X INTRODUCTION
compagner d'abord pour le suppléer en cas d'absence et, lorsque d'Àunebault fut rappelé à la cour, pour le remplacer. C'est dans le gouvernement du Piémont que le sieur de Langey donna toute sa mesure : il ravitailla le pays, — n'hésitant pas à engager dans l'opération la majeure partie de sa fortune et même celle de sa femme, Anne de Gréqui; — il pressa les travaux de fortifications, pour lesquels il utilisa les talents d'un des meilleurs ingénieurs italiens de l'époque, Girolamo Marini, le futur défenseur de Saint-Dizier en 1544 ; il s'assura une nombreuse clientèle d'agents habiles, espions, informateurs ou condottieri qui, à Milan, à Venise» à la Mirandole, dans tout le nord de l'Italie, le tinrent au courant des projets de l'ennemi, lui préparèrent des recrues et firent de Turin, véritablement, le point central de l'action française dans toute la péninsule. Si le Piémont, à peine conquis, accepta si aisément la domination de son nouveau maître et pendant près de vingt ans ne se départit pas de sa fidélité, ce fut l'effet d'une méthode dont il faut attribuer pour la plus large part l'initiative et l'honneur au seigneur de Langey. Le gouverneur du Milanais, le marquis del Yasto, qui sans peine avait pu se jouer de Montjehan, ne fut pas long à s'apercevoir, — à son dam, — du changement. Il vit ses empiétements réprimés, ses desseins, même les plus secrets, déconcertés. Le gouverneur du Piémont trouva dans l'assassinat, qu'il avait prévu, de Frégose et de Rincon l'occasion de faire éclater son zèle et son habileté : la responsabilité du marquis et même celle de l'Empereur furent mises en évidence et Guillaume du Bellay reprit sa plume de publiciste pour instruire l'opinion de la perfidie des Impériaux.
Cette violation du droit des gens déchaîna de nouveau la guerre entre François I er et Charles-Quint. Venu à la cour
INTRODUCTION. xi
en novembre 1541 et honoré du collier de l'Ordre en récompense de ses services, Langey tâcha de faire prévaloir ses plans d'offensive au delà des Alpes : il ne réussit pas. Le Roi et le conseil préférèrent attaquer par le Roussillon et Perpignan : ce fut une erreur qu'un échec sanctionna. Réduit à se tenir sur la défensive dans le Piémont, Guillaume du Bellay dut se borner à tenter quelques coups de main et à repousser des attaques locales : une mutinerie des Suisses rendit difficile la résistance des Impériaux. Pliant sous le faix d'une besogne écrasante, harcelé par ses créanciers, éprouvé par la mort de sa femme (juillet 1541), découragé et surmené, il crut pouvoir trouver un réconfort en se retrempant dans l'air natal. Le maréchal d'Annebault étant venu à la fin de 1542 prendre la direction des opérations contre le marquis del Vasto, il put se mettre en route pour la France. Escorté de ses auxiliaires et de ses serviteurs, il gagna Lyon sans trop d'encombrés. Mais ses forces étaient à bout» et, le 9 janvier 1543, il succomba à Saint-Symphorien-de-Lay. Rabelais, qui était présent, a relaté ce trépas et, en termes émus et magnifiques, montré les assistants saisis d'angoisse, pénétrés d'une sorte de terreur sacrée : « Tous, effrayés, se regardoient les uns les autres en silence, sans mot dire de bouche, mais bien tous pensans que la France > était « privée d'un tant parfaict et nécessaire chevalier à sa gloire et protection et que les cieulx le repetoient comme à eux deu par propriété naturelle 1 ». Le 5 mars suivant, le corps fut inhumé dans la cathédrale du Mans par les soins de René, Tévêque, et de Martin, héritier de la majeure partie des biens et du titre*.