II, T
sa sœur, Denis, interrompaient ses paroles, me cachaient ses yeux , me volaient jusqu'à Texpression de ses pensées.
Ce supplice n'était pas le seul qu'il me fallût supporter. La chambre était remplie d'amis de la famille, étrangers pour moi, qui épiaient mes mouvements, comptaient mes larmes, enregistraient mes douleurs. J'entendais qu'ils communiquaient leurs remarques à Mlle Brun, aux commis, qu'ils chuchotaient, qu'ils calomniaient presque à cette heure suprême; et, incapable de supporter plus longtemps celte torture, je fu9 m'eiafermer dans ma chambre pour laisser couler librement les larmes qui m'étoUffaient.
. Il faut perdre plus que soî-mémei il faut perdre un père, une mère, pour ressentir une de cres douleurs immenses , infinies , qui jetteat leurs désespoirs, leurs sanglots et leurs cris au milieu de l'indifférence du mo(nde^ qui trott^ vent un désert parmi les hummes, qui ont loit owblië, hormis- la tombe <ïui va renfermer leur ifésor, le crel qui pè^it et qui doit le leur rendre dans son éierhité. ies douleurs plus ciiJœeS)
pluf nïsonnéeSj qui interrompent La vie saofi la biifer^ ne s'épanchent que dans risolement. Ce •ont les déchiremeala, fes regrets d'un cœur ^siouffrant) plutôt que le cri de mort d*un oœur agonisant. EUescraif nent de paraître exagérées à f uelques-UDS^ iâf$uffiaantes à qudques antres. Les souvenirs dé ce dernier jour ont laissé de la terreur^ des angoisses dans mon âme, et pas un fait bien positif dans ma méaioire. C'est un cauchemar affreux , dont je me suis réTeiltée frissonnante, brisée, avec une souffrance réelle produite par de fantastiques tortures. Si près de la mort on ne toit pl\is la vie, on la sent.
Je sais seulement qu*Ëmma *me revint avec bien dei'amitiéetdes larmes, que plusieurs fois, voulant retourner auprès du lit du malheureux
Charles, un verrou vint arrêter mes pas Je
sais que, voulant mettre à ce chevet, d'où ils me chassaient^ le calme et Tespérance, je fis appeler un prêtre; qu'il vint, que je m'unis à ses prières... Je sais qu'un peu plus tard la famille m'apporta des consolations, des tendresses , un papier hiigner... qu'il me fut permis alors d'approcher du lit de moit , mais qu'il n'y eut
plus pour moi ni regard , ni adieu de celui qui
m'avait aimée Je sais qu'ils m'arrachèrent
jusqu'au triste droit d'humecter ses lèvres brâlantes, de soulever sa pauvre tète, d'échauffer sa froide main... Je sais qu'Emma me fit sortir de cette chambre pour m'éparguer tant d'é^ preuves et de haines... que je fus bien malade, que vers le matin elle ne me quitta plus. . . qu'elle pleurait davantage, — que je l'interrogeai et qu'elle me dit , en me couvrant de baisers :
« Jevousaime, Marie, jevous aime pourdeux.»
Il était tard le lendemain lorsque le lourd sommeil de douleur avec lequel Dieu sèche les larmes et arrête la pensée se retira de mes paupières, me rendit à la vie et aux tristesses de la réalité.
Ma première pensée fut pour la pauvre mère.
Je voulus aller mêler mes regrets et mes larmes à ses larmes et à ses regrets: je voulus honorer la mémoire de celui qui nous avait quittés, en promettant une tendresse et une obéissance filiale à sa mère, et j'oubliai qu'elle ne m'aimait pas, qu'elle m'avait bien fait souffrir, pour ne juc souvenir que des soins, de l'affection, dtt
respect qui étaient devenus te devoir et rhëritage de la veuve de son pauvre enfant.
Emma me retint ; elle me dit que sa tante était asses calme , que ma présence serait une douleur nouvelle qui réveillerait trop vivement sa douleur engourdie. Elle ajouta qu'elle l'avait chargée de m'embrasser, de me soigner, et m'engagea à remettre au jour suivant notre triste réunion.
Je fus peinée de cette résolution. Nos cœurs, jusque-là étrangers, avaient besoin de s'unir dans une douleur, de se mêler dans ces premiers regrets, dans ces élans irréfléchis, dans ces paroles incohérentes du désespoir. Les affections neuves de la vie trouvent souvent tout un passé dans une larme.
Ma journée se passa avec Emma; elle fut pleine de tristesses; M. Bufiière seul vint se jeter dans mes bras et pleurer longtemps avec mbi. Il me dit que sa femme était bien malade, au lit, qu'elle m'aimait ainsi que lui comme une sœur; il m'assura ensuite qu'il continuerait poOr moi ce qu'il avait fait pour son beau-frère, et me fit signer une procuration
34ft
en l^l^nc qui 4^vait lui doiinj^r le» mpiyem fk m'étre utile.
Emma, m ravenant me trouver apràs le d<« part de son cousin , me demanda aTeo une sorte d'inquiétude comment il avait été. Se lui ïa^ contai textudlement notre convepsation ; <dlld en parût étonnée, préoccupée, douàieuse, et, prenant mes deux maips , elle mq di( ;
a Je vous aime bien , Marie , et jfi VAift VQUP le prouver. Je ne veux pas faire d^ jagegaieBts téméraires sur ma famille; mais, je vous en supplie , je vous le demande en grâce ^ ne con?* fiez à personne vos papiers. Ils parlent sans cesse de testaments , me d^nandent si vous en avez un, ce que vous voulez en faire, ce qu41 contient. »
Ces paroles d'Emma me fir^it songer au testament que m'avait fait M. Lafarge. Nous fûmes longtemps sans le trouver, i^ plus longtemps encore, quand nous l'eûmes trouve, à décider ce que nous devions en faire.^ Emma me disait qu'il y avait des formalités à remplii^ pour qu'il fût valable, qu'elle l'avait entendu dire à sa tante. Mais tsomme nous ne savions
Bte cotiiâilla* de renvoyer k ^mmi^ à mon ]i#mBiÊ a'tfiiiced. £miiia fivait Ft$|>mt si frappa qu'eUé se wàn]nt pas nie U lai$aer: gard^ HM ç^ule naît dans notre chambre , çt que nom h ftmes pfMTtef à la poste par mon domestiqiiQ |s quoiqu'il fôt fort4ard. J'^arlvi^ aus^ quelqilçK lettres à ma femille^ à laquelle |e damaflid»|$ de Tenu? jprès de moi , à laquelle je disais mou mallieur sans lui dite mes perséeutîpna.
Aismz avant dans ta soirée, je chargeai G}4-^ nientine d'aUer savoir éts nouvelles de msi belle*mère et de ma : bellerSCBur ; elle refusa d'y aller, eh nàe disant que peniknt que je pleutais elles m« dépouillai^it , que je ne m'oectt"^ pais de rien , que je devrais |eùr dupe, etc. *« Blessée de de propos, je défendis toute aulre explication à la pauvre Clémentine, et je lui dis *asfiie2^ durement de sortir de ma chambre. Elle obéit, mstis révint un moment arprès avec ma cuisinière , qui venait m'assurer que Clémentine n'arait pas menti , et que c^é'taitellfl-^ même qui l'avait prévenue.
«ils vous ruineront, ils nous chasseront tous.
Sf madame ne se montre pas la maftresâe^ Bter soir déjà ils ont pris I'ai*geiiterie soos le pré^ texte de la serrer, et ils ont voula l'envoyer à Paye par le pionnier Joseph , qui a refusé de s'en charger pour ne pas faire tort à madame, qu*il aime comme nous. M"'^ Lafarge mère m'a dit aussi que, si je voulais être dans ses intérêts, elle me récompenserait , parce que c'était elle qui héritait. Croiriez-vous que ce matin, quand le pauvre monsieur était à peine mort, elle a été prendre tout ce qui était datis ses malles, près de son lit, sans faire seulement le signe de la croix pour sa pauvre âme, etc.. »
Ces paroles me frappèrent ; mais, les croyant exagérées par le dévouement de Clémentine ef le zèle de Mion , je leur défendis de lés redira à personne, tout en leur promettant de me faire forte pour les préserver de toutes vexations , et j'essayai de chasser de mon esprit 1^ soupçon qu'elles y avaient fait naître. Il m^ semblait insulter à la mémoire de mon mari en jugeant à sa juste valeur les démarches de sa mère.
Le mercredi malin M"^** Lafarge entra dans
ma chambre, et m'embraiksa sans verser une kurme. Elle venait me dire qu'Amena ^ assez^ malade pour ne pas quitter la chambre ^ et é6^ sirant par-dessus tout me voir^ me demandait d'aller pleurer avec elle son pauvre frère, d'aller résigner mes souffrances en \es partageant.
La porte qui communiquait de ma chambré à celle de ma belle-mère avait été ouverte.
J'entendis M°^® Buffière qui criait : « Marie, ikui sœur, venez, je vous en supplie! • Se sautai en bai) de moa Ht» et fus me précipiter dans aea bras, e« jetant seulement ujte mantille sur mes épaules.
Ma beile*sœur était en. grand deuil, a$sez près du feu, mais n^ me parut pas malade; elle me reçut avec des crispations de désespoir, et en criant t qu'elle se sentait mourir^ qu'elle voulait mourir ! » Elle me demanda le brevet, pour qu'elle pût couvrir de baisers cette grande œuvre de son frère, me dit que je serais bien cruelle de lui refuser cette eonsolatioit ^ et sembla ne pas me croire lorsque je l'tôsurai que je n'avais pas le brevet, que je ne. savais pas ce qu'il était devenu. '
Tout i eôtip j'entendiâ des |mi$ qui t'appro^ ohaient* Je tôulus rentrer dans mon appairte^ ment; le Terron était tira, et, comme je fMppais vainement ea appelant Clémentine, celle-iii arriva , et me dit que ma beUe-mère s'était enfermée chez moi avec nn serrurier, qu'elle brisait le secrétaire €é refusait ë'bqvrir.
« Gda ne se peut, ce serait infâme! m'é^ eriai-je.
— Ma mbre est la maîtresse ici , et fait eê qu'Ole yeut, ine répondit avec colère 'Améat*
-^Im maîtresse!.;/ Alors pourquoi voler <^e qui lui appartient ?»
En cet instant, M. de Lespinas, directeup du haras de Potnpadour , et M. Boucheron , le ré* ^seur, entrèrent dans la chambre oà f étais ^ et à leur arrivée ma belle-sœur reprît subitement ses larmes , sa voix mielleuse eC ses démonstrations de tendresseeàversmoî. Àttertée, je restai quelques minutes étrangère à ceM visite, oubliant rinconvenanee de mon costuHie, mes ch^ux en désordre , le inaintelet qui me couvrait à peine, lAes bras, m^s pieds nus. J^ n'avais pas une larme, pas une^plainte, pas
une paiH^le; riiid4gnati<])n dû répowe «rait; Tftmcu la pudeur da U AniKait. Un regatHl oUt- . Ti6U& ^e Tunr da c«^ mesiMaurs œe rendît eftfo . à moi-inéme. Je les priai de liie laîifser seulif ; r il» M retireront, et bientôt après on ouvrit la: porte de ma chambre.
J'eus à peine la force d'y rentrer et de m'y enfermer avec Glëmentine. La pauvre fiUe était plai^ rév4àlée que moi-même de ces peraaour' tiens;, elle me montra le meuble secret, que l'on' avait fait enfoncer pour enlever les contrats , les titres, lés papiers importants qui y étaient contenus. Elle me fit voir aussi qu'on avait ^ emporté œus de mes bijoux qui étaient dans ma chambre, le portrait de ma mère, les ^hè« veux de mon père, tout le trésor de mes sou* venirs!
Taudis que je cherchais à me rendre compte de cette deriîèire déloyauté, si cruelle si on m'enviait le prix que ces objets avaient p(»jir mou ccBur, si bs^se si on spéculait sur celui de „ leur valeur matérielle , Emma entra. et vint se jeter à mon cou , pâle , tremblante , sans voix. * Croyant qu'elle souffrait de la nouvelle douleur
qui m'avait déchirée, j'essayai de la calmer^de lui oaelier ce que je resseDiais en rappelant ma sœur, mon amie , mon bon ange. Mais elle ne répondait pas, écartait mes cheveux de mon front, me regardait avec égarement, puis enfin elle s'écria en sanglotant :
« Marie, ils disent que vous l'avez empoisonne, que vous avez fait mourir Charles pour en épouser un autre... Marie, c'est impossible, n'est-ce pas, impossible!... impossible!....
•— Les infôimes ! mais non , cela n'est pas; vous vous trompez. Oh! par pitié, parlez, Enuna! parlez, dites tout!
— Ma tante , Amena , me l'ont dit. Oh ! je ne Tai que trop entendu... elles le disent à tout le monde, elles racontent des choses affreuses... Mon Dieu , mon Dieu, vous êtes perdue!
— Perdue , je les en défie ! — Emma, calmezvous; vous avez partagé avec moi tous ces derniers moments, vous savez si je suis innocente... je le dirai, nous le dirons... on nous croira..* non , non , ces calomnies ne sauront m'atteindre.
î*^— Cependant, Marie, vousavie^ de l'arsenic-
on en a trouve dans le lait de poule... Si vous TOUS étiez trompée! si une fatale méprise».»
— C'est impossible. Je puis avoir mis de la gommedans le laitde poule... mais cette gomme j'en avais mangé avant ^ j'en ai mangé après*
— Saviez-vous ce qi^e vous avez dans la pe« tîte botte que je vous ai prise hier?
— Ce que j'ai?... de la gomme.
— Hélas! non. Je l'ai Tait examiner par M. Fleyniàt. C'est de l'arsenic.
— De l'arsenic! Non, c'est impossible*
Je vous le répète, Emma , j'ai mangé de cette gomme. Votre oncle se sera trompé... Restez calme , je vous en supplie. . . Dieu n'est-il pas au ciel pour sauver les innocents qu'on accuse sur la terre ?»
Clémentine était aussi désespérée que ma cousine. Leur douleur me faisait un mal affreux. Toutes deux parlaient de justice, de cour d'assises, d'échafaud. Je serais devenue folle si je n'avais été forcée de m'oublier pour les cou* soler.
M. Fleyniàt était à Glandier ; je le fis appeler pour avoir l'explication franche, positive, de ces
abominables et sourde cakwsnies. Il vint d'«n ^ir très-embarrassé; je lui dis que je savais tout, et je lui fisdoucemeotdesréptochesâui'lé silence fpBLil avait gardé envers Aïoi. J0 lui demaih dai sur queb fondementsou appuyait ces mous* trueux soupçons, enfantés^ je voulais le croire, par la douleur d'une nière ^ mais dont j'avais besoin de prouver l'absurdité,, et que je ne pouvais mépriser en silence.
Après m*avoir assurée avec bij^ des phrase qu'il me croyait innocente, M. Fl^j^iat m'apprit qu'on m'accusait d'avoir envoyé à Paris des gâteaux empoisonnés; qu'un frère de M. Buffièreen avait averti la famille en appre* nant la maladiedeM. Lafarge; que M. Ëssarlier avait trouvé de l'arsenic dans le lait de pcul* que j'avais voulu faire prendre au malade; (lue M"® Lafarge m'avait vu de ses propres yeux mettre de l'arsenic dans une potion ; qa'enfiD j'avais empoisonné un morceau de flanelle pon»' bâter \à mort de nion mari par des frictions.
Je fus rassurée en écoutant ces accusations, tant il me sembla facile de les combattre, l^^ gâteaux avaient été fkiis par ma belle^mcrc
elle^m^oie. Le lait de poule avait été prépara pur la volonté , les soins de M°^* Buffîère ^ et toutes les frictions ayant été faites pârMM« BuffièrQ et Denis > }e n'avais ptt mettre du poison ^aos lA flanelle.
En eiLpliquant ces circonstances à M. Fley^ niât, je lui fis remarquer que ce n'était pas une défense; que> loin d'accepter le rôle d'accusée, je réclamais à bon droit celui de victime! Il m'était impossil>le de ne pas croire ma belle^ mère tout à fait foUe^ et, pour poser une diguç à toutes ces.accusations calomnieuses et infâmes^ je résolus de me faire forte du témoignage des médecins qui avaient suivi la maladie, de MM. Bardon, Massénat, Lespinas, qui m'avaient donné de l'espoir jusqu'aux derniers moments, et avaient toujours combattu mes craintes.
M . Fleyniat m'apprit que j e m'ad resserais en vain à M. Lespinas. 11 me croyait coupable, se van-tait d'avoir découvert le crime ^ avait demandé qtie Ton fît faire Tautopsie du cadavre. J'appris aussi que M°^® Lafarge s'était opposée à cette mesure en disant à M. Lespinas et à plusieurs personnes que je me refusais for*
mellement à Taulopsie, et que j'avais pressé toutes les dernières cérémonies afin de Téviter. Je priai M. Fleyniat de démentir celle der« tiière assertion , de presser , d'exiger en mon nom l'autopsie. Je lui demandai d'assister à celte triste opération ; je réclamai encore une fois la présence toujours refusée de M. Ségeral; et l'espérance d'obtenir une vérité prochaine* évidente, irrécusable pour tous , me donna la force de supportei^ les soupçons actuels et de marcher sans faiblir dans celte voie de dou« leurs , de pei*$écutionset d'angoisses.
XXÏV
I>e jogedepaix deLubersae vint pour apposer les scellés. Emma, en m'apprenant son arrivée, m'engagea, au nom de M. Fleyniat, à brûler les papiers, les lettres qui pourraient me compromettre, à profiter des quelques minutes qui me restaient encore pour me mettre à l'abri des curieuses et sévères recherches de la loi.
Je fis comprendre à ma bonne petite cousine
que ce qu'elle venait me conseiller, au nom de
son oncle, était indigne de mon innocence;
qu'étant sans remords j'étais attssi sans peur ; II. n
el je ne voulus garder qu'un paquet de lettres écrites par moi à M. Lafarge, qu'elle m'avaît remis le matin , et parmi lesquelles j'espérais découvrir des renseignements et des justifications.
Prévenus par les calomnies de la famille Lafarge,les hommes de loi, en entrant dans ma chambce, jetèrent autour d'eux des regards curieux, réprobateurs, qui tombèrent sur moi comme du plomb. Ge/fi|'u(he horrible angoisse que cette première humiliation imméritée. Mon front rougissait, des larmes roulaient dans mes yeux ; j'allais être au-dessous de mon malheur, quand un regard d'Emma, plein de croyance et d'ampuc^ vint éveiller eu. moi umçcittP^gQ iolconnu et me faire comprendra f^'fiilipv^*s^t de nobles et intimes affqctiQns je^p^uvab braver^' la destinée.
Tous mes pfipiers: furent lu^eticiiiQisBiiisA^i mps albums/ouyerls , ma ^omnae ^ mu <pàt04fa^ mandes rçcupillie^ jr^eç.des préuAutiOttSi-eiàH* gérées^ UQ Juxe étriang^ dei frayeurstitgnîfleak tives et cruelles, l^epère de. M« BuffisèKOvappuyé f sur le bord de^ çbemiii^, settiblaitdir^|arl«« recherches , €oi^niaadf«' la biUnei l'ciitmtefiîrM
tctlVe par des ailtisl&fls perfides et accusatrices, etfàvi»« peme -à wtettir rindignatîon d'Emma, la eetet'e de ClAnetttîne, à leur apprendre le te^prts qtM pf^sef vc de ces deux sentiments.
fous ces fc<Miiiies étatent \ peme sortis de iBft ditttibre t}iie mon domestique s*y précipita nvee désespoir et en 6*éerîanf :
« Madame, ma pauvre maîtresse, ils disent qie je ?oti« ferai monter mv Téchafaud et que l'y woirtevai ^ussi . »
I^MtaMées de ce n<mf^ incident, nous irà«ei bien de la peliie à le calmer, à nous eatiner noiistmèmes, à ooiiiprendra le récit de sa 'CMrdalte terriblement bête, imprudente, et ^ Use comippomellail; réeileii^eiit.
Clémentine l'avait ctiargë d« faire la moilaMx^rateèt hiî avait remis l'arsewic apporté par Denis. Occupé en ce »o«ienl , mon domestique TavaU dépesé dans un vieux chapeau, l'y avait ooMié deux jours; puis, ayant été averti des sonpçons qui s*élevaient sounlemem contre mal, et craignant ti*étre accusé si on tix)UTOït le poison entre ses mains, H avait été confier ses crmntes au valet d'écurie, et tous deux
ils avaient trouvé prudent d'aller enterrer le paquet d'arsenic dans le jardin. Cette prudence ne les avait cependant pas empêchés de bavarder* Leur secret, confié à trois ou quatre personnes, avait été dénoncé à M'^'^Buf* fière, qui, à son tour, Tavait dénoncé au juge de paix, lequel avait fait déterrer le paquet dans le jardin.
Alfred fut sévèrement interrogé sur son récit et Tapparente culpabilité dé sa conduite ; on le menaça de téchafaud s'il n'avouait pas qu'il eût agi d'après mes ordres. On lui dit que son silence le perdait sans mesauver, qu'il avaitittis sur les traces du crime, et le. malheureux enfant, qui me savait innocente, qui m'était dévoué, qui était poltron par«dessus toutes choses, s'arrachait les cheveux et voulait se tuer pour ne pas être condamné à mourir.
Je fus atterrée de ce concours d'apparences accusatrices qui s'élevait contre moi , et quelque temps incapable de consoler la cause bien bête, mais bien innocente, de celte nouvelle charge ; enlin, je raisonnai le pauvre désespère, je lui dis qu'il n'avait rien à craindre persofl-
nellement, et l'engageai à êcre calme, exact et précis dans ses paroles ; puis je lui pardonnai tout le tort involontaire qu'il pourrait me faire, et je l'assurai que, la justice.étanl au-dessusdes apparences, l'innocence devait être au-dessus de la crainte.
La cuisinière succéda à Alfred , et m'arriva aiissi exaspérée que lui, mais sans crainte. Elle venait me raconter que M™' Lafarge Taccusait d'avoir empoisonné les gâteaux partis pour Paris, qu'on affectait de se méfier d'elle, et qu'on lie voulait prendre aucune nourriture préparée par ses mains.
« C'est une atrocité ! ajoutait-elle. Ça ferait rougir le bon Dieu et ses saints ! Denis et Buffière pillent là forge, la mère et la fille fauchent la maison comme un pré. Il y a des bouviersqui partent la nuit pour Paye sous l'escorte du père Buffîère^ et reviennent ensuite boire et manger tout ce qui reste de provisions. Il est bien désagréable de voir madame pleurer, se dorloter ^ pendant que nous prenons ses inlérêts à nos dépens. »
Il me fallut encore prêcher la patience, le
silence, et Mion s*en alla pleurant et répétait que j'étais bonne comme du bon paiui mais que je me laissais si bien marcher sur le pied (ja'oii me l'écraserait.
J*appris par Mion que les accusations contre moi avaient été reçues avec tant d'indignatioii par les domestiques et les ouvriers , qu'on n'osait plus les exprimer tout haut dans lacttJsifio« Cela me fit du bien et je me sentis moins abafl« donnée.
Vers le soir M. Baffière voulut me voir. Malgré toute ma répugnance je cédai au désir et au conseil d'Emma. Il yint hypocritement s'infor* mer de ma santé, me dire qu'il avait été obligede s'absenter pour ses affaires, et qu'il ignorait complètement pourquoi l'on avait décidé qu'il serait fait une autopsie» Je lui deoundai s'il ignorait aussi les accusations de sa femme et de sa belle^mère, il nia d'abord formellevitnt qu'elles fussent coupables de cette çaloinM* que je leur imputais. Mais quand je lui citai M. Fleyniat comme étant celui qui m'en avait prévenu, il se contenta d'avouer qu'elles étaient des folles f que la douleur les avait égarées 9 ^^>
m!ai}Sii»Bt de SSL tendresse avec 4e5 krmes, M se dit mon frère bien tendre et bien df$?etié.
Je fHS bientôt instruite du motif de celle |^ sénce et de cette comédie. Le {papier qu'on m'a« y ait fait sijpQer faur M. Rofiie^ le jour de ki mort de M* Lafargè, n'était pas valable. Ms Bttffière voulait m'en faire signer un second, et il alla jusqu'à me faire entendre que cette générosité assoupirait les dénonciations de la famille en prouvant mon désintéressement. A cette peride et odieuse insinuation je le regardai fixeftfent ^ et je fis baisser ses yeux et pâlir son front sous mon regard.
« Je vous ai compris » lui dis-je..« et^ je vous le Jure ^ je ne signerai aucun papier jusqu'à ce que la vérité ait confondu la calomnie et les calomniateurs, «r- Mais vous vous trompez sur mes int^-
tiens. Si vous refusez de signer^ M. Roque fera
prononcer La faillite; vous vous ruinez, vous
nous déshonorez. . .
— Mon parti est pris; il est inébranlable*
M, Roque attendra la vérification des médecins*
JenesignVfai Hen auparavant... vous avez mon dernier mot. »
Le lendemain tous les membres de la famille arrivèrent. Quelques-uns seulement demandèrent à me voir. MM. Joseph Matere et H. Brugère ne voulurent pas me quitter pendant la sinistre épreuve qui devait décider entre moi et mes ennemis. Il y avait du cœur dans leurs paroles et dans leurs regards. J'aurais préfêréétre seule pendant cette heure d'angoisses. Cependant leur présence ne me fut pas pénible. Cette journée , siècle d'attente et de souffrances , fut mon initiation aux amertumes de mon avenir.
La fatalité m'ayant été révélée par le concours de circonstances accusatrices qui se réunissaient pour m'accabler depuis dix joui'S, ma conscience était quelquefois impuissante à me préserver des horribles pensées qui traversèrent ma tête pendant l'épreuve qui allait décider de ma vie et de mon honneur. Ma chambre était isolée, les nouvelles n'y arrivaient pas. Clémentine, Emma, mes deux cousins sortaient tour à tour pour les recueillir. Ne pouvant plwjJ
maîtriser mon inquiétude, je proTiL^i d'un moment où fêlais restée seule pour faire demander à M. Rivet, procureur du roi de Brives, quelques minutes d'entretien. Il vint^émii, compatissant. C'était un homme âgé, à la figure douce et vénérable, qui me fit éspérei* un heureux résultat, et«iTie dit que l'opération, déjà assez avancée, n'avait pas fait découvrir le moindre indice de poison .
Une heure, êenx heures s'écoulèrent encore.
Chaque messager revenait avec plus d'espoir dans les yeux; enfin M. Fleyniat se précipita dans la chambre. On n'avait pas trouvé d'arsenic! Je me jetai en pleurant dans les bras dT.mma , et j'offris mon innocence reconnue à cette douce enfant comme la seule aciion de grâces digne de son beau dévouement.
M. Bardon vint lui-même me confirmer la bonne nouvelle. Il me dit qu'il n'avait pas un instant partagé les soupçons; que la maladie avait été naturelle ; qu'il en avait toujours été Convaincu, et que la présomptueuse confiance de M. Lespinns avait seule causé tarit de dou- V urs. Il me dit aussi que M. Lespinns avnîl oru
remarquer pendant l'autopsie des lésions et des traces d'empoisonnement inyisables à tous ses confrères. Hais son avis avait 4ié forcé «le ^ courber devant les leurs , et il était furieux de ne pas avoir été infaillibles^ Je demandai si tout était terminé; on me dit qa'il restai! à faire des expériences chimi(|ues sur les )>oissons conservées.
J'étais entourée d'amis, de félicitationSi bisque les hommes de la juslice> les^ejidiu*mfs, M™« Lafarge et M™« Bufûère entrèrent pour me faire signer les bouteilles contenant les liquidef destinés à être analysés. Les premiers avaient un air de compassion i ils me rassuraient par leurs regards et par quelques paroles; ces da^ mes au contraire semblaient humiliées^ çW" sternées. E)n signant quelques-unes des bouteilles, et comme J'éprouvais une émotion pn^nible qui faisait trembler m^ main» }e greffier me dit :
«Rassurez-vous» madame; l'avis de çeç. messieurs est que l'arsenic donné k de si fortes et fréquentes doses aurait causé des ravages visibles à l'œil ; rassurez-vous donc, il n'y a rien i craindre désormais.
-^ Cê n'est pM sAf wcoKi dit M** Butter^ aT0c Và» Yoi]^ qoi Toulait 4tr» saagla^At(9i il y a des choses bhocbesdaiis ces liquides qui m. sont pes naturelles. »
M"'^ Lofarge sortit et rentra avec «n norceiMi cle flanelle.
« On a fait avec cette laine des frictiMS k mon fils ; je désire qu'elle soit analysée* »
Et comme on allait Tentourer d'une bande :
«Je TOUS en prie, messieurs, ajouta^-t^^^lie; enveloppez la entièrement de papier} il ne faut pas que la poudre blanche que j'y ai reaiarquée puisse s'évaporer, »
11 y eut un mouvement général d'étonn^nent.
Le greffier ohéit e<i silence } 11. lUique^ qui de^ puis le malin avait demandé plusieurs foisà we voir, fit renouveler aés instances. Je priai toute la famille de me laisser seule* et je le reçus i it m'exprima d'aboi^ toute la part qu'ii avait prise à mes inquiétudes, toute celle qu*tl pre*nait à Theureux résultat de la mesure qui mt justifiait; puis il me dit ;
« Ma bonne dame, je suis venu nioi^méme*
Vous èies jeune, éloignée de votre femille, bien ignorante des affaires, je veux vous prévenir des dangers qaî vous entourent ; M™* BuflSère vous a fait signer une procuration en blanc, avec laquelle nous pourrions nous emparer de toute votre fortune ; la voici, déchirez-la, et veuillez signer à la pince le petit acte que je vous a{>porte et qui ne peut vous compromettre. »
Je fus touchée de certé bonne foi , préservatrice de mon ignorance.
Je le lui exprimai; — il me demanda si j*a* vais un homme d'affaires. Eh apprenant que je ne connaissais personne dans le pays, et que je n*y avais point pensé, — il me promît de m'en choisir un et de me l'envoyer.
J'avais besoin d*écrire à ma sœur,à mes tantes, les calomnies, les persécuftioris qu'il m'avait fallu souffrir, et le démenti irrécusable donné par l'autopsie à mes accusateurs. Je profitai du premier moment de repos pour leur écrire. M"»® Lafarge, qui était dans là cuisine lorsque le pionnier Joseph reçut l'ordre d'aller
à Uzerche porter des lettres à la po6(e^ monta sur^le^bamp dans ma chambre, et y entra sans se faire annoncer. . . >
« Allons, fna fiUe^ me dil^elle en m'emhra»sant, pardonnez-^moi ; la douleur avait tourné mon esprit, — je vous ai accusée injustement. Je vous en demande pardon devant Emma, de* vant Clémentine, au nom de noire pauvre .dé« funt... Ne me gardez pas de rancune. »
Je m trouvai, pas de réponse.
«Je suis sûre que vous ailes troubler, bouleverser votre famille en lui confiant vos inquiétudes et nos soupçons... Soycas donc raisonnable... Je vous promets que nous allons bien vous aimer... Nous soignerons vos intérêts comme les nôtres... Je vous en prie, ne les inquiétez pas trop.
--Oh ! madame, j-ai tant souffert que j'ai besoin d'ouvrir mon cœur à ceux* que j'aime;
— Que vous êtes rancuneuse et susceptible !
— Susceptible ! madame; mais vous oubliez que vous avez dit, en me montrant du doigt au monde et à la justice : VoUà uoe infâme ! voilà une empoisonneuse !.. »
ifM LaiîMf* 6é mal k ^^ktmr»^, à lae )>rftir éa «lë »ë«>*eiUerftv«e «lie «et 4'4Mib|iiir sestoupçons... — C'était la mhte ■et Iiieilfliiâf4, «M AwMM iigééf màlfoiMisewsc, "^mxtti t» tW«il de
flDn ntS TN!lH|ttv» •• ••• S^ So Itfl ^WSK SW «BW* MMM ^^MHf t'â'lUtW Mon «6IIIIMI riNIk f^WRlill
« Une wivle ^«Mkm ^Mot^. ^^ knet^^mÊ& fait paît d6 ^r-osmufMpMis m fM^^reCharles? -- Avez-vous ajouté f^agonle en e«ir % f^gonie 'éfi ««irps? f^*fee^^0»s appelê^F ma léle (a maiédKcttofi -eu -iMmuDt f Sî t0w pem^ez îirfaclier lie mm kme cette pensée lorttiraiite, f app^fe- Mri rimbU -tfe tMte la fepce 4e ara Tolonté, et jVmuterai de ^r^^ppendre m&B derefrs eiiifers
Ma belle-mère m'embrassa en me. jurant qù'eHep'irvtfit «ietitliRaiSDiiMss^rifo obtint que mmieltras ne^minawiMftw le a«tr)ménae,6t ipÊB j'en >ëorri!ajs d^outpeB'daM Jesifiiellw je «actemie«rt«ifti|«e pmsible mM iMi0M4ioii et meftsdoulmrs^
IMP^^ Baffif^0,4lmiiïrappeiéeàfla^tpw^œ^ faires et ses enfants, vintiiia JBMfe<i0sisft€QS6S9
s^*^ a^'iièux^ et me demanda de ne pas trouver, '"^^'^^^aîs quelle emm.eQk sa mère et la gardât qttéU j|ûe temps auprès d'elle.
^^ 'fus soulagée par cette absence momentan née ■ *; % me ^aïlalt la solitude et le temps pour ow'-^'fierj pour repténdre jion pas une affection 4 "^stirmâîs impossible, maîsrobservancejstricte ' de mes devoirs. La nouvelle du départ de M"*^ Lafarge s'étant répandue dans les environs, les ouvriers, les paysans s'indignaient de l'abandon où elle me laissait. L'adjoint et un bon Tieux paysan de Beyssac vinrent lui en faire des reproches et combattre son projet.
« Dieu ne vous bénira pas, lui disaient-ils, d'abandonner ainsi la femme de votre fils. — Votre fille a son mari; votre bru est sans famille, sans espoir, sans enfants; — il faut que vous la consoliez et qu'elle vous console. — Tous les gens diront que c'est vilain à vous ; —la pauvre chère veuve n'est pas fière, pas arrogante ; elle a toujours une bonne parole pour le pauvre monde, — il ne faut pas la laisser en aller du pays. »
M*"^ Lafarge paiiit émue de ces naïves et
touchantes exbortalions; elleproDiitde re%)eiiir. Pour moi je saisis les mains rudes de ces deux hommes, et je les serrai de tout mon cœur 9 en les priant de revenir me voir, de m'aider de leurs conseils et de leur bonne amitié. Si je n'ai pas revu ces braves paysans, je garde leur soo« venir parmi ceux qui m'ont foitiGée en adou«« cissant mes douloureuses épreuves.
Emma avait été forcée de retourner à Uzercbe pour deux jours ; je restai donc seule dans ces ruines délabrées par le temps et actuellement glacées par la mort; smile, sans parents, sans amis, avec quelques domestiques dévoués, avec M. Denis institué gardien des scellés, et qui s'était déclaré mon surveillant et mon maître.
Libre alors, et mecroyant au-dessus des soupçons, ma première pensée eût été de retourner
au milieu de ma famille^ si je n'avais espéré le II. n
bonheur d'être mère, si je n'avais compris qne je devais garder à mon cher petit enfant la fortune, la famille, les amis de son père. Tétais bien souffrante, mais la vie de ma petite Jooqueline me semblait révélée par ces souffrances mêmes, et je les bénissais, et j'y puisais de lar fbrce et du courage.
Cette espérance était aussi l'espérance des braves ouvriers qui s'étaient attachés à moi. Ils s'informaient près de Clémentine de l'état de leur future maîtresse, et au récit de mes maux de cœur , de mes robes élargies , ils étaient heureux et croyaient comme moi. 11 fallait me séparer de mes bons forgerons; je n'avais pas d'ouvrage à leur donner; M. Denis les martyrisait. J'étais trop faible, trop abandonnée pour les prot^er. — Je leur conseillai de prendre du travail dans une forge voisine. Ils partirent en pleurant, en me promettant qu'au premier mot de ma part ils reviendraient près de moi; ils me dirent tons que la forge était dans un état déplorable, que dans ces derniers jours tout ce qui pouvait s'enlever avait été transporté à Paye, et que l'on parlait beau-
coup des dettes énormes qu'avait laissées M. Lrfarge.
En écrivant à ma tante Garât, je lui demandai, dans le cas où un des membres de ma faaiille ne pourrai t pas venir quelque temps à G landier, de m'envoyer un homme d'affaires qui pûl remettre de Tordre autour de moi et quelque résignation dans ma tête. J'étais effrayée de ma vie et de.mes devoirs à venir. Je ne savais comment je pourrais vivre seule loin des miens; comment je pourrais étouffer mon imagination sous des chiffres, faire ma pensée industrielle. Je savais seulement que si j'avais un enfant je l'aimerais tant que tout me deviendrait possible pour lui.
M. Roque vint, comme il me l'avait promis, avec son avocat; il avait fait le relevé de ses livres et de ses comptes ; il m'apportait une créance de 28,000 f. qu'il me priait de lui garantir sur ma dot. Cette somme me paraissait assez forte ; sachant qu'il y avait beaucoup d'autres créanciers, et ne voulant pas être injuste et donner tout à un seul, je demandai à
M. Roque d'attendre rarrÎTée d^on membre de ma famille avant de prendre ce nonvel engagement. M. Roqne kne dit que ce retard le forcerait il faire des ponrsnites , et qne mon beaufrère, M. de Violaine, se tronyerait mêlé à tout cela d'une manière d^gréable. Comme je ne comprenais pas rintervention de mon beau* frère dans ces affaires d'argent, il me montra une lettre... Il parut stupéfait lorsque je lui assurai que le style, récriture, la signature de la lettre n'étaient pas de M. de Violaine.
Après un moment de silence M. Roque tira de sa poche une liasse de billets et me demanda si je connaissais les noms qui y étaient écrits, et , comme je lui répondais négativement, il me dit que c'était affreux, que tous ces billets étaient faux , que M. Lafarge l'avait indignement joué ; que s'il n'était pas mort il l'enverrait au bagne.
Jo fus anéantie à ces paroles ; mais bientôt je compris la valeur de l'argent en pouvant racheter pour 28,000 francs l'honneur du nom que je portais. Je signai, en exigeant seulement de M . Roque un silence absolu .
M. Lalande, avocat de M. Roque , s'occupa alors de mes affaires. Il me demanda si j'avais un testament. Je lui dis que j*en avais un dépose entre les mains de mon homme d'affaires , à SoissoDS, mais qu'il était inutile, puisque je me croyais grosse.
«Vous vous trompez 9 me dit-il; la famille prétend que votre grossesse n'existe pas et n'a jamais existé que danst;o£re imagination.
— Mais, monsieur, c'est ma belle-mère ellemême qui a employé tous ses soins et bien des paroles pour me donner oette certitude qu'elle Teut combattre maintenant.
— Peut-être était-ce un bon moyen d'empêcher M. Lafarge de s'occuper de votre avenir, qui se trouvait assuré , et de se mettre à l'abri du testament en votre faveur. »
M. Lalande me parla ensuite des calomnies qui m'avaient poursuivie, il m'appritqueM™'' Lafarge s'était arrêtée à Pompadour, qu'elle n'avait pas renoncé à ses odieuses accusations. Je m'inquiétai peu de cette charitable conduite de ma belle>mère, et je n'en fus pas étonnée.
J'avais ^u par une petite filleule de M*"^ Buf-
fière, devant laquelle on parlait à cœnr oayert, que ces dames avaient été désespérées qu'on ne trouvât pas d'arsenic dans le corps; que durant t5ute la soirée qui suivit Tautopsie elles répétaient : « €'est t^ien incroyable , c'est bien malheureux qu'on n'ait pas découvert de poison ! » J'appris aussi que ces dames ne parlaient de moi qu'avec les paroles les plus baineuses et les plus outrageantes. Cette jeune fille, que je connaissais à peine avant le retour de M. Lafarge, avait partagé auprès du malade mes veilles et mes soins. Bonne et compatissante^ elle avait compris que je n'étais pas coupable, que je pouvais devenir victime, et elle m'avait aimée, et elle avait pensé qu'il était de son devoir de m'instruire des haines qui s'ourdissaient contre moi.
La mère de Charlotte, nourrice de M. Lafarge, partageait la sympathie et le généreux dévouement de sa fille. Elles m'ont gardé Tune et prouvé l'autre jusqu'à la fin; d'anciennes affections, des prières, des menaces ne les ont pas ébranlées. Qu'elles en soient honorées!
J'interrogeai M. Lalande sur l'opinion de
Bri ves au sujet de cette accusation portée contre moi* Il me dit qu'on attendait le résultat de l'expertise pour se prononcer, mais qu'il ne pouvait me cacher que les fréquents voyages de MM. Magnaud , Buffière et Denis m'avaient été funestes, et que, si les soupçons s'affermis^ saient, si je dévais être jugée, l'évidence ne suffirait pas pour me défendre devant des hommes limousins, toujours malveillants, envieux, accusateurs pour les étrangers.
« Dans ce cas, madame, ajoutait M. Lalande^ il faudrait vous sauver, et je vous sauverai avant qu'on ait pris des mesures pour l'arrestation. Je serai près de vous; j'ai un cabriolet, un bon cheval , un passeport qui a été délivré à ma femme , et qui vous servira à merveille. Je vous en supplie , ne refusez pas mes offres. Veuillez écouter ma voix , qui est celle de la prudence et de la raison. »
Je remerciai avec émotion M. Lalande, mais je refusai ses offres.
« Vous avez tort , me dit-il encore. Un grand magistrat a dit : « Si Ton m'accusait d'avoir
ges en raconlanl qoe pendant quinze jours j'avais noarri M. Lafarge d'arsenic , qu'il Yoadrail me Toir coopée en morceaux ; et Magnaud assorait aux nombreux créanciers de M . Lafarge qu'avant d'avoir empoisonné mon mari je l'avais entièi-ement ruiné par mes folles dépenses.
Mes lettres étaient interceptées; je voulas envoyer ma fidèle Clémentine à Paris pour dire à ma famille toutes ces agonies. Son depart fui dénoncé ; la bonne créature allait être arrêtée, conduite de brigade en brigade , Blise en prison comme complice, si, ayant été prévenue, je ne l'avais rappelée près de moi.
Instruite un jour à l'avance de l'arrivée a Glandier du procureur du roi et du juge d'instruction , j'avais refusé de nouvelles offres de fuite. J'étais restée par la force de ma volonté et de ma conscience , et je m'apprêtai sans trop de frayeur à subir un interrogatoire. Je descendis ayi fond de mes souvenirs; je cberchai à me rappeler des circonstances insignifiantes, inaperçues dans leur principe , et qui étaient devenues, par de calomnieuses insinuations^ de graves et terribles charges contre moi. Je
recommandai à mes domestiques de chercher aussi la vérité et de la dire exactement.
M. Brugère, reslé près de moi, nepouvait, dans sa position de famille, diriger ma conduite; il appela à mon aide M. Saint-Avit, son beau^père, dont la réputation comme jurisconsulte s'étend bien au-delà de la Gorrèze et du Limousin. La santé de M. Saint-Âvit ne lui permit pas de se rendre à Glandier; mais il m'envoya son 61s, qui m'apporta, avec les conseils dictés par l'expérience de son père, les généreuses et franches sympathies d'un cœur noble et jeune. Je lui confiai les lettres de M. Lafarge et quelques papiers qui me restaient.
Le procureur du roi, le juge d'instruction arrivèrent le matin. La journée se passa à interroger M"^ Brun, Denis, mes domestiques.
Je fus étonnée que les témoins communiquassent librement entre eux, et qu'ils ne pussent s'approcher de moi , que l'on avait, pour ainsi dire, mise au secret dans ma chambre; je ne voyais qu'Emma et Clémentine, et encore près leur déposition.
Ma pauvre Emma était inquiète, désolée; elle
ne savait que faire de la petite boite de gomme qu'elle avait prise dans la poche de mon tablier, et dans laquelle M. Fleyniat avait découvert de Tarsenic. Emma ne pouvait se décider à la remettre entre les mains dn procureur du roi ; elle me croyait perdue par sa faute; et elle pleurait, pleine de craintes, de regrets et de noirs pressentiments. Je la rassurai en lui di-< sant que le poison avait dû exister bien plus probablement dans Timagi nation de son oncle que dans la malheureuse boîte. Mais, n'osant prendre sur moi de lui donner un conseil , je l'engageai à confier son secret à M. Brugère.
L'avis de nos trois consciences réunies fut qu1l fallait déposer la boite entre les mains de la justice, se mettre à l'abri des remords et des soupçons en agissant sans détour, en disant toute la vérité, aussi bien celle qui pouvait me nuire que celle qui devait me sauver.
Mon interrogatoire commença à huit heures du soir, et dura trois heures.
J'avais cru d'abord qu'il ne me faudrait répondre que sur des questions relatives à l'empoisonnement, et je me sentais ferme et coura-
gense. Mais quand je vis défeuiller tous les jours de mon passé sous les froides questions qui sondaient mon âme , j*eus peine à contenir toutes mes révoltes, tout mon désespoir. Je sentis des larmes rouler dans mes yeux. Je sentis une main de glace peser sur ma pensée. Je pus balbutier quelques mots à peine , et je ne revins à moi-même que lorsque je n'eus plus à répondre qu'aux accusations des faits matériels et odieux de rcmpoisonnèment.
Nos actions appartiennent aux hommes, mais nos pensées n'appartiennent qu'à Dieu ! Aussi longtemps que ces pensées n'ont pas erré sur nos lèvres, qu'elles ne se sont pas posées sur un blanc parchemin , qu'elles ne se sont pas traduites en action, aussi longtemps qu'elles n'ont incrusté leurs joies, leurs souvenirs, leurs regrets, leurs douleurs que dans l'abîme de notre âme, elles devraient être nobles, libres comme les étoiles du ciel , elles devraient être au dessus du despotisme scrutateur de la loi !
Les paroles du juge d'instruction ne me laissèrent pas longtemps douter de sa prévention. Je vis que les interrogatoires des témoins avaient
été dirigés moins dans le but de déconvrir le coupable que dans celui de convaincre, d'écraser celle qu'on avait désignée. Je ne crois pas qu'il y eût un sentiment de haine dans la coi^ dnite de M. La Ch.; mais il est des intelligences trop exiguës pour loger deui^ idées contradictoires. La famille Lafarge avait parlé la première. Je dus frapper inutilement à la porte do cerveau magistral.
Le procureur du roi, M. Kivet, remplit la pénible mission qui l'amenait vers moi avec une douce et triste compassion. Il eut des égards aussi grands que mon malheur. J'étais seule avec lui lorsqu'il m'annonça que j'allais élre transférée dans la prison de Brives par la gendarmerie... Indignée, je m'étais d'abord soulevée de mon fauteuil comme pour protester de mon innocence. J'y retombai, muette, glacée, étouffée sous la fatalité de ma destinée. Je crois que je n'aurais pas vécu dix minutes en cet état si une larme, qui tomba surla joue démon bon et loyal persécuteur^ ne m'eût rendu la faculté de pleurer. M. Rivet profita de ce moment pour me promettre tous les ménagements possibles*
il me donna trois jours pour essayer d'obtenir rintervention favorable du procureur général. Il me dit combien son devoir lui était cruel en ce moment , et je pus trouver quelques mots pour le remercier d'avoir si généreusement adouci sa triste mission , d'avoir rempli en homme le devoir sévère du magistrat.
Cette nouvelle tomba comme la foudre sur mes domestiques. Clémentine surtout était folle de désespoir. Elle courait en sanglotant dans ma chambre, me regardait, puis se cachait pour ne plus me voir, avait des cris d'indignation et de douleur. Emma, qui était sortie désespérée, rentra. Je fus étonnée de son calme.
«Clémentine, dit-elle, on vous permet d'aller en prison avec elle; moi aussi je raccompagnerai pour quelques jours.
— Oh ! que Dieu soit loué ! Je sens que je puis vivre , m'écriai-je en pressant dans mes bras ces deux nobles créatures. Tant que je serai aimée^ je pourrai souffrir sans désespoir et sans faiblesse... Mais^ chère Emma, mon bon ange gardien , puis-je vous faire partager les fatigues, les humiliations de ce voyage? — Et vous,
ma bonne Clé , savez- vous ce que c*esl qu'une prison loin de votre famille, de votre pays?»
Toutes deux ne me permirent pas d'achever.
Clémentine n'avait plus de larmes. Elle parlait du départ avec un air presque joyeux. Elle semblait oublier le malheur 1orsqu*on lui permettait de le partager avec moi, et la généreuse fille me remerciait de la conduire en prison, ne voulant pas comprendre que son dévouement ne fût très-ordinaire^ et s'offensait presque de ma reconnaissance.
Ce même jour les gendarmes arrivèrent à Glandier et s'y installèrent. Ce même jour aussi M. Brugère, achevant sa mission protectrice et généreuse, partit pour Limoges, afin de m'obteuir du procureur général la permission de rester chez moi sous la garde d'un peloton de gendarmerie. Son voyage n'obtînt aucun résultat. Il trouva M. Dumont-Saint-Priest déjà fortement prévenu contre moi. — Magnaud, Buffière, Denis, avaient déposé leurs calomnies dans Tesprit du procureur général. Plusieurs membres de sa famille, amis de M"*«^ Buffière et Lafarge, lui avaient décrit leur touchant des-
«spoif) ma cruelle et odieuse conduite. 11 n'eut -pas de pitié pour lin mow5<fe.
- Je m'attendais à un refus ; je n'en fus pas trop malheureuse. C^te triste masure du Glahdîer me semblait chaque jour plus abandonnée et
plus sinistre. J'avais peur !1 y avait eu un
crime, il y avait un assassin; quel était-il ?... Je fis coucher Alfred et le pionnier Joseph en travers de ma porte , et cependant la nuit je tressaillais au moindre bruit. Le vent, qui s'engouffrait dans les corridors, m'épôitvanÉait. Quelquefois même Je détournais de mes lèvres, en frissonnant , les boissons qui allaient les désaltérer. Oh! oui , j'avais peur, bien peur... car si Tauteur du crime n'avait pas reculé à choisir ma tête pour remplacer la sienne sur l'écha*^ faud, les événements ne pouvaient-ils pas éveiller un intérêt , une pensée qui l'obligeât à sacrifier lui-même la victiine qu'il voulait faire sacrifier au nom de la loi.
L'insolence de Denis n'avait plus de bornes.
Un soir il entra dans ma chambre dans un état
d'ivresse complète; et, venant se poser devant
îmon lit, il s'y appuya, me fit une peinture do-