XXXVI INTRODUCTION
1545, car dans les mois qui suivirent il fut absorbé par la surveillance et l'inspection de la frontière de Champagne, où il fut lieutenant général du Roi en l'absence du gouveroeur François de Clèves, duc de Nevers 1 .
Quittant la cour quelques jours avant Noël, en compagnie de l'ingénieur italien Marini, il visita les principales positions entre Vervins et Coiffy et revint faire au Roi « rapport des lieux les plus nécessaires de fortifier pour empescber l'entrée de l'ennemy ». A son avis, « entre La Ca pelle et Mezieres »,la fortification d'Aubenton était « bien à propos ». François I er préféra Maubert-Fontaine, près de Rocroy; il fit également fortifier Mézières, Mouzon, et entre Stenay, restituée récemment au duc de Lorraine, et Dun-sur-Meuse construire la place de Villefranche. En mars 1546, Charles- Quint, passant par Ivoy et le Luxembourg pour se rendre à la diète de Ratisbonne, prétendit que cette construction avait été faite « sur le fief de l'Empire ». Martin du Bellay put lui prouver, par la production de « registres de deux cens ans » , que ces prétentions n'étaient pas fondées 7 . Les travaux de
1 . Mémoires, t. IV, p. 323-325. François de Clèves avait été nommé gouverneur de Champagne le 3 octobre 1545. Voir la notice dans F. Vindry, Dictionnaire de V état-major... , p. 450-151.
2. De Villefranche-sur-Meuse, Martin du Bellay écrit à M. de Maugiron, le 22 mars : c Monsieur mon oncle, Je vous ay desja escript plus de trente paires de lettres; mais je pense que les messagiers se sont perdus par les chemins. J'adventureray encore* ceste cy pour vous mander des nouvelles de Ma Majesté et aussy de ceste frontière. L'Empereur arriva le mardy gras à Yvoy avec mil ou xn c chevaulx. Le lendemain il fit grand trette, car il vint passer à Charency [Charency-Vexin, Meurthe-et-Moselle], à Jametz [Meuse], où il fit mettre armel en teste à ses gens d'armes et alla disner à Damvillers, où il ordonna de refaire la ville, et de là alla coucher à Montmedy ; le lendemain à Longwy et à Luxembourg, où il a sesjourné troys ou quatre jours; de là il est allé à Thion-
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fortifications furent poussés activement pendant toute Tannée sur toute la frontière : Martin du Bellay s'occupa aussi de pourvoir de munitions les nouvelles places * . A l'automne, François I er voulut se rendre compte de l'état des travaux ; il fit, au long des frontières de la Bourgogne et de la Champagne, de Bourg-en-Bresse à Folembray, une tournée qui dura près de trois mois (début de septembre à fin novembre) 2 . Martin du Bellay accompagna le Roi, comme il convenait, sinon durant tout le voyage, du moins dans les étapes sur le front champenois 3 . C'est peut-être à ce
ville et pensoit on qu'il deust aller à Metz. Mais pour aultant que tout le monde se rend protestants, evesques et tout, il se haste d'aller à Ratisbonne, où il a assigné une journée ou premier jour d'apvril pour demander de l'argent ausditz protestants pour combattre le Turc. Je croy qu'il n'en aura point. Somme toute, il est bien embesougné; dont bien nous prend que, par ma foy, je croy que s'il n'avoit affaire alleurs, qu'il mettroit peine de nous bastre. Mais j'espère que s'il nous donne terme jusques à la fin d'aoust, je mettray tel ordre à ceste frontière icy qu'on dira qu'un Roy y aura mis la main. Au Maine, quant vous ne sçaurez que faire, mandez nous ung mot de vostre santé. Et cependant me recommanderay humblement k vostre bonne grâce, priant Dieu, monsieur mon oncle, vous donner le mal que je desyre pour moy. » Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques, 1895, p. 27-28.
4. Nous avons, en date de novembre 1546, une lettre de Martin à « Jeban de la Martiniere, canonnier ordinaire ■ du Roi, lui enjoignant de rassembler le plus de salpêtre possible t pour faire pouldre à canons et aultres artifices nécessaires pour les munitions et fournitures de Maubert Fontaine ». Bibl. nat., Moreau 737, fol. 237, et Pièces originales, 272, fol. 155, une quittance au sujet des fortifications de Mouzon (Glatigny, 23 janvier 1546/7).