‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 31 sur 94 · Le Luc, cant. de Tarr. de Draguignan (Var · texte numérisé non relu

Le Luc, cant. de Tarr. de Draguignan (Var

t84 MtMOlRIS Dl GU1LLAUMB DU BILLAT. [Joill. 1536

sire de Vassey, lequel, venant de Frejus et passant audit Luc« avoit entendu que laditte avant garde devoit faire ce chemin, et que le maistre de camp alloit aucunefois trois ou quatre lieues devant toute Tarmée imperialle, s'oiïrit et demanda qu'il luy fust permis d'aller au devant, et le prendre s'il le trou voit à son avantage, pour avoir langue des ennemb, suivant le mandement dudit seigneur lieutenant gênerai du Roy. Mais la compagnie ne voulut y consentir, pour crainde d'inconvénient et pour cause du commandement exprès qu'ils avoient du Roy et dudit seigneur lieutenant gênerai, de se garder sur tout qu'ils ne donnassent curée à l'ennemy; car ils avoient soeu et roesmement ledit Bonne val, par seures espies qu'il tenoit au camp de l'Empereur, et qui tousjours iuy •voient rapporté vérité, que l'ennemy ordinairement quand il envoyoit quelque petite trouppe aux champs, envoyoit par autre chemin autre plus grosse force, pour soustenir les premiers. £t le mesme jour en avoit ledit Bonneval faict l'espreuve, car ayant délibéré d'envoyer gens pour rompre le logis d'octante chevaux qui s'estoient venus loger à un moulin enviroa deux lieues au deçà de Frejus, il eut nouvel adverttssement d'espie sur espie que la nuict s'estoient venuz embuscher au dessus de six cens chevaux à l'cntour dudit moulin. Et à ceste cause fut le lendemain arreaté que le jour mesme on iroit loger à Sainct Maximin, pour n'atendre de partir en alarme, au danger de quel(|ue desordre, et dès lors fut sonné bouttez selle, et le bagage acheminé devant, ce pendant que le guast se paracheveroit audit Brignolles.

Le seigneur de Vassey, après avoir failly à son

laill. f&9Sl tlPTIÈMI Lmii. in

congé d'aller veoir la contenance de Tennemy. s'en estoît allé en diligence devers le sire de Monlejean, ton capitaine, estant lors aveoques le sire de Montmorency, auquel il avoit compté d*un bout à autre tout ce qu'il avoit veu ou entendu depuis son parlement d'aveeqoes luy. Ledit sire de Montejean, qui ne te pouvoit assez contenter de ce qu'il ne s'offroit quelque oportunité de faire en ce commencement de guerre quelque recommandable service à son maistre et à la chose publicque, s'addressa incontinant au sire de Montmorency, et très instamment luy requist que, durant le voyage qu'il feroit en Ârte, son plaisir fust de luy permettre qu'il se retirast au lieu où estoit sa ooni))agnie, à ce qu'il se mist en son devoir de faire quelque service, trouvant oportunité et occasion avantageuse, et luy compta la façon de marcher que tenoit le maistre du camp impérial, quand il venoit recogooistre la pbce et assiette de ses logis, et jamais ne detista de sa requeste et instance jusques à ce que ledit seigneur luy consentist, combien qu'enuis et à regret, Tadmonnestant toutesfois qu'il se gardasl d'estre surpris en voulant surprendre, et retenu en son entreprise, usant plustost de sens et ruse que hardiesse; sur toutes clioses qu'il ne marchast point si avant, que le roesme jour il ne se peust retirer, sans trop baser ses chevaux, en lieu où il fust à seureté, de peur de mettre cliose quelconque en hazard, dont à l'entrée de oesie guerre il advint quelque malheur, qui apportast à l'opinion des hommes mauvais augure et préjudice de Tissue. Bientost après, craignant ledit seigneur lieutenant (ce que depuis advint) que ledit sire de Mootejeao, lequel il oogooissoit adventureux et

186 MÉMOIRES DE GUIIXAUMB DU BELLAY. [Août <&M

plus accoustumé aux hazards qu'aux dissimulaLioot^ ne retint bien l'advertissement qu'il hiy avoit donné, luy depescha un chevaucheur d*escuirie avec lettres de contremandement et coulourant sa mutation d'avis, sur ce qu'il luy escrivoit avoir en main une entre» prise, laquelle exécutant (ce qui estoit facile), ledit sire de Montejean pouvoit beaucoup plus acquérir d'honneur, et faire au Roy plus notable service qu'en exécutant sa première délibération. Mais la fortune voulut que le chevaucheur print autre chemin et acconsuivit ledit sire de Montejean plus tard qa*i n'oust esté besoinfç; car ledit de Montejean, incontinant qu'il eust obtenu son congé, estoit sans perdre temps monté à cheval, et rencontrant sur chemin le bagage qui marchoit vers S. Maximin (ainsi qu'il a esté dit cy dessus) Tavoit faict tourner en arrière dont il estoit party, tant que ledit bagage fut rencontré par ledit de fionneval, qui parachevoit le deguastà l'entour de Brignolles, lequel ne souffrit retourner ledit t)8gag«, ains le fîst remarcher en avant et suivre le chemin qui avoit esté ordonné par le conseil.

Le sire de Montejean en ces entrefaictes estoit det^ entré à Brignolles et descendu au logis des dessusdits comte de Tende et de Boisy, ausquels il avoit déclaré son intention d'aller veoir de près la contenance de l'ennemy et d'essayer à surprendre ce maistre de camp. Or, avoit il trouvé ledit sieur de Boisy non moins oonvoiteux (]ue luy de faire chose de mémoire et d'accroistre son bruit et réputation, parquoy fact» lemenl il luy accorda d'estre son compagnon en œste entreprise. Furent toutesfois d'avis d'en communiquer de rechef avec ledit Bonneval, par ce qu'il estoit

AoAi I5M] sEPntMB LivBi. iflnr

le plus aocten, ei cl*es8ayer à luy faire trouver l'entreprise bonne. Si le 6rent appeller et, entré qu*il fust en b chambre du comte de Tende avec eux, remirent en délibération, à sçavoir ce que seroit bon de faire pour le bien et service des presens affaires du Roy, disant le sire de Montejean qu*il estoit là envoyé par le lieutetenant gênerai dudit seigneur, pour estre avec eux, comme il estoit bien raisonnable, puis que sa compagnie y estoit, et qu'il a voit congé de donner quelque charge à Tennemy, là où il luy viendroit en main occasion et opportunité de ce faire, comme en effect il luy sembloit bien qu'alors elle s'y offroit, pour les raisons desja par cy devant deduittes. L^ capitaine Bonneval, ce nonobstant, persistoit en la délibération arrestéc par le conseil, alléguant que de ladilte entreprise, ores qu'elle fust bien exécutée, ne dependoit point tant d'avantage aux affaires du Roy, comme de desavantage d'une curée donnée (si mal en advenoit) aux ennemis, et que c'estoit Tune des principales considérations qui leur fussent encbargées et recommandées, tant par le Roy que par sondit lieutenant gênerai; parquoy son opinion estoit de l'ensuivre. A quoy replicqua le sire de Montejean que, certainement, il estoit raison d'ensuivre l'intention du Roy et de son lieutenant gênerai, mais qu'ils n'avoient point commandé, que si sur chemin il se trouvoit quelque chose de bon, on le laissast. Au capitaine Bonneval, encores qu'en son courage il ne blasmast point ceste promptitude et gaillardise de cueur audit sire de Montejean, ne la volonté qu'il avoit de rassembler encores aux ennemis, contre lesquels il avoit freschemeot faict bonne preuve en la guerre de Piémont, sembla

ttt MtMOmiS Dl GUILLAUMI DU BILLAT. [AoAt fS36

toutesfois que ce^te replicque luy toiicbast un peu, et ne peust se contenir de luy respondre, que desja il avoit veu et faict veoir la contenance de l'ennemy et que s'il eusl veu quelque chose de bon pour son honneur et pour le service du Roy^ il eust bien sceu le choisir et prendre, sans y attendre ne luy n'autre; mais que, pour conclusion, attendues les nouvelles qu'il avoit dudit ennemy, l'intention du maistre et Testât et conséquence de ses affaires, il persistoit en cest advis, de se retirer à S. Maximin, ainsi et pour les causes qu'il avoit esté ad visé au conseil. Et si bien ledit sire de Montejean estoit résolu d'exécuter son entreprise (ce que par son advis il ne feroit), si n'estoit il raisonnable que la trouppe qu'ils avoient là pour le Roy (laquelle ne pou voit estre en tout plus que de deux cens cinquante hommes d'armes et de trois mille hommes de pied) y demourast pour luy faire escorte, au hazard de luy arriver sur les bras toute l'avant garde de l'Empereur et au danger d'y perdre prou, soubs espérance de gaigner peu.

Ainsi fut conclu de desloger et sur le chemin continuer le deguast. Les bandes du païs marchèrent les premières, et sur la queue le capitaine Claude, gascon, pour achever de gaster ce que les autres auroient espai^né, par ce qu'il auroit moins de respect à ce faire que n'eussent eu les gens du païs, ausquels il faisoit mal de gaster les bleds et les maisons de leurs parens et voisins. Passant à Tourbes', environ mi chemin de Brignolles et de S. Maximin, le .«tire de Montejean y descendit, par ce qu'il y avoit xx liommes d'armes des siens logez, et avec luy descendit aussi

Page 1