‹ Mémoires de MalouetChapitre 30 sur 47 · MOUNIER. W · texte numérisé non relu

MOUNIER. W

MOUNIER A MALLET DU PAN. A BERNE

Weimar, le 13 novembre 1795.

Vous TOUS plaignez de mon silence, mon cher Mallet ; je TOUS ai écrit deux fois, Tune par le fils de M. de Mun, et l'autre par la poste.

Je ne sais si je tous ai dit que parmi les lettres que vous m'avez envoyées, il y en avait une de M. de Flachslanden ^ qui se plaint de mon dernier ouvrage *, et prétend qu'il est contraire à l'opinion du roi.

^ Dernier représentant d'ane ancienne famille d'Alsace établie en Sil^e au dix-haitième siècle, et plus tard en Bavière, où celui-ci avait rang à la cour de conseiller intime. Dès le début de la Révolution , Flacbslanden avait été Tagent secret de Louis XVI et des princes. Une volumineuse correspondance que possède M. Feuillet de Concbes atteste cette confiance et l'activité de ces rapporta. Une lettre de Mallet du Pan du 16 septembre 1795 (Mémoires, II, 181) nous fait voir Flacbslanden très en crédit à la petite cour de Vérone; il y combattait l'influence du maréchal de Gastries, et répondait à des communications de Mounier « avec dédain et dureté. • Cependant les idées de Mounier et du maréchal de Gastries étaient adoptées par Louis XVI II dès l'année 1796 ; Malouet le savait et il le dit à la dernière page, de ses Mémoires, Flacbslanden était donc plus royaliste que le Roi ; cela s'est vu. Il était ce que l'on appellerait aujourd'hui un chevau-lé^er; mais un chevauléger allemand !

' Adolphe, ou Principes élémentaires de politique et résultats de la plus cruelle des expériences, (Londres, 1795, in-8.) Dans cet écrit peu connu et dans une forme qui sent son dix-huitième siècle, l'auteur introduit un dialogue entre un jeune, homme et un vieillard, Adolphe et Ulric^ cherchant honnêtement à concilier les principes de VKtprit des Lois et les doctrines du Contrat social. /Panant de la vie sauvage aux progrès 8uccessi£B de l'état de société, l'ancien constituant traite de la souveraineté du peuple, de Cinéga" lité politique, des conditions de la liberté, du despotisme démocratique : • Aucun despote de l'Asie, -^ dit-il avec raison, — ne pourrait impunément « imiter les crimes des tyrans révolutionnaires. La révolte, ce terrible moyen

La colère de nos amis de Londres est au comble; je crois même qu'elle va trop loin. Je vais écrire à Malouet, le plus sage de tous, pour contenir Tezaltalion des autres. Il serait malheureux qu'on pût les considérer, en interprélant mal leurs plaintes et leurs censures, comme les ennemis de la royauté légitime.

Dans les détails que vous avez la bonté de me donner, je suis fâché de n'en point rencontrer qui vous soient personnels. Vous ne me dites pas si vous restez en Suisse, si vous avez reçu une réponse de vos amis de Vérone. Je veux connaître jusqu'à votre logement, vos ennuis et vos distractions. Je vous ai trop apprécié en Suisse, pour ne vous avoir pas voué un intérêt très-distinct de la politique.

Je ne vous parle pas des succès des armes allemandes; les gazettes vous en instruiraient avant moi. Avez-vous appris que l'Angleterre a fait sommer le landgrave de Hesse ' d'envoyer

« que Locke a nommé tappei au Ciel, est l'unique ressource des opprimés ; « mais comment déterminer Tinstant où Tinsurrection devient légitime? Il est

■ impossible de le fixer, et l'on ne doit pas chercher des régies là où la nature « ne permet pas d'en établir. » Un peu plus loin , la pensée de l'auteur se précise, et il n'a plus besoin de recourir à la nature : « Partout où pénétre-

■ raient, n dit-il, ■ les maximes d'égalité politique et de souveraineté du « peuple, elles produiraient les mêmes effets », c'est-à-dire la dissolution de la société. L'absurdité d'une république française étant reconnue par Rousseau lui-même, puisqu'il déclare que « si les doctrines du Contrat social étaient

■ applicables, elles ne le seraient qu'à un très-petit État ■ , l'auteur conclu' en faveur d'une monarchie tempérée par de bonnes lois et à /la nécessité de « reconstruire C édifice avec les matériaux qui existent encore. • Enfin, Ulric . et Adolphe se promettent de « dissiper par leurs conseils les erreurs des amis « de la liberté. • Il est facile de deviner dans ce qui précède ce que Flachslan- • dcn jugeait contraire à l'opinion du roi. »

* Guillaume IX, fils du landgrave Frédéric II, avait tu son pouvoir ébranlé parla chute de Mayence, en 1792. La panique avait gagné même la rive droite du Rhin. Après bien des hésitations^ il venait de signer, le 28 août 1795, un traité de paix avec la France, renonçant aux subsides de l'Angleterre, et à lui fournir des troupes. Gréé électeur sous le nom de Guillaume I'**, à la suite du traité conclu le 5 mai 1796 entre la France et la Prusse, il fut confirmé dans cette dignité par la convention du 23 mai 1802. Menacé alter-

Page 1