‹ Mémoires de Martin et Guillaume Du Bellay (volume 4)Chapitre 221 sur 258 · Ponte vico · texte numérisé non relu

Ponte vico

Oct.-nov. 1523] DEUXIÈME LIVRE. 289

prenoit le chemin de Cremonne, ne tarda gueres qu'il manda à Pavie qu'on eust à envoyer trois mille cinq cens hommes à Cremonne pour la deffence d'icelle; manda pareillement au duc d'Urbin, gênerai de la Seigneurie, et au marquis de Mantoue, gênerai de l'Eglise, avecques grandes instances, qu'ils eussent à approcher leur armée près la nostre pour l'empescher de donner l'assault ; toutesfois cela ne retarda que le capitaine Bayar, le seigneur Rance et le seigneur de Lorges, gênerai de l'infanterie françoise, ne fissent leurs approches, et en telle diligence firent la baterie qu'en trois jours la brèche estoit raisonnable pour assaillir. Mais soudain vint une pluye si abondante que noz gens, voulans marcher en avans pour l'assault, reculloient en arrière tant il faisoit glissant, et dura ladite pluye quatre jours et quatre nuicts sans cesser, ainsi qu'estoit advenu au seigneur de Lautrec l'an précédant devant Pavie. A cause de quoy le capitaine Bayar fut contrainct de remettre l'assault à un autre jour, pendant lequel les ennemis eurent loisir de remparer la brèche. Et pour les continuelles pluyes les chemins devindrent si mauvais que, de quelque part que ce fust, ne pouvoient venir vivres en nostre camp ; qui fut l'occasion de la famine qui s'y mist, joinct que l'armée vénitienne rompoit les vivres d'un costé, et l'armée de l'Eglise d'autre. Ce que voyant le capitaine Bayar, après avoir refreschy le chasteau tant d'hommes que de vivres, fut contraint de se retirer vers Milan 1 , ayant trouvé audit chasteau le seigneur de Bunou, qui

1. Après avoir ravagé tous les environs. Voir Sanuto, Diarii, t. XXXV, col. 122-123, capitulation du château de Caravagio, 15 octobre 1523.

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en estoit capitaine, mort, et tous les soldats que le mareschal de Foix y avoit laissé, hors mis huict, lesquels avoient délibéré de mourir comme les autres plustost que de rendre la place, encores qu'ils eussent esté enfermez deux ans en extrême nécessité ; ce que n'avoient faict ceux du chasteau de Milan. Car si tost après que monsieur de Lautrec eut failly à les secourir (où Marc-Antoine Colonne fut tué), ils rendirent la place, encores qu'ils eussent des vivres suffisamment pour attendre le secours qu'y amenoit l'amiral de Bonnivet. Aussi le seigneur Prospère, quand il se retira de devant nous, après qu'eusmes passé le Tesin, n'eust jamais entrepris de s'arrester dedans la ville, si le chasteau eust tenu nostre party ; dequoy le capitaine Mascaron, qui en avoit eu la charge, fut fort blasmé et en hazard d'en recevoir une honte.

Armée de lansquenets en Bourgongne et Champagne. — Laissons monsieur l'amiral de Bonnivet devant Milan, jusques à ce qu'il soit temps d'en parler, et venons à ce qui se faisoit au mesme temps tant en Champagne qu'en Picardie. Incontinant après que monsieur de Bourbon se fut retiré hors de France, la Motte des Noyers, que j'ay di£ cy-devant avoir esté par ledit de Bourbon envoyé en Allemagne pour faire levée de lansquenets, feit telle diligence qu'en peu de temps il descendit en Champagne avec le comte Guillaume de Fustamberg, et le comte Félix, et vint assiéger Coiffy, qui est une place aux confins de ce royaume à l'entrée de la Franche-Comté, à six lieues par de là Lan grès. Auquel lieu estans arrivez, le capitaine qui en avoit la charge s'estonna, de sorte qu'il leur rendit la place sans coup ferir dès la première

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sommation qui luy fut faicte; ce faict, laissans Montigny le Roy 1 à la main gauche, passans la Meuze audessus du Neuf-Chastel 2 , prindrent le chemin de Monteclaire 3 , qui est un chasteau assis sur une montagne près la rivière de Marne, environ mi-chemin de Chaumont-en-Bassigny et de Janville 4 , lequel chasteau se rendit pareillement. Le duc de Guise, lequel estoit demouré lieutenant du Roy en Bourgongne pour l'absence du seigneur de la Trimouille, qui estoit lieutenant du Roy en Picardie, adverty de la perte desdites places avecques la gendarmerie qu'il avoit, sçavoir est sa compagnie de cent hommes d'armes, celle du duc d'Alançon et du duc de Vendosme de pareil nombre, avecques quelques autres compagnies, vint à Ghaumont pour se joindre aux forces de monsieur d'Orval, gouverneur de Champagne ; lesquelles forces assemblées se trouvèrent de cinq à six cens hommes d'armes, sans les arrierebans qu'ils mirent dedans ledit Ghaumont et autres places, afin de n'enfermer la gendarmerie, ains s'en servir à la campagne. Les ennemis, se confians à la cavallerie que monsieur de Bourbon leur devoit fournir, n'en avoient amené, de sorte que nostre gendarmerie, qui estoit ordinairement à cheval, et les ennemis n'ayans aucune cavalerie pour faire escorte à leurs fourrageurs, en peu de jours y furent affamez, de sorte qu'ils furent contraints de faire leur retraitte, prenans

1. Montigny-le-Roy, cant. de l'air, de Langres (Haute- Marne) .

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