Fréjni, cant. de l'arr. de Draguignan (Var
JoUi. I&S61 siPTiÈici u\n. m
moins nous n'ayons bien loisir de fortifier la ville d*Aix, capitale de œate province, ou bien de la couvrir de oestre camp (ainsi qu'il a desja esté advisé) avant que TEmpereur y puisse jamais arriver; et en la deffeiidant lu j empescberons le passage et luy osteroos te moyen de venir outre en avant. Et ne fault je que ceux ausquels plaisent tant les dissimulations, craignent aucunement qu'en ce faisant nous puissions tomber en nécessité du combat, ne de jouer le gros jeu, si bon ne nous semble, ains au contraire, nous pourrons journellement, faisans des ambuscades par les deslours et circuits d'entre les crouppes et vallées des Alpes, leur donner tant d'alarmes, ennuis et dommages, que l'occasion se offriroit d'oser et d'entreprendre quelque dbose davantage comme certainement elle s'y offrira. El veult la raison de la guerre et la nécessité de noz affaires le requiert, que nous osions et entreprenions en telle assiette ce que d'icy et de pleine campagne nous ne devons user ne faire. Car l'Empereur a en effect une armée autant ou plus puissante et de nombre et de vaillance de gens de guerre que nulle autre armée qui ait esté dressée de nostre temps ; mais bien est vray qu'ils sont encores espars et non unis, embarrassez et travaillez du voyage, sans expérience ne oognoissance des passages et destroicts des Alpes; là où si nous leur donnons le temps sans aucune contrariété de gaigner pals jusques en la plaine, ils se réduiront en un camp où ils se logeront au large et à commodité, se referont du travail, reprendront force et courage et apprendront les cbemins par bien s'en enquérir et par expérience. Et si bien nous attendons renfort de gens et de France et de Suisse et d'Allemagne, si est ce que l'Empereur tn It
16t MÉMOIRES Dl GUlLLAina DU BELLAY. (Juill. t&M
a de ce faire encore» plus grande comnuxiité que noua. Joinct <|ue toute la force que nous avons au Piémont ne peult estre telle qu'elle puisse aucunement empesdier qu'avant le bout du mois celle que TEmpereur y a laissée pour y poursuivre le surplus et reste de sa pleine victoire ne puisse icy arriver et se joindre aux forces que desja il a ensemble par deçà, et faudra lora qu'aux deux qui sont tous expérimentez et vieils sol* dats nous envoyons et leur présentions en barbe noz gens nouveaux et levez en la haste pour les combattre.
c D'avantage Tennemy attend de jour à autre b venue du seigneur André Dorie, lequel venu nous donnera nouvel alarme delà le Rhosne, au pals de L.anguedoc, auquel il peult descendre et mettre ses gens en terre à son plaisir. Et au cas qu'il n'y descendis! assez puissant pour y pouvoir faire un gros effort, il aura les Espagnes à son doz, dont tous les jours il luy pourra venir renfort de gens et de chevaux. Lesquelles choses estans une fois ainsi conduites à l'intention de l'ennemy (ainsy que facilement il les y pourra conduire par nostre temporisement et dilation), nous ne voyons point qu'il puisse choisir nesouhaitter, ne qu'il luy puisse advenir chose plus à son propos et avantage, que si nous ayant ainsi enfermez entre deux armées, ayant d'un coslé le Languedoc et les Espagnes ouveKea et à son commandement, de l'autre Italie et Sicile, el de toutes parts commodité de faire venir par mer et vivres et autres choses nécessaires à supporter une longue guerre, nous voulons continuer au mesroe temporisement etdilation ; d'autant que desdittes Espagnes, Italie, Sicile, Germanie et de ce qu'il tient en la Bel-
Juin. 15M] StPTltm UVll. 163
gique, il recouvrera tousjours deniers à suffUanoe, qui sonl les nerfs et la principale force requise à faire la guerre. Et au contraire il n'est possible que oostre royaume (paravant truvaillé des guerres passées et maintenant de nouvelle guerre au pals de Picardie, outre celle que nous avons icy en Provence) puisse suffire à fournir argent au Roy pour entretenir en une longue guerre si grand nombre de gens qu'il en aura, mais qu'il ait adjousté à ce qu'il en a le supplément et renfort qui luy est requis et nécessaire. Or est que tout ainsi que sans soldats la guerre ne se peult faire, eux ne te peuvent aucunement nourrir ne retenir ensemble •sot grande somme et abondance de deniers, desquels s*U nous advient une fois d'avoir faulte à nostre besoing, que nous aurons lors valu noz dilations? Si au moyen d'icelles aident nous fault (dont à présent nous avons paravanture telle quelle suffisance, mais par emprunt faict des personnes privées) que nous aura valu d'avoir faict ce grand amas de gens, si sans les employer ils se séparent par faulte de payement? Au demourant, il faict l>eaucoup à considérer que nostre armée consiste presque toute de François, Siûases et Allemans, qui sont nations plus patientes naturellement de hazard et de travail que de séjour et dilation; si promptement vous les mettez en euvre, elles osent, elles entreprennent, elles exécutent plus que force et nature humaine ne porte; si vous les retirez de ceste première chaleur, ils s'appesantissent, ils languissent et s'anneantissent du tout, et ne fault ja que nous soyons en peine d'en alléguer des vieils exemples et du temps passé.
< Naguère» et de fresche mémoire, si de l'ardeur
164 irtMOWM J» GUILLAUMI DU BUXAT. [Jaîll. f5M
et courage que nous marchioos droid à Verceil on nous eust laissé continuer et passer outre, il n'y a point de doubte que nous n'eussions emporté la ville et maintenant porterions les armes victorieuses en pals d'ennemy, non pas serions (comme nous sommes) cootraincts à soustenir la guerre en France et combattre pour la defTense de la patrie, de noz foiers et de noz églises. A ceste cause et afin que vous (monseigneur), qui estes nostre chef et lieutenant gênerai du Roy, ne soyez point en doute, que vous ne soyez accompagné de gens qui soient pour exécuter le hault et entreprenant vouloir qui est en vous, nous sommes d'advis que vous devez marcher et faire teste en lieu dont vous puissiez entendre de près toutes les allées, venues et entreprises de Tennemy, afin que, si paraventure il venoit à faire quelque fauite, ou (comme nagueres vous avez pareillement discouru) il luy adve- Doit par une trop grande confidence de ses forces, ou, par un trop grand mespris des nostres, de se tenir peu sur ses gardes, ou de mal asseurer et fortifier son camp, ainsi qu'il advient souvent à qui trop peu estime son ennemy, vous soyez prest à recueillir ceste occasion à poinct nommé, et user du bénéfice de fortune, avant qu'il coule et vous eschappe des mains. C'est une chose seurc que plusieurs fois en osant, en entreprenant, en mettant la main à l'œuvre, choses grandes et de poix ont esté exécutées, lesquelles tWH nonchallans et negligens avoient semblé o'estre foisables ny espéra blés. Encores osons nous dire d'avantage, que la difficulté qui leur est apparente, que vous ayez en si peu de temps assemblée suffi- •ote pour aller de vous mesmes assaillir voetre
Joill. 1536) SIPTltMI LIVRE. I6&
eniiemy, vous rendra rentreprisc d'autant plus facilei quand vous oserez et entreprendrez chose qu'il ne se puisse persuader que vous eussiez osé entreprendre ne penser. »
Geste fut l« remonstranoe de oesle partie, et Ja la pluspart de la compagnie se laissoit conduire à oeste opinion, pensans entre autres choses avoir donné un advis agréable et satisfaisant à rafTection et désir de leur chef et capitaine gênerai, duquel ils avoient ceste persuasion que, tant pour sa naturelle inclination à faire tousjours et entreprendre choses grandes et honorables et utiles à son prince et à son royaume, comme pour la fresche mémoire du dernier voyage de Piémont (duquel on avoit donné quelque blasme au chef et lieutenant gênerai du Roy, de ce qu'il n'avoit plus pertinacemeiit suivy sa fortune), il n'auroit chose en plus grande ne plus singulière recommendation, que d'accepter la première occasion et oporlunité qui se offriroit, de faire nouvelle preuve de sa vertu, et d'augmenter et accroistre l'honneur jà paravant acquis au faict des armes.
Conclusion de monsieur le grand maistre. — Et en effect ledit seigneur (ainsi que j'ay dit cy devant), afin de sçavoir mieux discerner les opinions libres d'avecques celles des assentateurs et blandisseurs» avoit (comme souvent est advenu de faire à plusieurs grands et vertueux capitaines) donné aux assistans de grandes couleurs et occasions de penser qu'il inclinast à ceste opinion ; et à son escient avoit laissé couller des paroles, comme si elles luy fussent eschappées sans y penser, par lesquelles ils avoient eu occasion de juger qu'il fust entièrement d'opinion contraire
m HÉHMUt M «DILLAUlfK DU BELLAY. [Jaill. IHI
qu*il n*e8toit. Doncques, après qu*il eust bien soigneusement considéré non seulenœnt les propos, mais aussi la contenance, regard et visage d*un chacun, monstrant par apparence et de propos délibéré de {lenser dessus ce qu'ils avoienl d'une part et d'autre nnis en avant, pour à chacun d'eux donner ce contentement que, nonobstant qu'ils eussent diverses opinions, chacun luy semblast toutesfois estre meu par bonne, apparente et bien fondée raison, il commença lors à conclurre, louant Dieu premièrement, comme de chose qui plus ne luy eust sceu venir à souhait, de ce qu'estans partis en deux diverses délibérations, l'une ne l'autre partie toutesfois n'avoit faulte de courage et bonne volonté, ains que les uns, plustost qu'en avoir faulte, sembloient en avoir plus que de besoing, et que plus avoienl mestier les uns d'estre un peu retenuz, que les autres d'estre par exhortation esguiU lonnez et incitez, c Je voy (dit il), évidemment, que le but des uns et des autres, c'est de vaincre l'ennemy comment que ce soit, et qu'à ceste guerre chacun veult employer ce qu'il peult et vault au bien et à la defiense de son prince et de la chose publique, tous ensemble tendez et accordez à ceste mesme fin, mais non pas à mesme raison et moyen d'y parvenir. Aux uns il semble mieux à propos de s'arrester icy et d'attendre l'ennemy en nostre fort ; aux autres semble meilleur de marcher outre et de nous aller campet plus avant en pais. De ce dernier ad vis je parlenij premièrement. Ceux qui sont en ceste opinion (à ce que j'ay recueilly de leur propos) craignent deux choses, et non sans cause : l'une que, nous feniMot icy et laissant tout le pals ouvert et au commande-
Jaill. 1536] SIPTltMl uvmi. 467
ment de Tennemy, depuis ce lieu jusquet à Teodroit où il c»t maintenant, nous mesmcs luy baillions plus grande et plu» facile commodité de grains, de foui^ raget et de tous vivres pour hommes et pourcbevauii qu*il ne Tauroit es destroits et difiicultez du passage des Alpes. La seconde chose qu'ils me semblent craindre, c'est que l'Empereur, interprétant nostre dilation et temporisement pour confession de nostre peur et craincte et deffiance de nostre force, en Bst courir le bruit encores plus grand et plus à son avantage, que ne seront les clioses en eiïect; et par ce moyen il destournast de l'amitié du Roy ceux qui eocores sont en bransle et en suspens entre l'un et Tautre party, estonnant ceux qui sont du nostre, aaseurant et confermant ceux qui tiennent le sien.
c Or, afin que nous oslions roccasion du premier doubte, je ne seroy jamais d*advis de nous arrester et fermer en ce lieu, sinon que premièrement on face (comme il a esté ordonné) de toute la campagne et de toutes les villes et bourgades champestres et non tenables, par où Pennemy aura de passer, diligemment retirer es villes et places fortes, tout ce qui se peust ou porter ou chasser avant ou y conduire en quelconque sorte. En ce faisant, vous trouverez que tant plus nous attirerons Tennemy en çà, c'est à dire que, tant plus nous Teslongnerons de la mer, tant plus aura il de faulte et diffioilté de vivres et tant plus luy en sera le port cousteux et malaisé. Quant au second point, je ne doubte pas que Tennemy ne s'ayde en ce qu'il pourra de cest artifice. Si est ce qu'il n'en peult advenir chose qui tant nous soit à craindre, comme il seroit de marcher et campaier si avant que nous
(68 MÉMOIRES 01 GUILLAUMI DU BELLAY. fJuitl. (536
apportassions (ainsi qu*il est advenu souvent) oportunité à Tennemy de nous assaillir à son avantage et à nous force et nécessité de combat re à son choix et non au nostre, et de mettre au hazard et à discretioo de fortune le salut de la patrie, qui en grande partie consiste et dépend de Tevenement et issue de ceste guerre. Tant y a que toute guerre qui advient entre les humains, pour quelque cause et occasion que ce soit, faut qu'elle soit ou nécessaire ou voluntaire; consequcmment il faut diverse raison et considération à entreprendre Tune et à soustenir l'autre. Car, tout ainsi qu*à celuy qui l'entreprent hors de son païs, il touche et appartient d'avoir, avant qu'entreprendre, son armée avecques tout son équipage en ordre, et de première arrivée, assaillant son enriemy, estendre au long et au large la réputation et crainte de ses forces, ainsi (mais au contraire) touche et appartient à nous, qui la soustonons en nostrc pals, user de longueurs et dissimulations, et en frustrant l'intention et impétuosité de Tennemy, laisser avecques le temps refroidir son ardeur et anéantir sa puissance. Car en ce faisant, et à un l>esoing luy monstrant aucunefois d'avoir crainte et peur de luy plus grande que nous ne l'avons en effect, ou nous luy engendrerons une telle contîance de sa force et si téméraire contemnement de la Dostre, que nous le pourrions attirer à nous venir assaillir en nostre fort et à nous combattre en lieu qui luy soit desavantageux, ou bien luy pourrions tant donner d'ennuy et tant le faire amuser et consommer que nous luy ferions rabaisser son haut courage, dimiiiuer son espérance et à la fin rompre et deffaire son armée d'elle mcsines.
Juill. I&M] SBPntMl LIVRB. fil
Bê^^omê ctfx raisons de ceux qui voulaient combatte. — c Et quant à ce que vous mettez ni avant « que rEmpereur a une des plus lielles et puissaoces années de nombre de j^ns et d'expérience de guerre qu'il est potsible de souliaitter, mais jusques à ores esparse et acpaféc tes uns des autres, emt>arrassée pamiy les montaignes. travaillée du long chemin, assez mat equippée de vivres, jusques icy endroict suis je bien de vostre advis et opinion ; mais en ce que vous dittei que, leur donnant du temps, ils se rassembleront^ qu'ils se viendront Ic^er plus commodément et au large, qu'ils se referont du travail, qu'ils reprendront force et courage, je tien au contraire que, si nous faisons bien et diligemment nostre devoir à leur empescher et rompre les vivres et les fourrages, le temps leur doublera toutes les incommodité?, qu'ils ont maintenant. Et quant ores il sembleroit bon à l'Empereur (ainsi que vous monstrez en avoir doute) de faire venir joindre et unir à ses forces présentes celles qu'il a laissées au pals de Piémont, et qu'il n'auroit (ce qu'il a) occasion de craindre qu'on luy fist venir au dos et par derrière une autre nouvelle puissance de par delà, je dy toutesfois que, quant plus il amassera icy de gens ensemble, tant plustost (si contre son esperaooe nous voulons mener ceste guerre à la longue) viendra son camp à la faim et à faute et nécessité de vivres. Je vueil qu'il en trouve pour quelques jours en ceste Provence, et que nous n'y puissions si soudainement faire le guast ainsi qu'il appartient; si est ce qu'après avoir consumé le peu qu'il en trouvera, il ne faut point qu'il fonde son espérance en ce qu'il luy en pourra venir des pals qu'il a laissez
470 irtMOIRES DE GUILLAVMS DU BELLAY. [Jollt. f596
derrière son dos ; car vous sçavez que tout ce qui, eo Pautomne passé, fut mis en grenier et tout ce qui 6*en est recueilly ceste année a esté entièrement consumé, pillé et mis à perdition, tant par ses gens de guerre que par les nostres, qui ont trouvé le pais ouvert et abandonné; et si quelque peu s'en est sauvé, croyez que ce ne peult estre ne pour durer longtemps, oe pour une si grosse armée. Et quand autrement en seroit (ce que non) si ne luy sera il jamais possible de tant recouvrer de bestes qu'il luy en faudroil à Tap* porter et conduire de si loing. Mais, pour à tant retourner aux gens de guerre qu'il a laissez audict Piemont, je puis bien vous asseurer certainement que vous ne devez craindre, ne luy espérer aucun renfort de ce costé là ; car, à ce que j'en ay entendu jusques icy, nos gens n'y sont point encores si estroiteroent assiégez qu'ils ne facenl bien souvent des saillies contre l'ennemy et que la pluspart du temps ils oe se retirent victorieux et chargez de butin.
c Et d'avantage, nous n'attendons que l'heure que les seigneurs comte Guy de Rangon et Cagnin de Gonzague se viendront joindre à nosdittes gens, avecques nouvelle armée non moins puissante de nombre, d'expérience et de courage tjue celle que l'Empereur y tient à présent. Car il ne faut (messieurs) que vous pensiez que l'Empereur ait encores aujourd'huy les mesmes gens de guerre qui luy ont tant gaingné de victoires; ce sont ceux dont il a le moins : les uns sont morts es guerres de Lombardie, autres es guerres de Naples, autres en celles de Hongrie, plusieurs aussi par les chaleurs et intempérie de Tautumne en Afrique, plusieurs sont periz en la mer,
JuiU. «SSeï SEPTttMB UVWÊ. ITI
plusieurs se sont retirez en leurs maisons, avecquct le gaiog et butin qu'ils avoyent faicts à la guerre. Les betidea qu'il a maintenant, croyez qu'elles sont remplies et refaicies de gens nouvellement levez et qui o'ont gueres plus que les oostres expérimenté les dangers, afiaires et difficultés de la guerre. Et quant à oe que vous alléguez du seigneur André Dorie, je ne voT point que TEmpereur puisse asseoir en luy aucune certaine espérance en chose de tel moment et importance qu'est ceste guerre, car vous sçavez combien sont incertains et mal asseurez les desseings qui sont fondez au faict de la mer, et n'a (K>int André Dorie commandement sur elle, parquoy aucun puisse promettre (|u'il arrive au jour nommé; et s'il advient qu'il n'y arrive à temps, je puis vous asseurer que l'Empereur et tout son camp en peu de jours seront et à la faim et à faute d'argent. Or vueil je à prient poser le cas qu'André Dorie ait le vent et navigage à souhaict, qu'il vienne à jour et poinct nommé, si ne me direz vous point que ses galleres soient si grandes, ne qu'elles puissent plus porter de gens que les nostres, tant que pour ce vous devez craindre qu'il puisse descbarger en Languedoc, outre le Rhosne, si grosse puissance et nombre de gens qu'il soit pour s^ulement combatre les garnisons que j'ay mises au pais. Aussi peu ou moins devez vous craindre que les Espaigoes soyent si fertiles et si productives de gens qu'elles ayent moyen, quand il seroit en Languedoc, de luy envoyer le supplément et renfort de gens qui Uij seroit oeoessaire, dégarnissant cependant leur pals, qui a mestier d'estre tenu en seureté pour obvier aux entreprises que pourroient faire ceux du
m MÉMOIRES DK GUILLAUMB DU BELLAY. (Joill. 1536
royaume de Grenade nouvellement conquis et qai moult envis et à grund regret ont al>aissé le col sous le joug. Quel stecours donc({ue8 pensez vous (le tout bien considéré) que puisse apportera l'Empereur œste tant désirée venue d'André Dorie? Sinon de vivres et du payement de son armée pour quelques mois, ou paravaiiture seulement pour quelques jours? Et quoy qu'il apporte, si ne sera ce chose dont on ne trouve le bout. Et alors je ne sçay, et aussi peu le pourriez vous comprendre que moy, où c'est qu'il en recouvrera d'autre, pour satisfaire à tant d'armées qu'en uo mesme temps il entretient en si loingtains et divers lieux ; car nous pouvons bien entendre qu'il fault oeoessairement que ses finances soyent amoindries, outre les fraiz des guerres passées, par la despense qu'il luy a convenu faire en ce dernier voyage d'Afrique ; encores que nous voulussions penser qu'en ses isles nouvellement trouvées et pour lesquelles il se plaist et baigne tant en gloire, il y eust des sources et fontaines d'or non terrissables.
c Et quant à ce que vous alléguez de la nature et condition des nations dont nostre armée consiste, je vous dy, et vous le sçavez, que sa principale force (s'il veult venir au combat à la main) gist aussi bien que la nostre en gens de langue tudesque. Parquoy estans nez et nourris en mesme terre et sous un mesme ciel et climat, je ne penseray point qu'ils en ayent apporté diverse complexion que celle des Dostres, ne (fu'ils soyent mieux pour endurer ne faim, ne soif, ne froid, ne chauld, ne que sans argent on les puisse mieux tenir en obéissance, ne qu'ils soient moins pour s'ennuyer et anéantir à la longue, ne pour moins rabatre
JotU. I&M] SIPTIÈMB UVU. 173
et dimiouer de cesle naturelle promptitude et haiv dioiir de oœur. Ënooren oseray je dire d'avantage (et sera pour venir tomber à propo»de l'autre opinion mise en avant) que tous ces dangers et inconveniens que nous craingDoos, nostre ennemy a beaucoup plus cause de Im craindre que nous n'avons; car en usant nous autres, à propos et ainsi qu'il appartient, de ruses et dissimulations en ceste guerre, il descberra betnooup, non seulement de leur ardeur et impetuoi site, mais aussi de leur equippage et appareil de guerre et y en aura plusieurs, quand ils la verront tirer à la longue notamment plus qu'ils n'esperoient, qui auront souvenance et regret de leurs maisons. Et quand ils verront tous les chemins assiégez de noz gras, en sorte qu'ils ne puissent aller loing au fourrage, ou sans extrême danger d'y recevoir honte et perte, ou sans y mener si grosse trouppe qu'elle soit suffisante à consumer ce qu'ils trouveront, ce leur sera force et contrainte de se saouler et appaiser leur faim de figues, raisins et autres fruits qu'ils trouveront autour du camp. Et de ce vous leur verrez bientost advenir qu'ayant à souffrir ensemble outre la mut»i« tion du ciel et de la terre qu'ils trouvent icy contraires à leur naturel, et outre les chaleurs de l'automne et l'air mal sain en ce pais à qui n'y est acooustumé, de ceste autre soudaine mutation de viandes dont ils se rempliront sans en tirer grande substance, ils tomberont en maladies et successivement en pestilence. Nous, au contraire, si nous séjour^ nons et nous fermons icy, aurons par le séjour alKHH dance et superfluilé, non que provision et suffisance de toutes les choses dont le mesme séjour leur don-
174 MÉMOIRES OC OUILLAUMB OU BELLAY. [Jnill. «536
nera faute, car tous les jours nous adjousterons pre» mierement à la fortification de nostre camp, il nous viendra comme une nouvelle armée et de ceste cy rieo ne diminuera, parlant les forces et oonsequemmeol le coeur nous accroistront.
< Et, pour commencer à Tun des poincts, nous avons icy facilité de nous fortifier autant qu'il est possible, et si avons du temps assez pour ce faire, là où si nous marchons en avant, autant de jours que nous marcherons, et autant de jours que Tennemy aura moins à cheminer pour nous venir trouver en campagne, nous defTaudront et se diminueront du temps qui, en nous fermant icy, nous serviroit à nous y for^ tifier. Pour le second, je voy que tant plus nous irons en avant, tant plus nous sera la conduicte des vivres malaisée et de coustange; et au contraire, en nous arrestant au long de ceste grosse rivière du Bhosne, nous aurons tousjours et les vivres du pals et ceux aussi des loingtaines parties et contrées de France. De sorte que je puis conclure que non seulement il y a plus de danger en trop nous avançant que d*ennuy et d'inconvénient à temporiser; mais, qui plus est, que nostre victoire consiste plustost à nous gouverner meurement que hardiement ne vaillamment ; car nous avons à nostre doz (chose qui bien faict à peser) tout le païs seur et à nostre bandon, et un Roy qui a très bien sceu et encores sçaura pourveoir qu'il ne nous advienne d'ailleurs occasion de crainte inopinée. Il me souvient (|ue vous avez faict quelque doute, à cause de la guerre (|ue d'autre part nous avons eo Picardie, mais vous pouvez asseurement oster ceste fantasie hors de voslre teste; car quand ainsi seroit,
Jaill. t&M] SEPTltlIE LIVM. 17&
que iVnnemy couniiil H i^uhlaiii le plat pats, que fera il contre tant de villea et places lurtcH qui sont eo ioelle frontière et qui sont remparées de closture et fortiHées de gens et munitions pour y attendre quelconques enoemis? Et quand ores il plairott au Roy d*y baarder une bataille, vous avei les gens du pals si aguerris et si affectionnez au prince, les Allemagnes voisines, que je vous asseure estre de bonne volonté vers le Roy, et le dierain si ouvert à faire descendre et Allemaos et Suisses, que je ne voy point de cause pour laquelle (s'il sembloit bon au Roy) il ne le peust et deust faire, et mesmement ayant tant de places fortes, qu'une bataille gaignée ne peust conquérir le pals à Tennemy. Mais il vault mieux, puisque Ton peult avoir victoire sans coup ferir et en temporisant et délayant, le dedaire de luy mesme, puisque nousavons (quand tout est dit) le moyen de délayer tant qu'il nous plaira, sans que nous en tombions (ce que vous me semblez craindre) en aucune nécessité ne faulte de payement. Car il fault, messieurs, que vous sçachiez que la commune de France n'a point envoyé moins offrir au Roy pour employer en ceste guerre et à la deffence du royaume, que tout le pouvoir et le bien d'un chacun en gênerai et en particulier.
c Mais que diriez vous en cest endroit si je vous mettoy en avant que le Roy jusques icy n'a point encores mis la main à sa particulière espargne, qu'il a spécialement r^ervée et reserve pour un dernier e^ extrême besoing? Ce que je vous en dy toutesfois, ce n'est pas pourtant que je blasme voslre jugement ne considération des chines alléguées, ne que je condamne vostre opinion, ainçois seroy je du mesme
176 MtlIOIRBS DE GUILLAUME DU BELLAY. (JaUl. 153G
odvis si je pensoy que d'une bataille il ne nous peusl advenir autre inconvénient que d'une desconfiture. Mais quand je considère qu'à la conduitte de cest€ guerre il fault avoir esgard à tout le royaume, duquel en la force et vertu de ceste armée et en l'issue de ceste entreprise gist le salut commun en grande partie, je pense alors que, de toutes noz consultations et délibérations, le principal poincl gist à bien estimer et peser le commencement, l'ordre, l'issue, le danger et le prouffît. Sur ce, voyant que du commencement et de l'ordre dépend l'issue, et de l'issue le danger et le prouffît, trouvant après que le prouffit ne contrepoise point au danger, d'autant que ceste armée rompue, il n'est rien que l'ennemy n'ose et n'est rien que nous devions oser entreprendre, et que nous apportans la victoire, l'ennemy ne pert rien du sien, à nous ne vient aucun accroissement, je conclu en efTect, qu'en une guerre de telle conséquence il ne fault rien mettre à la discrétion de fortune, ne fonder son espérance sur les faultes que pourroit faire l'ennemy ; ains que le meilleur commencement, le meilleur ordre, la meilleure espérance de victoire, que nous puissions avoir ne tenir, c'est de pourvoir et faire que nous ne soyons point vaincuz. Je sçay très bien que fortune autrefois a donné tel heur et telle et si bonne issue des dioses quasi non préméditées que l'homme n'en eust osé tant souhaitter si on l'eust mis en liberté de choisir luy mesme ce qu'il vouidroit avoir; mais, d'autre part, il est aussi advenu plus d'une fois que, pour n'avoir faict jugement et distinction du temps, de l'occasion, de Tesperancc, du danger, de Tissue, tel etl descheu de son attente, qui esloit non seulement
ialll. 1&S6] SIFnÈiai UVM. 177
es^, ains supérieur de force à soo enneroy. Pour faire fin, je ne voy celle de voi deux opinions qui ne soit fortifiée de bonnes et apparentes raisons, mais l'une gist au hazard et peult y survenir quelque danger, Tautre me semble seure et certaine en tout événement. Il est bien vray que pour tes mesmes raisons que vous avez sceu très bien déduire, je desiroy fort, si c*estoit chose possible, que nous n'abandonnassions la ville d'Aix ; mais il me souvient qu'au temps de la descente de Bourbon, il fut jugé qu'elle ne se pouvoit fortifier ne rendre defiensable, sinon par grande longueur de temps; et qu'à ceste cause elle fut abandonnée par advis de plusieurs bons et sages capitaines et bien expérimentez et oognoissans des assiette et advenues du pais. Pour toutesfois ne rien conclurre légèrement, au préjudice d'une notable ville et capitale de tout le pais, je suis d'advis que demain, de bon matin, nous montions à cheval, avecques une moyenne trouppe de gens choisis, et que sur le lieu nous en délibérions et jugions à l'œil; et là s'il nous semble qu'elle se puisse assez à temps fortifier, nous mettrons promptement et sans y perdre temps, force manouvriers à l'oeuvre ; si, au contraire, il nous semble qu'il ne se doive faire, nous la ferons vuider, abattre les portaux et tout ce qui serviroit (en l'y laissant) à l'ennemy et la luy abandonnerons ouverte, vuide et inutile. »
ProvmoM donnée* par monseigneur le grand maistre en Provence. — • A ceste conclusion s'accordèrent unanimenoent tous les capitaines et autres appeliez au conseil. Au lendemain, le sire de Montmorency, partant dès la poincte du jour, ainsi qu'il avoit esté délibéré, s*en vint à Aix et, passant outre, visita l'assiette du ui 12
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camp, dont il a esté parlé, laquelle, pour les raisons ja devant dittes, il trouva estre fort mal à propos. Puis vint recognoistre la ville tout à Pentour, laquelle en somme il trouva que des deux costez elle se pouvoit facilement fortifier, des autres deux mabisement, à cause de certaines collines qui regardoient de près au dedans de la ville et pouvoient servir de chevalier à Tennemy pour y planter son artillerie et de là faire sa batterie. Parquoy la plus grande partie des assistans qui furent appeliez à en délibérer sur le lieu et à veue d'oeil furent d'advis de l'abandonner, par ce qu'ils jugèrent la fortification d'icelle requérir l'œuvre et besongne de plusieurs mois non que de jours. Aucuns y en eut toutesfois qui non seulement furent d'advis qu'elle se deust et peust fortifier, mais volontairement s'offrirent a la tenir et deffendre. Le plus apparent entre ceux de ceste opinion fut le sire de Montejean, homme hardy et entreprenant, lequel fist grande instance et poursuitte qu'on luy en voulust donner la charge. Le sire de Montmorency, louant son cueur et bonne volonté, encores qu'il fust bien d'advis, qu'il esperoit plus que luy n'autre ne pourroit facilement exécuter, luy accorda toutesfois qu'il y denuMirast et considerast plus à loisir et plus diligemment la charge qu'il offroit à entreprendre, car pesant bien meurement ce qu'il devroit oser et ce qu'il oseroit espérer, cependant que luy ferait un voyage à Marceille et que luy, son rapport ouy, ordonnerait et conclurait au retour ce qu'il voudroit qui en fust faict.
Cela arresté, il print le chemin de Marceille et, arrivé qu'il y fut, visita la ville, et par dedans et par dehors, considéra et loua les fortifications que le sire
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de BarbeiieiiJi y «voit faiolet, et b ditigence dont y a voit esté usé, y oust enooret gens de renfort, sçavoir eti les compagnies de gens d'armes qui nagueret eatoieol retournées de Poaaan et les bandes italiennes du seigneur Chrestofle Guasco. A tous les chefs et capitaines ordonna quelles charges chacun entreprendroit en son endroit, les asseurant, de par le Roy, que ledit seigneur auroil en temps et lieu bonne souve> oanoe du bon service qu'ils luy faisoient, et luy s*ot> (rant à eux d'estre à ceste fin leur médiateur et intercesseur envers Sa Majesté. Ayant pourveu au faict de la ville, il alla visiter Parmée de mer, et entendant en quel equippage elle estoit de toutes choses à oe requises, ûst faire reveue des compagnons de guerre et gens de camp qui estoient sus et prendre garde aux forçats s'ils estoient bien entretenus et le nombre complet ainsi qu*il appartient. En toute iadicte armée, il fist élection de treze galères, les mieux en ordre et mieux fournies de gens, de vivres, harnois, artillerie, munitions et autre equippage. Entre les capitaines d*icelles, il ordonna celuy auquel ils auroient à obéir, qui fut le baron de Sainct Blaiicart^ et ce qu'au demourant ils avoient à faire et quand et à quelle occasion et opportunité. Aux autres, il commanda de se tenir au port, pour la seureté d'ioeluy et pour la tuition et deffense de la ville. En laditte ville de Bfarceille demourerent à son partement ledit sieur de Barbezieux, lieutenant du Roy, avecques sa compagnie de cinquante hommes d'armes; les seigneurs de Montpesat, de Villebon, de la Roche du Maine,
1. Bertrand d'Omeun, b«ron de Saint-BIancard, TÏce-aœiral da LcTant, marqais des Ue»>d'Or (juillet 1531).
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aveoques leurs compagnies chacune de cinquante bommes d'armes; le sieur de ik>utieres, avecques celle de monseigneur le duc d*Orleans, aussi de doquantc hommes d'armes, dont il estoit lieutenant, et le sieur de la Rocque, avecques celles du grand escuyer, laquelle estoit de cent; messire Antoine de Rochechouard \ sieur de Chandenier, avecques mille hommes de pied de la légion de Languedoc, de laquelle il estoit chef et capitaine gênerai, et avecques lesdits mille hommes avoit la porte en garde; messire Jacques d'Amboise, sieur d'Aulbijou', et le sieur de Fontrailles' et le baron d'Ëscuisson* et ledit Chrestofle Guasco, avecques autant, et les capitaines Wartiz, navarrois, et Sainct Petre Corse, avecques chacun six cens.
Le sire de Montmorency, en pourvoyant à ce que dessus et à toutes autres choses qui luy semblèrent
1. Antoine de Rocbechoaart, sieur de Saint- Amand, né en 1490, mort en 1545, sénéchal de Touloase. Le titre de iienr de Champdeniers est ordinairement porté p^r François de Rochechouart. Voir le général de Rochechouart, Hûtoirt de la maison de Rochechouart, 1859, t. I, p. 219-227. Valbelle [Jourmat, fol. 203 y") l'appelle « home de ben et valent home,... et fou aquel que tenguet las clauz de la ville pendant l'affayre >.
2. Jacques d'Amboise, baron d'Aubijouz. Il mourut à Marseille le 14 septembre suivant. (Valbelle, Journal, fol. 201 ▼*.)
3. Jacques d'Astarac, sieur de Fontrailles. Sa bande quitta Marseille le 24 septembre. (Valbelle, Journal, fol. 203.)
4. Il s'agit probablement de Jean de Louet, baron de Calviaaoa, Saint-Auban, etc. Né en 1496, mort en septembre 1565. Il était à la tète d'une bande de 1,000 hommes de pied du Languedoc, « tos aquebntiés, piquiés et aUbardiés ■. Pendant son •éjour à Marseille (de juin au 23 septembre), cette bande commit toutes sortes de déprédations et se rendit insupportable aax Marseillais. (ValbeUe, Joarmal, fol. 186, 193, 202 f.)
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estre nécessaires ou utiles au faict présent et à la garde de laditle ville, avoit toulesfoit son entende^ ment occupé aussi bien aux choses qui luy estoieut de plus lotng* et luy vint en délibération de faire fortifier la ville d'Arles ; et après avoir eu en son esprit discouru la commodité et incommodité, en voulut bien communiquer aveoques les capitaines qu'il avoit eo sa compagnie. Tous furent d'advis et opinion d'y faire (puisi]iie le temps le portoit) un voyage avant qu'en prendre certaine resolution. Et partansde Marœille en oeste délibération, passèrent premièrement à Aix, où ils a voient laissé le sire de Montejean, qui avoit faict abattre quelques églises et autres édifices hors la ville, qui empeschoient que Ton ne peust si véritablement juger quel dommage pouvoient faire les collines qui regardoient dedans, et en partie pouvoient servir de retraitte et de chevalier aux ennemis. Là fut mis de rechef en délibération si on devroit tenir ou abandonner la ville. Au sire de Montejean D*estoit point encores abbaissé le cueur et le désir qu'il avoit d'accroistre son honneur et gloire au faict des armes. Si se mist encores en avant et offrit de la tenir et garder en sorte que, tant qu'il fut en vie, jamais l'ennemy n'y mettroit le pied, moyennant qu'il eust autres cent hommes d'armes, outre les cent dont il avoit la charge, et gens de pied jusques à six mille, avecques l'artillerie et l'cquippagc y appartenant ; et n'oublia rien à mettre en avant de l'avantage que Ton pouvoit avoir de tenir laditte ville, sinon jusques à l'extrémité, à tout le moins pour quelque longtemps, y amusant l'ennemy tant qu'il se trouvast l'hyver sur le bras. Mais le sire de Montmorency
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cognoissant la difScullé fort approchante d'imposai» bilité de la açavoir bien fortifier, et quoy qu'il en fust, que ce n'estoit ouvrage de peu de jours, auaai que le temps pressoit, et que les pionniers n'estoient en main en si grand nombre qu'il en faudroit pour œst affaire, conclut et ordonna qu'elle seroit abandonnée. Car il pensoit en soy mesme, que tout ainsi que TEmpereur à la première ville qu'il assaudroit sans en venir au dessus et à son intention, amaltiroit et affoibliroit le cueur de ses gens et apporteroit un grand préjudice et desperation à Tattente et issue de son entreprise, nous en pareil cas rabbatrions beaucoup de noz desseings et espérances, diminuerions du cueur et la vertu de noz gens, et à noz ennemis l'accroistrions d'autant, si nous entreprenions de garder et nonobstant perdions une ville première et capitale de la Provence. A ceste cause, il luy sembloit bien que desaccoustumanl les ennemis de vaincre et les François d'estre vaincuz, il donneroit assez Ixmi commencement et auroit suffisantes arres pour b future et désirée victoire. Et pour ce commanda il expressément que l'on deslogeast et transportast hors de la ville toutes choses qui restans en icelle pourroient y soulager et secourir l'ennemy, et qu'au surplus on rasast les portaux et tout le peu de defiense qui pourroient y estre*.
Le capitaine Bonneval, en continuant de faire le deguast (ainsi qu'il a esté dict cy dessus), estoit ce pendant venu loger à Brignolles, pour y trouver ou attendre les dessusdits Myolans et Vassey et autres capitaines, ausquels il avoit assigné de s'y retirer
1 . Sur l'évacuation d'Aii, voir la Meygra EntrtpriM^ p. 30-36.
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iocontinant leurs commissions exécutées, afin d*adviser tous ensemble ce qu'ils auroient à ordonner et faire de là en avant. Et audit lieu il trouva le comte de Tende, grand seneschal et lieutenant du Roy en Froveooe, et avecques luy messire Gaude Gouflfier, sieur de Boisy*, chevalier de l'ordre et premier gentilhomme de la chambre du Roy, lesquels luy apportoient lettres du sire de Montmorency, lieutenant du Roy, conteoans en substance qu'il envoyoit les des- •otdits pour avecques luy entendre au service dudit •ei|pieur, et qu'ils donnassent ordre (s'il estoit possit>le) de surprendre quelques avantcoureurs de Tennemy, pour entendre de sa conduitte et desseing, et quel chemin il devroit tenir; mais que tous en ce faisant s'employassent à continuer le deguast encommencé, d'autant plus diligemment que l'Empereur aussi diligentoit sa descente. Car, à la vérité, il estoit deija arrivé au plain de Cannes^, et par espies a voient lesdits capitaines advertissemcnt que le lendemain devoît marcher en ça le seigneur Dom Ferrand de Goozague, menant l'avant garde avecques dix huict cens chevaux et six mille lansquenets. Estans ensemble les dessusdits au conseil, eurent nouvelles que les habitans de Luc^, petite ville sur le chemin de Fn'jus, faisoient resistence à ceux qui vouloient y faire le guast; parquoy ils y envoyèrent cinq cens hommes de pied de renfort et fut le guast exécuté. Le
1. Claude Confier, siear de Boisy, fils atné d'Artus Goaffier et d'Hélène de Haogest, gentilhomme de la chambre (1516), chevalier de l'ordre.