Bibl. nat., nouv. acq. fr. 1468, fol
INTRODUCTION. xlvii
Cherbourg ; il est repoussé par les batteries de la Hague. La nécessité de réparer le désastre de Saint-Quentin et la mise à la disposition du duc de Guise, rappelé en bâte d'Italie, de toutes les forces disponibles firent passer au second plan les opérations maritimes. L'approche de la mauvaise saison rendait improbable une attaque anglaise sur les côtes normandes. Martin reçut l'ordre de licencier les gens de pied qui étaient dans le pays, sauf quelques centaines d'hommes à conserver dans les places d'importance. Mais on avait négligé de pourvoir à leur payement, ce qui mécontentait à la fois les soldats et leurs « hostes ». Aussi voyons-nous Martin s'adresser de tous côtés, non seulement au Roi, mais au duc de Guise, au cardinal de Lorraine, pour se procurer des fonds, sans grand succès d'ailleurs, en même temps qu'il faisait dans la vallée' de la Basse-Seine une tournée d'inspection et donnait « ordre aux choses nécessaires » 1 .
Les Lorrains avaient à ce moment d'autres soucis que la solde des gens de pied cantonnés en Normandie. François de Guise était tout entier à l'expédition qui, préparée en secret et brusquement déclenchée, nous rendit Calais le 8 janvier 1558. Marie Tudor fut fort affectée par la perte de ce port que les Anglais possédaient depuis plus de deux siècles; elle devait en mourir. En attendant, on pouvait craindre que les Anglais ne resteraient pas sous le coup de cette défaite
1. Bibl. nat, ms. fr. 20456, fol. 317, 321, 325 (Martin du Bellay au Roi et au duc de Guise, Rouen, 1" novembre 1 557 ; au cardinal de Lorraine, Rouen, 6 novembre 1557); 10485, fol. 329 (au duc de Guise, Yvetot, 24 novembre 1557). Martin n'oubliait pas au reste ses intérêts particuliers : du Havre, le 13 octobre 1557, il réclamait au cardinal de Lorraine l'arriéré d'une petite pension qu'il avait, disait-il, depuis vingt ans et qu'on avait négligé de lui payer l'année précédente, ou, à défaut, le dernier office vacant de payeur de la gendarmerie. Bibl. nat., nouv. acq. fr. 1468, fol. 180.
XLvm INTRODUCTION.
et qu'ils voudraient, et promptement, prendre leur revanche. Il fallait penser à la riposte probable. Henri II, dès le 20 janvier, donnait commission à Jean, baron de Clères, pour équiper dix grands vaisseaux et courir sus à l'ennemi. Mais n'y avait-il pas péril à démunir ainsi la côte normande, Dieppe et le Havre-de-Grftce? C'est la crainte dont le 26 février Martin du Bellay faisait part au duc de Guise : « Car, écrivait-il, partant le Carracon de M. l'Admirai et aultres vaisseaux qui emmènent le plus de gens de guerre qu'ils peuvent, il ne demeurerait personne audit Havre et par ainsi demeureroit ledit Havre depopulé, et, s'il advenoit que l'ennemy y vint faire descente, il n'y trouveroit homme qui luy feist front 1 . » L'avenir ne justifia pas ces appréhensions. Certes, dans le courant de mai, une flotte anglaise parut en vue de Dieppe; mais elle fut vite rappelée par suite d'une diversion navale française au nord du Pas-de-Calais ; et si les Flamands, en juillet, réussirent à mettre la main sur Sercq et Aurigny, ce ne fut pas pour longtemps. Le sieur de Langey, maintenant plein d'espoir, « se chargeait de faire de Jersey une colonie française >, dans le même temps où pour favoriser les pêcheurs de morue normands, il organisait une véritable expédition à Terre-Neuve 2 . Ce furent & peu près ses derniers actes 3 . De tous côtés, on aspirait à la paix. Dès octobre, les négociations commencèrent, qui devaient
1. Bibl. nat., ms. fr. 10485, fol. 333. (Martin du Bellay au duc de Guise, Glatigny, 26 février 1557/8).
2. Charles de la Roncière, Histoire de la marin» française^ t. m, p. 567, 594; Inventaire de la collection B. Fillon, séries m et IV, p. 314 (Martin du Bellay au duc de Guise, Glatigny, 26 mars 1557/8).
3. Nous ayons encore une lettre de lai, datée d'Yvetot, 11 octobre 1558, et adressée au duc de Guise; il réclame assignation pour le payement de sa compagnie, qui, depuis sept ou huit mois,