‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 80 sur 94 · Hem, arr. de DooUens (Somme · texte numérisé non relu

Hem, arr. de DooUens (Somme

2. Frévent, eant. d'Aazy-le-ChAteatt, arr. de Saint-Pol (Pasde-Calais).

3. Roraj, eant. de Fanqaembergues, arr. de Saint-Omar (Pas-de-Calais).

396 lOtMOIRIS Dl MARTIN DU BILLAT. T^uill. f5S7

de la oour de Parlement de Paris, et Nicolas Bertbereau^, secrétaire du Roy et de monseigneur le grand maistre; lesquels, se trouvant audit lieu de Bommy avec les députez de la part imperialle, après les choses bien débattues, fut conclu une suspeosioo d'armes pour trois mois, entre les païs du Roy et les Païs Bas de TEmpereur, et cependant seroit advisé s'il y auroit moyen de faire une paix entre ces deux grands princes et leurs alliez^.

Affaires de Piémont. — Je me suis lontemps tenu de parler des affaires de Piémont afin de mieux des> crire les choses advenues en Picardie, maintenant je paricray de ce qui y advint durant ce temps là.

Le Roy, partant pour son voyage de Hedin, avoit ordonné le seigneur de Humieres pour aller en Piemont', et premièrement alin d'estre seurement adverty en quel estât estoient les affaires de par delà, ayant entendu y avoir plusieurs differens entre les chefs de son armée et pour sçavoir les occasions desdittes divisions et différends qui y estoient, depescha le seigneur de Langey, messire Guillaume du Bellay, lequel, à son retour, vint trouver le Roy à la Contey (comme j'ay dit) à l'heure qu'il se retira de Pemes avecques son armée, retournant dudit voyage, qui luy feil

1. Nicolas Berthereau, sieur de Villier-le-Sec, concierge da Palais k Paris. Les pouvoirs pour traiter furent donnés U 20 juillet 1537 {Catalogue des actes, t. 111, n<> 91M).

2. La trêve de Bomy fut conclue le 30 juillet. Voir Duaoot, Corps tUptomatique , t. IV, n , p. 153; Décrue, op. eit.f p. 310-311.

3. Par lettres datées de Compiègne, 8 mars 1537 [Catahput des actes, t. VI, n* 21221).

MarMkvr. I&37] BUITttlfl UVftI. 397

eoieodre oe qu*il avoit trouvé et négocié audit pais, aimi que je vous reciteray cy après.

Cattu iêi differendê entre U comte Guy et le «0J-> gneur Cagmim de Gemuiguê. — Vous oe devei ignorer, par ce que j'ay descrit au oonnnenoeineDt de ce livre, comiiie le comte Guy de Rangoti arriva à Carignan avec rarmée du Roy, venant de la Mirandolle pour le •eoours de Turin, et comme le seigneur Cagnin de Gootagiie, sans le sceu dudit comte, composa avec ceux qui estoient pour la part imperiallc dedans le chaâtcau dudit Carignan, dont il ne fut content, parce qu'il luy sembla que c'estoit le roespriser, attendu qtt*il efloit lieutenant gênerai en Tarmée du Hoy. Et delà s*engendrerent quelques particularitez entre eux, qui continuèrent en manière que lesdits comte Guy et César Fregose, son beau frère, se bandèrent contre ledit sagneur Caguin, de sorte que le Roy fut cootrainct d*y envoyer (ainsi que dit est) le seigneur de Langey pour cognoistre de leurs différends et chercher le moyen de les mettre d'accord, et avec ce luy donna diarge d'entendre en quel estât estoient ses affaires de Piémont, lequel partit pour cest effect peu de temps avant que le Roy allast assiéger Hedin.

Estant arrivé la part où estoit le comte Guy, voulut particulièrement entendre les différends et raisons, tant d'une part que d'autre. Le comte Guy disoit qu'eocores qu'il eust pieu au Roy luy donner la principalle charge et le constituer son lieutenant gênerai en son armée, il avoit toutesfois déféré en tout ce qu'il luy avoit esté possible au seigneur Cagnin de Gonzague, tant pour l'ancienne servitude dudit Cagnin et de sa maison envers la couronne de France que pour

898 MÉM01RI8 OB MARTIN DU BILLAY. [Mart-aTT. 15tT

la qualité de saditte maison, et ce jusques à avoir esté ie plus de temps tenir le conseil au logis dudit seigneur Cagnin. Nonobstant lequel sien plus que debvoir, il ne Pavoit jamais peu entretenir en contentement qu'il n'ayt tousjours tendu à rompture plustost qu'à amitié, tenant des propos de luy qu'il ne debvoit tenir, se vantant ledit Cagnin de n*avoir changé de service comme ledit comte et d'avoir ouvertement porté l'ordre du Roy et non pas caché comme luy, adjoustant outre ce autres parolles malsonantes. Aussi ledit seigneur comte Guy ne se pouvoit contenter de la façon dont avoit esté usé à la reddition du chasteaa de Carignan et que depuis lors ils avoient esté plus mal ensemble qu'ils n'estoient auparavant, lequel malcontentement entr'eux s'augmenta encores d'avantage quand ledit Cagnin sceut qu'on luy avoit cassé partie de ses gens de pied et le bon recueil qu'avoit faict le Roy à César Fregose quand il luy vint faire la révérence au camp lez Avignon en la compagnie du seigneur d'Annebault; et aussy de quoy le Roy avoit ordonné qu'avenant le partement dudit comte Guy, ledit seigneur César demoureroit son lieutenant eo l'armée; et furent lors escrites et divulguées aucunes lettres au mespris et contentement dudit Cosar Fregose au nom de TAretin, lesquelles icelluy César disoit avoir vérifié avoir esté composées par ledit Cagnin, auquel pour ceste cause ledit César avoit envoyé un cartel de défiance.

Le seigneur de Langey remonstra audit eomte Gi^ et César Fregose le reculement et préjudice du ior» vice du Roy, par le moyen de ces differeos ei que, par les chapitres de l'ordre du Roy, les ohevtliers

mn^rr. 1517] HUmàm UYftI. IW

dudit ordre ne peuvent envoyer ny accepter cuiel ne combat l'un contre l'autre sans le congé de leur supérieur, qui est le Roy. Ledit Gesar s'excusa, disant D avoir jamais veu lesdits chapitres; aussi que pour son booneur il ne se pouvoit passer de faire ce qu'il avoit faiot, attendu l'enormité des propos semez contre luy par les lettres divulgoées au nom de TAretin ; toutesfots, pour ne désobéir au Roy et ne retarder ou reculer le bien de ses affiùres, il estoit content de ne passer outre, pendant que cest affaire dureroit, moyennant que ledit seigneur Cagnin ne passast outre de son costé.

Le seigneur Cagnin, d'autre part, se plaignoit qu*ayant luy mesnoe praticqué le comte Guy et amené Ml service du Roy, et se voulant accommoder et vivre unanimement audit service avecques luy, ce nonobstant le peu d'amitié qui estoit entr'eux auparavant, ledit comte avoit faict moindre estime de luy qu'il n'appartenoit ; et si bien en aucune chose il en avoit faict compte, ce avoit lousjours esté avec certaines parolles ambiguës et à double entente; et que le comte Guy, pour avancer Gesar Fregose, son beau frère, avoit tousjours tasché à le reculer et luy faire et procurer choses par lesquelles il voyoit ledit comte tendre évidemment à luy faire abandonner le service du Roy. Allegoit aussi l'ancienne servitude de sa maison, sa nourriture au service du Roy, sans y avoir jamais varié, combien qu'il en eust souvent esté recherché avecques grandes conditions. Allegoit aussi, outre ce,qu'il estoit autant homme de ser* vice (quant à sa personne) que ledit Gesar Fregose ; il avoit outre, tant de luy que de sa femme et de ses

400 MÉMOIRES DC MARTIN DU RILLAT. (IUr»«Tr. «kST

neveux, dont il avoit la garde de la minorité, estats et pais où il pouvoit lever et avoit levé gens pour le service du Roy et ses places prestes pour faire Tamas et le passage des gens pour venir audit service ; aussi disoit avoir attiré le comte de la Mirandolle audit service du Roy et avoir, pour ces causes, perdu son bien et quelques unes de ses places avoir esté desmolies.

Disoit d*avantagc que, dès le commencement que le Roy voulut lever gens, il n*avoit voulu capituler avecques ledit seigneur ainsi que les autres, seulement avoit déclaré Taffection qu'il avoit d'acquérir audit service augmentation d'honneur et de crédit, sans laquelle affection il fust demouré en sa noiiaon, en laquelle il avoit de quoy se tenir honorablement; toutesfois, voyant l'ennemy du Roy entré en France, il avoit eu seulement esgard à son affection de le servir à la nécessité non pas en ceste sienne diminution de réputation, chose qui luy estoit mise en avant par tou& ses parens et amis de par delà, qui luy desconseilloient de prendre et accepter une si peu honnorabie charge. Disoit d'avantage, qu'ayant esté accordé audit seigneur César Fregose tant de beaux partis sur la promesse qu'il avoit faicte de bailler Gennes au Roy, et lesquels partis estoient suffisans pour attirer au service du Roy un duc de Mantoue ou autre gros prince d'autre crédit que ledit César, que toutesfois il n'avoit rien seulement exécuté de sa promesse, mais s'en estoit mis à son devoir beaucoup moins qu'autres, se comprenant ledit seigneur Cagnin au nombre d'ioeux. Parquoy le Roy pouvoit honnestement diffîerer lesdits partis à luy accordez, à tout le moins oe luy faire bien ny honneur à luy, qui estoit nouveau

Marv-tTr. ISS7) KUrnilfl UTftI. 4<H

•erriteur, outre oe qui luy avoit esté promis au commeneemeot de la levée au préjudice de la reputatioo det anoiecis el bout serviteurs, se prétendant ioteresté, que pour bailler augmentation de gens de pied audit Gesar oq hty «voit oiMé les siens; disant que si on les luy eust essseï pour éviter et diminuer la despense« non pas poor en bailler à autre, ou bien que le Hoy le hiy eusl escrit, non pas y procéder en la manière qu*il avoit asié, qui estoit (à ce qu*il disoit) qu'il n*av(Mt aucune diose entendu de la casserie, sinon par le bruit de ses malveiilans qui s'en vanloient pour le vilUpender, il Teust plus patiemment porté.

Disoîl aussi que ceste avoit esté la cause qui Tavoit aeo d*escnre et dire ce qu'il a pensé servir à faire oogDoistre aux gens qui Peussent ignoré que s'il estoit mal traitté pour bien traitter ledit César cela n'estoit pour le mérite dudit Gesar, ne pour chose qu'il valust mieux que luy ; et si pour ceste cause ledit César Fregose luy avoit envoyé le cartel de combat, qu'il n'avoit peu faire moins que de l'accepter comme il avoit; et que, nonobstant qu'il eust délibéré de faire audit César de l'avantage plus qu'il ne de voit, afin de le faire venir au poinct du combat, il estoit toutesfois content pour ne reculer le service du Roy de différer jusques après l'exécution dudit service, «non que depuis la response faicte par luy audit cartel. César Fregose eust escrit autre chose qui vint cy après ou qui encores ne fust venue à sa cognoissance ou qu'il en escrivist d*icy en avant, à quoy il escheust de faire response pour son honneur; auquel cas il voulloit supplier le Roy de ne prendre à mauvaise part s*il le vouloit garder.

4M MÉMOIRIS Dl MARTIN DU BILLAY. [Mar»4vr. 4537

Au demourant, feit entendre audit seigneur de Lan* gey qu'il luy estoit besoin pour sa santé, voyant les affiûres pour lors n'estre gueres eschauffées, s'il poovoit avoir sauf conduit de se retirer à sa maison pour prendre l'eau des baings; et que« s'eschauffant les affaires, s'il piaisoit au Hoy luy donner charge honorable, il y viendroit en tel equippage qu'il luy feroit service et acquerroit honneur, sinon il demeureroit en sa maison, sauf que si le Roy raarchoit en personne il se retireroit vers luy pour luy faire service; et qu'il n'estoit délibéré, comme que ce fuat, de jamais porter la croix rouge. De toutes ces choses cy dessus, te seigneur de Langey adverlil le Roy, lequel vint trouver à la Gontey à l'heure qu'il se reliroit de Pemes avec son armée à son retour du voyage de Hedin et permist le Roy audit seigneur Cagnin de ae retirer en sa maison pour recouvrer sa santé.

Quelque temps auparavant, le TholosanS qui estoit un soldat natif de Gony, avoit assemblé quelque nombre d'hommes sans soulde pour le service du Roy, ayant seulement Tadveu du comte Guy, avec lesquels il avoit surpris la ville de Quiers sur les lmpe> riaux; mais le comte Guy ayant advertissemeot comme le marquis du Guast se preparoit pour la venir reprendre, y envoya le chevalier Assal avecques deux enseignes de gens de pied, dont il avoit la chaîne, et cinq cens hommes des bandes du chevalier de Birague, iequels, avec ledit Tholosan, la gardèrent et repoussèrent leurs ennemis en deux aaaauUs qui leur furent donnez, dont le chevalier Assal entra eo

1. Antoine Tholosan, capiuine italien {Catalcgut tUs «elM, t. VUI, n* 31014).

Man-ftTr. 1S971 HVmtin UVll. 403

une œrtaioe grtodeur, de sorte qu'il escnvit lettres au comte Guy aiiMi arrogantes en se maguttiant autant que s'il euil oonquis un empire. Cbooe que ledit comte trouva de fort mauvaise digestion, disant que s'il y tvoit iioiuieur« il appartenoit au Tholosan pluslost qu'à luy, car il avoit pnns la ville et avoit autant eu tl'lionneur à la garder que ledit Assal ; bien advouoit ledit comte que ledit Assal estoit gentil soldat et qui avoit biea faict son devoir.

Brief. ledit seigneur de Ljiogey avoit trouvé les tMatê du Hoy en telle combustion qu'après avoir poarveu au marquisat de Saluces au nom dudict MÎgneur, ainsi qu'il en avoit commission, il revint loy (comme dict est) pour Tadvertir de toutes et qu'il estoit besoing d'y pourveoir promptameot s'il ne vouloit perdre le païs; car l'armée impériale, de jour en autre, se rentbrçoit et la Dostre diminuoit, pour les partialitez qui estoient entre les chefs. Et feit entendre au Roy que si monsieur de Humieres (lequel, partant pour son voyage de Hedin. il avoit ordonné pour aller en Piémont) y arrivoit sans avoir une teste de uii ou v mille Suisses ou lansquenets et quelque renfort de gendarmerie, il ne voyoit moyen qu'il fust maistre de la campagne et que, l'abandonnant (veu la mauvaise provision qui estoit dedans les places), il y avoit apparence d'évidente perte pour le Roy.

Préparatifs du Hoy pour Piémont et Picardie. — Le Roy. ayant entendu audit lieu de la Gontey le rapport dudit seigneur de Langey. et. après avoir mis les provisions à ses nouvelles oooquestes comme Hedin et Sainct Paul, délibéra de rompre son camp et ordonna

404 MBMOIRKS DE HARUN DU BELLAY. [Mai IS37

de faire marcher les chevaux légers droict en Piemonl pour renforcer l'armée qui y estoit, puis manda au duc Chrestofle de Witemberg, qui amenoit dix mille lansquenets à son service, de prendre pareillemenl le chemin de Piémont pour se joindre avecques noondil seigneur de Humieres. Mais avant que lesdits chevaux légers eussent passé Uon, ayant advertissement que Parmée de l'Empereur marchoit pour venir à Saint Paul, ainsi qu'avez entendu, contremanda les dievaux légers, faisant tousjours acheminer les lansquenets, et conclut de lever la charge de son armée au comte Guy et l'envoyer en Italie pour autres entreprises à son service. Aussi furent envoyez pour recueillir lesdits Allemans et faire leurs monstres et les conduire le seigneur de la Roche Matignon * et le seigneur de Borran, commissaire ordinaire de la guerre. Et desja le Roy avoit depesché trois ou quatre cens hommes d'armes, sçavoir est le baron de Curton avccqutt cinquante hommes d'armes, le seigneur de la Fayette cinquante, la compagnie du prince de Melpbe de cinquante et soixante de la compagnie de monseigneur le Dauphin, dont ledit seigneur de Humieres estoit lieutenant, et le seigneur de firissac ayant charge de deux cens chevaux légers, le seigneur de Lassigoy* mille hommes de pied, le seigneur d'Allègre autres mille, outre la gendarmerie, chevaux légers et gens de pied, tant françois qu'italiens, qui estoieot eo l'armée, dont avoit eu la charge le comte Guy de Rao-

1. Joachim de Malignonf ùeor de la Roche. Il mourut le 31jaUletl537

2. Glande de Humieres, aieul* de Latsigny, ëcojer d'écaric du dauphin Henri.

Uêx I&37J BOTntm UYmi. 405

gon. Ainsi depeacha pour faire marcher en Piémont te Capitaine Nioûbs de Ru&ticis, dit le Bossu, lequel •OMQoit quatre mille laosiiueiiets bas Allemans, let* quels il avoit sousirtiets de la levée que faisoit faire rEropereur pour venir à Sainct Paul et douze cens cbevaux legm de Taniiëe qu'il avoit en Picardie, lesqueb estoieot desja fort avancez pour aller trouver le seigneur de Humieres; mais estant adverty de la grande paiisance qu'amenoit le comte de Bures en Picardie, ooatremanda ledit Bossu et lesdits chevaux légers.

Mêrt dm marquis de Saluées devant CarmagnoUe. — Peu de temps auparavant, le comte Guy, craignant <|ue l'ennemy (se faisant le plus fort en campagne) ne le oonlraignist d'abandonner le Piémont, avoit en toute diligence faict fortifier Pignerol afin de se fermer là avecques le reste de son armée et luy faire teste, attendant le secours qui luy pourroit venir de France ; chose qui fut bien considérée, ainsi que vous orrez cy après. Aussi, quelque peu de temps après, le mar(]uis du Guast, s' estant mis en campagne, avoit remis entre les mains du marquis François tout le marquisat de Saluées, hors mis le chasteau de Verzeul et celuy de Carmagnolles tenuz encores par les François; à oeste cause, ledit marquis du Guast alla assiéger le chasteau de Carmagnolles, dedans lequel estoient deux cens soldats italiens que le comte Guy y avoit envoyé. Le marquis du Guast estant arrivé devant les envoya sommer de la part de TEmpereur de rendre la place, à laquelle sommation ayant esté faict reffus, il feit approcher Tartillerie. Le marquis François de Saluces, lequel, mieux qu'autre, cognois-

4M MillOnit n MARTIN DU BELLAY. (Mars 1&37

soit la place, mena deux canons sur ta main dexire eo allant de la ville au cliasteau et rompit deux maisons pour se couvrir en lieu de gabions à mettre ses pièces, où, après avoir luy mesme servy de canonnier et tiré deux voilées de canon, fut apperoeu d*un soldat du chasteau, qui estoit sur la porte, lequel d'un mousquet tira si à propos qu'il donna audit marquis du boullet au travers du corps, dont il tomba mort sur te champ*. Pritue de Carmoffnolles par le marquis du GuoMt, — Le marquis du Guast craignant que sa mort n*e8lonnast les soldats, le feit couvrir d*un manteau, puis de rechef envoya sommer ceux de laditte place, leur promettant honnorable composition ; tinablement, leur fut accordé de sortir leurs bagues sauves; estant sortis, le marquis du Guast les loua fort du bon devoir qu'ils avoient faict, leur demandant qui estoit oeluy qui si bien avoit tiré d'une fenestre estant sur la porte; un soldat, ne sçachant à quelle intention il le disoit et n'estant adverty de la mort du marquis de Saluces, ne sçachant aussy qu'il luy eust donné dudit mousquet, déclara que c'estoit luy qui tousjours avoit tiré de ladite fenestre; ce rapport ouy, le marquis, contre sa promesse, le feit prendre et pendre et estraogler à ladite fenestre. Depuis cela le Roy, ayant remis le marquisat en son obéissance en investit le seigneur Gabriel, evesc|ue d'Aire en Gascogne ^ qui estoit frère dudit marquis de Saluces, lequel espousa la tille de monseigneur l'amiral d'Annebault et est mort sans

1. Le 28 mars 1537. Cf. Guido Rangone k Montmorency, Pignerol, 28 mars 1537 (Bibl. nat., ms. fr. 3019, fol. 174).

2. Gabriel de Saluces, évêque d'Aire, fut investi do marqui- Ml de Saluces en juillet 1537.

Join 1S31J HDITrihll LfTM. W!

«nlaiM^ à OMiae de quoy ledit marquint est retoarné Mire let OHms du Roy.

Dêftmêe ds mtmteigneur de Humieres en Piemtmt, — Pendant ce temps, roooseigneur de Hiimieres, environ le buiciieftme jour de juin, arriva à Pignerol, de quoy le marquis de Guast adverty retira ses forces hors de Poirin*, prenant le diemin d*Ast, puis sçachant la descente des lansquenets du duc Chrestofle de Witemberg, après avoir laissé doro Antoine d'Arragon> chef dedans Ast« se retira avecques le reste de son armée le chemin de Versay*. Monseigneur de Hnmieres, qui estoit à Pignerol, ayant entendu que (et eonemis a voient abandonné Chevas*, manda au •eigiieur Ludovic de Birague, qui estoit dedans Verolinc^, de mettre deux cens hommes des siens dedans ladite place de Chevas. Et au mesme temps, qui fut environ le xxv de juin, arrivèrent les bandes du duc Chrestofle de Witemberg à Montcalier; ce qu'ayant entendu le seigneur de Humieres voulut partir de P^oerol pour s'aller joindre avecques eux et là faire sa masse pour marcher en campagne ; mais les bandes italiennes fcirent refus de marcher que préalablement ils ne fussent payez de ce qui leur estoit deu ; qui fut cause de faire séjourner nostre armée dix ou douze jours, durant lequel temps noz ennemis eurent loisir de se fortifier, joinct aussi que le terme du payement

Page 1