Jean de Hnmières, chevalier de Malte et commandear
Août <S36I HUmtn LIVRl. 809
caDOO. Let oomte de Nansau et du Reux, voiaos les oiioaea attor autreroeiit qu'ib ne dasiroient, feireat aooner la retraitle.
Lea trois jours ensuivaos, ils tirèrent continuellement à ooitp perdu dedans la ville contre les maisons et y kartni du dommage beaucoup. Le jour de la feste Saioci Bertbelemy*, le comte de Nansau envoia par un trompette sommer ceux de dedans qu'ils eussent à se rendre dedans vingt quatre heures, autrement s*il prenoit la ville, il la raettroit à feu et a sang. A quoy fut respondu par monsieur le mareschal, eu Tadvia et opinion de tous les autres capitaines, qu'ils avoient délibéré de si bien garder la ville qu'on n'y enlreroit sinon par dessus leurs ventres, mais que plustost ils esperoient en sortir par dessus ceux des ennemis. Le comte de Nansau, ceste response ouye, ordonna qu'au lendemain on recommençast la batterie de plus fort en plus fort, et par tous les endroicts et quartiers de la ville; à quoy feut si bien obey par le maistre d'artillerie, ayant septante deux pièces d'artillerie en batterie, qu'il feit brèche en plusieurs lieux et endommagea fort la grosse tour de la ville. Mais la diligence fut telle de ceux de dedans de remparer tout durant la nuict, que l'ennemy veit au lendemain noatio qu'il avoit faict brèche pour néant. Le jour Saioct Loys, ils recommencèrent la batterie par quatre lieux, avec six canons entre deux tours estans entre la porte Saioct Nicolas et la porte Sainct Sauveur, et d'autres dix contre lesdittes portes et contre la cour-
d'Efttrepignj. Voir Pièce* et document» relatif» au »iège de Pérotuu cH i536. Tecbeoer, 1864, p. 14. 1. Le jeodi 24 aoAt.
310 MF^MOIRES DE MARTIN DU BKLLAY. f Ao«t 4IM
tine des murailles depuis l'une porte jusques à Tautrt» Un peu au dessous avoient mis six pièces dont fli battoient continuellement la brèche du jour précédant* pour endommager le rempart qu'on y avoit faict et empescher qu'on y remparast davantage. D'autres sept pièces* ils continuèrent la batterie commancée les jours precedens contre la porte de Paris et contre b courtine prochaine, et dura cesie batterie jusques sur les trois heures après niidy. Et lors cessant la batterie, viiidrent les ennemis en grande furie, les uns avec grand nombre d'escbelles bonnes et bien doubles et renforcées, pour les dresser contre les murailles, les autres à l'endroict des brèches, en espérance que donnant l'assault en plusieurs et divers lieux, ceux de dedans ne suffîroient à mettre gens par tous endroicts. Par trois fois, ils s'efforcèrent de monter et par trois fois furent vaillamment repoussez avecques grosse perte des leurs, entre lesquels y moururent trois porteurs d'enseigne, qui furent tuez sur la brèche de la porte de Paris, laquelle avoit en chaire le seigneur Sainct Seval, et bien cinquante hommes d'armes, qu'archers, que d*une que d'autres bandes.
Les seigneurs de Nansau, du Reux, qui estoient ce pendant en armes, l'un d'un costé du mont Sainct Quentin, l'autre du costé de la porte de Paris, vojans la perte et dommage de leurs gens, feirent sonner la retraitte, auquel son se trouvèrent leurs gens beaucoup plus prompts et diligens qu'ils n'avoient esté à marcher à l'assault; car de la haste qu'ils eurent de ae retirer, ils laissèrent vingt six eschelles dressées contre la muraille, lesquelles furent par ceux de la ville tirées dedans. Messieurs le mareschal et autres capitaines
AoAt îhX\ HUmÈMB UVM. 311
(œb Cûct) se retirèrent à Teglise, pour louer et remerewr Dieu, et là trouvèrent le clergé, qui durant TaMMilt avoit faict prooeaaion autour de la ville, reeommiiMkot à Diea la protection et conservation d*iee8e*. Yojana les seigneurs de Nansau et du Reux qu'ils ne pouvoyent riens profiler et ooogooissaiis que la groise tour du cbasteau deffendoit la brèche qu*avoit eo garde le comte Dammartin et celle qu*avoil en garde le seigneur de Sercu, dont ils estoyent merveilleuseineiit ofTeoset, se convertirent à la mine, mais ce pendant ne laissoyent à tirer ordinairement contre les iDaitons de la ville à coup perdu, jettans feuz artificiels, pour embrazer les maisons, qui sont en grand partie édifices de bois, el de faict en bruslerent un bon nombre. Car, quand ils voyoient le feu allumé en une maison, ils dressoyent en celle part rartillerie, pour empesdier que le peuple ne s*y assemblast à estaindre
1. Cest dans l'asMot de ceUe journée du 25 que se place l'héroïsme d'une dame de Péronne qui, défendant une brèche, aurait réussi i mettre la main sur une enseigne ennemie et tué celai qui la portait. « L'homme digne de foy • dont le P. Fenier a reprôdoit le récit ne présente pas les faits exactement de cette iii^OB. « il dit seulement que, comme tous ceux qui ne pooToient pas combattre étoient en prière sur la place où le clergé séculier et régulier faisoit la procession pour détourner le léui àt la colère de Dieu et les délivrer des mains de leurs «meoiis, il arriva une femme toute triomphante avec un étendart en main qui crioit victoire gagnée... Mais il faut avouer qu'on n'a pas d'assurance de quelle manière cet étendart lui étoit tombé entre les mains, pas un historien ne faisant mention de cette circonstance • (Relation, etc., p. 48). Selon les uns, l'héroïne péronaaise s'appelait Catherine de Poix ; selon d'antres, et c'est la tradition U plus populaire, Blarie Fonré (Pièce» et document», p. 27-28).
312 MÉMOIRES DE MAKTIN DU BELLAY. [AoAt 1536
le feu, de sorte qu*il alloit prenant de maison en autre ; et par un jour entre autres eust esté la ville en danger d'est re brusiée, si Dieu n'eust par sa graoe envoyé une forte pluye, laquelle estaingnit le feu, et non sans que ceste chose fust par amis et ennemis tournée à miracle divin.
Monseigneur le mareschal et les autres capitaines estoyent bien advertiz que les ennemis s'estoyent mis à miner, mais ne sçavoient pas bien au vray en quelle part. A ceste cause, ils mirent dehors le capitaine Damielte, enseigne du seigneur de Sercu, avecques environ douze ou quinze hommes choisis des bandes du seigneur de Sercu et de Sainct Seval, lesquels, sortis par une faulce porte du chasteau, marchèrent du costé qu'ils veirent les trenchées et trouvèrent les pionniers et mineurs au droict de la grosse tour du chasteau, sur lesquels chargèrent à l'improviste et en tuèrent jusques au nombre de xxiiii ou xxv et en amenèrent six, entre lesquels estoit un capitaine, nommé le seigneur de Noyelles, qui avoit esté ordonné pour l'escorte d'iceux pionniers; lesquels rapportèrent au vray Testât et endroit de la mine, à quoy il fut diligemment pourveu pour contreminer, mais si mal advint que le comte Dammartin y fut tué, ainsi que je diray par cy après. La chose qui plus donnoit effroy à ceux de la ville, tant capitaines, gens de guerre qu'autres, estoit la faulte qu'ils a voient de arquebuziers et de poudres; car ils en avoient si peu que si l'ennemy feust retourné donner Tassault, à bien grand peine eussent ils eu moyen de se deffendre. Mais, quelques jours au paravant, monsieur le aMuretchal prévoyant ceste nécessité avoit à force de doM et (MXH
Aoftt 15M] HumÈm uvMi. 313
meetcê pemadé à un bon soldat* d'entreprendre le voyage devers messetgneurt de Veodosme et de Guyse esUns à Haro, pour ioeux advertir de oest affiure. Ledit messager, descendu par une corde es maraiz, diemioft tant qu'il en sortit hors et eust si bonne fortune qu'il arriva devers lesdits seigneurs, qui au plus diligemment que possible fut y donnèrent ordre.
MooseigiMur Claude de Lorraine, duc de Guyse, print cesie charge sur soy et deslogea avecques environ deux eeos hommes d'armes et arriva de nuict auprès du camp des ennemis, du costé où estoit logé moo- •icttr du Reux ; et après avoir conduict secrettement et sans bruit jusqucs sur le bord des maraiz environ quatre cens arquebuziers choisis, ausquels bailla pour guide le mesme m^sager qui estoit venu vers luy, il donna soudainement l'alarme par tous les endroicts du camp des ennemis et avoit de propos délibéré, amené tous les trompettes qu'il avoit peu assembler, lesquels tous en un mesme instant espandus de toutes parts, leur commanda de sonner dedans, en telle sorte que le camp impérial se meit en armes et se joignirent ensemble lesdicts seigneurs de Nansau et du Reux, chacun en son ordre, comme pour donner ou recevoir la bataille. Les arquebuziers, dont j'ay cy dessus parlé, durant ce gros alarme qui empeschoit que l'ennemy entendist ailleurs et qu'il ne pouvoit ouyr le flot de l'eau, par où ils cheminoyent, suivans leur guide, arrivèrent au mesme lieu, par où leurditte guide avoit passé, et furent tirez dedans, chacun un sac de pouldrc
i. 11 s'appeUit Jean de Haizecoort et était originaire de Montdidier (Pièee$ et documents retatifê au tiège de la vilU de Péronme, p. 22-24).
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pesant dix livres sur leur col. Desja commençoit le jour à poindre et s*estoil mondict seigneur de Guyse retiré aveoques sa trouppe en lieu quMI estoit hors du danger de Tennemy, quand ses arqucbuziers furent descouvers et furent monstrez ausdits comte de Nansau et du Reux, montans à la file sur la muraille, chose qui merveylleusement leur despleut, car ils ne sçavoyent pas bien quel nombre de gens ne quelle quantité de pouldres on pouvoit avoit mis dedans. Pour aller sur la queue du duc de Guy se, qui se retiroit, ayant exploité son entreprise à souhaict, ils ordonnèrent quelque nombre de chevaulx, mais ledict seigneur avoit mis ses gens en bataille, de sorte que Tennemy ne l'osa enfoncer^ . Le quatriesme jour de septembre, le comte de Nansau envoya un trompette vers ledict seigneur mareschal de la Marche luy dire de sa part que s'il vouloil luy rendre la ville en proye et pillage pour trois jours durant, il donneroit la vie sauve à luy et à tous les capitaines et gens de guerre, sinon il mettroit tout à feu et à sang, sans excepter personne, de quelque estât ou condition qu'il fusL A quoy fut respondu par ledict mareschal que, si alors qu'il avoit faulte et de arquebusiers et de poudres, on luy eust porté ceste parolle, il n*eust voulu y prester l'oreille, et moins le feroit à présent qu'il avoit en abondance ce que auparavant luy deffailloit pour recueillir son enoemy.
Mort du comte de Dammariin, — Ceste reapoose
1 . C'est dans U nuit da 28 au 29 août que le duc de Goiae réussit à iotroduire ses trois cents arquebusiers chargés de poudre dans Péronne. Voir une lettre, du duc de VaadôOM au roi, du 31 août.
8«pt. I&M] HLTrttMB UVRI. 315
ouye par ledit seigneur comte, il oommaDcla qu'au lendetnain au matin on mist le feu en la mine, qui deifa estoit preste souhs la grosse tour du chasteau. Ce matin mesroe, le comte de Dammartin (lequel jour et nuirt travailloît incessamment à faire tout ce qu'un bon chef el capitaine doibt faire en telle nécessité et roesme avoit mis quatorze chcsnes pour estançons, pour sousteoir le costé de la tour devers b ville, et aussi avoit faict une platte forme au milieu du chasteau de la hauteur desdi<^es cfaesncs, pour, estant bdide tour par terre, venir au combat) estoit de bon matin entré en une contrcmiiie qu'il faisoit faire, pour éventer la mine des ennemis; et ce pendant qu*il 7 estoit, fut mis le feu en laditte mine, laquelle emporta grande partie d'icelle grosse tour et sous les ruines accabla iedict seigneur comte, dont ce fut aux François très grand dommage, car il estoit bon capitaine et bien homme de guerre. Le Roy depuis, en mémoire et contemplation des services qu'il luy avoit faicts, retira et print en sa protection les enfans dudit comte. La tour ainsi abbatue, les ennemis y ▼indrent donner Tassault, desquels de prime face y entra trois ou quatre enseignes des ennemis sur le hault du chasteau par laditte ruine ; mais le seigneur de Moyencourt avecqucs trente ou quarante hommes d'armes, tant de la compagnie de mondit seigneur le maresdial, dont il estoit lieutenant, que de celle dudit comte, rasieurant les soldats qui estoient estonnez, chargea les eooemis de telle vigueur qu'il les renversa dedans les fossez et recouit le seigneur de Couldray *
1. Georges Da Pay, ûettrdn Coudray, panetier ordinaire du roi (Cafo/ofue d«$ acte», t. Vi, o* 21815].
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et ceux desdittes compagnies, lesquels estoient eoterrez soubs ladite tour; parquoy Tassault des Impériaux fui inutil et y perdirent deux ou trois cens hommes.
Retraite du comte de Nansau. — Le jour etisuivant, qui estoit la Teste Nostre Dame^ ils recommencèrent la batterie contre ce qui estoit dcmouré debout de ladite grosse tour du chasteau et la ruinèrent entièrement; puis y donnèrent un autre assault autant furieux que nul des autres, mais ils en furent si vaillamment repoulsez qu'il leur (ut force de se retirer, et au lendemain furent trouvez morts en la tour plus de trois cens lansc}uenet8 et vingt hommes d'armes des leurs. Le lendemain tirèrent encores à coup perdu contre les maisons de la ville; le dimenche ensuivant ils battirent tout le jour la tour du beflfroy, où estoit assise la cloche du guet de la ville, et fcirent contenance de donner assault et en effect dressèrent grand nombre d'eschelles contre les murailles, mais sur les dix heures du soir, ib commencèrent à retirer leur artillerie et sur les deux heures après la minuict ils deslogerent et meirent le feu en leurs loges et par toutes les maisons des villages voisins*. Le comte de Nansau avecques ses lansquenets print le chemin d'Arras : le seigneur du Reux le chemin vers Cambray, avec les Hennuycrs, Ârtaisiens et Flamens, et les Liégeois et Namurois devers Bapaulme, menant chacune trouppe avec soy une partie de l'arlillerie.
Suece% des affaires du Roy en Provence, — Geste nouvelle entendue par le Roy, il feit faire parmy son
i. Le 8 septembre : c'étAÎt un vendredi. 2. Iji retraite se produisit dans la nuit du dimancbt 10 an lundi li.
8epi. I&S6) HumÈm uvRi. HT
camp une procession générale, où Mftistereni tous les princes tempords et spirituels, mesmes tous les capitaines et gens de guerre pour louer Dieu de Tayde et faveur qu'il luj avoit faicl». Après la procession faicte et le repas prins, il assembla son Conseil et meit en délibération, à sçavoir s*il devoit, ensuivant sa première intention, marcher à la suitte de l'Empereur et passer jusques en Italie. Mais il fut advisé par le Conseil qa*esûiit desja sa gendarmerie acheminée bien avant devers Lyon avec le nombre de gens de pied qu'il y avoit ordonnez, ledit seigneur Empereur, avant que le Roy eust reuny son camp, pourroit estre eslongné si avant que ledit seigneur Roy ne le poun'oil plus •cooosuivre et que de passer en Italie sa personne, aiant l'hiver desja si près, il ne sembloit estre chose raisonnable, toutesfois ne fut le Roy ne son Conseil d'avis de rompre encores son camp, car il estoit bien adverty que l'Empereur estoit arresté (comme j'ay dit) au lieu de Frejus; et combien que ce fust l'opinion de tous, que le vent contraire l'y relenoit, le Roy nonobstant craignoit quelque autre entreprise. L'Empereur à la vérité s'en alloit fort desplaisant d'avoir si mal exécuté qu'il avoit, et ne s'eslongnoit de vraysemblable que si le Roy se fust légèrement party, l'occasion s'offrantc eust peu mouvoir ledit sei- .gneur Empereur de rebourser son chemin et de nouveau tenter sa fortune; si est ce que son espérance ne tendoit point si haut, et avoit esté mis en délibération de son Conseil, qu'il s'embarquast avecques ses Espagnols et se retirast en Espagne; mais crainte que les lansquenets ne se mutinassent (comme par effect en fut quelque apparence) s'il se fust party d*eux.
318 MtmWllt»aB MABTm du BELLAY. [8«pl. 1536
les laissant au hazard et danger de Tenneniy, luy feit changer ceste délibération, comme il a esté dit cj dessus.
Journellement estoit le Roy adverty par noz geos qui estoient à la suitte dudit seigneur Empereur et par espies et prisonniers, comme toutes choses se portment au camp impérial, si est ce que doubte (comme dit est) de donner occasion à Tennemy de faire nouvelle entreprise, retenoit (et non sans cause) le Roy en souspeçon; si ne voulut il ce pendant perdre le temps, ains donna charge de son camp à monseigneur le mareschal d'Âubigny ; luy avec la suitte de sa maison, prenant en sa compagnie le seigneur de Montmoraocy, délibéra d'aller visiter le païs qui avoit esté gasté par les ennemis, aBn de donner ordre par tout et soulager son peuple qui avoit enduré pour la guerre, aussi pour ordonner les fortiBcalioos qu*il entendoit estre faittes par après, es principales villes de la frontière, tant de Provence que de Languedoc'. Et premièrement il visita Marccille^; à Aix, ne voulut aller, pour ne veoir à Toeil la désolation qui y avoit esté faictc, mais y envoya le seigneur de Langey, auquel donna charge de la bien visiter et de luy faire rapport des plus nécessaires et urgentes réparations
1. Ce voyage de François I** se place entre les 18 et 23 septembre. Voir les lettres de Breton au chancelier Dubourg, Avignon, 18 et 24 teptembre, et à Jean da Bellajr, Arles, 19 septembre (Arch. nat., J 968* 6, 7; Bibl. nat., Dopay 266» fol. 297).
9. François I*' arriva à Marseille le mercredi 20 septembre et en repartit le lendemain après avoir visite le cbitean é'U nouvellement construit, celui de Notre-Dame-de*la -Garde et les divers ouvrages fortifiés de la ville. Voir le Journatàt Valbelle, fol. 202.
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qu*il j oonviendroil faire. Ledit seigneur de Langey, partant de Maroeille, vint h laditte ville d'Aix, laquelle il trouva fort gastée et dcsoléc, de tous les gasta et detolaUoiM que guerre peult amener en une ville rendue à Tennemy sans résistance, fors du feu, dont l'enoemy n'avoit usé à son partement, bien que plusieurs eussent esté de cest advis, niais l'Empereur le dcffendit expressément, et ne fut mis le feu sinon au palais où se tenoit le Parlement et principalement à la Chambre des comptes, et ce par commandement du duc de Savoye, lequel voulut assister en personne à la venir brusier. Il ne se sçayt que par imagination, qu'en oe disant il ayt espéré brusier tous les tillres, hommages et denombremens rendus aux comtes de Provence par la noblesse, villes et communauté/ de Piemont, et par lesquels il se peult faire foy, que ledit païs de Piémont appartient au comte de Provence.
Mais en cela son espérance a esté vaine, car dès le commencement que la ville fut jugée non gardable, noonseigneur le grand maistre, prévoyant ce qu'advenir pourroit et qui advint, avoit faict encasser tous iceux titres et enseignemens et les avoit sur mullels envoyez en un sien cbasteau forte place nommée les Baulx*. Ledit seigneur de Langey, appeliez avecques luy le président' et un nombre de conseillers et les principaux de la ville qui s*y trouvèrent pour lors, et Tadvis eu des maistres charpentiers, maçons et autres
i. Le« Baux, cant. de Saint-Rémy, arr. d'Arles (Boaches-du- Rhône).
2. Barthëlemj de Ghasseneoz, premier président au Parlement de Provence depuis le 17 août 1532. Vuir Pignot, BartkéUm^ de ChttMStnetu. Paris, 18S0, et Fleury Vindry, ies Parkmemêaire» frûHçaiê au XVP $iècU, t. I, p. 20.
320 MtMOIBM DB MARTIN DU BILLAT. [8«|it. tl36
servans au faict de bastimens« feit esUmer combien U pourroit couster à reparer le dommage faict et l'esti» mation faictc en deniers, retourna vers le Roy qu*il trouva sur le chemin, arrivant à Arles, auquel Ueo ledit seigneur, après avoir ouy son rapport, ordonna iadittc somme estre délivrée es mains de trésoriers et commissaires, pour employer audittes réparations.
Le Roy, après avoir visité laditte ville d'Arles, s*a|; retourna en Avignon pour estre près de son camp ; et là vint devers luy de la part du comte de Tende, lequel, depuis le partement du capitaine Bonneval d*avecques luy, avoit tousjours avecques le seigneur Jean Paule et autres suivy la retraitte de l'Empereur jusques à Nice, dont il envoyoit asseurer et donner certaine et indubitable nouvelle au Roy, que non seulement l'Empereur (s'il eust voulu retourner en arrière) n'eust eu le moyen de trouver vivres, mais que mesme ledit comte et ceux qui estoient avecques luy encores qu'ils eussent le palis favorable estoient la pluspart du temps sans manger un jour entier et leurs clievaui sans manger autre chose que du broult.
Occasion de V ambassade en Angleterre, — Sur ce, ledit seigneur se délibéra de retourner à Lion et là faire quelque séjour pour donner ordre à ses afiaires et en passant revisiter ses villes de Tarascon, Beauquaire et Vallence, pour ordonner sur la despense qu*i| jugeroit estre nécessaire par chacun mois, pour continuer les fortifications encommencées. Sur chemin il receut les lettres de l'evesque de Therbes, son ambassadeur résidant auprès du roy d'Angleterre, par le^ quelles il fut adverty que les ambassadeurs estans auprès de luy, de la part dudit seigneur roy d'Angleterre, avoient informé leur maistre autrement que
8«pi. 1181) HurriKMS uvii. m
b vérité D*estoit du (aid de U venue et retraille de TEmpereur et de toute» choses qui eo dependoieot, disent lesdits ambassadeurs que T Empereur s'estoit retiré seulement pur un stratagème, et que voyant S. M. que pour dommage qui se feit au pais du Roy, oe le pouvoil attirer à la bataille, avoit voulu essayer ce moyeo de retraitte, pour essayer si le Roy pensant icelle retraitte estre véritable, prendroit courage de le suivre, et que luy par ce moyen altirasl ledit seigneur Roy à la bataille; pour faire sa retraitte plus vreyaemblable luy roesme avoit faict courir le bruit, qu*en son camp on mouroit de faim et que desja il avoit perdu plus que le tiers de ses gens, et en apparence grande de bien tost perdre le demourant, s'il ne se retirait, mais qu'en effect il n'avoit telle faulte de vivres que l'on disoit et n'avoit point perdu jusques à deux mille hommes depuis son parlement d'Italie; •djoustant lesdits amt>assadeurs que jamais depuis la prise des seigneurs de Montejean et de Boisy, homme de camp du Roy, avoit osé entreprendre de donner un sei^ aWiiie au camp dudit seigneur Empereur, ne ■Memement le suivre sur la queue à son deslogement d*Aix; et que œ voyant l'Empereur s'estoit arresté à Nice, attendant que le Roy feust eslongné, pour incontinant retourner en Provence, qu'il trouveroit desgarnie d'hommes et qu'il pourroit avant que le Roy eust rallié ses forces occuper toutes les places de conséquence, tant dudit païs de Provence que de Languedoc, jusques à l'entrée d'Espagne, et pour conduire ceste entreprise plus brièvement à efiect, il avoit faict lever gens en Espagne pour venir au devant de luy par le Languedoc.
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Sft MÉMOIRES DB MAATIN DU BELLAY. (Sept. 4&a6
Tels estoieot les adverlissemeiis donnez au roy d'Angleterre par ses ambassadeurs. Mais quant à ta retraitte de TEmpercur et ce qui avoit esté faict depuis la priiise desdils seigneurs de Boisy et de Montejean, ils escrivirent les choses tout au rebours. Quant aux desseings de TEmpereur de se faire seigneur et maistre des païs de Provence et de Languedoc, pour avoir tout à luy depuis Italie jusque» en Espagne, il est vraysemblable que ledit seigneur Empereur s*e»toit bien autant promis de sa félicité, sur laquelle il est accoustumé de fonder principalement ses entreprises. Et quoy que soit il ne tarda pas beaucoup après la retraitte dudit seigneur Empereur, que les Espagnols descendirent en la frontière de Languedoc, gua»tans et pillans tout ce qu'ils trouvoient es villes champestres et ouvertes; mais le lieutenant de monseigneur le grand maistre* au gouvernement dudit pals de Languedoc feit tel amas de gens du pais, sans mettre le Roy en aucune despense pour ceste inopinée descente, que lesdits païsans repoussèrent et rompirent lesdits Espagnols d'une telle ardeur et furie, qu'aussi tost fut adverty le Roy de leur retraitte comme de leur descente.
Ledit seigneur Roy, après avoir pesé la conséquence de ce faux advertissement donné audit roy d'Angleterre par ses ambassadeurs, et pour raison aussi (|u*il avoit délibéré donner madame Magdaleine, sa fille, au roy d'Escosse qui la demandoit à femme (chose qtie ledit roy d'Angleterre avoit tousjours crainct et empe»-
1. Pierre de Ca»teliuu-ClermoDt-LodèTe ; il moumt en 1S37 et fut alors remplacé p«r Antoine de Rocbechovart, tiear de S*int-Amand (Décrue, op. eii.t p. 296].
8t|ic. 1536] HrrntMi uvai. n$
cbé), à quoy toutesiots le Roy ne pouvoit faillir hon- HMtcimfnt, veu riostaoce et lon^e poursuitte qu'en •voit fuct le roy d'Etootse, et que sur la nouvelle à luy venue du gros encombrement de guerre qui ettoH veou sur (et liras du Hoy de tant de pars, il s'estoit eo ua meMDe temps, de son propre mouvement et saos aucune requeste du Roy, non seulement offert de courir une mesme fortune avec luy, mais s'estoit reaotu et mis en chemin pour ceste intention de venir eu personne à son secours, avec bon nombre de gens de M mlion, «cie qui bien meritoit d'estre par raison gruideiDent reoogneu ; pour ces deux causes, c'est à sçaY«r pour faire entendre au roy d'Angleterre la vérité du faict de Provence (dont le seigneur de la Pommeraye, son maistre d'hostel, ja cogneu et bien voulu dudit roy d'Angleterre pour les ambassades qu'il y avoit faictes, estoit amplement informé, pour avoir esté dès le commencement au faict des vivres des places, ainsi qu'il est dit cy devant) et pour faire trouver bon audit roy d'Angleterre le mariage de la fille du Roy avec le roy d'Ëscosse, aussi pour entendre rintention d'iceluy roy d'Angleterre sur une ouverture que ses ambassadeurs avoient souvent mise en avant audit seigneur Roy, qui estoit du mariage de monseigneur le duc d'OHeans avec madame Marie, fille dudit roy d'Angleterre, et de la royoe Catherine, sa première femme, le Roy ne voulant perdre l'amitié dudit roy d'Angleterre, et désirant selon sa naturelle inclination de demeurer ferme en ses alliances, et ne les changer que par contraincte et moult envis, depetcha ledit seigneur de la Pommeraye* devers