Baltbtzar de Saulle, sieur d'Bjrguièret
Aoûl l&SS] 8IPTIÉM1 UVRI. tn
qu*il8 avoyent desservie ; et repretU le comte de Carmain audict Ame son enseigne pour aller jusques au camp, à condilioii qu'il ne la peiist pr après déployer sans la permission dudict seigneur lieuteoanl gênerai du Roy ; mais le capitaine print autre chemin et ne fut possiUe de !c rencontrer, quel({ue diligence que l'on en fiât; car ledicl seigneur lieutenant gênerai a voit delitteré de s'en prendre à luy mesme et non aux oompagooos, lesquels aussy se départirent et esquaKerent par chemins divers les uns des autres. Et depuis ceste démonstration faicte ne fut en iadicle ville d'Arles nouvelle d'aucun malfaict, désobéissance ne mutinement. Si laisseray à tant ce propos et retourneray au Roy et aux nouvelles qui luy vindrent à Valance de l'arrivée (dont cy dessus a esté parlé) de l'Empereur devant Marseille ^
PÊftemetU de monseigneur le Dauphin de la court pour arriver au camp. — Geste nouvelle (encores que tost après ensuivist celle du retour et du peu d'espérance que l'Empereur avoit remportée de sadicte venue à Marseille) fut toutesfois en peu d'heures espandue, voire augmentée parmy la cour, de sorte que non seulement on devisoil et de sa dessusditte venue et des approches desja faittes devant la ville, mais que dedans huict jours il devoit venir nous assaillir en nostre fort. Et arrivant ce commun bruit du populaire jusques aux grans, et non point comme chose que l'on craingnist ne doutast, auquel cas on va seulement devisans les uns aux autres en crainte et en
1. Vuir U leUre de BretoD, sieur de Villandry, à M. de Humières, Valence, 29 août (Bibl. nat., Clairambault 335, fol. 282).
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Toreille, mais à haulte voix et pubiia|uement, comme de chose désirée et de laquelle on esperoit boone et heureuse yssue, ne faici icy à demander si monseigneur Henry, nouveau Dauphin et duc de Bretaignei lequel estoit auprès de la personne du Roy, son seigneur et père, eut en la teste de grans partiz inoontinant ceste nouvelle ouye, ne s*il fut si bien empressant à Tentour de ceux qu'il sçavoit avoir envers ledict seigneur plus grand et plus favorable accez, pour luy aider et tenir main à impetrer son congé d'aller au camp. Et fut si grande son affection et ardeur à ceste entreprise, que pour la peur qu*il avoit de n'y arriver à temps, il faisoit l'Empereur au double plus entreprenant et prompt de nous venir assaillir que l'yssue et refTect ne le monstrerent ; tant y a que tous les devis et propos de luy avecques ses familiers n'estoient jamais autres que de ceste affaire. Et s'il advenoit (disoit il entr'eux) que de maie adveiiture l'Empereur y arrivast plustost que luy, en sorte que luy ne fust assez à temps pour le recueillir, quelle espérance pourroit estre la sienne de recouvrer jamais occasion d'apprendre sa guerre ne de faire preuve de sa personne en si juste et honorable querelle, ne contre si digne et sortable ennemy, au degré auquel il avoit pieu à Dieu le constituer, qu'en la querelle éi defîense de la patrie et pour en repousser un agret** seur, et contre un Empereur auparavant et tant de fois victorieux, et par apparence de l'appareil que nous avions et du bon droit que nous sousteniom exposé maintenant à estre vaincu ; et quoy que soit, tel ennemy qu'en rapportant victoire de luy, elle ne pouvoit estre sinon l'une des plus honnorables el
Août I&86) SIPTItm UTKl. fH
IrMimphtnIcs qui fust oooquet rapportée d'hommes, eslaol ▼aÎDOU en bien oombtitant, on ne pouvoit «v«oques b perte en rapporter honte. Telles estoient ses considenUiops et remonstranoes ; et desquelles toutesibis ne se promettant assez brefvc expédition, par le seul crédit de ceux qui tors estoient autour du Roy, ainsy que rien n'est assez prompt à qui ardemment désire et attent, il y voulut adjouster tous autres moyens, et envoya message sur message jusques au camp devers le sire de Montmorency, lieutenant gênerai dessusdict, duquel il eut lettres au Roy et iKMnme portant {)arolles à ceste fin, telles ({ue luy voulut les souhaitter. Le Roy, qui en effect avoit plaisir de recognoistre en son Bis pareille ardeur et affection au faict des armes et à faire actes de vertu, comme il les avoit lorsqu'il estoit en Taage que maintenant il voioit estre son fils, tant plus il approuvoit en soy mesme oeste sienne bonne et prompte volonté, tant plus se rendit difficile à luy accorder sa requeste, voulant par ce simulé refliis luy enflamber davantage le ciieur ja embrasé d'honnesteté, désir et affection d'aoquerir la gloire et honneur en sa première jeunesse. A la parfin, il se laissa vaincre de prières, ou, pour mieux dire, faignant de se laisser vaincre, luy •coorda comme demy envis la chose que plus il devsiroit. Deija voioit il ses forces unies et prestes, et telles qu'il luy sembloit (sans encourir blasme de témérité) pouvoir assembler désormais avecques son ennemy, et mettre à exécution la volonté qu'il avoit tousjours eue de tirer droit en personne la part (fue tiroit sondict ennemy pour le combattre. Et à ceste cause, sçachant que mondict seigneur son fils (lequel il n'eust
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voulu souffrir faire sa preuve ou apprentissage aux armes en entreprise trop hazardeuse) seroit si bien aooompagné, qu'il ne pourroit (ayant Dieu en son aide) tomber en inconvénient de honte ne de perte, aussi que luy estoit pour Tacconsuivrc bien tost après, il voulut bien pour eslever et nourrir tousjours cette plante d'honneur et vertu fructifiante au noble cueur de ce jeune prince, luy donner ceste usure et fruition de gloire, que de luy bailler en ceste jeunesse le nom et tiltre de cbief et gênerai d'une telle armée, et contre un si puissant ennemy que l'Empereur en propre personne.
Donques, accordé qu'il luy eust ceste reqnesle, se retournant vers luy et de regard et de pensée, luy commença dire en oeste manière : « Vous allez (mon fils), avecqucs mon bon congé et d'une afifection et désir que je ne blasme en vous, apprendre un meslier que, pour l'attente à laquelle vous estes nourry, il est requis et nécessaire que vous sçachiez, pour toutesfois en user, quand pour ce faire vous aurez espérance d'estraindre les occasions d'en user par après ou plus souvent, ou à la grande foulle et hazard de la republicque. Vous trouverez là monsieur le grand maistre et avecqucs luy plusieurs bons capitaines, ausquels je doy pour le grand désir qu'ils ont de faire bon service à moy et à la couronne. A luy vous direz particulièrement comment vous allez là, non pour commander à présent, mais pour apprendre à commander au temps advenir; à luy et aux autres ensemble vous direz comment vous y allez, pour apprendre d'eulx leur mestier, et les prierex qu'ils vous donnent le moien de faire tel appreotimge que
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oe aoil à vostre honneur et au leur, et au service de Dieu premièrement et puis de la chose publicque de ce royaume. Soyez doulx et privé parmy eux et mettes peine d'acquérir leur grâce, ainsi qu'avoit très bien coauDeooé voalre frère, et gaingoes ce poinct sur toitles dioêes, que Ton vous trouve tel, que si vous n'ettct celuy que vous estes, on eust cause de désirer que iront le (îiâsiez. > Après ces remonstrances faittes, roondid seigiieur le Dauphin print congé de luy, et ne tarda gueres à estre prest de desloger. Là se congneut Tardant désir et affection de la jeune noblesse de la cour au mestier et exercice des armes, car il n*y eut celuy, auquel naturelle inclination et appétit de gloire et honneur ne (ist trouver en un instant son appareil et equippage prcst à partir. Trois jours après arriva monseigneur le Dauf)hin en son camp*, et vint le sire de Montmorancy au devant de luy jusques au deçà du pont de Sorgue' le recueillir, avecques bon nombre de capitaines et autres plus appareos du camp; et ceste compagnie le conduisit en son logis, lequel il luy laissa comme à supérieur et chef par dessus luy. Mais monseigneur le Dauphin ne le voulut soufTrir desloger, oins se contenta d'une partie dudict logis, et demeurèrent logez ensemble, ledict sire de Montmorancy faisant sa charge ainsi qu'il avoit faici auparavant, et mondict seigneur se gouvernant entièrement en toutes choses par le conseil et advis de luy.
Renconires et escarmouches en Provence. — Desja
i. Le 2 septembre. Voir U lettre du duc d'Orléans au sieur de Homières, 4 sept. (Bibl. nat., ms. fr. 3008, fol. 146). 2. Sorgaes, cant. de Bédarrides, arr. d'Arignon (Vaaclnse).
un MÉMOIRIS Dl GUlLLAUm DU SELLAT. (Août I&9S
cstoit venue au camp la nouvelle comment TEmpercur estoit party de devaol Marseille, mais le duc d'Albe et les autres que ledid seigneur y avoil laissez tenoyent encores la ville assiégée S plus toutetfois par contenance que soubs espoir ou intention de la forcer, et seulement en espérance ou d'attirer ceux de dedans à faire quelque téméraire saillie, ou le camp du Roy à venir donner secours aux assiégez et par oe moyen en (juelque lieu opportun et à leur advaotage pour le combattre. Car l'Empereur estoit si près, ({u'ayant advis du deslogemenl du camp du Roy, il pouvoit facilement prévenir et se venir à temps Joindre à eux, mais pour néant fut ceste leur délibération; car ceux de dedans avoyent bons chefs qui ne les laissoyent sortir sinon à propos et au dommage tousjours de Tennemy. Et quant au deslogement du camp, le sire de Montmorency qui avoit pieça délibéré ce qu'il en vouloit et debvoit faire, et tous les jours ou par espies ou par tcsmoignagc des prisonniers, ou par tous les deux accordans ensemble avoit si certaines nouvelles du camp ennemy et de toutes les entreprises qui se dressoyent, voire des délibérations de leur conseil, et incontinant qu'ils s'oublioyent, faisoit icelles mettre à exécution encores qu'il se voioit en main la victoire seure, et sans bazarder les forces ne Testât du Roy son maistre ; si estoit ce que nooobstant ({u'il cust tousjours depuis la surprise de Brignolles tendu principalement à ceste fin, de faire que noz gens en feussent d'autant plus advisez et reteouz à essayer la fortune que l'ennemy en estoit plus hazardeux et plus entreprenant, il n'avoit voulu