‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 41 sur 94 · Saint-Martin de Crau, comm. d'Arles · texte numérisé non relu

Saint-Martin de Crau, comm. d'Arles

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mais mal garnies de gens de guerre et enoores pis fortitiées. Et pour crainte qu'ils ne vinssent au dessus de leur entrepris<^ d'iceile tour, avoit le Hoy ordonné quelques gens pour mettre es villes de Nymes, Besiers et autres, et moyen de commencer à y reparer, outre les gens que le seigneur de Champdenier avoit paravant levez ou commandez estre prests au besoin eo tout le gouvernement dudict Languedoc, lesquels servirent bien un temps après, mais pour le présent n*en fut mestier ; dont le Roy se contenta grandement du capitaine qui avoit la charge de ladicte tour, lequel, outre ce qu'il estoit gentil compagnon et serviteur affectionné, s'efibrçoit encores de faire service, de tant plus qu'il avoit en sa jeunesse faict quelque coup en une querelle et débat, dont il taschoit effacer la coulpe et mémoire pour son bien faire, ainsi qu'il âst, car eo recognoissanoe de ce service, le Roy luy pardonna son mal talent ; et a depuis eu ledict compagnon, nommé Viconte, chaîne de cinq cens hommes de pied au service dudit seigneur.

' Peu de temps après advint autre mutinerie d'aussi mauvaise et dangereuse conséquence que la première, et fut la cause et commencement en cestc manière : deux compagnons de la bande du capitaine Arzac de la fiesse, natif d'auprès de Bordeaux en la basse Gasoongne, lequel avoit cinq cens hommes soubs la chaîne du comte de Garmain, estans un jour à leur ^uet, veirent passer deux vivandiers qui menoyent des moutons aux champs, et soudainement descendirent de la muraille par les eschellcs qui tous les jours s'y dressoyent aux matins, et aux soirs se retiroyent, pour cause des gens qui y besoogooyeot pour

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la forlificstioa de la ville, et par force priodrent cinq ou six moutons desdicU vivandiers, lesquels en viodrent faire lu plainte au comte de Carmain, par ce qu'ils estoient de ses bandes, luy reconquérant de leur en Cure la raison. A quoy faire il ne fut aucunement refusant, mais fist incontinant prendre les delinquans et mettre entre les mains des dessusdicts prince de Melpbe et seigneur de Bonneval, qui les firent mener en la prison de la ville. Bien tost après ledict Arzac vint au logis da seigneur de Bonneval le supplier de luy vouloir rendre lesdicts compagnons, et que ceste faulte lui fust pardonnée ; lequel fist response qu'il en parieroit au prince de Melphe, car de soy inesme il oe le vouloit ne devoit faire, attendue rimportancc et oonsequencc d'un tel cas, qui ne pouvoit estre sinon de mauvais exemple, pour deux raisons : Tune d'avoir abandonné son guet pour aller au pillage et par dessus les murs de la ville, Tautre, pour ce que si justice n'avoit lieu contre ceux qui destroussent les vivandiers, c'estoit pour mettre la ville en nécessité, mesmement l'Empereur estant si près comme il estoit« Ledict Arzac répliqua ce que bon luy sembla, et, entre autres choses, que si lesdicts compagnons n'estoient renduz, il y avoit beaucoup de gens es bandes qui ne le trouveroient pas bon. A quoy le seigneur de Bonneval respondit en luy commandant de par le Roy qu'il eust luy mesme à mettre hors la ville tous ceux de sa tMinde qui ne trouveroient bon que justice fust faitte des infracteurs de la discipline militaire et des statuts et ordonnances de la guerre. Et à ce ledict Arzac ne fist aucune response, mais sortit hors avecques visage et contenance d'homme non content

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et marry. Advint le soir après soupper qu'estans lesdicts seigneurs prince de Melphe et de Booneval hors la ville où ils asseoyent un guet d'iniquité, les compagnons de guerre qu'ils avoyent accoustumé d'y asseoir, espanduz en divers lieux pour obvier à toutes oocasions de surprise, la bande dudict Arzac, qui estoil de cinq cens hommes, se mutina, et, commençant à crier : < Gasoongne! », pour esmouvoir les autres de la mesme nation, coururent droict à la maison de la ville, mettans peine et diligence de briser les portes et forcer si peu de garde qui estoit dedans, et à ce qu'aucun ne vint à la secourir, garnirent de picquiers el arquebusiers tous les coins d'une petite place qui estoit devant laditte maison * . Le bruit de ce desordre vint aux oreilles du comte de Carmain, lequel, pour estre leur colonnel, y vint promptement et se mist au devant d'eux Tespée en la main, faisant ce que possible luy fut pour appaiser la mutinerie et faire retirer chacun en son logis ; mais peu valurent ses remonstrances, ains il faillit deux ou trois fois à estre tué. Les dessusdicts prince de Melphe et seigneur de Bonne val, adverliz de ceste esmotion, y arrivèrent aussi en diligence, mais ne peurent jamais y arriver à temps, que desja la maison de la ville ne fust forcée, tous les registres et papiers brusiez, et lesdicts compagnons de guerre, ensemble tous les autres prisonniers qui s y trouvèrent plainement mis en liberté.

Pour ce soir ne furent d'advis les chefs d'en faire autre démonstration, pour doute qu'en faisant chercher les delinquans il advint autre inoooveoieot,

1. Aujourd'hui U pUce de la République, devant l'hAtel de ville.

Août I5S61 StPTltMt LIVKI. 771

oomme pillage de maiaoïw ou forocnieol de femmes el iellet cboiies que commettent folles gens de mau- ▼aite mloolé quand ils ont couleur d'aller cherchant par les roaisoDS de nuict, qui (oomme dict le proverbe commun) n*a point de honte; mais ad visèrent que oc pendant ledict seigneur de Bonneval feroit venir à luy tous les capitaines des autres bandes un ù un, à ce qu'ils gaigoaaaent les principaux des compagnons diacun de sa bande pour tenir main et avoir raison des autht'urs de ceste mutinerie, leur remonstrant combien telles façons de faire estoient hors des limites de raison et quel détriment seroit envers le Roy à tous les gens de guerre de la nation françoise, que telles esmotions advinssenl souvent par eux, et que œ seroit occasion audict seigneur de prendre à son service gens d*estrangeres nations, et de plus ne se servir de ceux de la sienne. Et tant usa ledict de Bonneval de remonstranoes avecques aulhorité, que tous luy promirent tenir la main à faire justice des malfaicleurs, jusques à faire mettre en pièces tous ceux qui oseroyent y contredire. Au lendemain matin, les dessusdicts de Melphe et de Bonneval, après avoir communicqué ensemble, feirent venir à eux le comte de Carmain, auquel ils ordonnèrent faire sonner le tabourin et mettre ses enseignes aux champs, aprèster ses bandes pour les conduire au camp lez Avignon, car ils n*estoyent délibérez de tenir gens ainsi mutins à une ville de telle importance, et où ils attendoyent le siège de jour à autre; toutes remonstrances cessans et après toutes résistances, furent lesdictes bandes contraintes de sortir hors par la porte de Grau. Par la porte du oosté de Tarascon feirent lesdicts de Melphe

m MÉIIOIUS DB GUILLACm DU BELLAY. (Août 1536

ei de Bonneval sortir la geodarmerie à cheval, ensemble deux mille hommes de pied des autres bandes et trois ou quatre cens du pals, que conduisoit le seigoeor d'Eguieres^ habitant en laditte ville. Ce fàict, ils commandèrent audit comte de faire mettre ses deux enseignes chacune ù part, pour veoir (ainsi qu'ils dirent) (|uel nombre de gens il y avoil en chacune, et lors ils appellerent à eux ledict Arzac capitaine de celle des deux bandes qui a voit faict Tesmotion, luy commandèrent de leur amener les principaux mutins de sadicte bande. Lequel Arzac leur amena deux pauvres compagnons qu'il disoit estre ceux là. Mais pour ce ne se tindrent lesdicts chefs satisfaicts, luy commandant qu'il en amenast encores d'autres et de plus apparens, car ils les vouloyent faire pendre en présence des autres trouppes ; à quoy respondit ledit Arzac, que qui voudroit pendre tous ceux qui en estoient coupables, il ne faudroit aucun en excepter. Si furent lesdicts compagnons délivrez au prevost, qui les fist pendre en la présence de toutes lesdittes trouppes, lesquelles firent bon visage, disans toutes à une voix que telle et plus rigoureuse punition meritoyent gens mutins et desobeissans et indignes de se trouver en bonne compagnie. Et lors fut audict Arzac son enseigne ostée et luy et sa bande chassez de la compagnie, lesquels passèrent au long des bandes sans tabourin; et leur fut commandé se retirer au camp vers ledict seigneur de Montmorency, lieutenant gênerai du Roy, auquel ils remirent ou de leur user de grâce ou d'exécuter le surplus de la punition

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