‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 113 sur 200 · Le plateau de la Gcrbola · texte numérisé non relu

Le plateau de la Gcrbola

Avril t&44) OUIÈMI U\n. U9

Monaeigoeur d'Auguien, arrivé qu'il fui, à la portée d*uiic ooulevriiie près du hauU, auquel les Impériaux s*esloieot arreslez, regarda d'accommoder set batailles eo lieu qu^dles œ peussent estre offensées de l'artillerie impériale. Il estoit environ soleil levé quand les deux armées se plantèrent Tune devant Tautre ; soudain rescarmouche se dressa entre les deux batailles de oostre arcbuzeric et de la leur, laquelle dura jusques sur les unze heures du matin, parce que les Espagnols et Italiens taschoient de venir gaigner le flanc de ooz batailles, comme ils avoient faict à la bataille de Pavie, Tan mille cinq cens vingt quatre. Aussi taschoient les nostres de faire le semblable; cfaacuo renforçoit de sa part, si qu'il y eust l'espace de quatre ou cinq heures environ de quatre à cinq mille arcbuziers, tant d'un costé que d'autre, entre les deux armées. Je vous asseure qu'il y eut eu beaucoup de plaisir à veoir les ruzes et stratagèmes de guerre, qui se faisoienl tant d'une part que d'autre, à l'hoomie qui eust esté en lieu de seureté et qui n'eust eu autre chose à faire. Enfin, entre unze et douze heures, les ennemis, se voyans plus forts d'hommes d'un tiers, délibèrent de nous venir assaillir. Le sieur de Tais, qui estoit sur notre main droite, tourna la teste pour aller combattre le prince de Salerne, et pour cest effect s'esloigna environ de demy quart de mille du bataillon des Suisses; mais le sieur de Langey, qui avoit la charge de recognoistre la contenance de l'ennemy et d'advertir noz g«is de ce qu'ils dévoient faire, aussi avoit le sieur de Monneins, voyant mardier le bataillon de lansquenets impériaux qui estoit de dix mille hommes, pour venir attaquer noz Suisses

tM MtMOmSS DE MABTIIf DU BELLAY. (AtHI f 544

qui n*estoient que quatre mille, veit le jeu mal paHy; voyant aussi que le prince de Salernc ne faisoit semblant de vouloir marcher et qu'il estoit enoores loing, manda par le sieur de GrisséS au sieur de Tais, qu'il eust à retourner la teste et se venir joindre près des Suisses, autrement qu'il voyoit la bataille en bazard, parce que noz Suisses n'estoient pour soustenir ce faiz ; et aussi luy avoient dit qu'on leur avoit promis de long temps que, venans au combat, les François seroient près d'eux et qu'ils n'estoicnt pour eux seuls soustenir ce gros bataillon de lansquenets. Outn> plus, il fut remonstré audit sieur de Langey par le capitaine Pourly', Suisse, qui pour ce jour leur oommandoit comme colonnel, encores que Sainct Julien en prist et eust par le passé pris et l'honneur et le prouffit, si est ce que pour ce jour il en laissa la charge audit Fourly, lequel dist audit Langey, luy persuadant de marcher, que si son bataillon marchoit, l'artillerie de l'ennemy luy donneroit droit dedans et que le naturel de sa nation n'estoit d'endurer la batterie de l'artillerie, ains d'aller droit pour la gaigner et que par ce moyen s'il se mettoit au descouvert, ses gens se mettroient en desordre pour y courir, qui seroit cause que l'ennemy luy donneroit par le flanc, mais estaos noz ennemis marchez plus avant, eux mesmes couvriroient leur artillerie, et alors il meneroit ses hommes au combat sans confusion.

,4. Iicqnet Tuq>in, s' de Crissé.

2. GailUame Frœlich, de Soleare, secrétaire - trachenent du Roi «nx Ligues suisses, 1541-1562. CommeHtnire$ de Bltùêe de Mombte, 1. 1, p. 242, note 2, et Rott, op. eif., t. I, p. 419, note, 462, 465, 470, 491.

Mai 1544) DlXltm Lmut. W

Defttiiê isê ennemis. — Le sieur de Tais ayaot eu oest advertiaseroeot, inconUnant changea d'entreprise et toumaat la tesie de son bataillon se vint rendre pK*s des Suisses* laissant seulement entre les deux bataillons place en laquelle se vint mettre monsieur de Boutieres, avecques les quatre vingts hommes d'armes qu'il avoit en sa compagnie. Les Allemans impériaux voyans les François avoir changé leur de»seing, changèrent pareillement le leur, et de leur gros bataillon en feirent deux, Tun pour combattre les Suisses et Tautre les François, si proches Tun de l'autre, que le derrière ne monstroit apparence que d'un bataillon. Pendant ces choses, le seigneur d'Anguien, qui devoit estre joignant les Suisses, fut oontraind de demeurer avecques les Gruiens, car ils estoient estonnez, de sorte que sans ce qu'il demeura près d'eux et les remonslrances que leur feirent les capitaines, ils s'en fussent fuis sans coup fenr, à raison de l'efTroy qui s'estoit espandu parmy eux. Le sieur de Termes, avecques la cavalerie légère, estant à la main droitte des bandes françoises, voyant la cavalerie du duc de Florence, laquelle marchoit pour, à l'heure que les batailles se viendroient à joindre, donner par les flancs au bataillon des François, ne voulut attendre cest inconvénient, mais les chargea de telle furie qu'il les rompit et les renversa sur le bataillon du prince de Saleme, tellement que ledit sieur de Termes, pensant estre suivy, donna jusques au milieu dudit bataillon, où son cheval fut tué et luy prins. Ladite charge servit beaucoup, car il est apparant que sans icelle le prince de Salerne eust marché sur les flancs de nostre bataillon de François, mais il

tn lHtMOIBES DI MARTm DU BELLAT. (Avril 1544

fut couvert de la cavalerie de Florence, laquelle tomba sur ses bras, et cependant noz François et Suisses feirent leur faction sans empeschement que de oeluy qu'ils avoient en teste.

Pendant ladite charge, les batailles des lansquenets impériaux et celles des Suisses et François s'abordèrent. Or avoient les François mis entre le premier rang et le second un rang d'arcbuziers et les Allemans an rang de pistoiiers, lesquels tiroient par entre ceux du premier rang. Estans lesdites batailles à la portée d'une moyenne l'une de l'autre, le capitaine Villefranche, lequel avoit la charge de la corne droitte du bataillon des François, considérant que le bataillon d* Allemans qui le venoit aborder estoit plus large que le sien, et par ce moyen à l'aborder serreroit les François par ce costé, soudain feit tirer du derrière de son bataillon les armez des deux derniers rangs, dont il eslargit sa teste, et feit à Tennemy ce que ledit ennemy avoit intention de luy faire. Ce faict, ils marchèrent l'un vers l'autre, de pareille furie, et combattirent tant d'une part que d'autre fort furieusement, si est ce qu'à l'ayde des armes que fit la gendarmerie françoise, conduite par le sieur de Boutieres, tous les Allemans impériaux furent rompuz. On peult bien dire que jamais si petit nombre de gendarmerie et de gens de pied ne soustint si grand faiz ni si furieux. Le marquis du Guast, voyant la mine tournée sur ses Allemans, ausquels estoit son espérance, se meit à la guarite sans coup ferir.

Au mesme instant, le sieur de Dampierre, avecques les guidons, chargea les gens de cheval impériaux conduits par le prince de Sulmone, lesquels faisoient

Avril 1S441 Dixitm LiTiB. ns

espaule aux Espagnols, et les rompit. Semblablement le bataillon des Espagnols et vieils Allemans vindrent ooml>attre iioz Gruiens et Italiens, desquels ils eurent bon marché, car. hors mis les capitaines qui estoient au premier rang, tous se meirent en fuitte, et ne s'en fust sauvé un sans monseigneur d'Anguien, lequel, accompagné de ceux qui estoient ordonnez en sa trouppe, chargea lesdits Espagnols et Allemans, en prenant l'un des coings de leur bataillon et transversant à l'autre, de aorte qu'il rompit tout ce travers, dont ne demeura une seule enseigne debout dudit bataillon. Mais ceste chai^ fut sanglante, car il y demeura le seigneur d'Assi^r, le baron d'Ovn, lieutenant du comte de Montravel, Monsallais% enseigne du baron de Cursol, le seigneur de Glaive, gouverneur de Cahors, le seigneur de Gourville' et les deux escuyers de monseigneur d'Anguien; le seigneur de Lassigny eut son cheval tué, mais il se sauva à pied ; le seigneur de S. Amand, nommé de Rochechouart, et le seigneur de Fervaques' y furent blessez, de sorte qu'ils furent trouvez parmy les noorts, mais ils furent si bien pensez qu'ils guérirent ; et plusieurs autres y furent tuez ou blessez, et jusques à quatorze ou quinze, tant capitaines que gens de nom.

Le seigneur d'Anguien, ayant faict ladite charge et pensant que les Gruiens eussent faict leur devoir, estimoit avoir gaigné la bataille de ce costé, mais il trouva le contraire, car ayant tourné visage pour rechai^er, au lieu de trouver les Gruiens et Italiens victorieux,

Page 1