‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 115 sur 200 · IV U · texte numérisé non relu

IV U

îî$ MÉMOreES DE MARTIN DU BELLAY. (Arril 1544

vieils soldats eusl tourné la teste vers les François et Sttiflces qui poursuivoient leur victoire, et les trouvant en desordre, il est apparant qu'il les eust ruinez, mais ils ne Posèrent entreprendre, craingnans que ledict seigneur d*Angiiien les chargeast sur la queue. Aussi pouvez vous estimer que si les Gruiens eussent faîct leur devoir, ou que seulennent ils eussent faict teste, le bataillon des Espagnols, dès la première charge que leur feit monseigneur d'Anguien, estoit deiîaict ; parquoy noz François et Suisses, et mesmes nostre cavallerie, lesquels poursuivoient leur victoire, semblable» ment ledict seigneur d'Anguien et ceux qui estoient demeurez avecques luy pour combattre lesdicts E^>agnols, eussent passé plus outre ; par ce moyen le prince de Salerne ne se fust retiré avecques si peu de perte qu*il feit, ny pareillement le reste de leur cavalerie. Et eussions poursuivy jusques en Ast, auquel lieu eussions trouvé le marquis du Guast se sauvant à la fuite, auquel y estant arrivé les portes furent refusées, parce qu*au partir pour nous venir combatre, il avoit dict que s'il ne retournoit victorieux, on les luy fermast, mais noz gens furent contraincts, pour venir secourir monseigneur d'Anguien, d'interrompre et abandonner l'exécution de leur victoire.

Estant la bataille du tout gaignée, et ne restant plus d'ennemis en campagne, sinon les morts, et les prisonniers, et blessez, furent ordonnei gens pour rccognoistre le nombre d'hommes qu'ils avoienl perduz ; aussi à ladicte deffaicte se feit un grand butin, car le marquis du Guast avoit amené avecques luy les principaux du duché de Milan, en sorte qu'il se trouva bien pour trois cens mille frans, tant en argent roonnoyé

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qu'en ▼aiatelle d'argent et autres ncheftses; et y fut gaigné quatone ou quinze pièces d'artillerie, avecques tous les ponts qu'ils avoient amenez pour passer le Pau, et aoâsi plusieurs munitions, tant de farines qu'autres cboaes qu'ils avoient amenées pour envitailler Garignan. Pareillement y furent trouvez par compte faict environ de sept à huict mille corselets, tellement qu'un harnois, qui coustoit à Milan douze escus, ne se vendoit que dix et vingt sols les plus beaux. Puis, après avoir mis l'ordre tel que les affaires requeroient, fut laissé à Serisolles le chevalier Assal, maistre de camp des Italiens, avecques cinq enseignes de gens de pied italiens nouvellement arrivez de la garde du pont des Sablons, lesquels estoient des plus aguerris de nostre armée, de sorte que s'ils eussent esté au bataillon des autres Italiens et Gruiens, on peult estimer qu'il n'eust esté ainsi renversé qu'il fut. Je ne sçay si ledict Assal, auquel le jour précédant fut faicl commandement de les mander, l'oublia, ou si son messager fist mal son devoir, mais ils n'arrivèrent que la bataille ne fiist gaignée, qui nous fut grande desfaveur. Ce faict, monseigneur d'Anguien retourna victorieux loger à Carmagnole, pour refreschir ses hommes qui avoient esté trois jours et trois nuicts en continuel travail, sçavoir est le samedy, dimanche et lundy ; auquel lieu arrivé qu'il fut, ordonna de sçavoir le nombre des ennemis prisonniers, lesquels, après qu'ils furent retirez en deux ou trois églises, se trouvèrent deux mille cinq cens vingt Allonans, entre autres le seigneur Alisprand de Madruce, frère du cardinal de Trente, qui fut trouvé parmy les morts, blessé en plusieurs endroits de son corps, toutesfois il fut porté à Turin où il fut guary.

ii9 MtMOmiS DE MABTm DU BILLAT. (AttII 1&44

Des Espagnols se trouvèrent six cens trente prisonniers, entre autres dom Raimond de Cardone et Mendosse, dMtaliens de la cavallerie dom Charles de Gonzague\ et jusques à sept ou huict capitaines espagnols. Aussi fut rapporté qu*il s'estoit trouvé de morts* en moins de demy mille de pals, de douze à quinze mille hommes de toutes nations, il se trouva des nostres environ deux cens hommes morts, dont (de gens de nom) moururent (comme j'ay desja dict) le seigneur d'Assier, qui ne mourut ce jour, mais six jours après, le baron d'Oyn, Monsallais, enseigne de monseigneur de Gursol, l'enseigne de monseigneur d'Aussun et son nepveu, Charles de Dros*, gouverneur de Montdevis, le seigneur de Glayve, gouverneur de Cahors, le seigneur Descro, du comté de Nice, colonnel de six enseignes italiennes, et le oolonnel des Gruiens en l'absence du comte de Gruiere, qui estoit du Dauphiné. Et du premier rang des François moururent le seigneur de la Molle 3, Prouvençal, le capitaine Passin de Dauphiné, le capitaine Barberan et le capitaine Moncault, tous deux Gascons; le capitaine la Motte Daute demeura parmy les morts, mais il eut la vie sauve, toutesfois il demeura aveugle, et le capitaine Saincte Geneviève, et encores quelques autres capitaines dudict premier rang y furent ou morts ou

1. Charles Gonsagne, marqnis de Gasaolo, né en 1523 {Cornmtmtaire» de Blaùe lU Monlucy t. I, p. 276, note 1).

2. Inexact; le s' de Dros fut tué non i U bataille de Orisoles, mais au siège de Carignan, dans une sortie que fit Pirro G>lonna, le 16 on 17 arril. Voir les docaments cités par P. Courtetnit, MonUte higtorùm, p. 139, notes 5 et 6.

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