Voir tome II, p. 327, note
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le€|uel nombre ne sembla aux detsusdita estre suffisant pour soustenir la continuation des assaus qui pouiToient y estre donnez par un camp impérial; de bleds y avoit bien grande quantité, mais |>eu de farines et pas un moulin « parquoy il fut ordonné de faire jusquet à vingt cinq moulins à bras et à chevaux. De vins y en avoit très peu, mais le Rhoane estoit à oommandenoeot pour y en amener, et les chefs de bonne volonté pour à un besoin boire de Teau, aussy les soldats, car à la nécessité tous breuvages sont bons à qui a volonté de bien faire; toutesfois, il fut ad visé d'y en faire amener. Quant aux chairs, ils avoient moyen de recouvrer en un jour dix mille bestes à cornes de laditte isle de la Gamarolle, qui estoit vis à vis de la ville, un bras du Rhosne entre deux. De sel y avoit en abondance ; de poudres n'y avoit pas grande quantité, ne d'autres munitions servantes au faict de l'artillerie.
Eimeute en Arles. — Toutes choses ainsy que dessus considérées, fut advisé que le prince de Melfe, lequel on pria d'accepter ceste chaîne (ce que très volontiers il fit pour le service du Roy), iroit au camp lez Avignon pour en advertir ledit sire de Montmorency, à ce qu'il y envoyasl les choses nécessaires et re<|uises à la deffence et seurelé de laditte ville. Advint, ce pendant que ledit prince de Melfe fist son voyage, (}uelque débat entre deux soldats, l'un de la bande d'Anglure et Tautre italien ; et tellement s'alluma la noise entre eux premièrement et puis après entre les compagnons de l'un et de l'autre, qu'à la fin presque toute la compagnie s'esmeut et banda contre les italiens, lesquels estoient par trop petit nombre au prix des cliampeui 17
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oois. Telle fut la meslée qu*il en mourut de soixante à odante que d'une part que de Tautre, et furent le»dits italiens repoulsez jusques dedans le logis du seigneur Stefe Colonne, auquel ils se retirèrent pour estre ledit seigneur de leur langue et lieutenant du Roy en laditte ville; mais les champenois estoient desja si eschauffez que, sans aucune considération du lieu que tenoit ledit seigneur, non seulement ils s'efforcèrent d'entrer pesie mesie avec les italiens, ains y accoururent à enseigne desployée, comme si c'eust esté contre les ennemis du Uoy, attrainerent une pièce d'artillerie jusques à la porte, les uns prcsts à la descbarger contre icelle, les autres tirans à coups d'arquebuse contre ceux qui se monstroient aux fcnestres afin de parlementer à eux et appaiser la noise, et en avoient desja tué trois ou quatre, les autres monlans sur les maisons pour les descouvrir et y entrer par là. De manière qu'il estoit apparant d'y arriver un gros et lourd inconvénient pour le service du Roy si ledict capitaine Bonneval, oyant le bruit de cesle esmotion, n'y fust accouru soudainement avec seulement dix ou douze hommes d'armes de sa compagnie qui se trouvèrent à son logis et à toutes les autres fist à sçavoir qu'ils le suivissent montez et armez, luy pour la haste qu'il eut d'y arriver avant que pis advint, ayant seulement une rondelle au poing et son espée au oosté, sans avoir eu le loisir de se couvrir d'autre haroois. Et arrivé qu'il fut premièrement au lieu de ce tumulte, il fist commandement au seigneur de Villiers, qu'il rencontra, de retirer l'artillerie, qui luy estoit chose fort difficile, car les susdits mutins l'avoieni atirsioée par force et en despit des canonniers ; aussi fis! ooiih
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roaodemeot au seigneur d*Ai)gture qu*il eust à faire retirer ses gens ; mais |>eu y valut son rommandcment ne le crédit que trouva ledit Anglure avecques ses gens.
Sur oe poinci arrivèrent les seigneurs des Broaaet, lieutenant dudit seigneur de Bonneval, et de Montreul Bofinin, lieutenant du seigneur de Boisy« avecques leur gendarmerie bien armée et bien montée et la lance sur la cuisse, ainsi qu'il leur avoit esté ordonné, dont ledit seigneur de Bonneval en renvoya vingt, ausquets il donna diarge d'aller assembler de logis en logis tous les italiens qu'ils trouveroient ()our les mener à un destour et lieu fort qu'il avoit autrefois choisi derrière l'église qu'on appelle la MajourS et que sur la vie ils donnassent ordre qu'ausdits italiens ne fust faict mal ne desplaisir. Aux autres, il commanda de s'arrester auprès du logis dudit seigneur Colonne, jusques à oe qu'il leur commandast ce qu'ils auroient à faire. Et luy avec dix hommes d'armes qu'il fit mettre à pied, se pourmenant à l'entour du l(^is, trouva moyen de les noettre dedans par un huis de derrière, leur commandant qu'ils se monstrassent aux fenestres, afin que les mutins cogneussent que le logis estoit garny de gens. Et luy, ce faict, s'en retourna vers iceux mutins, lesquels, voyans les hommes d'armes aux fenestres, firent contenance de se vouloir mutiner contre ledit seigneur de Bonneval; mais il leur monstra tel visage, usant de remontrances et de menasses, et leur faisant entendre qu'outre la gendarmerie qu'ils voyoient à sa
i. L'église Notre-Dame de U Major oo de Sainte-If arie- Majeare, à cdtë des Arènes.
S60 ^téagnmmm m OUILLAOHI DU BILUT. [Aoftt 1SS6
queue, esloit desja en armes en la place pour se venir joindre à luy la bande du comte de Carroain, lequel ils sçavoyent estre son nepveu germain \ et qu*il avoit la puissance en main de les faire venir à la raison, qu'à la parfîn ils se retirèrent, joinct qu'ils voyoient ledit seigneur de Villiers, commissaire de Tartillerie, et d'Anglure, leur capitaine, rengezavec ledit seigneur de Bonneval, qui grandement s'aquitterent à rapaiser les choses et avoient suitte d'aucuns de la mesme compagnie, auxquels desplaisoit ceste mutinerie et façon de faire contre un chevalier de l'ordre et lieutenant du Roy.
La mutinerie appaisée, le seigneur Colonne envoya prier ledit seigneur de Bonneval de s'en venir vers luy à son logis et, arrivé qu'il fut, luy déclara qu'attendu l'outrage qui luy avoit esté faict, il n'estoit délibéré de plus demourer en la ville et le pria très instamment de l'en vouloir mettre dehors et faire accompagner jusques au lieu de seurcté. Le seigneur de Bonneval au contraire lui remonstra que, ayant ledit seigneur Colonne charge de la ville de par le Roy, et l'Empereur estant ja si près qu'au plain d'Avillanne*, au dessoubs d'Aix, il n'en devoit ainsi desloger, ains faire à sçavoir au Roy ou à monseigneur le grand maiMre, lieutenant gênerai du Roy, comment les choses estoient passées, à ce qu'on luy oslast et chastiast lesdils
1. BUrguerite de Foix, sœur de Jeanne de Foix, qui fnt la grtnd'mère du comte de Qirniain, «Tait épousé Antoine de Bonneval, dont elle eut Jean de Bonneval. Celui-ci était donc l'oncle, à la mode de Bretagne, du comte de Carmain.
2. Le plan d'Aillane, près du village de» Milles, au sod-oaest d'Aix.
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mutins, et qo'en leur lieu oo luy envoiast d*autres gens plus obeiasaos et de meilleur service, et atten> dant la responoe du Roy, il ne devoit ne pouvoit rien craindre, car eocores estoit la force entre les bons obéissant; et sur ce luy ofTroil de venir luy mesmes coucher audit logis avecques luy et de faire que toute la gendarmerie avecques la moitié des bandes du comte de Garmain fcroyent le guet toute la nuict, afin qu*il n*y advint nouveau desordre. Mais quelque renxNistrance qu'il sceust faire, ledit seigneur Colonne (craignant que ceste première picque en engendrast encores quelque autre, dont le service du Roy se poptast pis et luy receust honte et reproche, alléguant aussi qu*il ne laissoit la ville sans chef, y estant ledit seigneur de Bonneval, qui pour estre de la langue pourroit plustost que luy tirer obéissance des gens mesmes qui a voient faict ceste esmotion, s'il advenoit que l'Empereur approchast avant qu'on en y eust envoyé d'autres) persévéra en son opinion de se retirer au camp ou vers le Roy et tant insista que ledit seigneur de Bonneval y assentit. Et pource fist il monter à cheval jusques à trente hommes d'armes des siens, dont il en ordonna dix à marcher devant, et après eux les gens dudit seigneur Colonne, et puis eux mesmes avecques dix autres hommes d'armes en leur compagnie, et les autres dix derrière; tant qu'ils arrivèrent au port de Trinquetaille^ auquel passa ledit seigneur Colonne, et prenant congé dudit Bonneval, luy recommanda et pria de mettre en pareille seurelé
1. TrinqaeUille, faubourg d'Arles, sur U rive droite du Rhdne.
26S MÉMOIRES DE OUILLAUlll DU BELLAY. (Août 1&36
oe peu de soldats italiens qu'il avoit laissez en la vile, ce qu'il feict avecffues le mesme ordre dessusdict, et audict port de Trinquetaille leur feict délivrer des vivres jusques au lendemain. Ce faict, il commanda très expressément audict d'Anglure qu'il feist cbercher parmy ses bandes et qu'il luy representast les principaux autbeurs de l'esmotion ; et ce pendant que ledict Anglure en tit la diligence, lequel estoit de sa personne gentil compagnon et de bonne volonté, mais très mal accompagné de gens, il fist une depesche à monseigneur le grand maistre, lieutenant gênerai du Roy, l'advertissant de ce qui estoit advenu et le priant d'envoyer homme d'authorité, pour entendre comment les clioses estoyent passées. Ledit seigneur grand maistre y renvoya incontinant le prince de Melpbe et avecques luy messire Poton Raffin, senechal d'Agenois, et l'un des capitaines de ses gardes, et après eux envoya l)on equippage d'artillerie et d'autres choses nécessaires; car outre ce qu'il estoit généralement entenlif à pourveoir et faire toutes choses qui pourroyent apporter nuysance, empescbement ou retardement à Tennemy, et qu'il sçavoit quel avantage saroit uudict ennemy de se pouvoir saisir de laditte ville, il avoit encores particulièrement une singulière affection à la bien fournir de toutes choses, d'autant que luy presque seul, et contre l'opinion de plusieurs, avoit esté d'advis de la fortifier et k ceste cause, si mal en fust advenu, on luy eust peu mettre en avant qu'il eust esté meilleur et plus expédiant de la Uiater ouverte et désemparée à l'ennemy, ffiie la fortifiant insuffisamment donner audict ennemy l'honneur de l'avoir prise d'assault, à la grande augmentation de la
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gloire et réputation de set forçât et dimiDution du cueur et de retpereooe det nottret. Ledict teigoeur d*Aiiglurc délivra as mains du seigneur de Bonncval deux 'des mutins de ses bandes, dont l'un se disoit ettre genlilhofiiine, lesquels furent exécutez et pendus aux gouttières de la maison de la ville et furent ses liandet renvoyées au camp, luy demoura en la ville fort malade.
Set (Modes, arrivées au camp, furent publicquement et en signe d*ignominie leurs enseignes ottéet et desarborées; tous les mutins déclarez indignes et inhabiles à jamais de prendre soulde au service du Roy ; et en leur lieu furent envoyez deux mille hommes, dont estoit chef et colonnel messire Louis de Luxembourg*, comte de Roussi; lequel toutesfois et un sien frère nommé Jean de Luxembourg*, seigneur de Chistelle, furent tost après contrcmandez par ledicl seigneur lieutenant du Roy pour les tenir près de sa personne, taittant mille hommes de leurs gens, dont le seigneur de llarieu', de Dauphiné, a voit la charge de cinq cens, et le seigneur de la Goutte S de Bourbonnois, les autres ; et furent envoyez au lieu des mille que ledict de L4ixembourg amenoit, cinq cens hommes que con-
1. Lottis de Luxemboorg, comte de Ronssj, second fils de Charles de Laxemboorg, comte de Brienne, et de Charlotte d'EstonteTiUe, mort en 1571.
2. Jean de Laxemboorg, sieur de Ghistelles, entra par la suite dans les ordres et devint ëvèque de Pamiers (1547). Il mourut en 1548.
3. Claude Putrein, sieur de Marieu en Dauphiné, maréchal des logis du Dauphin.