‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 3 sur 94 · La Sesia · texte numérisé non relu

La Sesia

2. Pistoia, en Toscane, sur la Sessa, affluent (rive droite] de l'Amo.

If MÉMOIRES DE GUILLAl'ME OU BELLAY. [Mal tStS

eust repassé les monts et le duc de Savoye fust entièrement réintégré. Surquoy, replicant ledit seigneur de Yeily que nostre Sainct Père avoit bien dit à Tevesque de Mascon et à luy que S. M. feroit ceste responoe, mais à la (in se contenteroit que seulement les offenses supersedassent d'une part et d'autre, âquoy le Roy non seulement avoit obtempéré, mais, qui estoit grande approbation de sa bonne volonté, avoit desja mandé que son armée des garnisons en hors se retirast en France, et que Ton donnast congé aux gens des seigneurs Cagnin et comte Guy de Rangon, et à monseigneur l'Amiral de se trouver avecques monseigneur le cardinal de Lorraine, si par ledit seigneur cardinal il luy estoit mandé, TEmpcreur ce nonohslant persista en ses demandes sans aucune chose modérer, sinon qu'il s'en conseilleroit et puis donneroit response. Geste response il bailla par escrit au troisiesme jour, mais si confuse qu'il estoit assez apparant que, de propos délibéré, il l'avoit baillée telle pour ne dire chose qu'il n'eust moyen, au cas qu'il luy en vint advantage, de la desguiser. Et ce pendant il ne perdoit temps, heure ne moment à faire diligcnter ses forces ; et ja dès le VIII* du mois^ le seigneur Antoine de Levé estoit venu contre sa promesse campaier au deçà de la Seise, entre Turin, Verceil et S. Germain avec son nombre de chevaux accoustumé, unze mille lansquenets, sept mille Italiens et deux mille Espagnols, sans ceux de Sicile et sans la trouppe qu'amenoit l'Empereur avec soy . Harangue du cardinal de Lorraine au pape Paul tiers, — Monseigneur le cardinal de Lorraine estoit ce

i. De mai. Le 10 mai, les Impériaux étaient à CbiTasao et le 12 à Settimo, à une douxaine de kil. au nord-est de Tarin.

Avril 1536] SIXltMI LIVRI. 43

temps pendant arrivé à Kome' où il trouva qu'il ne se parioil plus que de la guerre, et que desja publiquement se vantoieut les Impériaux que l'Empereur la vouloit faire au Roy, non seulement au pals de Piemont et pour la restitution du duc de Savuye, mais en un mesme temps au cueur et aux frontières de son royaume, par tant de lieux et endroits que le Roy ne sœust auquel entendre. Si envoya demander son audience à nostre S. Père, et au jour et heure qu'elle luy tut signifiée, proposa sa chaîne en ceste manière, c Si onoques (très Sainct Père) vous fustes eu doubte jMiquel il tient ou de l'Empereur ou du Roy, qu'entre eux et soubs vostre autborité ils ne sont venuz à quelque bonne et seure intelligence et amitié et si par ce que vous mesme en avez veu et entendu à la venue dudit seigneur Empereur en ce lieu vous n'avez du tout esté mis hors d'iceluy doute, je suis seur et certain que vous en serez entièrement hors, après avoir entendu ce que m'avoit ledict seigneur Roy ordonné luy proposer et offrir en vostre présence et par vostre conseil, et que le rencontrant sur le chemin des postes, au lieu de Siene, je luy ay offert et mis en avant. Je ne perdray temps à vous reciter les allées et venues, off'res, acceptations, simulations et dissimulations entretenues de l'un à l'autre depuis cinq ans en ça, sur les moyens de confirmation de paix, estroites alliances et fraternelle amitié, car vous en devez estre assez et plus qu'informé, voire fsi raffection que vous avez à l'union de la

1 . Le cardinal de Lorraine arriva à Rome le 29 avril, et dès le lendemain il eut une longue entrevae avec le Pape. Voir la lettre de Bragadin, ambassadeur de Venise, 1*' mai 1536. {CaUndar of State Papersy Venetian, V, n» 98; cf. C. Capasso, La poUiica di Papa Paolo III e l'Ilalia^ t. I, p. 180.)

H MÉMOniIS DE GUILLAUm DU «KLLAY. (AvriUmai 1536

chrestienté ne vous supportoit) attedié^ Je viendray doDcques au but et à la dernière conclusion que le Roy à mon portement tenoit pour indubitable : c'estoit que l'Ëropereur (ainsy que vous, très Sainct Père, avez sceu) acoordoit bailler à monsieur le duc d'Orléans, second fils du Roy, Testât et duché de Milan, mais Tusufruict que le Roy en vouloit retenir, il ne luy vouloit aucunement accorder ; encores vouloit que le Roy ce pendant cessast toute hostilité contre le duc de Savoye, jusques à ce qu'il fust cogneu et jugé du différent d'entre eux. Là dessus, très Sainct Père, fut faicte ma depesche par le Roy. Passant en son camp, premièrement j'ay faict désister son lieutenant gênerai de l'entreprise qu'il avoit, et ja estant apparemment sur le poinct d'emporter d'assault la ville de Verceil. Secondement, et après avoir parlé au seigneur Antoine de Levé, capitaine gênerai de la ligue d'Italie, j'ay faict retirer ledict lieutenant gênerai du Roy jusques par delà la Doaire, et mettre ses gens es garnisons, cessant efiectuellement tout acte d'hostilité. Ce faict, je suis venu visiter ledit seigneur Empereur, et de par le Roy luy ay quicté l'instance auparavant faicte de ont usufruict, offert de mettre en justice le différent d'entre luy et le duc de Savoye, présenté toutes les forces et puissances dudit seigneur au service non seulement de la Chrestienté, mais au particulier et propre de l'Empereur et de sa maison, en réservant seulement les alliez dudict seigneur Roy, qu'il ne pouvoit sans reproche et charge de son honneur aban-

Page 1