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LETTRE AUX AMIS DE LA PAIX

■ 2 janvier 1790.

a Vous voulez la paix et la liberté; nous voulons la liberté et la paix. Mais notre ami, M. Servan', a oublié de nous dire par quelle voie raisonnable on y arrivait; et, s'il est impossible de rien ajouter à la pureté de ses vues, à la sagesse de ses observations , au charme de son style , il est très-nécessaire

de vous conduire au but plus directement, et sans perte de temps.

« Il convient d'abord que vous sachiez , amis de la paix , que

nous, les Impartiaux, qui avons l'honneur de vous écrire, for-

président, en remplacement de Desimeuniers , par quatre cents voix contre trois cent douze données au candidat de la gauche, Menou.

^ Le célèbre avocat général du parlement de Grenoble et le frère aîné de Servan, ministre de la guerre en 1792. Forcé par Tétat de sa santé de refuser la députation, il publia, au mois de décembre 1789, l'écrit intitulé : Adresse aux amis de la paix (in-S» de 68 pages), m II m'a paru, disait^il, qu'en ce « moment un ouvrage utile serait celui où Ton s*attackerait à montrer l'intérêt « de tous les partis dans la paix et sa prompte conclusion. C'est à peu près ce « que je me suis proposé dans ces feuilles. Je voudrais que leur résultat fût de « convaincre les hommes les plus acharnés contre la révolution actuelle que ■ le plus grand péril pour eux serait de la faire avorter. »

Une lettre de Servan, datée du 26 août 1794 et que l'on trouvera plus loin , prouve que les événements avaient un peu modifié la bonne opinion qu'il s'était faite de la révolution à ses débuts.

mons la plus malheureuse portion de l'Assemblée nationale. Nous avons débuté par être également détestés des démocrates et des aristocrates; car vous n'ignorez pas que les hommes passionnés ont une singulière aversion pour les hommes modérés; ceux d'entre nous qui ont essayé de développer leurs principes ont été sur-le-champ dénoncés au peuple comme ses ennemis ; dédaignés par les ministres , par la cour, par Taristocratie, nous n'avons pu croire à notre importance qu'en lisant nos noms dans les listes de proscriptions.

a II faut cependant vous avouer , amis de la paix , que nous éprouvions alternativement de la pitié et de l'indignation de ces attaques ou de ces dédains, aussi bien que des extravagances philosophiques des métaphysiciens et des matérialistes , qui ne nous aiment pas. Par matérialistes, nous n'entendons pas seulement désigner le dogme, mais encore l'enveloppe : car il y a eu dans cette affaire, comme à la création du monde, une première impulsion ; et , le mouvement de rotation une fois imprimé, les satellites tournent autour de leur soleil dans un même cercle, avec cette différence que les corps célestes exécutent paisiblement leurs révolutions, au lieu que ces corps sublunaires ont un mouvement bruyant et de fréquentes explosions.

R Pour nous, c'est aujourd'hui seulement que nous commençons à nous déclarer une puissance; mais aussitôt qu'elle sera bien connue, elle sera irrésistible; car c'est celle de la raison et de la justice.

« Or, voici notre plan d'attaque et de défense, ou plutôt notre restauration; car tout s'ébranle et se détruit, et nous voulons sauver du naufrage la constitution, la royauté, la religion , les mœurs et ce qui reste de propriétés intactes.

« Premièrement, nous consentons à laisser à ces messieurs

qui frappent du pied, battent des mains, et font des lois à la

clameur de haro, tous les honneurs du spectacle qu'ils donnent

tous les jours aux galeries. Nous voulons continuer à nous fair^ II. 4

remarquer par une contenance qui finira par être celle du vrai patriotisme.

« Nous continuerons à écrire dans nos provinces qu'il faut se calmer et obéir aux lois^ au roi, et n'offenser personne; de telle sorte, qu'au jour du jugement chacun de nous puisse dire : « Je suis le député du canton où il y a eu le moins de châteaux brûlés et le moins de sang répandu ; » ce qui, dans la compensation des titres et mérites, équivaudra, au moins, à un éloge de journaliste.

a Nous ne prétendons aussi faire usage que ce jour-là des lettres anonymes, des listes de proscriptions que nous ont values nos opinions, conformes à celles de M. de Mirabeau, sur le veto royal et la constitution en Assemblée nationale, ainsi que notre doctrine sur les deux chambres.

fc Ces opinions , qui ne sont plus pour nous que le souvenir de nos devoirs accomplis, sont maintenant subordonnées à d'autres principes constitutifs que nous voulons maintenir, parce que la paix publique y est attachée.

« Nous ne voulions pas une révolution et nous pensons qu'elle n'était pas nécessaire, attendu que, lorsque les représentants d'une nation sont assemblés, et qu'ils ont sa confiance, ils ont puissance absolue pour réprimer les abus et rétablir les droits du peuple dans toute leur étendue. Or, c'était là notre mission , et chacun de nous a tout le courage nécessaire pour la remplir. *

a Mais la révolution est faite; et ce qu'on appeHe une contrerévolution est une absurdité en spéculation , et serait un malheur affreux, s'il était possible de la tenter.

fc Or, nous vous assurons, amis de la paix, que nous sommes des gens très-sensés, et qu'il y en a parmi nous qui savent aussi bien ce que c'est qu'un gouvernement que ceux qui viennent d'en improviser un neuf. Il s'agit maintenant de le faire fonctionner, et nous entendons pour cela en raffermir le grand rouage, qui est la royauté.

LES IMPARTIAUX. 5i

« Nous voulons que le pouvoir exécutif reprenne toute l'énergie dont il est susc^tible par la Constitution , et que ses agents soient responsables de quelque chose; car nous ne concevons pas ce qu'on peut leur demander, et ce qu'ils ont à faire dans ce moment-ci. Il est même extraordinaire que Thonorable membre qui poursuit le livre rouge passe sous silence les appointements des secrétaires d'État depuis qu'ils sont en vacance.

« Nous voulons que le roi soit plus puissant que le maire de Paris; que les municipalités et les gardes nationales lui obéissent, ainsi que l'armée de terre et celle de mer.

« Nous réprouvons le gouvernement fédératif, et tout ce qui ressemblerait à la ligue Achéenne et Ionienne, dont le roi de Macédoine vint si aisément à bout.

« Nous empêcherons que le portefeuille des affaires étrangères soit mis, comme le Journal de Paris, à la discrétion des tribunes et des galeries.

« Nous voulons que toutes les assemblées administratives «oient dans la dépendance du roi, et qu'elles ne puissent rien sans son consentement.

« Nous voulons que toute désobéissance à ses ordres qui ne contrarient point la loi soit punie comme forfaiture.

« Nous voulons que la splendeur du trône soit rétablie , et -que le roi ait toutes les jouissances qui peuvent contribuer à son bonheur personnel et au maintien de la dignité de la famille royale; qu'en conséquence, il ordonne et règle sa maison militaire ainsi que bon lui semblera, sans qu'aucun district puisse le trouver mauvais.

c Nous nous opposons à la liberté de tous les cultes publics. D'après les divisions qu'a produites parmi nous la diversité d'opinions pohtiques, celle des religions nous mettrait dans un état de guerre perpétuel. Notre amour pour la paix nous fait désirer de conserver à la religion de nos pères une grande prépondérance.

« Nous aurions désiré qu'on eût mis vingt années à détruire une partie de ce qui a été détruit en quelques heures; mais en acceptant ce qui est fait , nous voulons laisser debout ce qui n'est pas renversé. En conséquence, nous oserons déplaire aux gazetiers, en mettant une circonspection raisonnable dans les dispositions subséquentes au décret du 2 novembre sur les biens ecclésiastiques.

a Notre intention est d'abord d'assurer les frais du culte et la subsistance des ministres, ainsi que celle des pauvres, tout autrement que par des calculs hypothétiques.

« Nous ne croyons ni juste, ni utile de salarier les prêtres en argent, de les dépouiller d'une dotation territoriale.

« Nous consentirons à toutes les suppressions et réductions raisonnables, à F aliénation de quatre cents millions; mais nous ne dépasserons pas ce terme.

« Nous consentons à la suppression des parlements, comme corps politiques; mais nous demandons des cours souveraines de justice.

« Nous serons fort aises de voir messieurs les maîtres de» requêtes et conseillers d'État employés dans les municipalités, de préférence aux avocats et procureurs; mais nous n'avons point d'article arrêté pour ce qui les regarde.

« Nous prenons un intérêt très-vif au commerce, à l'agriculture, à la navigation, aux colonies; nous provoquerons et nous accueillerons avec transport toutes les lois qui encourageront le travail et l'industrie.

n Nous désirons un système raisonnable d'impositions et de finance; et, après l'avoir longtemps attendu, nous prendrons la liberté d'en proposer un.

«Finalement, nous désirons justice, protection, liberté, sûreté pour tous, sans exclure le pape et son comtat d'Avignon^ que M. Bouche veut conquérir. Nous nous opposerons à l'invasion, ainsi qu'à la destruction de l'ordre de Malte.

a Quant aux chanoinesses et à tous les chapitres nobles ,

nous les verrions subsister sans inquiétude et supprimer sans chagrin, moyennant les mesures et les égards convenables pour les titulaires; en général, nous n'aimons point l'impétuosité, la précipitation, la colère dans les fonctions législatives. Nous -sommes plus disposés à absoudre qu'à condamner, à concilier •qu'à diviser. Le comité des recherches et tous les complots qu'il a imaginés, ou découverts, ou poursuivis, nous paraissent ^'absurdes et iniques moyens de régénération. Nous travaillefions à faire disparaître cette page de notre histoire.

«Nous ferons établir, aussitôt que nous le pourrons, un poteau à carcan pour les libellistes, sans entendre proscrire les ^plaisanteries qu'on pourrait se permettre sur notre compte. Mais toute espèce d'imposture est un poison pour le peuple, et la grossièreté une chose dégoûtante pour les honnêtes gens.

« Du reste, nous abandonnons le fauteuil et renonçons à toutes les dignités.

« Nous ne faisons point serment de nous lever ou de nous asseoir au commandement d'un officier major qui fait faire l'exercice à la prussienne; fidèles à nos principes, s'il plaisait aux partis adverses de les adopter et aux alliés de les oublier; •ou si , dans les articles imprévus , nous apercevons tort ou raison dans l'une ou l'autre extrémité de la salle, nous refuserons le salut au tort, et nous ferons toujours la révérence à la Taison.

« Apprenez maintenant, amis de la paix, que telle est notre •conduite depuis le 5 mai, sans nous en être écartés un instant, et qu'auparavant, il n'y a pas un de nous qui eût jamais fléchi ie genou devant le despotisme; tandis qu'on assure que plusieurs hommes, libres d'hier, faisaient fonctions d'esclaves 4ivant-hier.

« Or donc, amis de la paix, laissez là la brochure du jour, même celle-ci, qui vaut peut-être mieux qu'une autre, et allezvous-en de rang en rang , de place en place , pour nous chercher d'honnêtes gens; montrez-leur nos conditions, nos prin-

cipes, et dites avec assurance : Là est la paix^ la justice , la vérité: bonnes gens, ralliez-vous à ces enseignes,

« Dites aux officiers municipaux , aux comités permanents , aux gardes nationales , qu'il y aura toujours des sottises , mais qu'il n'y aura plus de complots redoutables ; qu'il faut que les vainqueurs et les vaincus se réunissent cordialement, et que c'est à la force qu'il convient de ne point abuser de la victoire ; qu'il n'y a de révolution utilement consommée que celle qui met un terme à la violence, aux outrages, à la défiance, à l'inimitié;

« Qu'aussitôt que la bienveillance et la bonté se manifestent dans les temps de troubles , il arrive ce que Ton voit dans les jours orageux, lorsqu'un souffle pur chasse les nuages et nous rend le soleil dans tout son éclat.

« Amis de la paix, remettez doucement chacun à sa place : le magistrat sur son siège, le procureur dans son étude, l'ouvrier dans son atelier et le soldat dans ses casernes; ils ont assea^ longtemps habité les cafés et les places publiques.

« Dites aux gardes nationales qu'ils dépensent un million par jour; car la diminution du travail est précisément celle de l'argent, des subsistances, des denrées et des marchandises ;

« Qu'ils laissent donc reposer leurs fusils, jusqu'à ce que les puissances ennemies chargent les leurs.

a Dites aux politiques métaphysiciens que nous avons besoin maintenant de faire un cours de physique expérimentale, et que nous reviendrons à eux à la suite de ce cours.

« Dites aux courtisans que la leçon est dure, mais qu'il &ut qu'ils en profitent.

a Dites aux ministres de prendre une attitude ministérielle , et que nous les aiderons pour le bien.

« Dites au clergé que nous n'entendons point abandonner au pillage et le prêtre et l'autel; mais qu'il n'y a plus d'abbaye pour personne ; mettez une grande importance à concilier aux ministres de l'Église, qu'on outrage impunément, le respect et la confiance des peuples.

« Dites au peuple, aux citadins, aux districts que, s'ils continuent à se mêler de tout, ils bouleverseront tout; car il y a fort peu d'hommes capables de gouverner les autres.

«Enfin, amis de la paix, n'oubliez rien de ce qu'a oublié M. Servan ; et son homélie, jointe à la vôtre, sera un ouvrage parfait, comme il est lui-même un parfait citoyen et un excellent écrivain, que nous chérissons, ainsi que le petit nombre de ceux qui lui ressemblent.

a Nous prions Dieu qu'il bénisse vos efforts et les nôtres , et nous continuerons à être vos fidèles coopérateurs,

« Les Impartiaux. »

Toutes nos espérances de conciliation n'ayant eu aucun succès , ni d'un côté ni de l'autre , nous abandonnâmes notre première enseigne ' en conservant nos principes, et nous con-

^ L'extrait suivant d'une lettre écrite par le duc de la Rochefoucauld 'au Mercure de France (Moniteur du 10 mars 1790) explique l'insuccès de Im tentative si honorable des Impartiaux. On y voit par quelle étrange aberration MM. de la Fayette, de Liancourt et de la Rochefoucauld, en reconnaissant la nécessité de rétablir la royauté dans tout son éclat, voulurent ajourner les mesures tendant à fortifier le pouvoir exécutif, attendu que la clef de voûte ne peut être placée que lorsque toutes les autres parties ont reçu leur forme et leur disposition. Ce délai donna à la Révolution le temps nécessaire pour détruire ce qui subsistait encore du pouvoir exécutif.

c .... A la suite d'une visite que fit M. Malouet à M. de la Fayette, le S9 décembre, ce dernier, dont on connaît le patriotisme, accepta la couver^ sation proposée, parce qu'on semblait l'envisager comme un moyen assuré de produire d'heureux effets ; il indiqua le rendez-vous chez moi pour le 3 jan* ▼ier, et m'en prévint, ainsi que quelques autres de ses amis. Nous nous réunîmes donc le 3, MM. de la Fayette, de la Goste, de la Tour-Maubourg, de Liancourt et moi ; MM. Malouet, de Virieu, l'évéque de Nancy, le chevalier de Boufflers, la Ghèze et Redon y arrivèrent; et le premier ouvrit la conversation par un discours à peu près semblable à celui qu'il avait tenu le 29 décembre à M. de la Fayette. Un de mes amis lui répondit que les situations respectives étaient différentes, puisque ces messieurs t'annonçaient comme

stituàmes solennellement la société Monarchique, qui n'a jamais eu que deux séances : la première, dénoncée et menacée dans tous les journaux comme contre-révolutionnaire ; la seconde , insultée et dissoute violemment par la populace. Les patriotes se crurent permis cet acte de violence, lorsqu'ils virent l'affluence des souscripteurs et l'adhésion que nous obtenions dans les provinces. Je sollicitai inutilement la protection de l' Assem* blée : on sait comment Barnave me répondit '.

chargés d'une mission, tandis que nous n'étions que pour notre propre compte. On observa encore que nous ne pouvions pas reconnaître Teustence de deux partis dans l'Assemblée nationale, en avouant pourtant que nous gémissions souvent de la division qui s'y manifestait en beaucoup d'occasions ; que l'établissement d'une négociation du genre de celle qui nous était proposée nous paraissait impossible, parce que, nous bornant à suivre ce que notre conscience et nos lumières nous dictaient, nous n'étions point chefs d'un parti, et que nous ne pouvions nous charger de répondre que de nous-mêmes. La conversation roula vaguement sur plusieurs objets ; on nous proposa de nous revoir le 6, ce que nous acceptâmes, et d'y inviter quelques-uns de nos amis ; mais aucun du petit nombre de ceux k qui nous en parlâmes n'ayant désiré s'y trouver, la seconde conversation fut composée des mêmes personnes que la première. Elle fut aussi vague; et quoique ces messieiH*s nous parlassent beaucoup de la nécessité de rétablir promptement le pouvoir exécutif, ils ne nous spécifiaient pas quels étaient leurs moyens pour y parvenir, et se bornèrent à nous dire que c'était le premier objet dont on devait s'occuper. On leur répondit, et je me rappelle leur avoir dit, et avoir été approuvé par mes amis, que c'était bien notre avis, et même la volonté générale, de donner au pouvoir exécutif toute l'étendue et toute la force nécessaires au salut d*un grand empire ; mais que ce ne serait pas une suite de décrets faits en peu de jours qui établirait cette force constitutionnelle... ; que ce chapitre devait être le dernier, parce que le pouvoir exécutif était la clef de la voûte, qui ne peut être placée que lorsque toutes les autres parties ont reçu leur forme et leur disposition. Ces messieurs nous annoncèrent leur projet de rendre compte au public de ce qui s'était passé, d'arrêter et de publier une déclaration des principes des Impartiaux, et de former un ciub dans lequel seraient admis tous ceux qui feraient profession de penser comme eux. Nous nous séparâmes, et il n'y eut point d'autre conférence indiquée, n

^ Le club Monarchique ne succéda pas immédiatement à la tentative avortée du club des Impartiaux; ce fat, si nous en croyons V Histoire de la Révolution par deux amis de la liberté, vers le mois d'août de l'année 1790, après la fédération du Champ de Mars, qu'eut lieu sa fondation très-légale et

Ce fut alors que je rendis un compte public à mes commettants de ma conduite et de mes opinions dans FÂssemblée. Cette pièce , qui en présente le résumé , trouve naturellement SSL place ici.

très-publique. Les premiers reprockes qui lui furent adressés peuvent paraître singuliers. « Les fondateurs de ce nouveau club, d'autant plus redoutables,' disent les mêmes historiens, qu'ils se couvraient des armes de la loi, et que, la déclaration des Droits à la main, ils avaient obtenu l'autorisation de la municipalité, résolurent de combattre les partisans de la démocratie avec les mêmes armes qui avaient été employées si avantageusement contre le despotisme des privilégiés et de la cour. Ils conçurent, et en peu de temps exécutèrent le projet d'établir dans les principales villes du royaume des points de ralliement, de se placer au centre des mouvements pour les diriger, de se concilier l'opinion publique, de réunir tous les mécontents, tous les citoyens fatigués de nos agitations civiles, et de les ramener, par le désir du repos et de la paix, sous le joug de la monarchie. Mais ils laissèrent trop facilement pénétrer leurs vues, et l'horreur de la tyrannie était encore trop vive pour 4]u'e]le ne parût pas plus effrayante que la licence avec tous ses excès. Les citoyens ne virent en eux que des ennemis publics; on les poursuivit de retraite en retraite, et il fallut tout le zèle et toute l'activité de la garde nationale pour les soustraire aux terribles effets du ressentiment du peuple. » (T. V, p. 380.)

Les violences matérielles auxquelles il est fait allusion et dont parlent les Mémoires de Malouet ne furent ni la première attaque dirigée contre la nouvelle société ni la plus redoutable. Celle-ci partit de l'Assemblée nationale : dans la séance du mardi 85 janvier 1791, présidée par l'abbé Grégoire, Barnave, à l'occasion d'un décret proposé pour le remplacement immédiat des prêtres du diocèse d'Amiens qui refusaient le serment civique, se jetant brusquement à côté de cette question, fit une sortie violente contre les membres du club Monarchique. Voici, d'après le Moniteur, la fin de ce discours et les incidents qu'il souleva.

Barmavb Mais ce n'est pas le véritable but de ceux qui s'opposent à la

marche de la loi. Ce qu'il importe de voir d'un bout du royaume à l'autre, c'est un petit nombre de factieux qui regrettent leurs privilèges, leurs droits oppresseurs. (Les applaudissements de la gauche étouffent les cris de la droite.) Ce n'est pas seulement sur cette question qu'on a fait jouer des menées artificieuses, qu'on a cherché k réveiller ce qu'il y a de plus sensible pour exciter contre les fondateurs de la liberté. Jamais vous n'avez rendu un grand décret sans qu'on abusât du nom des choses les plus sacrées parmi les hommes : ce mot de monarchie, si cher à tous les Français (agitation violente à droite ; applaudissements nombreux à gauche), n'a-t-il pas été invoqué quand vous avez rendu des décrets contre la tyrannie ? Le mot propriété n'a-t-il pas

été invoqué tontes les fois que tous ayez rendu des décrets contre les usurpations qui avaient réduit au néant la fortune publique, pour créer de ses débris des fortunes privées ? (On applaudit.) 11 est temps de se prononcer de manière à faire cesser ces dissensions et à sauver l'État des malbeurs auxquels on voudrait le livrer, et de la gi^erre civile, à laquelle certainement on voudrait le conduire. Tandis que les uns, regrettant des abus irréligieux, s'appuient du nom sacré de la religion, une autre secte s'élève; elle invoque la constitution monarchique; et sons cette astucieuse égide quelques factieux cbercbent à nous entourer de divisions, à attirer les citoyens dans des piéget en donnant au peuple un pain empoisonné.., (La partie droite entre dans une grande agitation. MM. Murinais, Malouet et plusieurs autres membres cherchent à se faire entendre et ne peuvent y parvenir.) Ce n'est pas ici le moment de traiter ce qui concerne cette insidieuse, perfide et factieuse association. (Les agitations et les cris de la droite augmentent; les applaudissements de la gauche y répondent. Chaque fois que MM. Murinais, Malouet et autres membres veulent prendre la parole, ces applaudissements redoublent. M. Malouet quitte sa place, s'élance vers la tribune et parle à M. Barnave en gesticulant d'une manière très-vive.)

M. Charles Lametb. Mettez à l'ordre M. Malouet l'intendant.

M. Barsave. Le moment n'est p^ arrivé de vous entretenir de cette asso* ciation. Sans doute les magistrats chargés de veiller à la tranquillité publique auront pris les précautions qu'exige cette tranquillité... (Plusieurs voix à la droite : Ce n'est pas à Fordre du jour ; allez aux Jacobins.) Sans doute le comité des recherches instruira bientôt l'Assemblée de ces manœuvres factieuses, de ces distributions de pain à moitié prix, destinées à porter le trouble dans le peuple et à en armer... (On applaudit. Plusieurs voix de la droite : // nesi pas question la d^ Amiens) et vous dénoncera dénominativement ceux qui ne craignent pas de ne montrer tet de paraître les auteurs de ces manœuvres et les chefs de cette faction ; mais j'ai cru devoir parler de ces faits, parce qu'il est évident que tant d'audace... (la droite s'agite, la gauche applaudit), il m'a paru évident que des manœuvres aussi hardies, au milieu de la révolution, dans une ville qui l'a toujours défendue et qui la défendra toujours, avaient un appui et ne pouvaient avoir d'espérance que dans les mouvements, les résistances qu'on se propose d'effectuer par le moyen du refus de serment des ecclésiastiques fonctionnaires publics.... (Une grande partie de l'Assemblée applaudit, et ces applaudissements accompagnent M. Barnave de la tribune à sa place.)

M. Mûrirais. On vient de dénoncer dans celte tribune comme insidieuse, perfide et factieuse une société qui... (Il s'élève des murmures.)

Un très- grand nombre de voix de la partie gauche demandent la clôture de la discussion.

L'Assemblée déclare que la discussion est fermée.

M. Malouet. Puisque la discussion est fermée, je n'entreprendrai pas de

m'expliqaer sur le projet de décret; mais vous avez entendu à cette tribune... à Toccasion d*Qne affaire particulière, une dénonciation. ••

Plusieurs toiz a gauche. Votre amendement !

M. Malouet. Je demande, par amendement, qu*au sein même de la révolution, au milieu même de cette ville qui a vu naître la Constitution, qui a tant fait pour la liberté...^ je demande, dis-je, que la liberté, que la sûreté publique et individuelle, ne soient pas impunément outragées dans cette tribune. Je demande que la dénonciation qui a été faite soit consignée dans le procès-verbal. .. Je demande que le préopinant dépose sa dénonciation sur le bureau... Je demande...

M. Mûrirais. Je demande que le membre qui a appelé le coutelas des assassins sur la tète des hommes bonnêtesqui...

M. Maloust. On a appelé la fureur du peuple sur notre tête... Qu'il me soit permis de répondre un mot aux inculpations... (Moniteur du 27 janvier 1791, no 27.)

Ces protestations de Malouet et de ses collègues de la droite, qui se joignirent à lui, ne furent pas écoutées, et Tordre du jour mit fin à cet orageux débat ; mais il eut des écbos au dehors. Deux jours plus tard, le jeudi 27, la maison du comte de Glermont-Tonnerre, qui avait eu la principale part à la fondation du nouveau club, fut assaillie par des rassemblements armés. On lit dans le Moniteur du 29 janvier :

« Le zèle et l'activité de la garde nationale ont également dissipé un autre attroupement qui s'était formé autour de la maison de Stanislas de Glermont- Tonnerre, et le calme est aujourd'hui entièrement rétabli. Le propriétaire du Wauxhall d'été, qui avait loué ce local au club Monarchique, vient de faire déclarer aux membres de cette société qu'il ne pouvait plus les recevoir. •

Le même jour, à l'Assemblée nationale, les commissaires de la Société des Amis de la constitution monarchique demandèrent, par une lettre adressée au président, à être entendus à la barre. Malouet, Glermont-Tonnerre réclamèrent avec insistance la parole k ce sujet. Mais elle leur fut encore refusée, et l'Assemblée passa à l'ordre du jour. (Voy. le Moniteur du 29 janvier.)

Pour terminer cet épisode de la révolution, disons que, au commencement du mois suivant, les sections du Luxembouig et du Théâtre-Français prirent un arrêté rendu public par la voie de la presse, et par lequel elles refusaient une somme de 105K7 livres 3 sous 6 denier^ remise par le club Monarchique à titre de secours pour les pauvres de leur circonscription : « Considérant quelles peuvent être les causes et quels seraiept les effets de cette fastueuse bienfaisance... » (Moniteur du 7 février 1791, n^ 38.) Enfin le 28 mars, à la suite d'une nouvelle émeute, le club Monarchique, qui, par une seconde tentative, s'était reconstitué rue des Petites- Écuries, fut définitivement fermé par ordre de l'autorité municipale. (Voir le Moniteur du 30 mars 1791, n» 90, et encore Ferrières, II, 215 ; Montlosier, II, 49 et 56 ; la Correspond

dance publiée par M. de Bacourt, I, $51 ; et dans le tome deuxième des présents Mémoires, la réponse que Malouet publia à la dénonciation de Barnave.)

La Société des Impartiaux, dans sa courte durée, avait rallié à elle, en debors de F Assemblée, plus d'un écrivain de ulent, tels que Rulbière, Mallet du Pan, Fontanes. Montlosier, qui en parle à l'occasion des rapports de Mirabeau avec la cour, semble rattacber la fondation de ce club au plan même proposé par celui-ci; mais c'est là une erreur, puisque les premières réunions cbez le duc de la Rochefoucauld eurent lieu plus d'un mois avant l'entrevue que Malouet, comme on le verra dans le chapitre xv, eut avec Mirabeau. « J'ai lieu de croire, dit Montlosier, que ce fut dans ces espérances que fut fondé par M. de Clermont-Tonnerre et par M. Malouet le fameux club des Impartiaux^ qui divisa un moment le côté droit, et où ils réussirent à faire entrer plusieurs écri'vains déjà marquants. Ce club avait été établi d'une manière légale, comme tous les autres clubs du temps; et, par cette raison, on croyait sérieusement qu'il devait être respecté et protégé. Il ne le fut pas du tout. On ne désavoua pas sa légitimité ; on n'en tint compte. » (Mémoires, II, 35.)

Enfin le journal des Impartiaux cessa lui-même de paraître le 17 avril 1791. Une lettre adressée à son rédacteur et insérée dans le septième numéro constate les difficultés qui avaient constamment entravé sa publication : ■ Votre journal rencontre des obstacles qui vous honorent. Les colporteurs

■ ne veulent point se charger de son débit; les folliculaires de tous les partis

• le décrient. J'avoue que je voudrais trouver la cause de cette petite persécu- « tion patriotique. Par quel hasard la circulation des papiers aristocrates est-

■ elle aussi libre que celle de vos écrits est difficile? Par quel hasard le succès « des journalistes démagogues est-il aussi florissant? En rêvant à la solution « de ce problème, il m'a paru que je l'avais trouvée. Les partis contraires se

• souffrent, parce que leur existence tient à cette tolérance. S'il n'y avait « plus d* Aristocrates , que deviendraient les Enragés? Si les Enragés se cal- « maient, quelle excuse auraient les Aristocrates ? Mais les Impartiaux doi- « vent tôt ou tard dévorer les deux partis ; c'est le règne de la raison : tontes « les erreurs le redoutent également et s'unissent pour le retarder. »

Un membre du Corps législatif n'est comptable de ses opinions à personne; c*est sous ce rapport principalement qu'il est inviolable , et lorsque nous connaîtrons mieux la liberté , lorsque nous en jouirons, on entendra un cri universel d'indignation contre ce fanatisme cruel qui s'élève aujourd'hui du sein de la plus profonde corruption, et qui flétrit par des plumes vénales ce que les hommes devraient respecter le plus , après leur propre conscience : la conscience de leurs représentants. Alors, quand l'opinion publique aura toute la pureté qu'elle ne peut recevoir que de l'empire des bonnes mœurs , il sera inutile, je dirai même peu convenable, qu'un membre du Corps législatif parle de ses opinions autre part que dans la tribune ; il sera inutile qu'il en entretienne le public; car toutes ces explications ne signifient autre chose si ce n'est qu'il se glorifie d^étre l'auteur ou le contradicteur d'une loi ; et toutes les sinuosités de l'amour-propre, quand il se voile , quand il se manifeste, ne sont, ep dernière analyse, que la mesure d'un esprit vulgaire ou la faiblesse d'un esprit supérieur. Mais aujourd'hui que la presse est livrée à une horde d'hommes féroces ; lorsque dans ce délire une opinion qui s'accrédite , ou celle que l'on calomnie, peuvent être un arrêt de mort, il faut avoir le courage de publier les principes que Ton professe et qu'on a défendus; il faut s'offrir aux hommes avides de juger et de condamner, parce qu'il s'en trouve toujours dont l'honnêteté plus éclairée nous absout. Ce n'est donc pas pour censurer ce qui a été fait, encore moins pour susciter des oppositions, que j'écris ;

6t CHAPITRE XIV.

c'est pour établir cette vérité importante , que j*ai usé de mon droit, que j'en ai usé par de justes motifs, en improuvant, dans FAssemblée, les décrets qui ne m'ont pas convenu ; c'est pour démontrer que ceux qui ont voulu rendre criminelle mon improbation ne peuvent être que des bommes nés pour la servitude plutôt que pour la liberté. Mon devoir est de me soumettre aux décrets mêmes que j'ai le plus hautement blâmés. Ainsi je tromperai l'attente des bommes qui voudraient trouver dans cet écrit les moyens d'une nouvelle insurrection ; mais je ne veux point servir l'attente de ceux qui publient que tout est bien ; et je désire ardemment que la raison publique acquière assez de maturité pour réformer légalement ce qui est mal.

« Messieurs,

« Je n'ai pas cru devoir répondre aux censures qu'ont éprouvées mes opinions dans quelques parties de la sénéchaussée dont j'ai l'honneur d'être le représentant, mais je n'oublie point que je dois à l'universalité de mes commettants le compte le plus rigoureux de ma conduite. Il est temps de m'acquitter de ce devoir; la prolongation de cette session, la nouvelle formation des départements, l'impossibilité de me présenter désormais devant l'Assemblée qui m'a nommé, ne sauraient me soustraire à une obligation qu'il m'est doux de remplir. Les adresses à l'AssemBlée nationale, les accusations dont j'ai été l'objet, n'ont pu altérer ma tranquillité; car je ne saurais la foire dépendre des erreurs de quelques-uns de mes concitoyens; mais je n'en suis pas moins empressé d'éclairer la religion de tous et d'obtenir leur estime : tel est, messieurs, l'objet du développement de foits et d'observations que je vais mettre sous vos yeux.

« Je vous dois compte des pouvoirs et des instructions que j'ai reçus de vous; mais peut-être n'est-ce pas là ce que vous

me demandez; car les députés que Ton improuve aujourd'hui seiidieiit trop facilement justifiés par leurs cahiers, et je consens moi-même à donner plus de latitude à ma responsabilité. Je le dois d'autant mieux que, m'ayant honoré de votre confiance dans la rédaction des cahiers de rassemblée d'élection , je ne me pardonnerais pas de n'y avoir point inséré tout ce qui pouvait assurer votre liberté et la réforme des abus dont vous aviez à vous plaindre; mais cet oubli ne peut m' être reproché. Lorsque les cahiers de Riom furent imprimés, on les mit au rang de ceux qui présentaient les bases essentielles d'une constitution libre. Ge n'est plus assez d'en avoir souvent défendu les principes; et, comme s'il n'y avait qu'un seul système de législation et un seul mode de gouvernement compatibles avec la liberté publique et individuelle, le système qui a prévalu parmi nous a frappé d'anathème dès le premier instant tous les autres. Ainsi, les meilleurs esprits de l'antiquité et des temps modernes n'auraient pu être admis de nos jours à cette discussion, sans être obligés de subir le joug des opinions dominantes, sous peine d'être exposés aux huées et souvent aux fureurs de la multitude, qui n'a plus aucuns moyens d'être éclairée lorsqu'on l'a excitée à prononcer cette homble sentence : Tous ceux qui ne seront pas d'une telle opinion seront nos ennemis,

a Voilà, messieurs, ce que j'ai constamment éprouvé depuis un an, dans l'Assemblée et hors de l'Assemblée ; il n'est point d'injures, de calomnies, de menaces dont je n'aie été assailli, ainsi que plusieurs de mes collègues, pour avoir préféré quelquefois les principes de Locke, de Montesquieu, de Rousseau, de Hume, à ceux qui n'avaient pas pour moi la même autorité, et pour avoir hautement condamné tous les excès. Mais, sans rappeler ici mes différentes opinions, il est plus simple que je vous expose les principes qui les ont dirigées et les impressions que j'ai reçues des divers événements dont la succession compose la révolution.

« On devait s'attendre depuis longtemps à de grands chan-

gements ; toutes les yéritës étaient dévoilées, maiç elles étaient dédaignées, ce qui annonce le dernier terme de la corruption ; car rignorance et Terreur s'allient avee l'honnêteté. Il était donc probable que la déprédation des finances, l'excès des impôts, les abus d'autorité épuiseraient la patience des peuples; il était démontré à tous les hommes sages et éclairés que le progrès des lumières ne laisserait d'autres gouvernements que ceux qui seraient fondés sur la justice et la raison. Mais lorsque je vis le roi, allant lui-même au-devant de cette vérité, reconnaître les torts de ses courtisans et de ses ministres et appeler loyalement la nation à l'exercice de ses droits ; lorsque, par un mouvement subit et universel, les mots de patrie et de liberté devinrent un cri de ralliement, je crus voir dans ces heureuses dispositions et dans la force de l'opinion publique l'aurore des plus beaux jours de la monarchie ; et je suis encore persuadé que le concours des circonstances favorables était tel , qu'on pouvait, sans aucun trouble, opérer la plus heureuse révolution dans les mœurs et dans le gouvernement de la France ; car il faut agir en même temps et sur les mœurs et sur les lois, pour asseoir la liberté sur des fondements inébranlables. Je ne sais s'il est possible d'être véritablement libre sans être juste; mais je ne doute pas que la liberté absolue et l'immoralité ne réalisent le plus cruel despotisme.

a En vous exposant ici quels étaient mes sentiments à l'ouverture des états généraux , vous pressentez déjà , messieurs , quelle devait y être ma conduite. La double représentation des communes leur assurait une influence égale à celle des deux autres ordres; c'était Fexpression littérale de votre vœu : vous avez senti qu'en prescrivant impérieusement à vos députés l'opinion par tête, vous les rendriez inconciliables avec tous ceux qui auraient le mandement de l'opinion par ordre ; mais vous n'entendiez pas vous soumettre aux prétentions exclusives des autres ordres.

ff J'envisageai donc cette grande question dans toute soa

étendue, dans tous ses rapports avec la constitution, avec la paix publique; et voici les réflexions qui déterminent mon opinion.

tt Nous ne venons point ici fonder un nouvel empire à main armée, mais nous venons restituer au peuple tout ce qui lui appartient justement; et tant que nos procédés auront le caractère évident de la justice, Topinion publique, qui nous favorise, aplanira tous les obstacles.

a Examinons donc ce qui est juste en soi et ce qui est utile au peuple.

« Il est juste que l'existence politique des deux premiers ordres ne soit pas prédominante ; qu'elle ne puisse empêcher la réforme des abus, qu'elle ne restreigne point Texercice des droits des communes longtemps altérés par le régime féodal , et qu'elle ne puisse priver la nation de la meilleure constitution possible; tout cela est juste et évidemment utile.

a Mais il ne m'est pas également démontré qu'il soit juste et utile d'obliger les députés du clergé et de la noblesse d'abandonner, sans stipulations préalables, la distinction politique des ordres ; car nous ne pouvons les y déterminer que par la raison ou par la force. — Par la raison : ils en ont aussi à nous opposer ; ils ont aussi des instructions, des mandats et des intérêts légitimes à défendre; ils ont à s'appuyer sur des autorités imposantes, en s'attacbant au système d'un gouvernement mixte tel que celui de l'Angleterre ; c'est celui que l'expérience nous montre comme le plus favorable à la prospérité et k la liberté d'un grand peuple ; c'est celui vers lequel je me sens personnellement entraîné. — S'agit-il d'employer la force? Je n'en connais pas les moyens, et je ne veux pas les tenter.

a Tels furent , messieurs , les motifs de mes premières propositions de conférence, qui parurent si suspectes ' ; je ne pré-

' L'une de ces propositions paraissait obtenir faveiir; M. Faidel, député .du Querci, qui permet que je le cite, se trouva à côté de quelqu'un à qui IW

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