Qrie, à 25 kil. enriron au nord de Turin
Août t&98] SIPTttMl UYM. M
qu'il a voit peu assembler eo tout le pais à Tenviron, et aYoit laÎMé trois cens homiiiet à la garde d*ioelles munitions ; lesquels estimans n'avoir grand mestier de guet« et que les François a voient assez où s'employer à le bien (aire eo leur ville sans faire aucune enlrepriae dehors, vivoieot audit lieu de Ciria comme s'ils n'euiicnt eu auains ennemis au pais. De ce fut le sire d'Amiebault adverty par ses espies, et y envoya le capitaine d'Essey avec environ de soixante à septante chevaux, et tes capitaines d'Aucby et de Cany avecques chacun cinq cens hommes de pied ; lesquels, partans le soir après le guet assis, arrivèrent sans estre descoavers au pied de la muraille, et, leurs eschel les dressées, furent montez dessus et eurent deffaict et repouisé les esoouties avant que ceux qui estoient couchez aux Kcts eussent loisir de se vestir, armer et rendre au lieu que se donnoit l'alarme. Ainsi prindrent ils la ville et mirent au fil de l'espée tous ceux esquels ils trouvèrent resistence. Et après avoir chargé de vivres et butin tous les chevaux et bestes portaris charge, et faict acheminer devant eux tout ce qu'ils y trouvèrent de bestial, se retirèrent sans rencontre dedans Turin. Peu de jours après furent aussi prises par ceux de laditte garnison de Turin les villes de Rivolles, Aveillanne* et S. Ambrois, combien qu'audit lieu d'Aveillanne y eust de garde au dessus de deux cens bons hommes de guerre.
L'heureux succès desdittes légères entreprises donna cu^ir à laditte garnison d'aspirer et oser entreprendre des choses plus grandes et vint en fantasie au sire
1 . ÀTigtiana, dans U Tallëe supérieure de U Doria Riptri», comme RîtoH et S. Amlm^o.
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296 MiMOnilS DE OUILLAUMB DU BELLAY. (Août 1536
d'Annebault d'essayer à surprendre Fossan; mais sur ces entrefaictes et sur le poinct qu'il ordooooit ceux qui dévoient conduire ceste entreprise, le seigneur Marc Antoine de Gusan eut nouvelles par ses espies, dont il advertit lesdits sires d'Annebault et de Burie, qu'à Savillan (où l'Empereur avoit laissé seiie pièces d'artillerie, que grosse que moyetine, les poudres, boulets, cordage et tout autre équipage à ce niestier appartenant, avecques une grosse provision de harnois, tant à la légère que pour hommes de pied) les gens qu'il y avoit laissez en garnison alloicnt fourrager et vivander sans craincte ne respect es villages des environs, et que facilement on les pourroit surprendre et se saisir de la ville et de tout ce qui estoit dedans. Audit Marc Antoine qui la demandoit, ils accordèrent commission de ce faire, avecques les deux mille hommes de pied dont il avoit charge, et luy baillèrent pour compagnon le capitaine Chambray, ieuteoant de la compagnie dudit sire d'Annebault, avecques le nombre de cinquante à soixante chevaux choisis en toute la compagnie. Acheminez qu'ils furent, ils eurent nouvelle qu'assez près du heu où ils estoient s'estoient présentement retirez en un chasteau aucuns coureurs des ennemis porlans et chassans devant eux un gros butin. Si tournèrent la teste celle part et prindrent le chasteau d'assault, encores qu'il fust vaillamment et pertinacement deffendu. Et y fut pris le seigneur de BenesteS de la maison Prou venue, et le haillif Prouvenne, son frère; lequel chasteau ils s'amusèrent à saocager, paraventure plus avarement que prudemment,
i. Gmato de Proraiu, sieur de Beinette; ion frère est uns doute Giacoroo de ProTtna, sieur de Leyni.
Aotti 15SS) SIPntifl LIVU. tif
car à Toptoioa de plusieurs Us se fusseot faid maistres de Savillao, si, sans s'arresler ailleurs, ils fanent tâa le droici ebemio. Mais ce pendant qu'il s'amusèrent au piUtge, les eonemis, qui eurent adveriissement de leur entreprise, eovoyerent en diligence ce qu'ils peurent MBÊÊÊtT de gens se mettre dedans Savillao, en attendant qu'eux avecques plus grande force y arrivassent. Lesdittes bandes qui premièrement y arrivèrent levèrent incontinant les ponts, barrèrent les portes, mirent les gens autour de la muraille et aux deffeœet par ce peu qu'il y avoit de flanc des arquebuses à croq, sacrets, passevotans et autres petites pièces, se preparans en diligence de soustenir un premier assault, en OM que l)esoing fust ; et ce faisoient tant plus asseurement et hardiment, parce qu'ils sçavoient que le secours leur arriveroit bien tost après.
Nosgeos, quand ils furent es faulxbourgset sceureiit que leur entreprise estoit descouverte et la ville pourveue de gens, feirent au moins esdits faulxbourgs tout le dommage qu'ils peurent aux ennemis, rompirent et debriserent à coups de haches et de marteaux deux gros canons qu'ils y trouvèrent, en sorte qatt sans les refondre on ne peust s'en servir à un besonig, partirent entre eux tous les harnois de la munition de l'Empereur, et au demeurant firent butin de tout ce que bon leur sembla. Les capitaines qui avoient mis des descouvreurs sur les champs eurent tantost advis que le capitaine Jacques de Scalenghe approchoit avec le nombre (à ce qu'il en avoient peu juger) environ de deux mille hommes, et bien autant de gens du pais amassez par les villages. Et pour ce ▼oyans que force leur estoit de venir au combat, se
{98 MÉMOIRES Dl GUILLAUME DU BELLAY. [AoAl 1536
délibérèrent faire de nécessité vertu, et en toute diligence rassemblèrent et mirent leurs gens aux champs bien rengez et serrez ensemble, ceux de cheval des deux costez sur les aisles, et sans attendre chargèrent incontinant les ennemis, lesquels ils trouvèrent assez en desordre, parce qu'il s*estoient hastez de venir, en espérance de trouver et surprendre les nostres audit desordre et amusez au pillage parmy les mes. Les ennemis soustindrcnt ce premier choc avecqoes plus gi^andc hardiesse qu'obstination ; mais tost après se commencèrent à retirer et mesler parmy les amassez du païs, en telle confusion que, pour se mettre en roupte, il ne restoit plus (|ue de tourner te doz. Nos gens de cheval incontinant qu'ils les veirent esbranlez, et en suspens du combat et de la retraittc, les chargèrent de telle furie qu'ils les contraignirent n tourner le doz; et sur ce noz gens de pieil les suivirent de près, et meirent en telle roupte que de là en avant y eut de la tuerie plus que de combat.
Le capitaine Scalinghe voyant ceste desconBturo, et que desja exhortation ne chastiement ne luy prouflfitoient envers eux, depesclia des mieux montez de sa trouppe pour aller advertir en diligence le seigneur Jean Jacques de Medicis, marquis de Marignan, de Testât et danger où il se trouvoit. Ledit Jean Jacques amenoit deux mille lansquenets en sa compagnie, lesquels s'ils fussent promptement survenuz, et que force eust esté à noz gens desja las et travaillez de combattre en pleine campagne une telle trouppe de gens frais et reposez, il n'y a point de doubte qu'ils n'eussent esté deffaits. La poulsiere que ievoient ioeux lansquenets en approchant donna occasion aux capitaines
Août 1536) SKPTIÉMB LIVRE. tti
Giisui el Ghtoibray de foire loiiiier la reiraiUe ei de oever la ebaase ooronieDcée ; si est ce qu'ils en tuèrent plus de trois cens et en blessèrent beaucoup d'avantage; de neuf enseignes en prindrent sept, leurs gens de cheval en a'enfuyant arrachèrent les autres deux des mains des porteoseignes, de peur que noz gens les priassent comme les autres. Les capitaines, voyons b poakiere croistre et s'approcher tousjours et doubtans que leur gens qui avoienl le corps travaillé du chemin el les bras las de frapper sur Tennemy ne fussent point pour soustenir le choc de ceux qui survenoient fraiz et entiers, recueillirent leurs gens et se mirent au retour par autre chemin que celuy par où ils esloient venuz, et advertirent le sire d'Ânnebault par homme exprès et bien monté du chemin qu'ils entendoient faire, à ce qu'il envoyast du secours au devant d'eux, dont bien et heureusement leur en advint, ainsi que l'issue le montra par effect. Car ainsi qu'ils marchoient après leur butin et bagage qu'ils avoient envoyé devant avec une trouppe d'arquebusiers pour l'accompagner et eux le su i vans avec le surplus de noz gens au petit pas, de peur que si l'ennemy les acconsuivoit ils fussent rompus et defTaicts plus de leur lasseté propre que par la force et vertu dudit ennemy, arrivèrent sur eux les avant coureurs, lesquels, en les chai^eant et puis se retirans parfois et alternativement, tendoient à les arrester et amuser jusques à ce que la grosse trouppe les approchast.
Mort du seigneur Marc AtUoine Cusan. — Noz capitaines, qui entendoient bien à quelle Bn les autres tendoient, tascherent plus à cheminer pour se retirer hors du danger qu'à repoulser trop avant lesdits avant
230 1IÉII0III8 DE GUILLAUm DU BSLLAY. [Août 1536
coureurs, et sMIs s'estoient aucunesfois si pressez que force leur fust de tourner le visage, ils le faisoient de sorte que renncmy en rapportoit de la perte, et eux soubdainement acconsuivoient et hastoient la trouppe de marcher. Advint toutesfois que le seigneur Gusan eut en la teste un coup d'arquebuse qui Tempescha de si grandement faire son devoir que jusques alors il avoit faict ; et peu à peu les ennemis se renforçoient de gens qui arrrivoient par trouppes et à la file, de manière que les riostres estoient en danger de desconfiture si le secours envoyé par le sire d*Annebault ne leur fust arrivé à ce besoin. Mais il arriva si à propos que, sur le poinct et au lieu où les ennemis avoieot pris le large, tendans à enclorre les nostres de toutes parts, noz gens de cheval, envoyez fraiz à les secourir, s*embattirent pesie mesie parmy leurs gens de pied qui estoient espars et, les travaillant, tuant et chassant, les contraignirent de se renger ensemble et donnèrent temps et lieu à noz gens de pied de se retirer, lesquels estoient de lasseté à demy recreuz et combattus. Lesdits gens de cheval estoient jusques au nombre de deux cens, et les menoit le sire d*Alegre, homme hardy, entreprenant et sage autant que nul autre capitaine de son temps ; après luy marchoient de geos de pied jusques au nombre de douze cens, au moyen duquel secours les nostres avec bien peu de perte (quant aux gens) se retirèrent avec leur butin et bagage dedans Turin à sauveté. Toutesfois le seigneur Gusan se trouva si las, tant du chemin que de sa blessure, qu'il fut contrainct de s*arresler à Pigoerol, auquel lieu il mourut bien peu de jours après.
Aoftt 1&361 SEPTIÈMI LIVUL 231
laifuni bon nom et grand regret de luy entre les vivan»*.
Afmreê dé Picardie. — Au rnesme temps que cet dMiMt se fusoient en Piémont, le comte de Nansao, après avoir saccagé Guyse et toutes les villes charnpeatres à Tentour, mettant le feu partout où il passoit et emnoenant proye et butin d*hommes, de bestial et de biens meubles, conduisoit son armée droict au chemin de Sainct Quentin. Monseigneur le mareschal de la Marche, qui avoit ja commencé de fortifier la ville de Laon, en deslogea incontinant qu'il entendit œste nouvelle, délibéré de s*aller mettre dedans ledit S. Quentin, tant il avoit ceste entreprise à cueur de se trouver chef assiégé en une ville pour donner preuve du cueur, du foing, de l'industrie et diligence qu'il auroit à endurer un siège, soustenir un assault et inventer les moyens de bien garder et deffendre une ville. Mais sur chemin, il fut adverty par ses descouvreurs que Tennemy, ayant eu advis du bon ordre qui estoit mis à la garde et deffense dudit Sainct Quentin, avoit tounié bride soudainement et tiroit le chemin de Peronne pour avoir sceu que laditte ville, encores qu'elle fust forte par la nature et assiette du lieu, n'estoit toutesfois assez fortifiée suffisamment et encores moins fournie du nombre de gens qui estoit requis à la tenir contre une si grosse puissance. Et à ceste cause ledit seigneur mareschal, aussi changeant de délibération,
i. L'affaire dans laquelle Marc- Antoine de Cusan troava la mort se produisit dans les premiers jours d'août. Voir les lettres des 5 et 7 août citées par À. Segre, Documentidi Storia Sabwida^ p. 141, n. 2.
ttt M^OUIIS DB CUlLLAUm DU BELLAY. [Août 1536
tourna soo chemin devers laditte ville de Peroone. Environ le dixiesrae jour d*aoust, partant le camp des ennemis d'un petit village ou plulosl censé, appellée la GatelleS somma en passant le chasteau d'Aplin* court', qui se rendit incontinent, car il avoit esté abandonné pour non tenable. Au lendemain, ils passèrent la rivière de Somme au dessus dudit chasteau et vindrent gastans et bruslans tout le pais jusques auprès de Peronne. Le mesme jour y cstoit entré !• sire de Gercus avec mille hommes de pied qu'il avoit en charge particulière de la légion de Picardie dont il estoit le capitaine gênerai, et nonosbtant qu'à venir de Uam, dont il estoit party environ minuict et depescbé par monseigneur le duc de Vendosmois, il luy eust convenu passer à travers les villages et censés, qui encores tumoicnt de feu que Tennemy en passant y avoit bouté, si avoit il eu si t>onne8 guides et tant bien s'estoit tenu sur ses gardes qu'il estoit sans aucune perte passé. Le lendemain y entra mondit seigneur le mareschal avecques cent hommes d'armes et luy servit aussi l'obscurité des fumées du pais que les ennemis avoit bnislé, à ce qu'il ne fust descouvert par eux sur le chemin. Sur le soir, le comte de Nansau, après s'estre long temps pourmené à l'entour de la ville pour la recognoistre, s'en vint loger ass«E pK'S de Tabbaye du mont Sainct Quentin ^ autant fasché en son cou-
1. Aujourd'hui Catelet, comm. de Cartignj, à quatre oa cinq kil. à l'est de Péronne. Voir le Registre des déUbératioiu du bureau de la ville de Paris, t. Il, p. 274.
2. Château sur les bords de la Somme (rive gauche!, comra. de VUlers-Carbonnel, à cinq kil. au sud de Péronne.
3. Le mont Saint-Quentin domine au nord Péronne d une centaine de mètres.
AuAt 1&S6) SKmÉME LIVRE. Î33
rage d'avoir failly à surprendre la ville avant (fue gens y faasent entrez, comme au contraire furent oontens mmrignrurïï les ducs de Vendoaroe et de Guyse, C|OaBd il soeurent que lesdits seigneurs marescbal et de Gercus esioient entrez dedans à sauveté; car ils avoient bien bonne espérance que les nouvelles bandes qu'ils faisoienl lever en toute la Picardie et la Champagne, et la levée des lansquenets qu'ils altendoient aouba la charge du capitaine Nicolas de Rusticis, dit le Bossu, seroient arrivez et prests assez à temps pour venir lever ledit siège de Peronne. Tel estoit Testât de nos aSûres en la fielgioque.
DeuM lêvéêi de Smues, — Du pals des Ligues, outre les huict mille Suisses de la levée faite par messire Louis d'Auguerant, seigneur de Bois Higaut, lesquels en plus grand partie estoient arrivez au camp et en partie y arrivoient de jour en jour par des chemins un peu longs et destournez, mais plus asseurez que le droict chemin pour le destourbier et empeschement des passages, messire Estienne d'Aygue, seigneur de Beaavois*, et Guillaume, seigneur d'Yzernay', l'un gentilhomme de la chambre et l'autre varlet de chambre ordinaire du Roy, en avoient faict une autre presque de pareil nombre; ausquels, à raison qu'ils arrivoient par divers chemins an lieu qui leur estoit
1. Etienne de Làygnes, sieur de Beauvais, gentilhomme de la chambre (1534), chargé de plusieurs missions diplomatiques en Angleterre, en Allemagne, en Soisse, mort en 1538. Voir t. II, p. 318. n. 1.
2. Guillaume Féaa, sieur d'Yzemay, valet de chambre du roi (1518), chargé de missions diplomatiques en Flandre, en Italie, en Allemagne, en Suisse. — Sur cette dernière mission en Suisse, voir B. Rott, op. eà., t. I, p. 286, 319-320.
934 MtMOniSS Dl GUILLAUm DU BKLUY. [koti 1186
assigné, selon qu'ils se dcsroboient à la file de leur pals outre le sceu ou soubs dissimulation des supe« rieurs et magistrats de leurs cantons, on bailloit guides et commissaires pour les conduire par les estappes qui à ceste fin avoient esté ordonnées par le plus court chemin droict à Valance, où ils estoient recueillis par commandement du Hoy, qui à tous les capitaines fist faire présent de cheines d'or pesantes chacune cent escus et les addressoit au sire de Montmorency, son lieutenant gênerai ; lequel, ainsi qu'ils arrivoient, leur faisoit délivrer les quartiers au camp pour se loger chacun avecques sa nation, faisant retirer en sondit camp et au dedans du fort tous ceux qui, sans son ordonnance, avoient dressé leurs tentes ou faict leurs loges au dehors. En quoy faisant et usant parmy les soldats d'une sévérité de discipline militaire attrempée de équité, selon les occasions, il obtint en bien peu de temps que, nonobstant que son armée consistast de nations non seulement diverses quant aux païs, mais aussi en opinions et sectes contraires, l'ordre et poliœ furent tels entre eux que son camp à ceux qui y arrivoient monstroit plus faoe et apparence d'une cité policée que d'un camp ainsi freschement et de si diverses nations assemblé.
Ambassades et depesches de l'Empereur en Italie. — L'Empereur, au commencement qu'il entreprit la guerre en France, faisoit bien son compte que le Roy ne recouvriroit point ne de lansquenets ne de Suisses ; de Turin, il n'eust jamais pensé qu'il eust eu moyen de tenir; de la Belgique, il la contoit desja pour chose sienne. Mais peu après qu'il fut entré en Provence et qu'il entendit certainement qu'il arrivoit tousjourt au
Août 1581] SIPTIÈMB Lini. tSS
Roy quelques l>andes de UnsqueneU, que de Suisses il eo reoouvroii plus (]u*il ne vouloit, qu'en Italie il avoit faid son amas et ses gens estoient desja prests à marcher, qu'en la Belgique la guerre y seroit plus longue et difficile qu'il ne l'avoit espéré, et davantage que sur la nier Oceane ses suhjets ordinairement y recevoieot perte, et sur la Méditerranée nos gallercs se pourmenoient en liberté, lors eut il certaine cognois^ saooe qu'il n'auroit sans ayde d'autruy telle issue qu'il la desiroit de son entreprise. Il se délibéra d'essayer tous moyens possibles pour attirer le S. Père et la ligue d'Italie à conununicalion de frais et société de oeste guerre. Et à ceste fin avoit il depesché le seigneur Ascagne Colonne* avecques pouvoir, instructions et lettres audit Sainct Père et à tous les princes et potentats d'Italie, protestant envers eux (non qu'ainsi fust, mais pour ce qu'il servoit à son intention) qu'entreprenant la guerre contre le royaume de France, jamais il ne l'avoit faict pour sa particulière et propre querelle, mais en contemplation du bien public et du repos commun de toute Italie, pour divertir l'insatiable cupidité du Roy de la continuation de faire guarre en icelle; qu'eux mesmes sça voient bien, et il let en appelloit à tesraoignage, qu'il n'avoit laissé aucune voye intentée pour obtenir du Roy que leurs différends fussent plustost vuidez par ordre et forme de droict et justice, ou par appoinctement équitable, que non par armes et voye de faict, et jusques à s'estre condescendu de donner au duc d'Ângoulesme, troi-
1. Sur ceUe mission d'Ascanio Coloana, siear de Palliano, anprès du Pape, voir C. Capasso, la Politiea di papa Paolo III e ritalia, U I, p. 207-210.
tae MÉMOUUES Dl GUILLAtHB DU BKLLAY. (Ao«t IS36
Mesnie Hls dudit seigneur Hoy, Testât et duché de Milan, qui toutesfois luy appartenoit, non seulement comme à Empereur, mais en son propre nom, premièrement comme chose conquise par armes et par le droict de la guerre, et secondement comme oedée à luy par le transport du vray seigneur Francisque Sforce, qui esloit droict indubitable; et que, quand ores il ne tiendroit qu'à vuider ses mains dudit estât et duché de Milan ; qu'il ne se trouvast moyen de paix en la chrestienté, luy estoit de son costé prest à y entendre et d'en disposer entièrement par le consentement et advis commun de tous lesdits princes et potentats d'Italie; tant s'en faudroit qu'il eust son bien particulier en plus grande recommandation que le public; mais que, nonobstant tous les devoirs où il s'estoit mis si grandement, le roy de France avoit tousjours superbement et obstinément refuzé toutes honnestes et raisonnables offres et préféré la guerre injuste, cruelle et d'incertaine issue, à une honneste, utile et certaine paix, jus(|ues à dresser encores à présent nouvelle armée en Italie ; en quOy il donnoit bien évidemment à cognoistrc combien il avoit plus d'affection à travailler l'Italie qu'à deffendre son propre royaume, auquel il avoit si grand faix de guerre sur les bras. Si toutesfois il estoit mis ordre à obvier que ledit seigneur roy de France ne mist ensemble les forces qu'il avoit levées audit pais d'Italie, ledit seigneur Empereur ne doubtoit point (|u*il ne remporlast de France une si grande et insigne victoire, qu'il asseureroit à perpétuité le repos et tranquillité d'Italie, attendu que autre quelcon(|ue ne la troubloit, sinon seulement ledit rov de France.
Ao«t l5Se) SEPTIÉMI UVM. tSl
Toutes ces choses doncf|ucs considérées, il coockioit to tes instructions (|ue, comme ainsi fus! que luy qui estoit leur prince souverain et Empereur, eust lors à entretenir en terre et en mer, en divers lieux et en mesme temps, quatre grosses et puissantes armées, plus fKMir le bien et repos d'entre eux que pour aucune offence à luy particulierennent faicte, et à œ quMtalie ne soit assubjectic à domination et seigneurie eslrangere, leur vray office et debvoir estoit de luy donner en leur propre cause ayde et secours, ou pour mieux, entreprendre de consentement commun et à communs despens avecques luy la tuition et deffense de la liberté d'Italie, à laquelle faillans à ce besoiiig, en quoy pourront ils jamais recognoistre Tobligation qu'ils ont envers elle, qui les a heureusement produicts, eslevez, nourris en la meilleure et plus amené et gratieuse contrée du monde? Ou quelle chose peult elle jamais avoir affaire d'eux, si elle ne Ta en la deffense et protection de sa liberté? Telles estoient les remonstrances que le seigneur Âscaigne estoit chargé de faire universellement à tous et particulièrement à un chacun des estats, princes et potentats d'Italie. Au Sainct Père, il avoit à les faire presque pareilles, mais il estoit expressément diargé de luy dire et faire entendre davantage comment le Turc faisoit ses préparatifs pour faire en chrestienté une descente plus grande et mieux ecfuippée qu'il n'en avoit encores faicl jamais, et qu'à la prochaine primevère il seroit prest à y descendre en personne, et qu'en un mesme temps il vouloit et par terre et par mer assaillir les royaumes de Naplcs et de Sicile, et là se fortifier et y faire son magazin de tous equippages de
238 MEMOIRES DB GUILLAUMB DU BELLAY. (Août i&36
guerre, pour à toutes ses oommoditez poursuivre le surplus de Tltalie, et de là se transporter par toute la clirestienté. Et afin que ledit Sainct Père n*en fust en doubte, avoit aussi ledit seigneur Ascaigne charge de renionstrer en Sa Saincteté comment desja Barberousse estoit arrivé avecques son armée en la mer Méditerranée, qui la tenoit en telle subjection que le navigage par icelle estoit interdit, au moins mal seur aux chrestiens, et mesmement parce que le roy de France indubitablement s'estoit uny et allié avecques iceluy Turc, et qu'il en avoit osté le masque et cessé toute» dissimulations; car ouvertement il le semonnoit et pressoit de descendre, si que toutes excusations cessantes ledit Sainct Père ne pouvoit dissimuler, que, pour donner exemple à tous les estats de la chrestienté, il ne fust le premier à les exhorter et à commencer luy mesmc de prendre les armes, et que chacun en ce commun danger apportast quelque remède et soulagement, ainsi que le requeroit leur debvoir envers la commune patrie, envers la foy et la religion chrestienne, ensemble la considération de la cause, du temps, du salut présent et de la lil>erté ù Tadvenir. Adjoustoit encores, afin que ceste entreprise ne fust infructueuse à Sa Saincteté, que l'Empereur (en ce faisant) estoit content et luy oiïroit de disposer entièrement de Testât et duché de Millan, ainsi qu'il plairoil à Saditte Saincteté avecques participation de la seigneurie de Venise en ordonner.
Le premier jour d'aoust estoit ledit seigneur Ascaigne arrivé à Rome. Le lendemain, il eust audience et exposa la créance dessusditte, en présence et compagnie du comte de Sifuentes, ambassadeur ordinaire de TEmpe-
AoAt l&M] SnPTiâME UVRB. tS9
reur envers ledil Saiiict Père. Après, s'estant ledit comte retiré, il parla eooores à Sa Saiocteté à part et luy ofTrit que ledit seigneur Empereur oederoit et traiisporteroit ledit estât et duché de Mibo à Tun des nepveux de Saditte Saiucteté, et feroit au surplus que le duc de Ferrare (touchant les choses qu'il avoil controverses avecques elle) et le duc d*Urbtn (touchant \v duché de Camerin) en transligeroient et appointeroiciit au contentement et gré d'icelle Sa Saincteté, moyennant qu'elle fust seulement contente entrer en la ligue d'Italie, c'estoit à dire d'en deschasser entièrement le roy de France. A Gennes, à Luques, à Florence, à Siane, avoit ledit seigneur Ascaigne exposé sa créance en y passant, et de tous avoit remporté une mesmc response, qui fut en somme que, tout autant qu'ils valioient et pouvoient, ils cmployeroient de très bon cueur, ainsi qu'il leur seroit ordonné par le commun advis de nostre Sainct Père et de S. M. I., au bien, tuition, deffence et salut d'Italie. Ledit Sainct Père après qu'il eu.st grandement et singulièrement loué l'affection dudit seigneur Empereur, à procurer le bien et repos particulier d'Italie et le commun de chresUenlé, respondit au surplus qu'il ne pouvoit blasmer l'advis et considération de S. M. I., de transférer si possible estoit la guerre hors d'Italie, mais qu'il loueroit trop plus qu'elle ne fust ne là, n'ailleurs entre les chrestiens, car en quelconque part qu'elle se face, soit en France, soit en Italie entre Saditte Majesté et le roy de France, tousjours falloit il que le sang chrestien y fut espandu et qu'il s'ensuivit l'amoindrissement et debilitation des principales forces de la chrestienté. Et quant au Turc, Sa Saincteté estoit bien
no MÉMOIRIS W^tlXAUm DIJ BELLAY. [Aoùl 1596
aseeurée qu*on ne sçauroii le convier à veoir un spectacle plus à son gré, qu*à venir une si cruelle et mortelle guerre entre les deux plus puissans monarques d'icelle ; car il estoit bien à penser que quiconque en celle guerre soit le vainqueur ou le vaincu, c'est faire un pont et bailler le choix audit Turc de venir après assaillir lequel que bon luy sembleroit, se tenant seur que la victoire ne pouvoit estre sinon dommageable et préjudiciable aux forces et puissance du vainqueur mesme ; mais que tant osoit bien Sa Saincteté asseurer ledit seigneur Empereur que, pour celle année qui lors courroit, le Turc ne feroit faire aucune descente en chreslienté; car Sa Saincteté avoit eu plusieurs advis certains et accordans ensemble et mesmement par la voye des ambassadeurs vénitiens à Constantinople, que le Turc estoit résolu entièrement de ne faire autre chose pour le demourant d'icelle année, sinon de reparer en tant que possible luy seroit la perte et dommage qu'il avoit receu en Afrique et recouvrer la commodité qu'il s'estoit préparée et depuis avoit perdue de faire quand bon luy semblera descente en Italie. Bien advouoit Sa Saincteté qu*il estoit vray que ledit Turc ce pendant vouloit donner ordre (encores qu'à cela il falllist) de préparer sa descente pour l'année qui vient, renforcer le nombre et equippage de ses vaisseaulx de mer, mettre provisioo aux finances, aux vivres, aux munitions et à b levée de ses gens de guerre, pour faire laditte descente avec gros effort et grosse puissance; et n'estre rieo plus vray que tous ses plus avancez desseings tendoieot sur la Sicile et sur Italie, ainsi que le mandoit S. M. I.; et que pour à ce remédier et obvier, il n'estoit possible
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de choisir autre meilleur chemin que celuy qui estoit par Saditte Majesté mis eu avant, que condonner chacun au bien public ses querelles et inimitiez particulières, et que tous ensemble d*un mutuel consentement s'appliquassent à la conservation et dcffense du salut et repos oommun; et qu'à oeste cause autant qu*il congratuloil à la majesté dudit Empereur oeste MODe oootiouatioD en bonne et saincte volonté de renouveler la pratique de paix et union, autant desiroit il d*y employer et de mettre non que son bien, mais aussi sa propre vie en hazard, pour estre arbitre et moyenneur de ceste paix; pour laquelle sienne affection et volonté mettre à exécution, il ne sçavoil trouver meilleure entrée que de persévérer en neutralité, sans condamner prejudiciablement la cause de Tune des parties, en adhérant et se joignant à l'autre; tant s'en falloit que par une telle voye et moyen il voulust mettre en sa maison aucun estât ne principauté, au dommage, regret ou desplaisir d'autruy, et que quand il plairoit à Dieu luy faire tant de bien et de graœ que de le faire Tun des moindres instrumens qu'il employast à l'exécution d'un si grand heur, ceste volonté de Dieu par luy ensuivie luy seroit suffisant contentement et satisfaction de son travail, si que plustoat il souhaitteroit la mort que d'en chercher ou accepter autre loyer ne recompense.
A/faire de l*Empereur. — Desja estoit l'Empereur arrivé à Aix, alors qu'il eut nouvelle de ceste response. Sur son chemin, il a voit receu quelque perte, mais non du tout si grande en effect, coname elle luy avoit esté griefve et ennuyeuse pour la qualité de ceux qui luy avoieot faict le dommage ; carce avoient esté seulement ui 16
ut UtMOlKÊê Vm OUILLAUm Dt' BELLAY. (Août I&86
les paisans et montaignars qui se teooieot emlmtoiiez es destours et au dessus des passages esIroicU au long des Alpes, et par occasions sorloient à l*improvistc aucunefois sur les avant coureurs et aucuDefois sur la queue de son année, en sorte qu'il ne se pouvoit eslargir aucunement et ne cheminoit journée, que de deux cens en deux cens pas il ne fust forcé de s*arrester et de se deffendrc, sans toutefois avoir moyen de grandement endommager lesdits palsaos, lesquels, soubdainement qu'ils se voyoient pressez, se reliroient à mont par des chemins oblicques et incogneuz à autres (|u'à eux mesmes, ainsi que s'ils se feussent évanouis de veue. Au desloger fut contrainct TEmpereur de passer au long d'une tourelle * en laquelle s'estoient enfermez jusques au nombre de cinquante hommes du païs, avecques des arquebuses qu'ils avoient recouvertes, en intention de choisir ledit seigneur Empereur à leur advis et, quand il passeroit, descharger tous à la fois sur luy, pour le tuer, quoy qu'il leur en peult advevenir après, car ils sçavoient bien qu'ils ne pourroient exécuter une telle entreprise sans que la veangeance ne s'en ensuivist par après. Et en effect il s'en faillit bien peu qu'ils n'exécutassent leur intention, car ils en tuèrent un qu'ils pciisoient estre l'Empereur à cause du riche accoustrement qu'il avoit sur le hamois et de la suitte de gens après luy qui luy deferoient et fai-
1. Au village du Mujr, cant. de Fréjus, arr. de Dragutgnao (Var). La tour est encore dénommée dans le pays tour de Charles-Quint. Suivant certains historiens, ce fut Pierre de Nassau que les paysans prirent pour ChaHes-Quint et ta^vnl ; suivant d'autres, Garcilasso de la Vega. Voir sur cette affaire la Meygra Entreprùa, p. 94; O. Teissier, âfoMUMntt Aûloriqutê du Var. Draguignan, 1901, in-4% p. 45-56.
AoAt 1S3S] SIPTliMB UVM. t43
soient honneur. Force fui à rfimpereur d*y faire amener le canon ei y arrester son camp qui eo aoufiBrit moult de malaise. La tour fut batue et les ptKHUW oontratncts de se rendre à la mercy dudit neigMur Snpereur, lequel les fUt tous pendre, tant par courrmu dft- M demeure que pour exemple qu'autres n*fuiinit par après b hardiesse de foire telles entreprttes. Et adverty qu'en un peùl plain environné de bob à Tentour et aatb sur b crouppe d'une montagne k laquelle ne pouvoienl ses gens arriver, s'estoit retiré un nombre de paiaans avec femmes, enfanset bestial, fist mettre le feu es bois en divers lieux au dessus du veot, de manière que tous y furent misérablement kMiMbi, d'aucuns en hors, qui se voulans sauver du feu tombèrent es mains des ennemis qui jamais n'en receureot un à mercy. Dont fut depuis le populaire si m^^& et animé contre l'Empereur et son armée, qo*OMques homme qui torabast entre leurs mains ne troava d'eux plus gratieuse composition que cruelle et inhumaine mort.
Audit lieu d'Àix arriva un courrier envoyé par le seigneur Ascagne, avec lettre et ad vis de tout ce que ledit seigneur avoit expioicté ou fait de sa commission, de laquelle il n'avoit remporté le fruict qu'en avoit ledit seigneur Empereur espéré. Si commença lors, en considérant et pesant les affaires plus songneusement et diligemment qu'il n'avoit faict auparavant, et les choses est ans encores en leur entier, appercevoir et cognoistre que ce n'estoit entreprise légère que d'assaillir un roy de France dedans son royaume, et veoit très bien (mais un peu tard) qu'il oe luy seroit aucunement possible de fournir et satis-
?44 Mt MOIRES 01 GUlLLAUm Dl' BELLAY. [Août 1^
faire long temps à rentretenement de tant d^années qu'il avoit en tant de lieux et en mesme temps. Pour y remédier en quelque partie, et puisqu'il estoit entré au lieu dont il ne se pouvoit ou vouloit ainsi légèrement retirer, il s'advisa d'envoyer à Anvers et prier les marchans (ausquels il avoit baillé grandes assignations de remboursement sur les deniers qui iuy avoient esté ottroyez par les estats et qui provenoient du revenu ordinaire de ses royaumes d'Espagne, Naples et Sicile) qu'ils se contentassent de Iuy prolonger un an le terme de leur remboursement, aBn qu*il se peust ayder d'icelles assignations, en leur donnant recompense telle qu'ils voudroient de l'interest qu'ils pourroient avoir à cause de ceste plus longue attente de leurs deniers. Pour à ce faire les induire, il n'y obmist moyen quelconques de persuasion, entrelassant ensemble prières, promesses, recompense et craincte de plus long retardement, s'il advenoit de maie adventure, qu'estant ceste guerre de plus longue durée qu'il ne l'avoit espérée du commencement, son armée (que Dieu ne voulust) se vint à deflbire par faulte de paiement. Quoy advenant il estoit à craindre et penser que son ennemy poulsast sa victoire si avant, que S. M. fust par ce moyen contraincte de leur faillir à son grand dcsplaisir et dommage.
Surprise que voulut faire l'Empereur à UarêeUle, — Ceste depesche faite, ledit seigneur Empereur ayant en son cueur un extrême et merveilleux regret, qu'ayant tant eu d'heureuses victoires es guerres qoi avoient esté menées par la conduitte seulement de s« capitaines, Iuy estant en personne maintenant ■▼8oqiie« telle et si puissante armée, et après avoir bravade de
Aoèi tSSq tlPTfÈMB UVII. t45
b aoiie que obacun sçavoii, il fust coatrainct de s'arrestcr si looguement sans faire aucune exécution ou honorable exploici de guerre, print en soy mesme délibération nouvelle ou, pour mieux, se résolut, mais trop tard, de mellre à exécution celle qu'il avoit auparavant prise, d'essayer sa foKune et d'assaillir vivement son ennemy, laquelle délibération luy eust peu certes, et luy eust esté avantageuse s'il l'eust exécutée à temps, et comme la raison de la guerre le vouloit, alors que les forces du hoy n'estoient encore unies et que son peuple estoit intimidé pour la soudaine et non attendue descente d'un si puissant et grand ennemy. Au dessoubs d'Aix, ayant la ville au doz, estoit son camp logé en une plaine et sur deux collines douce- RMOt ealcYées et par les deux costez regardantes en icelle plaine, la petite rivière de Lary* qui coule au long des murs de la ville passant par le milieu en la longueur de sondit camp. Estant le xv* jour d'aoust en iœluy camp, il choisit jusques au nombre de trois mille Espagnols, quatre mille Italiens et cinq mille lansquenets, et sans déclarer son intention à autres qu'aux capitaines, les tist partir environ la minuict, afin d'arriver où il pretendoit avant que noz gens en eussent nouvelles ; luy mesme avant le jour fut prest à cheval, menant en sa compagnie le duc d'Alve, espagnol, le seigneur Alfonce d'Avalos, marquis du Guast, et le seigneur dom Ferrand de Gonzague, italiens, et le comte de Home', alleman, accompagnez de toute la
1. L'Are, qui descend du massif de U Sainte- Banme et va se jeter dans l'étang de Berre, après avoir passé un peu au sud d'Aix.
2. Jean, eoaite de Homes, seeond fils de Jacques de Homes et de JanuM de Brafea-la-Gratluise.
t46 MltMOlRES Dl nUlIXAUm DU BELLAY. [AoAl 1536
ileur de ses gens de cheval. Et avecques ceste trooppe accoosuivit ses gens de pied an peu après le soleil levé, assez près de la ville de Marseille, en une combe qui s*estendoit jusques à la plage de la marine ^
En celle combe, il lit arrester ses gens, et prenant seulement ledit marquis avecques luy et un bon nombre d*ar(|uebusier8, marcha en personne pour recognoistre la ville, tenant tousjours les chemins creux et les voyes obliques pour n'estre descouvert de ceux de dedans, jusques à ce qu'il arriva près de la ville à un ject de canon, où il se tint couvert d'une masure de maisons naguercs abatues. Et de là il fist passer ledit manjuis outre la masure avecques gens choisis arquebusiers, pour recognoistre de près un endroict que on luy avoit dict estre propice et opportun à y planter Tartillerie et sur le costé que Ton tenoit la ville plus foible et moins defTensable. Ledit marquis, en regardant l'assiette du lieu, apperceut en un mesme temps, et que la ville avoit esté diligentement remparée en cest endroict, et que luy avoit esté descouvert de ceux qui faisoient le guet sur les remparts, et que desja estoient sortis gens de la ville (]ui avoient prins le chemin hault, afin de le venir enclore par derrière. La cause de sa desoouverture fut telle : les chevaux que l'Empereur avoit laissez en la combe,
1. D'tprès le /ofirna/ de Valbelle, cette pointe de l'Empereor &iir Marseille se serait produite le 19 août (fol. 196). La conbe dont il est question est la vallée des Ajgaladcs. — Le 31 aoàt, les Impériaux (sans rEmp«'i'eur) repamrent devant Marseille et les escarmouches durèrent juqu'aa 11 septembre. Ikid.^ loi. 198-200. GutUanme du Bellay ne parait pas avoir distingué les deua opérations.
Août IS38) SKpnftm u\ut. m
doni j*ay dessus parlé, oommenoereoi fort à haonir et tant, que la combe enclose de montagnes d'une part et de la mer d'autre en relentissoit, en sorte que le vent en apportoit le bruit jusques dedans la ville ; qui fut en cause i|ue ceux qui estoient de guet sur les murailles furent d'autant plus enluntifs à regarder autour des masures et chemins creux, autant que leur veue pouvoit esteodre, et regardant ainsi curieusement ils desoouvrirent ledit mar(|uis, et le voyans près et à peu de compagnie, avoient mis lesdits arquebusiers dehors en asseï bon nombre, tendans à Tenclorre s*il n*avoit autre suitte que ce qu'ils en descouvroienl el pour estre au besoing assez forts au cas qu'ils trouvassent autres gens en embusche parmy les destours et chemins croisans entre les collines. Le marc|uis, voyant qu'il estoit descouvert, se retira par un autre chemin qu'il n'estoit venu vers la masure dont il estoit party, et fut en cause que ceux du guet apperceurent que derrière icelle y avoit encores gens et pour ce firent ils encores saillir gens de renfort, et addressaitt à cest endroict la t>oucl)e de quelques canons y mirent incontinant feu et feirent un tel exploict, à cause des pierres que les coups de canon escortèrent en donnant contre laditte masure, qu'il y eust des gens tieauooup et morts et blessez. L'Empereur en toute diligence se retira plus loing de la ville et hors de la portée du canon, en une valée qui estoit couverte entièrement d'un grand et large rocher, duquel sortott une fontaine d'eau vive, auprès de laquelle il (ist un léger repas. Et puis, après avoir communiqué sa délibération aveoques les principaux des capitaines estans avecques luy, il ordonna le duc d'Albc et le comte de
248 MÉMOIRES nE GUILLAVMK DU BIIXAT. (AoAt i5W
llornc pour demourer es environs de MarteQle, moii^ Irant contenance de la vouloir assiéger, et ledit marquis du Guast avec le nombre de douze cens chevaux, et le capitaine Paule Saxe avec six enseignes de gens de pied, pour aller recognoistre la ville d'Arles, et 8*il leur sembloit qu'elle fust pour estre facilement emportée d'assault, le faire à sçavoir aux dessusdits duc d'Albe et comte de Horne à ce qu'ils vinssent joindre à eux, ce pendant que luy en personne y viendroii avecques toute sa force; leur donnant charge touteslois, au cas que laditte ville leur semblast eatre en telle deffence, qu'elle fust pour y amuser long temps son camp, eux en ce cas se retirassent avec lesdits d*Albe et de Home devant Marseille, jusques à ce qu'ils eussent de luy autres nouvelles.
Ces choses ainsi ordonnées, l'Empereur se retira en son camp par le mesme chemin qu'il estoit venu. Noz genz, que je vous ay dit cstre sortis hors de Marseille (ainsi que les ennemis soudainement estonnez à cause des coups de canon qui avoient donné dedans la susditte masure, se retiroient hors de batterie espars en divers lieux, selon que chacun s' estoit trouvé à propos de se retirer en lieu de sauveté, et comme gens qui n'avoient pas bonne cognoissance ne du païs ne des chemins), en surprindrent et prindrent aucuns, lesquels ils emmenèrent au seigneur de Barbezieux, lieutenant du Roy, et aux autres capitaines estans en ladictc ville de Marseille. Par iceux prisonniers entendirent lesdits capitaines comme l'Empereur estoit en personne avecques peu de compagnie derrière ladite masure alors que les coups de canoo y furent tirez, ayant en teste une salade bourguignomie
Août 1596) RKPTltlfl LIVRB. f49
•vaoqnet uo peonage de violet blanc et orengé, et sur son lumoit vestii d'un saje de danias blanc. Geste nouvelle ouye, ne fault demander s'il y eust prou de gens qui furent d'advis de faire sur luy une saillie, et la ooosequencc de prendre ou tuer un Empereur en quoy gisoit toute la victoire, n'estoit si petite qu'elle ne valut bien le bazard de perdre quelques gens au pis aller. L<es autres, ausquels plaisoient moins les choses précipitées et de bazard, estoient d'advis de ne |K>int desgarnir la ville, estimans bien que l'Empereur ne seroit venu si près sans avoir telle trouppe en sa queue, qu'elle seroit bien suffisante à un besoin de oombatre toute la garnison de Marseille, et que paraventure faisoit il marcher toute son armée après luy. Et de le penser ainsi leur donnoient deux choses grande occasion : l'une, qu'à ceux qui faisoient le guet, il sembloit de vcoir assez loin de la ville (c'estoit en la vallée où l'Empereur avoit laissé ses gens) entreluire du harnois à la réverbération du soleil qui donnoit dessus; l'autre, que les prisonniers disoient n'avoir rien sceu quand ils partirent du camp, ne quelle part on les conduisoit, ne que l'Empereur deust venir les acconsuivre. Et, à ceste cause, il leur sembloit bien à craindre, que si on mettoit grosse trouppe de gens hors de la ville et que l'escarmouche attachée sur» vinssent les ennemis avecques trop grande puissance, ceux de la ville fussent contrains de laisser à leur visage hacher leurs gens en pièces, ou s'ils se meir toit à les soustenir ils fussent repoussez, de sorte que les ennemis paravanture entrassent pesie mesle avecques eux dedans la ville. Les autres en ceste disputatiou choisirent une voye moienne, qui fut de reti-
250 MÉMOIRES Dl GUILLAUMI DU BILUT. f Août 1531
rer ceux qui cstoient sortis saos les soufVrir marcher plus avant, de peur qu'ils ne s'embatissent en quelque cnibusche et au lieu (i*iceux en envoier d'autres tous fraiz sur les fregattes et barques de pescheurs, lesquels allassent terre à terre costoiant la plage hors de la veue de l'ennemy, jusques à ce qu'ils eussent gaingné le dessus de l'endroit où il leur sembloit avoir vcu entreluii^ du harnois. Et qu'arrivant là, s'ils voioient qu'il y eust gens et cognoissoient que par eux ils n'eussent point esté descouvers, ils prinssent terre et tournoiasscnt la combe respondani à la plage, tant qu'ils vinssent parmy les guarrigues donner alarme ausdits ennemis, cl missent peine en monstrant contenance de se vouloir en combattant retirer, de attraire lesdits ennemis jus<|ues au droit d'une certaine plage qu'on leur designeroil, en laquelle on envoieroit quelques galleres qui temporiseroient jusques à ce qu'ils veissent leur poinct, et, le voyant à propos, deschargeroient l'artillerie à travers eux à l'improviste; faisans leur compte, qu'ainsi advenant, il ne se pouvoit faire que sans danger de recevoir honte ne dommage, ils ne fissent grosse tuerie, et pourroit estre (comme souvent tombent les hazards aussi tost sur lei grans que sur les petits) l'Empereur mesmes ou (|uel(]ues autres gros personnages se trouveroient au droict de la maie advanture.
Geste opinion fut suivie et mise à exécution ; maii l'Empereur estoit desja party. Noz gens, quand ils furent mis à terre ainsi qu'il avoit esté advisé, firent un long circuit parmy les myrtes, lentis(|ues et autres tels arbustes dont le pais est si grandement couvert, el puis se laissèrent voir de loin oomme si se fussent
Août IbSS] SRmftilK LIVKE. Vtl
fjNïB qui vinssent d*une autre part c}u*ib ne venoient. Le duc d'Aibe, si lost (|u'il le» apperceut, envoya quelques dievaulx légers au devant, auxquels il donna dharge d*en approclier si près qu'ils peossent estimer le nombre quMs pouvoient esire, et luy en mander nouvelles incontinant. Lesdits clievaulx légers arrivez qu'ils furent et qu'ils veirent les nostres estre si peu, envoierent promptement en ad veKir ledit seigneur duc, et eux ce pendant f>our les amuser qu'ils ne se retirMseot et en espérance de les attraire en lieu qu'il ne 8*eo sauvast un pour en porter la nouvelle, les commencèrent à vouloir charger. Et les nostres qui estoient tous arquebusiers, deschargeans contre eux leurs arciuebuses, monstrerent contenance de les craindre bien peu, qui esloit ce cjue lesdits chevaux legiersdesiroient le plus, car ils tendoient seulement à fin d'amuser les nostres tant que la grosse trouppe des leurs arrivast, et les nostres en cas pareil tendoient à fin d'attraire laditte grosse trouppe des ennemis, laquelle ne tarda gueres à se descouvrir. Et lors les nostres, comme si ce leur eust esté chose inopinée, firent semblant de s'estonner et recullerent tousjours sans se mettre en fuitte abandonnée, tant que les ennemis fussent à l'endroit que eux avoient charge les attirer ; et lors ils tournèrent soudainement le doz et se sauvèrent parmy lesdits arbustes. Et sur ce poinct commencèrent coups de canon de tirer à furie de noz galleres parmy la plage qui estoit descouverte au beau milieu des ennemis et leur firent en peu d'heure un tel dommage, que les corps des uns, les bras et jambes des autres estendus sur place, la lamentation des DKNirans, la consternation et désolation des fuians
tSt MtMOIRKB Dl GUILUUm DU BELLAY, f AoAt iSW
estonncrent tant ceux qui estoient sains et eotiert, qu'ils ne tascherent tous sinon à éviter le danger avant qu*en faire Pespreuve. Leur fuitte fut soudaine et pleine d'espouventement , mais il advint une chose qui la leur creust encore grandement, car noz gens, qui s'estoient retirez parmy les arbustes et garrigues, chargèrent si furieusement sur les fuvans qu'ils furent cause de les mettre en opinion qu'ils feusscnt avant coureurs de l'avant garde de nostre camp, lequel sur les nouvelles du desiogement de l'Empereur, se fîist aussi deslogé d'Avignon, en intention de présenter la bataille. Le mieux qu'ils sceurent faire fut de se rallier et retirer ensemble plus à Tescart et loing de la marine, en une vallée ceinte à l'entour de rochers et collines, esquelles ils assirent leur guet pour veoir si aucun viendroit sur eux. Là fit le duc d'Albe reveue de ses gens et trouva en avoir beaucoup perdu, et mesmement de gens de nom, entre les autres le comte de Home et un autre capitaine alleman, son parent prochain, lesquels furent de tous moult regrettez. Les nostres se retirèrent à Marseille avecques bien peu de perte. Es mains des ennemis en tomba un en vie, qui fut amené prisonnier au duc, lequel entendit par luy tout le discours de ceste entreprise et soeut qu'il n'estoit nouvelle que le camp du Roy fust deslogé. Le doc et les autres capitaines, en vengeance de la perte qu'ib avoient faicte de gens de bien, firent cruellement tirer iedict prisonnier à quatre chevaux, sous oouleur qu'il estait Italien et avoit esté nagueres à la soulde de l'Empereur, luy mettant à sus par oesie oocasioo qu'il estoit transfuge et traistre envers Iedict aeigoeur. Le seigoeur marquis du Guasl et le capitaioe Paule
Août 1536) BWnilll LIVII. tSS
Saxe avoieat, durant ce temps, continué le chemin qui leur a voit esté ordonné, a voient traversé tout le plaiu de CrauS dict autrement les champs pierreux, aaos y avoir trouvé rencontre, et à ooêlé dudict plain vers l«s murait Mtet près du pont de Crau' s'arrestercnt et priodrent advis de oc qu'ils auroient à faire. Le capitaine Paule Saxe demoura audit lieu avecques la irouppe; le marquis avecques seulement trente chevaux vint jusques au pont et y en laissa vingt à la garde; luy avecques le surplus passa le pont et vint jusques en un tertre regardant sur la ville, lequel on luy avoit dit estre moult propice (ainsi qu'il estoit à b vérité) pour la tenir en extrême subjection : car y asfieant quelques pièces d'artillerie et faisant batterie par le costé dont la ceinture ou courtine se venoit encoingner avecques celle qui est au dessous d'icelle monlaigne, elles eussent battu par dedans la ville au long d'icelle courtine où seroit faict la batterie, en sorte que ceux de dedans ne se feussent osez présenter à soustenir Tassant. En ceste sorte s'arresta le marquis, et se tenant derrière deux moulins à vent qui le couvroient, apperceut clerement qu'il avoit esté pourveu à Tencontre de la commodité qu'il y esperoit trouver, et luy en cas pareil fut descouvert et apperceu des nostres. Mais tant y a que, si l'Empereur, avant que le sire de Montmorency, lieutenant gênerai du Roy, se fiist ad visé de faire fortifier laditte ville, y fust venu droit ainsi qu'il avoit délibéré, sans point de faute il n'eust trouvé aucune résistance, qu'il ne s'en
i. La Cran, les (Uumpi LapUUi des Romains. 2. Le Pont de Gran, an sud-est d'Arles, entre la Cran et la région marécageuse qui avoisine Arles.
964 MÉMOIRES DB OU1LLAUMB DU BELLAY (Aottt 1536
fust saisi fadlemenl, et de là il eus! eu le passage du Rhosne à son oommandemenl et à son choix de nous assaillir ou en Provence, ou en Languedoc, ainsi que le temps luy eust mieux présenté Toccasion d'entreprendre ou Tuue ou l'autre; mais en peu de temps elle fut en telle réparation, au moyen de la solicitation qu'en fist ledict lieutenant gênerai et de la diligence dont les capitaines et de Tassidu travail dont les soldats et du devoir dont les habitans en usèrent, si qu'au tresieme jour elle estoit en la plus grande asseurance du costé dont Ireze jours auparavant elle estoit la plus doutable et moins en estât de deffendre. t
Ltaditte ville d'Arles siet sur le Rhosne à l'endroict de la poincle où il se fend en deux et, allant par deux bouches se descbarger en la mer, enclost de ses deux bras une isle triangulaire nommée la Camarolle*. Le premier jour d'aoust y enln^renl les seigneurs Jeao Carracciol, neapolitain, prince de Melphe, et Stephe Colonne, romain, avecques pouvoir égal ensemble de lieutenant du Roy en laditte ville. Ledit jour y entra messire Antoine d'Ancienville^, seigneur de Villieraaux Corneilles, commissaire de l'artillerie, avecques douze pièces d'artillerie, que grosses que moyennes, et deux cens cinquante pionniers ordonnez au service d'icelles pièces. Le lendemain y arriva le capitaine Ronneval avec sa compagnie de cinquante hommes d'armes, et vingt hommes d'armes de celle du seigneur de Boisy, lesquels menoit le seigneur de Montreul Boo-
i. La Camargue, entre les deux bras eu RbÔDC. 2. Antoine d'Ancien ville, sieur de Villiers, bailli de Séxanne, écuyer tranchant du roi (1516-1540).
Aoàt IS36J SEPTIÈME LIVRE. 06
nin*, «00 lieutenant. Ledit Bonne val estant ordonné aveoqiMS le comte de Tende à faire le deguast, ainsi qu*il a màé dit cy deasos, «voit receu lettres du seigneur de MonliiiQreocy, lieutenant gênerai deatusdit du Roy, par lesqoeilet kiy estant mandé se retirer en laditte ville d* Arles, poor estre compagnon à la luitiou et garde d'iœlle avecques les dessusdits Melfe et Colonne, el kiy ayant addressé sa compagnie, passa en diligence parray le camp, afin de plus amplement entendre dudit seigneur lieutenant gênerai ce qu'il auroit à faire, et quel ordre avoit este mis à la fortification de laditte ville, laquelle il sçavoit avoir esté auparavant très mai tenaille. Son séjour audit camp fut assez brief; de là passant à Tarascon, où il rencontra sa compagnie, visita le diasteau dudit lieu, aussi la place de Beaucaire, aasiae de Tautre costé du Rhosne, ainsi que par ledit seigneur lieutenant gênerai il luy avoit esté ordonné, auquel il fist sçavoir son ad vis de ce qu'il y avoit veu. Suivant lequel advis ledit seigneur lieutenant gênerai ne voulant obmettre chose qui fust réparable par humaine prévoyance, 6st reparer lesdittes places et y mist le seigneur de Rabodanges eschanson ordinaire, etdeSainctRemy', commissaire de rartillerie, avecques le nombre de cinq cens iiommes de guerre.
Arrivé que fut ledit capitaine en .\rles, il présenta ses lettres et communiqua sa charge aux dessusdits princes de Melfe et Stefe Colonne, qui a voient ja com-
i. Adrien Vemon, sieor de Montreuil-Boanin, gentilhomme de la chambre, fiis de Raoul Vemon et d'Anne Gouffier.
2. Jean de Saint-Rémj, commissaire ordinaire de l'artillerie, l'an des cent gentilshommes de l'hôtel.
su irtMoim DB aaauxna ou billat. (Ao«t 1&36
menoé quelques forliticalioos aux endroiU plus débiles. Mais quelque commencement qu*il y eusl, les habitant estoient ce nonosbtant hommes et femmes fort estonnez et principalement le menu peuple, à cause que plusieurs dames qui ordinairement y faisoient leur demeure (ainsi que la coustume du pals est autre qu'elle n'est au cueur de France, que les gentils hommes et gentilles femmes se tiennent es villes) avoient faict serrer leur bagage, pour se retirer ailleurs, qui donnoit grand espouventement audit menu peuple et ooca* sion de craindre que la ville fust en apparant danger de tomber en inconvénient. Mais ledit capitaine Bonneval arrivé, d'autant qu'il estoit françois et que les gens de la ville enlendoient son langage mieux que des autres, aussi qu'il apportoit asseurance dudit sire de Montmorency, lieutenant gênerai (auquel avoit tout le pals une grande fiance), de ne leur laisser avoir faulte de choses quelconques nécessaires à la garde et deffence d'icelle, lesdittes dames se rasseurerent et ne deslogèrent point, et dès lors commencèrent tous et grands et petits à mettre la main à l'œuvre, et ceux qui en avoient le moyen ofTroient à y employer de leur propre bourse. En laditte ville estoient alors environ de cent trente hommes d'armes des compagnies dessusnommées, mille hommes de pied gascons, soubs la charge de Jean de Foix, comte de Carmain*, mille Champenois, soubs la charge de Jean d'Anglure, seigneur de Jour', et de trois à quatre cens arquebusiers ftaliens;
1. Jean de Fois, comte de Carmain ou de Caraman, aieur de Samadet, gentilhomme de la maison du roi de Navarre et père de Paul de Foix, l'ambassadeur.