‹ Mémoires de MalouetChapitre 32 sur 47 · A BERNE · texte numérisé non relu

A BERNE

Londres, janvier 1796.

Je trouve enfin, mon cher ami, une occasion sûre pour vous écrire; c'est la première qui se soit présentée depuis mon arrivée à Londres. Montlosier et Malouet me donnaient de vos nouvelles; ils m'ont communiqué vos lettres toujours pleines d'intérêt. J'y ai vu aussi que vous n'aviez pas oublié un homme qui vous est bien tendrement attaché.

J'ai quitté Bruxelles avec le cardinal de la Rochefoucauld; nous avions tenu jusqu'au dernier moment. Des affaires m'appelaient à Londres : je me séparai de mon oncle. Je n'ai rien fait à Londres, et j'ai eu le malheur d'y perdre mon frère. Il

^ Tontes ces questions, relatives au sort des colonies , ont été traitées dans les deux lettres du 30 décembre 179(1 et du 25 janvier 1797, citées au tome deuxième, p. S85.

est impossible d'être frappé à la fois dans plus de sentiments et d'intérêts. Mon frère avait sa femme en France; elle avait conservé sa fortune, et elle avait pris des arrangements qui auraient assuré notre existence. Il faut aujourd'hui que j*attende d*un intérêt qui peut se lasser les ressources que j^aurais trouvées dans le caractère le plus noble et le plus g;énéreux. .Me voici donc à Londres. Je n'ai cherché à me placer dans aucun corps français, parce qu^un officier de la marine à trentedeux ans est bien peu propre à être lieutenant d'infanterie. Ma santé était un autre obstacle , et d'ailleurs ma défaveur auprès du parti aristocratique est telle, que je n'aurais sûrement pas obtenu un emploi si je Tavais sollicité. Il restait cette foule de métiers qu'ont embrassés ces nobles chevaliers français qui frémissaient au seul mot d'accommodement. Cette ressource n'en était pas une pour moi. Voilà , mon cher ami , ma triste situation. J* attends la paix pour £xer mon sort ; alors, quel que soit le gouvernement qui domine en France; que la Constitutionactuelle s'y maintienne ou qu'elle soit renversée par les terroristes, j'irai m'offrir aux poignards de Rewbell ou de Duhem plutôt que de périr d'opprobre et de faim sur une terre d'exil. Vous recevrez, mon cher ami, un petit ouvrage ' qui a paru

^ Relation de M, de Chaumereix, officier de marine échappé des prisons ifÀuray et de Vannes; s. 1., 1795. (Bibl. nat., L^ 4i, n» 1936.)

Dans cet écrit de quelques pages, introuvable ailleurs qu*à la Bibliothèque nationale, Tauteur déclare que, « échappé presque seul au massacre, c'est un » devoir pour lui d'en faire connaître les auteurs. • Il dit avoir lu le 27 juillet le Rapport adressé par le général Hoche k la Convention, et dont la dernière phrase était : ■ Les émigrés, placés entre Teau et le feu, n*ont eu d'autre parti « que de se rendre ; il be parlait pas de la capitclatiox . • L'auteur raconte ensuite les exécutions de Tévèque de Dol, de Sombreuil, de soixante-dix prisonniers fusillés ensemble le 2 août, et de quarante-deux autres le lendemain. « Le corps de la marine, ajoute- t-il, a perdu cent officiers; quinze ou vingt, échappés de la tour de Vannes sous divers déguisements, furent recueillis par un canot anglais et conduits à l'escadre du commodore Warren. »

Ce triste récit est confirmé dans tous ses détails par V Histoire des guerres de la Vendée, par Alphonse de Beauchamp. (Paris, 1809, 3 vol. in-S».) Som-

SOUS le nom d'un de mes camarades, officier de marine, mais que j'ai rédigé; vous y trouverez des détails intéressants sur l'affaire de Quiberon, et vous serez content, j'espère, de l'esprit dans lequel il est écrit. J'ai puisé cet esprit de raison et de sagesse dans vos ouvrages , dans vos conversations.

Vous nous parlez souvent de la folie de Vérone. Hélas ! mon cher ami, cette folie est générale et incurable. Combien vous vous trompez en croyant qu'il y a un peu de raison dans la cour du frère; nous voyons tout cela de près, et nous gémissons. Personne n'est corrigé; personne n'a su ni rien oublier, ni rien apprendre. Tous les chefs de l'aristocratie, tous les hommes influents, sont bien au delà des idées de Goblentz : On ne peut donc former aucune espérance. La nature des choses ramènera bien la monarchie, mais jamais Louis XVIII. Les mauvais conseillers de ce prince ont précipité la ruine de son antique maison : ils l'ont perdu, et il a entraîné avec lui tous ces hommes <;onstamment aveugles, tout à la fois victimes et exemples.

Je vois souvent Montlosier, Malouet et Lally; nous pleurons tant de fautes commises, tant de malheurs qui en ont été la suite. Nous cherchons un remède sans le découvrir; cette intimité, cette communauté d'idées et de sentiments a bien des charmes. Combien vous nous manquez! Adieu, mon cher ami, quand vous reverrai-je? Nos destinées sont trop incertaines pour que je puisse former môme une espérance. Je suis sûr du moins que votre intérêt ne m'abandonnera pas.

breuil, avant de recevoir la mort, déclare que \ei prisonniers ont capitulé verbalement, et qu*on lenr a promis la vie. Les chefs républicains nient la capitulation, «comme si, » ajoute très-justement Fauteur, ■ une con- « vention en forme eût été nécessaire pour épargner des ennemis désarmés...

« Tout ce qui avait mis bas les armes perdit la vie N'ayant pu mourir en

• héros, ils moururent en martyrs. » (Pages 234 à J37.) Ce silence sur le fait de la capitulation doit faire rabattre quelque chose de Tadmiration convenue dont nos historiens de la Révolution entourent le nom de Hoche. La Convention se lavait dans le sang des malheureux émigrés d'accusations de tendances royalistes. Tallien a bien secondé cette politique; Hoche ne Ta pas contrariée.

MALOUET A MALLET DU PAN

Londres, S mars 1796.

J'ai réponda, mon ami, de chez lord ShefBeld, à votre lettre du 6 janvier; je Pai communiquée depuis au chevalier Macpherson, à Tarchevéque de Bordeaux, et, peu après mon retour, de la campagne , ont commencé pour moi des embarras pénibles relativement à notre malheureuse colonie, où les divisions entre royalistes sont aussi ardentes qu'entre ceux-ci et les républicains . Il n'est que trop vrai que les Français sont nés pour les discordes civiles. Sur tous les points du globe où se trouvent des Français, ils se déchirent; il» prolongent et multiplient ainsi les désastres de notre malheureuse époque.

Vous avez su par les papiers publics combien la grande expédition de ce pays-ci se trouve contrariée et retardée par la persévérance des vents d'ouest. La flotte de l'amiral Christian, après avoir tenu la mer pendant cinquante-six jours, est rentrée dans les ports en mauvais état, et, malgré toute l'activité de l'Amii^uté, elle ne peut remettre à la voile que par divisions, à mesure que les dommages des vaisseaux sont réparés. Ainsi, la délivrance des colonies, qui semblait assurée cette année, sera encore renvoyée à l'automne prochain. Il n'y a moyen de faire aucune opération offensive aux Iles du Vent pendant les quatre mois de l'hivernage; et quoiqu'il n'y ait pas le même inconvénient à Saint-Domingue, les grandes chaleurs et l'insalubrité, pendant qu'elles durent, ne sont pas moins à éviter. Les Anglais, jusqu à présent, y ont perdu les quatre cinquièmes des troupes qu'ils y ont envoyées, en y dépensant un argent immense. Mattres à peu près de la cinquième partie de la colonie, celte conquête leur coûte soixante et dix

millions. Cela est incroyable, mais n'en cloutez pas : c'est à qui volera le plus entre les Français et les Anglais. Nul ordre, nul contrôle dans l'administration, nulles formes comptables; on n*a pas idée d'un tel désordre'. Aussi, la dépense totale de cette année en Angleterre, dont j'ai les états sous les yeux, est portée en projet à la somme énorme de trente-huit millions sterling, en y comprenant l'emprunt ; et le pain se vend sept sous et demi tournois la livre. Il en résulte donc des plaintes et des vœux pour la paix, qui s'éloigne plus que jamais ; car lorsque je vous la disais prochaine, il est certain qu'on avait négocié et espéré un moment de grands sacrifices de la part de la France. Ils en sont loin maintenant; et cependant quelles sont leurs espérances, leurs moyens? Après leur emprunt forcé, en le supposant rempli, à quelles nouvelles ressources peuvent-ils avoir recours?

Je n'entends point parler de votre voyage à Hambourg, et j'en suis avide. Quoique vous ne soyez pas l'homme aux espérances, j'aiine vos pensées substantielles; on vit plus d'un jour avec vous, et c'est vous qui me présentez dans le meilleur ordre le passé, le présent, l'avenir.

Il est question ici d'un emprunt pour l'Empereur; la banque s'y oppose si l'on veut envoyer des espèces sur le continent, attendu qu'on s'aperçoit de leur rareté; elle a été forcée de diminuer ses escomptes, ce qui a occasionné plusieurs banqueroutes. On suggère un expédient : c'est de faire faire l'emprunt sur le continent et de le cautionner ici; il est certain qu'il doit y avoir beaucoup d'argent en Allemagne, en Suisse, en Italie; car celui de la France et de l'Angleterre a passé quelque part, et les Etats-Unis n'ont pas seuls fait fortune dans cette horrible guerre. Ah ! mon ami, annoncez-m'en la fin : je meurs d'ennui et d'inquiétude ; je ne m'accoutume pas à cette triste condition de proscrit, à la merci des étrangers, fatigués

A Mémoires, t. II, chap. xzi.

de nous, nous détestant plus que jamais 4 et peut-être que la seule chose qui nous sauve du mépris est cette gloire militaire de nos féroces persécuteurs.

Groirez-vous qu'une nouvelle expédition à la côte de Bretag[ne et de Normandie est projetée? Les chouans et leurs prouesses recommencent à donner des espérances : on en attend une guerre civile. Hélas! voilà tout ce qu'on veut de nous. N'y a-t-il donc pas moyen de rallier au dedans un parti raisonnable? S'ils voulaient rappeler les émigrés, ils aurieiient bientôt ce qu'il y a de plus sensé parmi eux, avec leur assentiment pour l'abandon de la moitié de leur fortune.

MALOUET A MALLET DU PAN, A BERNE'

Londres, 8 mai 1796.

Nous sommes toujours, mon cher ami , à deux mois d'intervalle dans notre correspondance. Ceux qui la supposent si active, si combinée, sont bien dans l'erreur. On ne doute pas, ici comme ailleurs, que nous n'ayons des communications trèssuivies ; on vous appelle le comité de Berne correspondant avec le comité de Londres, comme on m'appelait le comité autrichien pendant que j'étais à Paris; et une des raisons qui a toujours fait que notre bon esprit individuel n'a jamais rien produit est le défaut de concert et de communications, qui, dans un temps de troubles, ressemble bien peu à une conjuration ; mais tous les honnêtes gens ne devraient-ils pas conspirer pour le rétablissement de l'ordre? Il parait j mon ami, que

^ Cette lettre a été publiée en partie dans les Mémoires de MalUt du Pan, t. II, p. 230.

c'est vous seul qui vous en occupez; car nous sommes ici bien dispersés, bien dépourvus de crédit, de moyens. Quelques conversations qui n'aboutissent à rien, voilà tous nos travaux.

Cependant Montlosier a voulu à toute force jeter une bombe dans le camp ennemi *: il vient de publier des lettres qu'il m'a adressées : Des Effets de la violence et de la modération dans les affaires de France^, H y si beaucoup d'esprit, des vues justes, des réflexions fines, et quelques maladresses; d'Entraig;ues ' et Ferrand ' y sont fort maltraités. J'aurais voulu que ce qui les regarde fût moins amer, sans être moins fort. L'objet de ces lettres est de montrer aux émigrés l'inconséquence de la violence, la nécessité de la modération, quand on est faible ; et aux Français de l'intérieur, aux républicains même, que leur intérêt est de renoncer à ce système de proscription et de confiscation à regard des émigrés. Il conserve cependant assez noblement son caractère et ses principes royalistes. Ainsi, sur le fond des choses, il n'y aura rien à lui reprocher; mais les exagérés vont être furieux. D'Ëntraigues et Ferrand sont véritablement insultés, ce que je n'approuve pas ; si bien que je l'avais

< Voy. Mémoires, t. II, p. 294.

3 Le pamphlétaire exalté de 1788, l'auteur ultra-libéral du Mémoire sur les états généraux, se serait appelé gucceasivement, a*il faut en croire Tabbé de Montgaillard : Ayenel, de Launay, d'Antraigues, et enfin le comte d'Entraigues ; quoi qu'il en soit, c'est le même personnage que nous retrouvons ici ultra-royaliste. Son mariage avec une cantatrice en renom, la Saint-Huberti, avait encore contribué k en faire un déclassé. Asseï répandu dans le monde de l'émigration, on remarque cependant que Louis XV III refusa de le recevoir à Hartwell. Il mourut assassiné, et les causes du meurtre n'ont jamais été éclaircies.

^ On a pu voir dans le présent volume, page 8^ quels étaient les procédés de Ferraod envers ceux qui professaient des opinions différentes des siennes. Montlosier était en droit de le traiter sévèrement. Mallet du Pan, moins modéré que Malouet, mais non moins vrai, et qui connaissait les deux personnages, dit, en parlant de la petite cour de Vérone : ■ On autorisait Ferrand et d'Entraigues à préparer leurs incroyables manifestations et leurs manœuvres insensées. » {Mémoires^ II, 149.)

d'abord prié d' effacer mon nom sur l'adresse, malgré les compliments qu'il me fait ; je ne l'ai laissé subsister que parce qu'il n'a voulu efEacer ni les compliments, ni ce qu'il appelle mon signa-» lement, et qu'alors ma circonspection aurait eu l'air d'une làdieté. Il TOUS enverra un exemplaire, ou plusieurs, par la première occasion.

Mais je ne reçois point votre ouvrage depuis si longtemps annoncé, et dont j'entends beaucoup parler; on dit même que vous y êtes amer contre l'Angleterre, ce qui me fiâcherait; car, outre les secours de toute espèce que reçoit ici l'émigration, vous ne savez pas assez combien l'Angleterre a été trompée par les Français. Ne croyez pas que ce soit le ministère qui ait projeté, combiné aucune des funestes opérations de l'intérieur. Toujours il a été provoqué, tourmenté, harcelé par nos ftEiiseurs» et j'ai lieu de croire que le cabinet a cédé à regret en plus d'une occasion. Il ne vous est pas plus facile de savoir bien au juste quelles sont les véritables prétentions de l'Angleterre dans cette guerre. Je me suis donné bien de la peine pour con-^ nattre l'opinion des hommes influents et qui passent pour les plus éclairés, et je vous assure que je les vois plus occupés au dedans et au dehors de leur propre sûreté que de calculs ambitieux .

C'est sans doute une grande faute d'avoir annoncé dès le début le projet d'indemnité avec celui de sûreté ; mais aujourd'hui pensez-vous qu'en traitant avec la République, si elle adoptait pour ses colonies un régime conservateur, si elle pouvait le garantir, pensez-vous, dis-je, que les Anglais se refu-^ sassent au statu quo an te bellum ? Si les Français persévèrent dans leur démocratie et leur anarchie coloniale , y a-t-il sûreté pour l'Angleterre à leur rendre leurs établissements de l'Ame* rique? Ne serait-elle pas obligée à se maintenir, dans les siens, sur un pied de guerre? D'un autre côté, je suis loin de penser que le cabinet britannique ait mieux vu que les autres l'objet véritable, les moyens et les suites de cette guerre désastreuse,

L'ancienne politique est complètement en défiaut dans cette circonstance; elle a toujours vu des crimes à punir là où il y avait un incendie général à prévenir;' et au moment même où Ton traitera avec la République, où elle sera reconnue comme puissance, on ne verra encore qu^une troupe de conjurés, quand c'est une vaste conjuration qulmarche aujourd'hui toute seule, quel que soit le sort de ses chefs.

Vous voilà donc revenu à désirer la paix ; depuis longtemps j'ai vu qu'à la manière dont on faisait la guerre, notre sort ne pouvait qu'empirer. Il est écrit que les coalitions auront toujours le même résultat. Les espérances que vous donnez à Lally sont toujours celles auxquelles je m'attache; mais quand je considère la lassitude, l'insouciance, l'égoisme des honnêtes gens de l'intérieur, je ne vois plus par qui ni comment une grande entreprise pourrait être conduite à bien ; je sens alors qu'il £aut attendre le renouvellement complet du corps législatif; et s'il y a auparavant quelque changement, il ne peut être qu'au profit des jacobins ou de l'armée, c'est-à-dire que nous reverrons soit un gouvernement révolutionnaire, soit une démocratie militaire : des députés de l'armée formant un conseil sous un capitaine général ; et malheur alors aux autres gouvernements de l'Europe ! Cette chance, à mon avis la plus redoutable, est aussi la plus probable si la guerre continue, attendu que je ne lui vois d'autres moyens d*être entretenue que par ellemême : l'instinct de tous les individus, de toutes les agrégations, est de pourvoir à leur pt*opre conservation. Je ne prétends pas deviner, mais en examinant le cours naturel des événements, je trouve celui-là dans la route; car un gouvernement régulier est impraticable sans un système de finances raisonnable; et qu'ont-ils fait encore qui y conduise? C'est en ce genre qu'ils sont complètement absurdes; ailleurs leur féro-

cité n'a pas toujours été sans habileté.

Le duc de Brunsvirick et son armée, voilà une perspective d'espérances, si les intentions sont bonnes; et je suis tenté d'y

croire, diaprés une ancienne lettre du prince Henry à M. de Bouille, dont j'ai eu connaissance dans le temps. C'était avant son départ pour la Martinique. Ce prince le conjurait de ne pas aller en Amérique : Attendez^ lui disait-il, et dans le cours de cette année, je vous promets un ordre de choses dans lequel vous pourrez trouver place.

Il y a aussi deux mois que Macpberson m'avait annoncé comme moyen de dénoilment cette levée de boucliers du roi de Prusse. Je ne peux pas croire qu'il ne soit question que de garder la ligne de neutralité; il y a sûrement quelque projet sur la Hollande, et, en tout, il me semble qu'il doit y avoir en Europe un grand déplacement de puissance ; que les électorats ecclésiastiques, les petites principautés, auront le sort de la Pologne; que TAutricbe et la Prusse tendent à s'arrondir. Mais qu'arrivera- t-il en Italie? Les nouveaux succès des Français sont décisifs; s'ils sont dus à la trahison, à la disposition des troupes piémontaises, si le peuple de Turin se déclare contre son souverain, alors plus de ressource : la Révolution rentre en Allemagne par l'Italie, qui lui fournit de nouveaux aliments. Mais si la prise de Céva et de Mondovi * n'est qu'un hasard de la guerre, je crois que Coni d'une part et Alexandrie de l'autre doivent les arrêter.

En voilà assez pour aujourd'hui, mon ami. Nous avons des nouvelles fraîches des Iles du Vent. Les troupes y sont arrivées le 1'' avril. On allait attaquer à la fois Sainte-Lucie et la Guadeloupe; Saint-Vincent est déjà soumis, la Grenade va l'être. Reste Saint-Domingue : un convoi de six mille hommes doit y être arrivé à la fin d'avril.

^ Le général piémontais Colli, commandant sous le maréchal autrichien Beaulieu, avait été cKassé par Bonaparte du camp retranché de Céva et, deux jours après, battu à Mondovi (21 avril 1796). C'était le début de la campagne d*ItaJie. Le 19 mai, Mallct du Pan écrivait : « Beaulieu a laissé aux Français le champ libre: l'Italie est à eux ; cette belle contrée va être déraeublée, spoliée, mise a sac. n

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