‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 12 sur 94 · Démonte, dans U rallée sapërieare de la Stnra · texte numérisé non relu

Démonte, dans U rallée sapërieare de la Stnra

70 MEMOIRES l>E GUILLAUME DU BELLAY. [Mai-jolo 1596

encorcs plus avant fondé que le jcHir pn^oedant en m pi*eniitTe opinion de Cony, et d'autant plus qu'à Potsun il n*y avoit eaue que de cinq puis et d'une fontaine hors la ville, (|ue Pennem y en l'assiégeant facilement leur pouvoit oster, le marquis cherchant (ainsi que depuis il a esté sceu) matière de dissimulation et temporisement, ne voulut encores conchirre; ains ordonna qu'au lendemain iroient aveccjues luy tous les capitaines et de cheval et de pied, pour conclurre audit Fossan sur le lieu et meneroit chacun sa compap^nic ou bande prestes a deniourer dedans, au cas qu'il fust trouvé raisonnable de le tenir; et, au cas que non, d'aller pareillement visiter la ville de Conv et, ne la trouvant deflfensable, se retirer tous ensemble le chemin de France; et que luy entreprendroil de faire conduire l'artillerie après eux et la faire passer la montagne seureroent. Lies capitaines ne furent de cest advis, alleguans que ce seroit chose honteuse (ores que force leur fust de se retirer) abandonner leur artillerie ; et aussi peu i'stoient ils d'advis de mener à Fossan toutes leurs bandes y consommer les vivres dont ils auroient l)esoing s'il advenoit qu'ils la délibérassent tenir; mais le mar(|uis persista d'y mener tout, en disant qu'ilz n'y eoucheroient plus hault d'une nuict. Et de ceste sienne delitieration advisa le Hoy par le sieur de Verets en poste, combien que desja luy en avoit donné autre, ensemble manda qu'il ne pouvoit tirer obéissance des oipitaincs.

Arrivez qu'ils furent à Fossan, trouvèrent qu'en usant de bonne diligence ils auroient temps asseï de parachever les bastions encommencez, s'y employans les gens de guerre avecques huict à neuf cens piouuicrs qui

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avoietit oominencé l*ouvrage, et que du Montdcvis (qui n'estoit loiiig d'eux) iU y pourroienl faire venir des vivres sans toucher à ceux de Cony, et par oe moyen faire au Roy œ service, qu*en tenant Tune et Tautre vitte, arrestrr Tennemy sur le cul et donner temps à nos forces de se reunir et joindre ensemble. Tel fut l'advis et délibération de tous les capitaines, et le decla> rerent ainsi audit seigneur mar(|uis, en le priant de promptement se vouloir rcsouidre. Pour ce jour ne voulut il encores conclurre, remettant la diose en délibération jusques au lendemain; ce pendant, les pionniers s'enfuirent tout au long de la nuict, en sorte qu'il n'en demoura point quarante; depuis a esté soeu que ledit marquis les en a voit faict fuir; combien que pour lors il ne fui sceu, bien y eut des gens beaucoup en la compagnie qui prindrent grand souspeçon sur luy, et mesmemcnt quant au lendemain il se monstroit entièrement résolu de vouloir tenir la ville, ce que jamais il n'avoit trouvé bon, ce pendant qu'il y avoit moyen de la mettre en deffense ; tellement que ceux qui n'osoient souspeçonner si mal de luy, ne pou voient toutesfois n'attribuer ceste mutation à trop grande légèreté ou faulte de resolution. Autres en y avoit qui pensoient pis, et ne trouvoient bon que le comte de Pocquepaille qui estoit à luy, alloit et venoit ordinairement au camp des ennemis; mais il couvroit lesdittes allées et venues sur sa querelle de Moiitt'errat, disant que soubs umbrc de laditte querelle il Fenvoyoit pour entendre nouvelles de leurs entreprises et délibérations'; à quoy les uns adjoustoicnt

i. Cest en effet ce que prétendait le marquis de Saluées dans

7? UtUOlBEB DE GUliXAtHE DU BELUT. (Mai-jnin 1586

foy, ics autres non. Le seigneur Martin du Bellay en plein conseil et devant tous luy dist qu'un chevauclieur d'escuirie du Roy, nommé Bousot\ venant de Milan, a voit passé par Ast et y avoit veu marqué le logis dudit seigneur marquis auprès de celuy de TEmpereur; à quoy ledit marquis, en soubsriant, re^ pondit esire bien asseuré que ledit du Bellay n*eo croyoit rien, ne pareillement autre de la compagnie. Tous asseurerent que non et qu'ils le tenoient pour si gentil prince qu'il ne voudroit faire une si grande meschanceté ; mais bien le prioient de vouloir prendre conclusion aux affaires et ne perdre plus de temps en si longues et irrésolues délibérations. Alors il leur dist que la dissimulation dont il avoit usé avoit esté pour cognoistre quel cueur et volonté avoient (non pas les capitaines descjuels il n'avoit jamais doubté), mais leurs soldats et gens de guerre, lesquels voyant en si bonne volonté, il se vouloit resouidre de tenir Fossan et les prioit qu'en ensuivant la promesse et instance qu'ils en avoient faicte, ils se délibérassent d'y faire leur devoir et que, le nombre ordonné de ceux (|ui devroient y demourer, ils delibereroient après sur le faict de Cony. Les capitaines replicc]uoient qu'en leur rendant les pionniers qui alors y estoient quand ils offrirent à la tenir, ou autres en pareil nombre, eux, nonobstant le temps perdu en rien faisant, seroient prcsts d'accomplir leur promesse et mel- Iroient peine d'en rendre bon compte; luy remonstrant toutesfois le peu d'apparence qu'il y avoit de

U letUre qu'il écriTait à Francisque de Noceto, comte de Poa* tretme, le 5 juin 1536 (Bibl. nat., dairanbault 335, fol. 109). 1. Laurent Bouzot.

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tant avoir perdu de temps en dissimulation et sans avoir aucune chose fortifié ne remparc. Le marquis, moiislrant d*estre bien marry entre les autres choses de la fuitte des pionniers arrivée si mal à propos, reoonferto^ les capitaines en leur disant que de son marquisat il feroit venir du jour au lendemain le double d'autant de pionniers et tous à demy aguerris, ei qui, au besoin, serviraient et de geos de guerre el de pionniers; mais ce pendant n'en venoit pas un. Luy tous les jours asscmbloit le conseil en sa cliambre ; mais au partir les capitaines n'en rapportoieiit conduâioo, sinon que leurs vivres tous les jours appetissoient, pour cause du grand nombre de gens qu'ils esioient, et du Montdevis ne d'ailleurs il n'en venoit ne tant ne quand.

Vous avez par cy devant entendu comment le marquis, dès le commencement et avant la depesche du seigneur de Verets qu'il envoya du sceu des capitaines, avoit faict sçavoir au Roy la grosse puissance qu'avoit l'Empereur et la désobéissance que luy trouvoit aux capitaines qu'on luy avoit laissez, et qu'à ceste cause il ne veoil moyen de pouvoir tenir ne Fossan ne Cony, et que le mieux qu'il sçauroit faire estoit de renvoyer en France tout ce qu'il avoit de gens de guerre outre ceux de Turin. Le Roy, inoontinant ceste nouvelle ouye, depescha le sieur d'Eschenais* en diligence vers lesdits sieur marquis et capitaines, pour

1. GailUame de DtnteTille, sîear d'Escheiuy. DinteTille et Louis Prévost, sieur de Sansac, furent envoyés auprès du mar- ({uis de Saluées dans les derniers jours de mai. Montniorencjr an sienr de Ilumières, Lyon, 6 juin 1536 (Bibl. nat., ms. fir. 3008, fol. 42).

1\ MfMOnrS DE r.0IM.A1!1fE nu REIXAT. fMai'jnin 15M

entendre et sçavoir comment il en alloit, en les priant 1res expressément que, sur tous les services qu'ils luy voudroienl faire, ils usassent de toute possibilité pour tenir lesdittes villes, de peur (|u'il cust Tenoeroy si soudainement sur les bras en son royaume ; que ses forces ne fussent à temps reunies et mises ensemble pour le recueillir. En ce faisant, il leur promettoit esire prest avant le terme d'un mois ou de trois sepmaines pour envoyer les secourir, s'ils pouvoient tenir jusques à tant et rompre ceste première impétuosité de Tennemy; qui seroit faict à luy et à son royaume un tel service que jamais il ne le mettroit en oubly. Quand toutesfois elles ncleursembleroiteslregardablet, (|u'il aymoit trop mieux avant que perdre tant de geos de bien, qu'ils se retirassent, se sauvant et son artik lerie. Ledit sieur d'Eschenais trouva les capitaines en la meilleure volonté du monde, mais pour autant que l'Empereur et toutes ses forces est oient si près (car à la vérité le siège fut mis devant Fossan, au dedans de huict jours après) ils craignoient bien d'entreprendre à les garder, estans les villes si mal remparées, et eux Siins pionniers et sans moyens d'en recouvrer, et se pluignoicnt fort de la dissimulation du marquis, lequel avoit tant laissé couler de temps sans y besongner et sans resouidre. Aussi comptèrent les souspeçons qu'ils avoient contre luy, de manière que \HHi s'en falloit (|ue, se départant du tout de la délibération de les garder, ils ne |>ensassent seulement qu'à sauver les hommes et l'artillerie; et si n'en trouvoient pas les moyens aisez, attendue la prochaineté de l'ennemy, sinon que de la retirer en quelque place de seureté.

Juin I&36) SlIittlIR LIVRR. 75

Le marquis vouloit qu'on la mist à Ravel * , un dMUh teau sien (|u*il liisoil inexpugnable et veritableineirt est fort nialuisé à prendre; mais les capitaines, encores qu*ils ne iuj voulussent déclarer, ne s'osoient toutesfoi» fàtr de In mettre en sa puissance, et fut parlé de renvoyer à Roquesparviere, moyennant (|ue l'on trou- ▼Ml par Visitation de la place quelle y peust estre seurement. Et à oeste cause furent envoyez pour la visiter leadits d'Ëschenais et le seigneur Chrestolle Guasco et autres; lesquels rapportèrent que rartillerie n'y denooureroit point seurement*.

Sur ce différant arriva le sieur de Sansac^, envoyé par le Roy en poste après avoir entendu la charge du seigneur de Verets, et ce qu'il avoit d'avantage rapporté de la cognoissancc qu'il avoit des choses; lequel Sansac, outre les lettres qu'il apportoit audit siear mar({uis, en avoit de particulières avecqucs créance au seigneur de Montpesat et autres capitaines, par lesquelles expressément le Roy les prioit qu'ils essayassent plus que le possible à tenir Tune desdittes places seulement quinze jours, et qu'en ce faisant ils luy léroient un service inestimable. Parquoy ils conclurent entre eux et le déclarèrent audit seigneur marquis de s'en mettre au hazard et de servir chacun de pionnier. Ledit marquis leur demanda en la(|uelle des deux villes ils se voudroient plustost bazarder, ou s*ils

i. Revello, à une quinzaine de kil. à l'ouest de Saluées.

2. Voir la lettre de François I** au sieur de Ilumières, 14 juin 1536 (Bibl. nat., lus. fr. .3008, fol. 50}.

3. Louis Prévost, sieur de Sansac, écuyer d'écurie, plus tard grand Tauconnier de France. Voir ci-dessus, p. 73, n. 1.

71 MÉMOIRES DB GUILLAUME DU BELLAT. (Jain 1536

eitoicDt d'advis de les tenir toutes deux, et sur la response qu'ils firent qu*à luy esioit (ayant desja ouy leurs opinions) de conduire laquelle ils ticndroient, mais que les deux ils y veoient alors peu d'apparence, veu le peu d'ordre que Ton y avoit mis et que mieux valoit en bien garder une que de se mettre au danger que l'une fist perdre l'autre : c Et je vueil (dit il adoncques) les garder toutes deux, et pour ce que vous, monsieur de la Roche, tenez ceste cy pour la plus foible, je vueil y demourer en personne. » Et sur ce ledit sieur de la Roche, en se montrant et offrant soy mesme : c Voicy (dit il) un aussi homme de bien qui de bon cueur y demourera quand et vous et pour vous y obeyr, ainsi que la raison veult. >

Les autres capitaines ne peurent bien estre de oest accord; et nonobstant qu'ils se couvrissent d'autre excuse, disant qu'il n'estoit raisonnable qu'un lieutenant gênerai du Roy se laissas! assiéger en la première place et plus prochaine du danger, à cause que ce seroit donner cueur aux ennemis de la forcer, en intention que luy pris l'entreprise seroit vaincue, et aux assiégez oster toute espérance du secours qu'ils pourroient à un besoing espérer du lieutenant gênerai du Hoy, |)ar- (|uoy il leur sembloit beaucoup meilleur et plus à propos que, laissant à Fossan telle force qu'il jugeroit estre suflisante, luy avecques le surplus de son armée se retiras! à Cony pour le tenir tant (|u'il pourroit ; et cependant qu'ils entendroient à remparer et fortifier la ville, il fist de son costé diligence de leur faire amener vins et farines, dont à Cony et aux environs y avoit graode abondance et audit Fossan bien peu, et metmemfnt de farines et de moulins |M>int, et aussi peu de quoy en

Jotn 1536) SIXltMl LIVKE. 77

faire; si n'estoit ce toutesfois la principale intentioti qui les roouvoit à l'en dissuader, mais ils craignoicnt c|ue, deinourant audit Fossan, il baillast et la place et eux ensemble es mains de Tennemy, car le souspeçon tousjours croiwoit sur luy et leur venoit de plusieurs lieux advertissement qu'il a voit traitté avccc]ues l'Empereur; ils n'en escient neantinoins eiicores faire sembbnt avant quesçavoir l'intention du Roy. Pour ce soir, il arresta (quelque chose qu'on luy eust remonstrée) de demourer audit Fossan et y retenir avec luy le seigneur de la Roche du Maine et autres jusques au parfaict de deux OMIS liommes d'armes et trois mille hommes de pcod, le surplus envoyer dedans Gony. Ainsi se départit le conseil et, au lendemain malin, avant soleil levé, ledit sieur marquis Hsl rappeler les capitaines pour ad viser et conclurre ce que seroit à faire.

Assemblez qu'ils furent, le sieur de Montpesat luy demanda sur quelle chose ils avoienl à délibérer et si te soir précédant ils avoient pas prise leur conclusion ; à quoy il respondit en s'addressant au seigneur de la Roche que les paroles du soir (à l'aventure) ne ressembleroient point à celles du matin ; et sur ce que ledit teigoeur de la Roche luy replicqua que les siennes quftiit à luy estoient telles au matin qu'au soir, il luy dist que non pas les siennes pour ceste fois. Car il vouloit que les seigneurs de Montpesat, de Villebon et ledit de la Roche avecques leurs compagnies et le seigneur de Ut Roque * avecques celle du grand escuyer, et

1. Hugues d« la Rocqne, fils de Nicolas de la Rocque et de Jeanne de Ricard-Genouitlac, lieutenant i la compagnie de Galiot- Jacques de Ricard de Gourdon-Genouillac, grand écujrer de France.

78 MÉMOIRES DE CUILLAUMC DU BELLAY. [Joio 1&36

les capitaines Angiure* et Sainct Aubin avecques leurs bandes, cliacunc de mille honnnies de pied, champenois et normans ; Wartiz avecques la sienne de cinq cens gascons, et Sainct Petre Corse avecques les italiens qu*il avoit en nombre de trois à quatre cens demeurassent audit Fossan; et que luy après disner s'en iroit à Gony avecques le surplus de la trouppe et leur rcnvoiroit le chevalier d'Ambres avec sa bande, qui estoit de mille gascons, lesquels serviroient de faire escorte aux vivres, artillerie, boullets et munitions qu'il promettoit leur envoyer. Et sur ceste conclusion, disna, puis s'en partit, laissant à Fossan les capitaines et gens de guerre dessusdits, et pour capitaine gênerai et lieutenant du Roy, pour commander à tous, ledit sieur de Montpesat, chevalier de Tordre.

Après le partement dudit sieur marquis, vindrent nouvelles, combien que non certaines, au sieur de Montpesat et autres capitaines estans à Fossan, comment ledit marquis, auparavant ceste conclusion prise (c'est à sçavoir alors qu'il tenoit propos de s'enfermer quand et eux en laditte ville de Fossan), avoit mandé ceste sienne delil>eration au seigneur Antoine de Levé, l'admonnestant qu'il y vint hastivement et sans se travailler d'y amener grosse artillerie, car il luy l>ailleroil ensemble la ville et les hommes entre mains; aussi que, depuis son partement pour aller à Cîony, il avoit renvoyé vers ledit Antoine de Levé luy donner advis de ceste mutation et le faire haster de venir avant que la ville fust en delfense, parce qu*un cba> cun mettoit la main à Peuvrc, autant capitaines que

1. François d'Anglure, vicomte d'éloges, capitaine de la porte (1532-1540), capitaine des légionnaires de Champagiie.

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soldats, et pouiroicnt en bien peu de temps mettre la ville en delTeuse ; mais qu'en se Imstant de venir, il n\ Irouveroit aucune resistenœ ei que, se présentant devant Tune des portes, ceux de dedans s*eo iroient par l'autre. Ce qui plu» feit adjouster de foy à oest advertissemcnt, fut que te man^uis ne leur lenoit promesse de leur envoyer les vins, farines, artillerie, boullets et munitions qu'il leur avoit promis. Et à oeste cause le sieur de Montpesat, accompagné du sieur de Sansac, du sieur de Casteipers*, son lieutenant, et de vingt cbevaux, se délibéra d'aller vers luy jusques à Cony, sçsvoir à quoy tenoit qu'il n'en avoit nouvelles ^ Si trouva ledit sieur marquis faisant fort t'empescbé à mettre ordre au partemenl desdiltes munitions et avoit desja faict tirer une longue coulevriue et trois canons, et faisoil charger les boullets et poudres et des farines environ de douze cens sacs, avecques bonne quantité de vins et en présence dudit sieur de Montpesat feit acheminer rariillcrie, luy promeltant qu'avant la nuict le tout seroit rendu audit Fossan.

Le sieur de Montpesat, se confiant en la parole dudit marquis accompagnée de l'apparence qu'il voyoil de l'exécution, et aussi pourcc qu'il ne vouloit cstrc longuement absent de sa charge, s'en retourna plein d'espérance à Fossan, le chevalier d'Ambres et sa bande de mille hommes de pied gascons avecques luy ; mais après luy arrivèrent seulement un canon et une longue

1. Rajmomi de Casteipers, barot/ de Planât, vicomte de Peyrebrune, on des cent gentilshommes de l'hôtel.

2. Voir les lettres de Montpesat et da marquis de Salaces «i sieur de Humières, Cooi, 7 jnin (Bibl. nat., Clairambault 335, fol. 105 et 106).

80 MiMOIMS DE GUILLAinil DU BKLLAY. (Juin 1536

couievrioe, doq caques de pouiUre el quelques boukls, mais peu, et d'autre calibre que n'estoient les pièces. Tout le surplus de vins, artillerie et munitions fut par ledit marquis envoyé à sa maison de Ravel et luy dès la nuict ensuivant s*y retira. Ce fut fait le jeudy septiesme jour dejuing* ; et le mardy ensuivant, environ les deux heures après midy, arriva Tavantgarde du seigneur Antoine de Levé, lequel au mandement dudit marquis estoit party de devant Turin dès le vendredy précèdent, y laissant pour continuer le siège le nombre de dix mille hommes, soubs la charge de Scalinghe', gouverneur d'Ast ; et ce jour vint coucher à Cannagnolle. Et le mesme jour fut depesché par le seigneur d*Annebault messire Jean de Cambray^, son lieutenant, pour sçavoir des nouvelles du Roy et luy en faire sçavoir de celles de Piémont.

Et en ce temps mourut monseigneur Jean, duc d*Albanie\ chevalier de l'ordre du Roy, capitaine de cent hommes d'armes et gouverneur de BourlMHinois, Auvergne, Forest et Beaujolois. Son gouvernement fut donné à messire Jean de Bretaigne, duc d'Estampes^,

1. En 1536, le 7 juin tombait un mercredi; le mardi soiTanl est le 13 juin.

2. Giacomo Folgore di Piossasco, »ieur de Scalenghe, colo« nel impérial et gouYemeur d'Asti. Dans la lettre citée ci-deasus, Montpezat dit qu'Antoine de Leyva avait quitté Tarin le 0 juin, y laissant de 12 i 13,000 hommes.

3. Jean de Chambray, sieur de Poussaj, panetier du roi (1540). Il était auprès du roi dès le 14 juin. François I" au sieur de Humièret, 14 juin, 1536 (Bibl. nat.. ma. fr. 3006, fol. 50).

4. Le duc d'Albany mourut le 2 juin 1536 à Mireflear», arr. de Clermont-Fcrrand (Puy-de-DAme).

5. Jean de Brosse, dit de Bretagne, conte d« PeatUèvre, doc d'Étampes, mari d'Anne de Pisseleu, la mal tresse de PraaçoU 1*'.

JoiB IftSS] SIXritMB LIVKI. M

et sa compagnie partie en deux, la moitié fut donnée à monriftir de GiaLannes, baron de Curtoo*, et Tautre mMé à monsieur de la Fayette*. Aussi mourut meaiire Louis d^Orleans', duc de Loogueville et comte de Dunois, aussi chevalier de Tordre et capitaine de cinquante lances, la compagnie duquel fut baillée à messire Louis d'Orléans, son frère, marquis de Rothelin^

SUge devant Fo$san. ^ L'avantgarde du seigneur Antoine de Levé repoulsa le guet de ceux de Fossan à son arrivée et faillit à prendre ceux qui estoient au couvent de Saincl François hors la ville, faisans abbattre le clocher de Teglise et autres édifices dudit couvent qui pouvoient nuire à la deffense de la ville; et là se dressa une grosse escarmouche entre ladite avantgarde et ceux de dedans qui sortirent au secours et pour retirer leurs pionniers, dont y en avoit desja eu aucuns de morts et blecez. A ceste saillie moururent des Impériaux beaucoup et non seulement de coups de main et d'arquebutte, mais aussi de Tartillerie de dedans qui feit grandement son devoir à favoriser noz gens. La nuict survenant sépara ceste escarmouche et arriva le seigneur Antoine de Levé avecques toute m force qui se vint loger à la portée d'une arquebuse près la ville, audit couvent de Sainct François, qui

1. Joachim de Chabannes, baron de Carton. Voir Catalogue des actes, t. lli, n«852i.

2. Louis Biotier de la FajreUe, fils aîné d'Antoine Motier et de Marguerite de Rourille.

3. Louis n d'Orlëans-Longueville mourut le 9 juin 1536. Voir Cmtalogtie des actes, t. III, n* 8519.

4. François (et non Louis) d'Oriéans, marquis de Rothelin; il était lieutenant à la compagnie de son frère.

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8S MhfOIKBS Dl GUILLAUn DU BELLAY. (Juin 1536

pour la briefveté du temps et pour avoir peu de pionniers n'a voit esté parachevé d'abattre.

Enormité de la trahison du marquis de Salusses, — 1^ sieur d'Ëschenais qui, après la conclusion prise de garder Fossan, a voit repris la poste, estoit cependant arrivé devers le Roy' et luy avoit rendu compte de ce qu'il avoit veu et entendu, et mesmement du département du martjuis et du souspeçon que l'on avoit sur luy ; chose qui ne pouvoit entrer en l'entendement de ceux qui l'oyoient dire. Car, ayant esté ledit marquis iiourry dès enfance avecques le Roy, ayant eu de luy bon estât pour s'entretenir, cependant que le marquis Michel Antoine, son frère, avoit vescu, ayant esté faict par luy chevalier de son ordre, son marquisat ayant esté par arrest adjugé au Roy (comme il a esté recité cy devant) à cause de la feloimie et rébellion commise par le marquis Jean Louis, aisné de la niaison après le décès du marquis Michel^, et en ayant le Roy faict don et baillé investiture audit marquis François, luy ayant davantage donné freschement^ de la cooqueste faicte sur le duc de Savoye jusques au nombre de quarante six villes, estaos la fleur du Piémont et montans plus en revenu que ne faisoit son marquisat; au surplus, luy ayant tant faict d'honneur et monstre decootiance, que de l'avoir faict son lieutenant gênerai et

1. Il éuit auprès du roi le 17 juio. FrançoU l*' au sieur de liuraières, Crémieu, 17 juin 1536 (Bibl. nat., ms. (r. 3008, fol. 58).

2. Le marquis Jean-Louis avait été arrêté dès le mois de juillet 1529 et enfermé k la Bastille. L'arrêt auquel Guillaume du ilellay fait allusion était reproduit dans une partie perdue ou peut-être non rédigée des Ogdoades. Martin du Bellaj n'a pas dit un mot de la « rébellion > du marquis Jean-Louis en 1529.

3. Par les lettres datées de Montbrison, 1" mai 1(86. Voir Caiaiogue de$ acte$, t. VI, n* 21051.

Join 1536) SHIÉia LtVlff. t3

luy bailler sa force entre mains ^ Le OM insolite et nouveau et duquel il ne se trouve aucun exempte en toutes histoires du temps passé rendoit la diose à un chacun non que ditficite, mais impossible à croire, et certainement il ne Ait encore jamais veu, ouy ne lett, qu*an ctief d'armée feict une faulte si orde et infâme, que d'attirer et mettre (en tant (|u'à luy en a esté) dedans le cueur et es entrailles du royaume de son prince bien mentant de luy, en un cours de fortune assez prospère et alors que moins on s'en donnoit de garde, une •rmée eoiieaiie autant puissante, exercitée et bien en ordre, qo*tl en ayt point esté veu de la mémoire des hommes. Je vueil que Vitellius ait esté abandonné par Cednna', prenant le party contraire de celuy qui Tavoit honoré et avancé; mais ce fut après que les affaires dudit Vitellius furent du tout en desespoir, et pour se renger à la fortune qui à Tun des conteodans adjugeoit par son assistence la chose par eux deux ambitieusement prétendue; Stillico-', Narsès^ ayent commis pareille faulte, mais ce fut pour grande et juste occasion d'indignation et pour se venger de la non méritée ingratitude. Cestuy cy sans cause d'indignation ■ trahy son prince naturel, en cours de fortune assez prospère, et sur le poinct que sondit prince usoit envers luy de meilleur en meilleur traittement et de plus grand en plus grand avancement en biens, hon-

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