‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 40 sur 94 · Pierre de Mars, sieur de la Goutte et Sainte- Agathe · texte numérisé non relu

Pierre de Mars, sieur de la Goutte et Sainte- Agathe

Wi MÉMOIRES DB OUILLAUMI DU RCLLAT. (Aofti 1S36

duisoit le seigneur du Palais S de la comté de Foix, et cinq cens autres que conduisoit le baron du Rixou, du pais de Languedoc.

Les réparations ce pendant se continuoient, en sorte que du costé qui plus estoit à craindre auparavant, il y eut dès le troisiesme jour moins de danger qu'en tous les autres et y avoit ja six grands boulevers et platteformes en deflPence. Puis fut rartillerie assise sur iceux boulevers et es autres lieux, où l'on jugea qu'elle feroit meilleur service dedans la ville à un ancien théâtre dit les Arennes, lequel regarde merveilleusement bien et à propos le tertre et hault lieu dont nous avons cy devant parlé, de sorte que gens en trouppe ne s*y pouvoycnt aucunement tenir à couvert. Sur ce théâtre fut adviséde mettre deux pièces d'artillerie, en lieu qu'elles pouvoyent battre de toutes pars à l'environ.

Toutes ces fortifications veoit le seigneur marquis du Guast dudict hault lieu où il s'estoit embuscbé derrière les moulins à vent, ainsi que j'ay dict cy dessus, et bien jugeoit à l'œil qu'il avoit esté suffisamment remédié contre toutes les commoditez qu'il avoit espéré trouver au siège et batterie de la ville; mais, tost après, il eut moyen (et non sans danger de sa vie) d'en juger par expérience, non que de l'œil, car il fut descouvert des nostres, et fut incontinant par ledict senechal d'Agenois, lequel se pourmenoit avecques ledit seigneur de Bonneval, monstre au seigneur de Villiers, commissaire très diligent et très

1. Philibert de Rivoire, sieur du Palais, geDtilhomme de la chambre du duc d'Orl(^aD$, fils du fameux capitaine Imbaut (Imbaot de Rivoire). Lire : comté de Forea (et oon Fois}.

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experiroenlé au faict de Tartilierie, lequel promptement addreasa si à propm devers le lieu où csloit ledici marquis, les deux pièces esUos sur le tliealrc des Arennes, que si le marquis voyant mettre le feu ne se fusl tiré à oosié, il n'eust failly d'arriver à la fin de sa vie. Les boullets, qui tombèrent près de luy et firent jaillir la terre à Tentour, eflrayerenl tellement le cheval sur lequel il estoit monté, qui de fortune en avoit esté attaint, qu*il retourna la teste vers le chemin dont il estoit venu, et n*en sceust le marquis estre maistre qu'il n'arrivast au pont où il avoit laissé les vingt dievauix de garde. Et de là se retira, reconduisant ses gens plus viste qu'il n'estoit venu, car il entendit le bruit de l'alarme qui se donnoit en la ville et craignoit d'estre surpris avant qu'arriver au lieu où il avoit laissé sa trouppc, qui estoit derrière le dessusdit lieu haut, tirant vers les maraiz, hors de v^ie et descouverture de la ville, et auquel on pouvoit loger jusques au nombre de cinq à six mille hommes ; qui avoit esté la cause que l'on craignoit ledict hault lieu regardant en la ville, car quand il n'y eust eu autre inconvénient, sinon que diidict regard en la ville, et de l'artillerie qui dudict liault eust peu (si on n'y eust remparé) battre par dedans au long de la courtine, pour empescher que l'on se veinst présenter à deffendre l'assault, et il n'y eust eu place pour loger à couvert gens pour deffendre l'artillerie, que ceux de dedans ne la vinssent gaigner ou pour le moins eoclouer, ledict hault lieu n'eust tant esté à craindre. Les seigneurs prince de Melphe, de Bonneval et seneschal d'Agenois voulurent bien que l'alarme se donnast cbaulde dedans la ville, non qu'ils voulussent faire

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quelque grosse saillie, mais pour osprouver le cueur des gens qu'ils avoient, lesquels ils trouvèrent de si bonne et prompte volonté que dès lors espérance de s'en bien aider accompagna raffection qu'ils avojent de ce faire. Les murailles furent incontinant guamics, et de chacune bande le nombre ordonné, et au lieu qui leur estoit ordonné de se rendre en cas d'alarme, les enseignes aussi aux lieux qui leur estoient ordonnez et toutes si bien accompagnées, qu'il ne sembloit point que ceux qui estoient sur les murailles y fissent faute, et ne parloil on sinon de sortir hors à toute force. Mais les chefs qui avoyent souvent nouvelles du camp des ennemis, et mesmement par un religieux de l'ordre de saint François, que ledict seigneur de Bonneval y entretenoit, et par lequel ils avoient eues nouvelles que l'Empereur menassoit fort de venir en Arles, ne les voulurent laisser saillir, craignans que le camp impérial fust à la queue ; louèrent toutesfois leur bonne volonté, et les priant de l'entretenir et d'en reserver l'exécution au temps que les chefs jugeroient estre oportun et leur commanderoient de ce faire; mirent seulement dix hommes d'armes dehors, ausquels il fut commandé d'aller en avant jusques à œ qu'ils sceussent quelle suitte pouvoient avoir eue ceux qui avoient esté descouvers de la ville et quelle pourroit estre l'intention des ennemis. Lesdicts hommes d'armes allèrent fort avant sans trouver à qui parler; bien virent ils la piste des chevaulx en la vallée où ils avoyent esté embuschez au long des maraiz et le train de la retraitte tant d'eux que des gens de pied ; mais ils s'en estoyent allez plus viste qu'ils n'estoieat venuz, de sorte que leur diligence les osta de veue ei

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de oognoMiMcc des noêtres. Deux pelaans furent trouvei dedans des brandes ou guarrigues, qui là s'csloyeiit mussez de peur. I^r eux entendirent noz gens et viiKlrenl faire le rapport que Icsdicto ennemis s'estoyent retirez avecqucs la grosse trouppe et avoyent tous ensemble passé au long d*un lieu qui s'appelle Sainct Martin*, à plus d'une grande lieue de la ville, tendant au chemin de Marseille.

Ce temps pendant arrivèrent les vivres, artillerie et autres munitions qui dévoient suivre les prince de Melpbe et seneschal d'Agenois, entre autres choses de dix ou douze batteaux de vin, qui estoit quant aux vivres ce dont ils avoient plus de besoin, et de poudres pour artillerie et harquebutte, ensemble des matières requises à faire lances, pots et grenades, dont ils firent faire grande quantité par un canonnier habitant de la ville, compagnon expert à ce mestier, et lequel a voit esté au service de la religion de Rhodes. En ce temps arrivèrent quelques galleres de TEmpereur au devant de la tour de bouche de Rhosnes, laquelle ils canonnerent longtemps. Ceux qui estoient dedans ne monstrerent point contenance de gens estonnei, ains se deffendirent très bien et donnèrent des coups d'artillerie dedans l'une de ses galleres, dont ils firent gros dommage aux ennemis, et à la fin les contraignirent de se retirer, mais grandement ennuiez d'avoir failly en leur entreprise, car ils avoyent délibéré, s'ils la pouvoyent prendre, de faire là endroit un pont pour passer en Languedoc, en espérance de se saisir de plusieurs lx>nnes et riches villes du païs,

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