‹ Mémoires de Marie Cappelle, veuve LafargeChapitre 5 sur 6 · IV. 2Î · texte numérisé non relu

IV. 2Î

qu^elle y attachait plus de prix. Mais la plus remarquable de toutes ces poésies est certainement celle-ci, qui nous a été communiquée comme ayant été improvisée par elle dans sa prison et écrite sur un album, à ta demande d'une de ses jeunes àtoies.

Sur Ion album, douce Fia vie, Tu veux que j'écrive des vers ^ Ne sais-tu pas, gentille amie.

Que ma voix mourante et flétrie Va plus d'écho dans l'Univers?

Ne sais-tu pas, belle imprudente.

Que si ma paupière mourante VâëMt de pleèrs Ces feaiHets blârhts,.

Mes larmes , ' brCdaiil efaaqpia -pi^,.

Y traceraient un ooin présage En hiéroglyphes sanglants?

Ne cherche donc plus dans mon âme Ces rayons de céleste flamme, Joyôu::! soleils fb jours meilleurs > L'esprit meurt quand le cœur succombe, Et déjà je suis dans la tombe.

Dans la tômbe'de mes malheurs.

Marie Cappelle, veuve Lafarg^.

Hùnwnh.

« Autrefois» lotsque j'étais heureuse, il venait, deux fois ran, à Viner8-.Hellony une pauTie fille bien vieille^ bien laide, bien bonne, qui avait bercé ma mère, mes tantes, qui plus tard avait endormi ma sœur et moi sur ses genoux; une pauvre fille qui souriait avec oi^ueil lorsqu'elle retrouvait chaque année plus frais et plus riants les chers enfants sur lesquels elle avait veillé, sur lesquels plus souvent encore elle avait prié!

FéHctté était le nom de la pauvre créature; Félicité!.... amère dérisioix, ironie que répétait chaque bouche et qui devait bien douloureusement frapper celle qui se souvenait sans doute en l'écoutant qu'elle était venue sur la terre, contrefaite, pauvre, orpheline; qu'elle n'avait pas eu la richesse pour acheter les plaisirs de ce monde, la beauté pour obtenir les joies du cœur pas même la santé....

Et moi, n'ai-je pas reçu le nom de Fortunée!,... )»

|)en6ie0.

« Quelle grandeur dans la nature, quelle petitesse dans rbomme! Dieu nous ai^it faits les rois de la terre ^ qu*a- Tons-nous fait de notre royauté? Quoi! nous avons été créés pour les merveilles du monde et l'immensité des cieuxy et nous jetons Tœuvre de notre existence entre quatre murailles d'argile! Quoi ! nous commandons aux flots; notre intelligence peut s'élever jusque vers les hauteurs les plus sublimes, et nous l'entraînons sur le théâtre étroit d'une société tyrannique et cruelle! Nous nous faisons les esclaves de ceux qui nous dominent» pour être les tyrans de ceux que nous dominons. Nous nous soumettons aux injustices des grande, pour avoir le droit d'être injustes. — 11 n'y a plus de frères, plus de patrie; la licence a pris le nom de liberté...^ Être libre, pour les grands, c'est avoir le pouvoir de comprimer les peuples , de les avilir, de les dépouiller. — Être libre, pour les peuples, c'est avoir la force de piller, d'insulter, d'^orger ses maîtres. »

Iprièrt. .

€ Mon Dieu, en commençant celte année j'ai crié vers vous, et je vous ai demandé d'essuyer mes larmes... • Ces larmes, je vous les offre encore.... Pas un seul soir elles n'ont cessé de couler.... Votre Providence a oublié son enfant.... Mon Dieu, envoyez*moi enfin le repos ou la mort. Je puis compter mes heures par mes souffrances. J'en suis à regretter chaque jour le désespoir de la veille, à trembler devant l'épreuve du lendemain. — Il y a un an, mes larmes se mêlaient à des larmes amies... • Maintenant je suis seule.. . . Mon cœur se brise ;, pourquoi ne puis-je pas mourir?»

en mes 3ltnt0.

«Bénies soient l'affiedion el les pensées^ que Vous me don-

y noUeset ebers absents ! Je tne réfugie eh elles dans les hecnres dookmretfses ; elles sont, avec ma ccrnSdènce, ma force et ma eonsolation. Mon cofem^ vous lès rend tontes; si je ynê encore c'est que j'aime, c'est que je Mifiis devant les Ivtmes que ma mort ferait répandre à mes bien-aîmés aroyams... Lamort ! oh! ce.n'esl pas un spectre pbur moi ; e'esi une ombre triste et douée qui me sourit, qui m'appdie, qui me montre parmi les fleurs une èroir, près de oetté croit des amis à genotix et pburant.

La mort!... Le soir, à l'heure des larmes, je l'entends qui me dit : Viens; dans mon sein tu seras sans tache, une vérité réparatrice t'attend. Viens, sois libre, jette ce manteau d'ignominie qu'ils ontcollésur toi... Viens, on s'aime là-haut; viens à moi, avant que leur oubli ne t'ait glacée... Viens, nous irons recueillir leurs larmes ; tu ressusciteras à leurs pensées, à leur cœur. . .

mes amis, comprenez combien je vous aime ! La mort est si belle ! et je vis, et je souffre! Sans espoir je supporte la douleur présente, je me résigne à celle du lendemain. mes amis, mon affection est immense ! Vous sauriez mourir pour me sauver; moi je vis pour vous épargner une larme!... »

|)rUrt.

« lion Dieu , je Tiens à toqs abîmée de dotileure! Notre Père, qui êtes aux cieux, pitié! pitié povnr moi! Le monde m'a jeté ao&anaibème, et ka hommes leur réprobation.^^ La voûte du del n'est plus sur ma tête; mes jours sont sans soleil, mes nuits sans étoiles. Ils m'ont ensevelie vivante. Seigneur 9 et, lorsque j'ai crié vers vos apôtres pour qu'ils m'aidassent dan^ la route de votre éternité, vos apôtres

m'ont dit: «Arrière, pécheresse Confesse Tinfaillibilité

des juges de la terre; arrière, et dis-toi coupable si tu veux que nous élevions ta prière vers ton Dieu ! ... »

A genoux devant votre image, triste jusqu'à la mort, Jésus, je viens à vous.... Tavais voulu purifier mon âme avant de la mettre à vos pieds! hmeeente selon les lois humaines, selon vos lois j'ai péché, et, ri les deux même ne sont pas purs devant votre présence , faible femme ! puis-je assez m'anéantir lorsque je viens me prosterner devant vous!... Mon Dieu, voilez votre grandeur; mon bon ange, ne portez pas vers le trône du Tout-Puissant, mais au pied de sa croix, mes larmes et mes prières!....

J*ai beaucoup souffert, et chaque jour ajoute une souffrance à mes souffrances! L'humiliation rougit mon front, l'esclavage enchaîne mes volontés, la calomnie me désho* nore, mes ennemis veillent et se glorifient de mes dou-

leurs, c Qui me délivrera de ce corps mortel ? » Qui viendra à mon aide, qui finira mon exil, » ce n'est vous, 6 Seigneur mon Dieu !

« Donnez-moi leê ailes de la colombe, afin que je trouve où me reposer ! . . . » ou plutôt que votre volonté soit faite ! Ordonnez, votre créature obéira sans révolte! Mais, Seigneur, si votre providmce ne peut apknir ces sentiers, elle vous deman()e d'ennoblir ses pensées, de fortifier son âme ; elle vous prie d'élever aussi haut sa vertu que vous l'avez abaissée en opprobres. ...»

^ iSlarie €appeHt^

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