Asti, sur le Tanaro
2. Le !«■• décembre 1521. Voir Bibl. nat., ms. fr. 3081, fol. 90. Balthazar Guilliot à Robertet, Rome, 2 décembre.
Dec. 1521-ianv. 1522] DEUXIÈME LIVRE. 203
Élection du pape Adrian. — Incontinant, le Roy depescha le cardinal de Bourbon et le cardinal de Lorraine* pour aller à Romme en poste, à l'élection d'un autre Pape : mais par les chemins furent advertis que l'élection est oit faicte du Pape, qui se nomma Adrian^, natif de Louvain, qui avoit esté maistre d'escolle de l'Empereur, lequel, alors de sa promotion au Papat, estoit absent de Romme, et estoit en Espagne ; parquoy lesdits cardinaux revindrent de mi-chemin : Aussi le cardinal de Medicis, qui estoit légat en l'armée de l'Eglise, ayant eu les nouvelles de la mort du Pape, son cousin, après avoir licentié son armée, se retira à Romme ^.
Le seigneur de Lautrec, ayant pourveu à Crémone avecques deux cens hommes d'armes, se retira au pais des Vénitiens, auquel lieu il fut bien receu, pour la bonne fortune qu'il avoit eu d'avoir recouvert Crémone; mais, au bout de dix jours, ayans nouvelle de ce qui estoit advenu tant en Alexandrie que Pavie, s'ennuverent, comme amis de fortune, de soustenir
1. Jean, sixième fils de René II, duc de Lorraine, né en 1498, cardinal (1518). Il cumula les évêchés de Metz, Toul, Valence, Thérouanne, Luçon et Verdun, les archevêchés de Narbonne, Reims, Albi et Lyon. Disgracié en 1542, revenu en faveur à l'avènement d'Henri II, il mourut le 18 mai 1550.
2. Adrien Florisse, né à Utrecht (1459), fut élu pape le 9 janvier 1522. Voir les lettres de Nicolas Raince et de Jean de Pins au Roi, 9-10 janvier. (Ribl. nat., ms. fr. 2975, fol. 86-91, 95, 99.) Adrien était alors à Vittoria, où Charles-Quint l'avait laissé comme régent de Castille.
3. Il vint à Rome pour le conclave, qui s'ouvrit le 27 décembre, et c'est lui qui joua le principal rôle dans l'élection d'Adrien VI.
204 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Déc. 1521
mondit seigneur de Lautrec en leurs terres, et luy firent dire qu'il eust à se retirer, et que leur pais ne le pouvoit plus soustenir, ce qu'il fut contrainct de faire, et se retira à Crémone. Après la mort du pape Léon, Francisque Marie, lequel pour lors estoit bien piètre, pour avoir esté par les François (comme j'ay prédit au précédant livre) spolié du duché d'Urbin à la faveur dudit pape Léon, assembla, tant pour la bonne amitié que luy portoient les gens de guerre, pour estre bon capitaine, que pour la haine qu'on portoit audit pape Léon (lequel, après tant de biens faits qu'il avoit receu des François, s'estoit déclaré contre le Roy) jusques au nombre de cinq ou six cens hommes de guerre sans soulde, et marcha audit duché d'Urbin, lequel en peu de jours il conquist, et l'a gardé jusques à maintenant*.
Le seigneur Prospère, capitaine gênerai de la ligue, et Hieronyme Moron, ambassadeur pour Francisque Sforce, pour la querelle duquel se faisoit ladite guerre, se voyans abandonnez de l'armée de l'Eglise qui estoit leur bras droit, tant pour les hommes de cheval que pour l'argent, adviserent qu'il falloit trouver moyen de conserver ce que desja ils avoient conquis : pour à quoy satisfaire, convenoit avoir deniers. Et pour autant que l'hyver estoit venu, pendant lequel ils n'avoient besoing de si grosse armée, pour eux soulager de despense, donnèrent une paye aux Suisses, et les licentierent ; aux gens de pied, Grisons et
1. François-Marie de LaRovère mourut en 1538. Ce membre de phrase a donc été écrit avant cette date. Martin du Bellay l'aura sans doute reproduit tel quel, d'après les notes ou un résumé de Guillaume.
Dec. 1521] DEUXIÈME LIVRE. 205
Italiens, firent le semblable ; quant à la cavallerie, laquelle au paravant avoit esté entretenue des deniers du Pape, ils l'envoyèrent avecques le marquis de Mantouë vivre sur le Plaisantin et le Parmesan à discrétion. Aussi firent-ils leurs gens de pied, tant Espagnols que lansquenets, parmy les chasteaux et autres places estans en leur obéissance, retenans seulement dedans Milan peu de gens, pour garder les saillies de ceux du chasteau. Ledit Moron, pour trouver le moyen d'avoir deniers, avoit introduict un augustin nommé frère André de Ferrare, lequel, estant excellent en éloquence, persuada tant par ses preschemens et sermons, qu'il mist en l'opinion du peuple de Milan, que l'ire de Dieu estoit tombée sur les François : de sorte que qui n'avoit que deux escus en portoit un libéralement pour contribuer à la guerre. Et avoit promis ledit Moron audit frère André, de le faire archevesque de Milan; toutesfois, il ne luy tint promesse.
Provisions du Roy. — Je vous ay desja dict comme le mareschal de Foix estoit allé devers le Roy, lequel il trouva à Compiegne. Et après luy avoir faict entendre par le menu Testât de ses affaires d'Italie, le Roy ordonna le Bastar de Savoye, grand maistre de France, le mareschal de Ghabannes, le seigneur de Galeasde S. -Se vérin ^, son grand-escuyer, et le seigneur de Montmorency pour aller en Suisse, faire levée de seze mille hommes de pied, pour conduire au duché de Milan, au secours du seigneur de Lautrec^.
1. Galeazzo di San-Severino, comte de Voghera, grand écuyer de France (1505), chevalier de l'Ordre et capitaine de gendarmes (1506), sieur de Mehun-sur-Yèvre (juillet 1515), naturalisé (1517); il fut tué à Pavie (1525).