce discours eût été coupable, eussé-je été admis aux honneurs de la séance ?^
« Lorsque la canonnade a commencé, il y avait plus de trois quarts d'heure que ni les Suisses ni les gardes nationales n'avaient plus de prétexte pour défendre leur poste, et c'est moi qui les avais dégagés de leur consigne en emmenant le Roi et sa famille à l'Assemblée nationale. Toutes ces circon* stances qu'on rapporte d'une conjuration contre l'Assemblée nationale, cet encombrement d'hommes armés cachés dans le château, en bien plus grand nombre que les troupes qui étaient dans les cours, l'oiiganisation militaire de cette horde clandestine, cet aigent trouvé en abondance dans les poches de tous ces mercenaires, toutes ces circonstances et mille autres ne supposentelles pas des ordres et des réquisitions bien différentes des phrases que j'ai dites, et des ordres secrets hostiles?
« Oui, Citoyens, j'ose vous le dire, dans la matinée du iO^fai bien mérité de la patrie. C'est moi, je vous le répète, qui ai entraîné le Roi et sa famille à l'Assemblée nationale. D'un côté je voyais une insurrection que chaque minute rendait plus générale et ;}ar con^^uent ;>/ia légitime; de Tautre, je
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5** et 6* Il n'est point vrai qu'il y ait eu un corps de surnuméraires attachés à la garde constitutionnelle. De tous ceux
soupçonnais des intentions hostiles, des moyen§ cachés^ et j'appréhendais un combat cruel ; je pris aussitôt ma résolution.
« Gomme magistrat, je me db à moi-même : Tu dois préserrer la yie du Roi et de sa famille avec le même soin, et c^est beaucoup dire, que tu mettrais à préserver les plus obscuts citoyens; eh bien! c'est les mettre en sûreté que les mener à l'Assemblée. Gomme magistrat encore, tu dois préserver l'Assemblée elle-même de tout péril ; eh bien ! placer le Roi dans son sein, c'est interdire à la faction qui la menace d'attenter sur elle.
« Comme citoyen^ j'ai considéré que le Roi et sa famille étaient d* utiles otages dans une guerre entreprise sous son nom par les puissances étrangères, et nous tiendraient lieu d'un grand nombre de légions contre nos ennemis. Enfin j'ai considéré que ma magistrature, prête à rentrer dans la souveraineté du peuple, ne m'obligeait pas à mourir superstitieusement au pied d'un trône qui s'abîmait lui-même dans la puissance nationale; et, sans délai, j'ai dit au Roi et à sa famille : Cest à t Assemblée nationale qu'est votre unique retraite» Quelque résistance m'a été opposée; elle a été pour moi un motif de plus pour presser, pour entraîner. ■ Marchons », a dit le Roi à mes dernières paroles, et je l'ai précédé à l'Assemblée nationale.
« Gitoyens, ce service n'est point d'un conspirateur ni d'un patriote douteux. Qu'on examine ma conduite passée, mes opinions, mes discours, mes liaisons, mes habitudes ; qu'on voie* ce que j'ai écrit sur l'égalité, sœur de la liberté, mes dénonciations contre ses ennemis; enfin qu'on se rappelle les opinions que j'ai prononcées k l'Assemblée, et l'on verra que la' liberté, l'égalité, la monarchie économique et non héréditaire, la république elle-même, ne sont ni assez étrangères ni assez peu respectables ^ mes yeux pour que j'aie pu m'abaisser à conspirer contre elles. » (^Moniteur, vendredi 24 août 1792, no 237.)
Nous avons entendu Rœderer en 1792; voici ce qu'il écrivait en 1832. Nous transcrivons littéralement, avec les soulignés, son récit, dans la Chronique de cinquante jours ; les sentiments et les expressions sont les mêmes :
m M. Mandat vint dire que la Gommune le faisait appeler pour la
« seconde fois. Il n'était pas d'avis d'y aller ; M. Dejoly le croyait nécessaire • au Ghâteau. Je pensai que le commandant général était essentiellement aux « ordres du maire ; qu'il était possible que le maire voulût aller au-devant des « rassemblements, et crût avoir besoin pour cela du commandant de la force « publique. Sur mon avis, Mandat partit, quoiqu'avec peine. Je me fondai ■ encore sur la nécessité d'éclaircir le prétendu contre-ordre donné par Manuel « relativement aux oânons du Pont- Neuf, et de représenter à la Gommune ce « qui lui paraîtrait nécessaire pour assurer la tranquillité. Mandat s'était rendu
qui avaient composé cette garde, il n'en était resté qu^un petit nombre à Paris, dont plusieurs s'étaient rendus auprès du roi dans la nuit du 9 au 10, lorsqu'ils apprirent que sa personne et sa famille étaient menacées : mais ils ignoraient, comme le petit nombre des personnes qui se trouvaient au Château, quels étaient les véritables projets et le nombre des assaillants. Quelle résistance utile eussent pu opposer en efFet trois à quatre cents personnes enfermées dans le Château sans autres armés que leurs épées, et sans munitions quelconques? li a été prouvé par les rapports les plus fidèles que les Suisses, qui ont opposé pendant quelque temps le courage du petit nombre à une armée très-nombreuse, n'avaient chacun que six cartouches. 11 avait été présenté au roi différents projets d'évasion ; environné de gens dont les intentions ne pouvaient que lui être suspectes, il était bien éloigné d'en adopter aucun. Le parti constitutionnel connaissait la profondeur des projets des anarchistes républicains, et se croyant sûr de ses propres forces, il eût désiré conduire le roi en Normandie; mais le roi, sa femille, et le petit nombre des personnes qui les entouraient, étaient si éloignés, jusqu'à Tinstant même du départ pour l'Assemblée, de supposer le danger réel qui existait; ils étaient tous si éloignés de croire à la conspiration dont ils allaient être victimes, et dont on a osé cependant accuser le roi d'être l'auteur, qu'ils ont tous cru longtemps que cette insurrection' n'était dirigée que par le parti constitutionnel; qu'elle n^ avait d'autre objet que de forcer la famille royale à une évasion également désirée par les Jacobins; ils y auraient en effet trouvé le prétexte de la déchéance que Pétion était venu, peu de jours avant,
M odieux k une grande partie de la garde par un deTOuement fanatique à la « cour. // garantissait toujours sur sa tête les bonnes intentions du Roi, il M était toujours sûr qu'il n*y avait à la cour aucun mauvais dessein. J'ignorais
■ la prévention établie contre lui; il aurait dû prendre des précautions pour
■ se rendre à la Commune : il paraît qu*il n'en prit aucune; j'eus le chagrin « d'apprendre quil avait été tué en chemin, » ( P. 350.)
demander à l'Assemblée, au nom de la ville de Paris, Le trop bon et malheureux roi avait toujours craint l'effusion du sang; il avait toujours espéré éviter par des sacriBces personnels les fléaux de la guerre civile qui devaient nécessairement prendre naissance dans les excès des partis.
7* Je ne puis donner d^indication précise sur les personnes qui pouvaient avoir le plus d'influence et d'amis au château ; je sais seulement que Baumelz et Malouet avaient des intermédiaires par lesquels ils faisaient parvenir des conseils; que Madame de Luynes était un des principaux intermédiaires , mais que les différentes personnes qui avaient accès auprès du roi et de sa famille, ayant, les uns et les autres, des vues ou des opinions différentes, dont aucune cependant n'aurait pu écarter le roi de la disposition constante où il a été de suivre fidèlement la marche constitutionnelle, ont contribué à pro^ longer ses incertitudes sur les moyens, presque impossibles; de mieux pourvoir à sa sûreté.
Je ne me rappelle point de faits important^ qui prouvent, mieux que la conduite du roi, sa fidélité à suivre la Constitution. Quelques faits entre autres ont été énoncés dans des lettres écrites par M. Bertrand, lors du jugement du roi, et que je crois imprimées à la suite du recueil des pièces du jugement. Enfin, s'il vous était nécessaire de vous procurer d'autres renseignements que vous me croyiez capable d'ajouter à ceux que je vous transmets aujourd'hui, fort à la hâte, je suis à vos ordres, comptant bien sur la promesse que vous m'avez faite de brûler les notes que je pourrais tous fournir.
Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien m'accuser réception de ce paquet et de recevoir l'assurance des sentiments avec lesquels je suis votre très-humble et très-obéissant serviteur.
438 CORKESPONDANCE.