Ms. : gaulche (en surcharge
354 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Févr. 1525
mises ensemble furent cause que le Roy abandonna son avantage pour aller chercher ses ennemis, tellement qu'il couvrit son artillerie et luy osta le moyen de jouer son jeu.
Les Impériaux, se voyans hors du danger de nostre artillerie et le Roy qui les venoit chercher, la teste qu'ils avoient dressée vers Mirabel, la retournèrent vers le Roy, ayans esbandé deux ou trois mille arquebouziers parmy leur gendarmerie. Le Roy, ayant en sa main dextre le bataillon de ses Suisses, qui estoit sa principalle force, marcha droict au marquis de Sainct- Ange 4 , qui menoit la première trouppe de leur gendarmerie, laquelle il rompit, et y fut tué ledit marquis de Saint-Ange; mais les Suisses qui quand et quand dévoient attaquer un bataillon de lansquenets impériaux, qui faisoit espaule à leurdite gendarmerie, en lieu de venir au combat, se retirèrent le chemin de Milan pour se sauver. Noz lansquenets, qui ne pouvoient estre plus de quatre ou cinq mille, desquels avoit la charge François monsieur de Lorraine, frère du duc de Lorraine, et le duc de Suffolk Rose- Blanche, marchèrent la teste baissée droict au gros bataillon impérial qui venoit charger le Roy, mais estant peu de nombre (comme j'ay dit), furent enveloppez de deux gros bataillons d'AUemans, et en bien combatant furent deffaicts. Si les Suisses eussent faict le semblable, la victoire estoit douteuse. Et moururent audit combat ledit François monsieur de Lorraine et le duc de Suffolc, et leurs soldats n'en eurent pas moins. Le Roy (ainsi que j'ay prédit), ayant deflaict la première trouppe qu'il avoit trouvée,