Importuné
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donner. Tant s en a fallu que, luy portant ceste ambassade, je Taye trouvé en la mesme délibération, que tout au contraire il a du conunencement différé de confesser (combien qu'à la fin il l'ait advoué) d'avoir jamais accordé tout ce que dessus ; mais en conclusion m*a decbré, au moins assez donné entendre qu'il ne le feroit ; et à ce que je puis comprendre, et le bruit commun est parmy ceux qui sont à la suitte, il s'en va droict faire la guerre au Roy. Si est ce, très Sairict Père, que bien considérant comment sont passez entre ces deux princes les affaires des précédentes guerres, chacun d'eux ou en sa propre fortune, ou en celle de Tautre, ou en toutes deux, trouvera par quoy estre induict à se devoir renger à party raisonnable, et que par vicissitude et alternation des heureux succès et malheureux evenemens, ils ont tous deux de quoy cognoistre et juger combien chacun se doibt asseurer ou désespérer de fortune.
c Soit ainsi que l'Empereur et plus souvent et plus inspereement l'ayt esprouvée amie et favorable, si trouvera il qu'en toutes ses victoires les affaires du vainqueur ont esté la plus part du temps en aussi grand danger et branle que ceux du vaincu. Messire Rol)ert de la Marche (duquel sourdit le commencement de toutes ces guerres) avoit à l'encontre de l'Empereur usé de quelque manière d'invasion, ledit seigneur print sur luy la plus grande partie de toutes ses places ; et comme si le Roy eust donné cause à ceste invasion, le vint assaillir en son royaume, print Moson, assiégea Mesieres, fut depuis repoulsé par le Roy, perdit quelques siennes places de nom, et feit une retraitte
te lUtlIOlRIS DE GUUXAUMB DU BELLAY. (Avril-mai 1&S6
de ouici assez approchante de fuitte, se retirant en Espagne, où il trouva que Fontarabie, Tune des clefs et principaux boulevers de son royaume d'Espagne, avoit esté prise par les gens du Roy. Fortune d'autre costé le récompensa : les siens prindrent Tournay ; il fist révolter le duché de Milan contre le Roy, lequel y envoya nouvelle armée, qui prospéra du commencement, il la fin fut défaite à la Bico(|ue. Le Roy dressa une autre armée qui tellement cxploicta, qu'à peine avoit l'Empereur une place tenant pour luy en Lombardie. De rechef la mutation de fortune fut soubdaine : Tarmée du Roy fut rompue ; celle de l'Empereur osa passer en Provence, trouva la ville d'Âix, capitale du pals, et assez d'autres abandonnées, assiega et grandement travailla Marseille, puis, à la nouvelle de l'arrivée du Roy marchant contre eux, se retira en dcsarroy . Le Roy de cette empraincte repassa deçà les monts par autre et plus court chemin, réduisit presque toute la Lombardie à son obéissance. L'armée de l'Empereur un peu après se renforça ; celle du Roy se consomma et fut vaincue; luy prisonnier conduit en Espagne, en sortit par composition assez rigoureuse. Sur le refus que peu après feit TEmpercur à la ligue de toute Italie, France et Angleterre de modérer les conditions desraisonnables, il fut bien près de perdre non seulement la Lombardie, mais tout le royaumes de Naples; fortune le releva : recouvra ce qu'il avoit perdu, eut le pape Clément son prisonnier. Pour la délivrance de Sa Sainteté, le Roy dressa une armée, qui pour un temps fut victorieuse, tant en Liombardie et en la rivière de Gennes qu'au royaume de Naples, Jusques à ce que sur le poinct de la très grande ruine dudil
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aeigoeur Empereur et après qu'il eut perdu plusieurs armées de mer entièrement defTaictes par celle du Roy, ses principaux chefs prisonniers eurent moyen de corrompre ceux de Tarmée du Roy et de tourner sa victoire en descontiture. Soudainement il repara ses forces, et d'arrivée toute Italie trembla devant elles; à b fin en advint aussi malheureuse issue.
< Voilà jusques alors (très Sainct Père) la véritable histoire abbregée, et que Vostre Saincteté ne peult ignorer, de toutes les guerres d'entre ces deux princes : en laquelle je ne voy point que l'Empereur ait eu si ferme et si constante félicité, ne que les forces de France en soient si afioiblies, que sur ceste espérance il doive, estant bien conseillé, mettre de rechef à la discrétion de fortune ses victoires du temps passé, au hazard de perdre aussitost en un jour ce qu'en tant d'années il peult dire avoir acquis de réputation et gloire, comme de les augmenter et accroistre, jusques à la consommation et comble d'honneur. Vray est que sur sa félicité, tenant le dessus à l'endroict du Roy, pacification est entre venue entre eux : laquelle à ceste cause fut à telle condition, que ledit seigneur Empereur a peu se glorifier d'avoir plustost donné qu'accepté la paix. Cestuy m'a tousjours semblé le principal avantage qu'il y ayt eu, s'il ne l'eust donnée avec certains trop rigoureux articles et tels qu'il a eu juste occasion et remors de crainte que messieurs les enfans du Roy se ressentissent un jour de leur ancien patrimoine, qui par ce traitté de paix leur a esté tollu. Les praticques et moyens d'osier toute racine de regret et de tenir ces princes en bonne intelligence et amitié, par lesquels moyens nous sommes m 2,
fg intMOIRIS DE OUILLAUME DU BELLAY. (ATliUmai 4536
entrez sur cesie matière, estoient desja si avant que plusieurs gens les tenoientpour conclues, espérant que ledit seigneur Empereur, qui souloit dire que la défiance et seule craiiicte qu'il avott du Roy le divertissoient de plusieurs haultes entreprises, apparemment d'heureuse et facile yssue, seroit par ceste reconciliation (ainsi qu'en elTect il eust faict) non seulement délivré de ceste craincte, mais asseuré qu'estant desja une partie de la Ghrestienté à sa dévotion, et le surplus à celle du Roy, il auroit le tout à la sienne, au moyen de Tayde et association des forces et alliances dudit seigneur Roy et pourroit faire, aveoques ceste accession de forces, un tel et si grand accroissement à la Republique chrestienne, que nul autre depuis Charles le grand n'en auroit faict de pareille. Quel malheur, et quelle mutation, très Sainct Père, peult estre cecy ? Ne quel avantage au bien et augmentation de la fortune et gloire de l'Empereur y peuvent espérer ou comprendre ceux qui le détournent de ceste sienne à luy utile, honorable et seure intention ? J'ay bien voulu dire (très Sainct Père) qu'on l'en destourne ; car Dieu ne vueille qu'en cœur de prince, de telle et si suprême excellence, se trouvast si vile et infâme simulation, que d'avoir scientement voulu au contraire de son intention user des propos qu'il a tenus.
« Si le prouffît de l'Empereur les mené, quel proufnt a il d'un duché qui tant luy a cousté à conquérir, et à garder luy coustera d'avantage? Et tiendra ces deux si puissantes et invincibles maisons, qui doivent estre le port et refuge de naufrage de toute la Ghrestienté perpétuellement en division et despense, ostant à l'une et à l'autre occasioD et moyen d'entendre à plus grandes
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et honorablet choses? Or mettons en une balance toute la conqueste qu*a faicte rEmpercur, en Tautre le contrcpoix que fortune cependant luy a envoyé. Premièrement que durans ces affaires il n*a peu satisfaire au devoir de fraternité envers le roy Christieme de Dauneniarch\ son beau frère» lequel a perdu à faulle de ce son royaume et sa liberté. Secondement qu'aussi peu a il eu moyen de secourir le roy Loys de Hongrie*, son autre b^u frère, qui contre le TurCf eooemy commun de nostre foy, a perdu son royaume et sa vie, avecques telle playe que chacun sçait en redonder à la Chrestienté. Je ne dy pas que Testât de Milan ne soit bel et gros, mais il ne sçauroit approcher d'estimation aux dessusdits dommages, à l'effusioo de tant de sang chrestien qui, pour ceste querelle, a esté respandu, à la perte de tant de bons et vertueux capitaines et de tant de puissantes armées perdues, et par mer et par terre, lesquelles si nous eussions employées en plus saincte et recommandabic guerre, nostre sauveur Jésus Christ fust à présent cogneu par toutes les plus estranges et barbares contrées du monde. Quant au Roy, très Sainct Père, qui en a esté spolié, divine et humaine raison Tescusent de ce qu'il en a faict jusques icy; et si plus avant il en faisoit, encores que son traitté Taccusast, par lequel il luy est prohibé, si luy serviroient les mesmes raisons de
1. Christian II, roi de Danemark, avait épousé Elisabeth d'Autriche. Outsé du trône en 1523 à cause de ses cruautés, — on l'a samommé le Néron du Nord, — il essaya, en 1533, de reconquérir s<m rojaume. Battu et emprisonné, il mourut en
2. Louis 11, roi de Hongrie, avait épousé Marie d'Autriche. On a vu qu'il avait péri i la bataille de Mohacz (1526).
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quelque excuse, pour le devoir auquel il est tenu envers ses enfans, envers son royaume, envers son peuple, de partager sesdits enfans, en sorte que leur patrimoine ne diminue, et que leur contentement et satisfaction tiennent sesdits royaume et peuple en paix, repos et union. Si aussi l'honneur et gloire dudit seigneur Empereur le mené, quelle gloire peult il avoir plus grande, qu'après avoir obtenu glorieuse victoire, en user encorcs plus glorieusement et magnifiquement, acquérant avecques le tiltre de la libéralité le moyen de parvenir à plus justes et honorables conquestes, dont ne luy peult matière faillir et aussi peu Texecution à Tayde mesme du Roy et de ses confederez? Et s'ils s'arrestent sur la seureté, laquelle à ce que j'entens ils ne peuvent trouver suffisante pour bien affermer Tintelligcnce, foy et amitié entre deux princes si freschement reconciliez après si grande inimitié, je dy au contraire, très Sainct Père, que tout ainsi que si jamais n'eussent eu division et que l'un ne l'autre jamais n'eust eu adversité, l'amitié se fust peu concilier plus facilement entre eux, ainsi plus facilement se fust elle peu dissoudre, car contractant ensemble de per à per et sans que l'un eust quelque avantage sur l'autre, l'obligation de ceste amitié seroit esgale ; là où maintenant le Roy demoureroit tenu de la libérale gratuité dont luy auroit l'Empereur usé, avec l'obligation à la recognoissance du bienfaict; sinon qu'il voulust estre du tout estimé ingrat et indigne de toute amitié, suppoK et faveur de Dieu et des hommes. Je dy d'avantage qu'estant le Roy de oueur tel qu'il est et que longue et privée hantise m*a laict oogQoistre en luy entièrement, ce bienfaid qu'il
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auroit receu seroit celuy qui produiroit le réciproque bienfaict, avecques la recc^oissance que je disois ; et par ainsi seroit oeste mutuelle amitié confermée par les deux plus estroits et seurs liens qui oncques depuis le monde créé soient usitez en tels affaires, c*e8t à sçavoir du commun et réciproque prouffît en resultant à Tune et à l'autre partie, et de la foy qui est de telle nature, (|ue nul homme sçauroit mieux obliger à soy la foy d'autruy qu'en ayant foy et fiance en luy. c Jusques icy, très Sainct Père, j*ay parlé en partie conome envoyé vers Vostre Saincteté de par ledit seigneur Roy, en partie comme prince chrestien, affectionné singulièrement au bien et repos commun de la Chrestienié, suivant les anciens vestiges de mes progeniteurs; encores de sa part vous asseureray je que son intention est et sera (Dieu vueille qu'aussi heureuse que bonne) de céder une partie de ses droicts, plustost que, s'arrestant opiniastrement à obtenir tout ce qui luy appartient, estre contrainct de venir aux armes avecques l'Empereur. 4u cas loutesfois que force luy soit d'y venir, il le fera (je parle à ceste heure, très Sainct Père, comme l'un des frères et membres du corps du Sainct Siège apostolique) de sorte que je crains beaucoup que nous donnions au commun héréditaire ennemy de nostre foy un trop joyeux spectacle de ceste guerre, et que des corps des chreslieos qui en icelle mourront (qui devroient estre un obstacle et avant mur au devant de luy) nous luy dressions un pont et passage pour nous venir assaillir en noz fouyers. Dieu tout puissant y vueille remédier, et vous, très Sainct Père, qui sçavez assez comment il en va, et quelle est la puissance et par
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terre et par mer de nostredit commun ennemy, vous y employer de sorte que vous en laissiez en ce monde la gloire immortelle de vostre nom, et en l'autre vous entriez en triomphe, menant captifs et vaincuz par vostre intégrité, prudence et sollicitude, la haine, rancune, division, guerre, cruauté avecqucs toutes les autres pestilentes malheuretez qui aujourd'huy travaillent ceste republique chrestienne, dont Dieu, par son éternelle providence, vous a donné la charge. A vous touche, très Sainct Père, et d'autant plus vous touche d'y travailler (Vostre Saincteté veult bien que je parle librement) que j'ay desja ouy quelque murmure (telle est aujourd'huy la malignité du monde) que l'Empereur apportant icy bonne disposition et volonté à la paix, à son partement ne Ta telle remportée. »
Ces remonstrances ouyes, nostre Sainct Père monstra, tant en paroles qu'à son visage, avoir un merveilleux regret que les choses ne se fussent autrement conduites ; et monslrant en soy mesnie lu Hn et conclusion d'ioelles remonstrances, advoua franchement audit seigneur cardinal avoir desja esté adverty des propot qui s'en tenoient en la ville de Rome. Là dessus il Bt un assez long narré du bon office qu'il avoit faict en ceste matière, de l'obstination en laquelle il avoit trouvé l'Empereur, et de l'asseurance en laquelle il estoii party de trouver au Roy peu de resistence, et du bon ordre qu'il disoit avoir mis en ce que ledit seigneur Roy ne tirast des lans(|uenels outre ce qu'il en avoit et des Bow^ee eooores moins; et tellement s'en estoit ledit Sainct Perc laissé persuader, que peu s'en falloit qu'il fXï voulust conseiller au Roy de prendre à perte ou à
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gain apoinctement à Tappetit et volonté de TEmpereur. A ta fin toutesfois il se résolut d'envoyer deux légats vers ces deux princes : Pun, qui fut le cardinal de Garpi« vers l'Empereur* et le cardinal de Trcvoulx ▼ert le Roy» avec charges toutesfois que tous deux iroient de compagnie, jusques à ce qu'ils arrivassent la part où se trouveroit l'Empereur, afin que parlans eux deux ensemble à S. M., l'autre passast outre vers le Roy, d*autant plus résolu de ce qu'il auroit à luy proposer et de ce que l'Empereur luy pourroit promettre. A tant ledit seigneur cardinal de Lorraine, prenant congé de nostre Sainct Père, alla passer à Venise.
Parachevant son chemin, il vint trouver l'Empereur au lieu de Petresancte ^ : auquel après avoir faict une recharge, tant en son propre et particulier nom, comme de la part et commission de nostre Sainct Père, pour le convertir et induire à la conclusion de ses précédentes promesses, voyant finablement que remonstrances n'y a voient lieu, il print congé de luy en paroles de telle ou semblable substance.
Paroles du cardinal de Lorraine à V Empereur. — € Je voy et cognoy, Empereur très auguste, par le chemin que vous tenez, et par tous voz préparatifs et propos, que, quant à vous, le Roy, vostre frère, n'a plus occasion de fonder son espérance en autre party
i. Ce n'est pas Rodolfo Pio, cardinal de Carpi, que le Pape envoya i Charles-Quint, mais Marino Caracciolo. Désignés au consistoire du 9 juin, Caracciolo et Trivulzio quittèrent Rome le 17; ils étaient à Plaisance le 23, et le 25 ils atteignaient l'Empereur à Savigliano. Voir les Papiers d'État du cardinal GruHveUe, t. Il, p. 460-470, et C. Capasso, op. cit., t. I, p. 200-202.