‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 116 sur 200 · Joseph de Bonilace, s' de la MoUe · texte numérisé non relu

Joseph de Bonilace, s' de la MoUe

Avril 1M4) DIXIÈMI UYKg. tt9

hlcMMCT Des Suisses n*y eut homme de nom blessé que le baroo de Saxe, lequel eut un coup de picque à la gorg«.

Après avoir remercié Dieu de ceste victorieuse deffaide, fut, pour délibérer du surplus des affaires, assemblé le conseil, auquel il fut conclud d'avertir nos ambassadeurs de Rome, de Venise et de la Mirandole de la victoire que nous avions obtenue. Pour ce faire fut ordonné le seigneur Hercules Visconte, parce qu*il avoit meilleur moyen de passer que nul autre; puis fut depesché le seigneur d*Ecars pour semblablement en advertir le Roy, et aussi pour luy faire entendre que si son plaisir estoit d'envoyer le payement d*un mois de nostre armée, avecques quelque argent pour la conduitte de Tartillerie, et faire descendre six mille Grisons, lesquels estoient desja levez, droit à Milan, avecques Tarmée, laquelle les seigneurs d'Ualie, comme le comte de Petillane, le comte de la Mirandole, le seigneur Pierre Strosse, et plusieurs autres, dressoient pour se venir joindre audict lieu de Milan, avecques monseigneur d'Anguien, ledict seigneur d'Anguien accompagné de gendarmerie, et des François et Suisses, marcberoit droit en Ast, laissant devant Garignan sept ou huict mille hommes, tant Gruiens, Italiens que François, pour empescher par boulevers et trenchées les saillies de ceux de dedans. Et qu'il sembloit aux capitaines estans avec ledit seigneur que le duché de Milan estant estonné et depourveu d'hommes après une bataille perdue, il estoit apparent de le lever des mains de l'Empereur, hors mis le chasteau deGremone et celuy de Milan. Véritablement, le marquis du Guast feit sonner le tabourin vingt jours

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avaDl qu'il y eust homme qui se voulust mettre eo campagne, tant le païa estoit effiroyé. De prime face, le Roy le trouva bon, mais depuis il en fut diverty, parce que de jour en jour il avoit advertissement que r£mpereur assembloit son armée sur le Rhin, la plus grosse qu*il avoit jamais eue, parquoy il ne se vouloit dessaisir de ses forces, mais plustost en tirer d'Italie pour venir secourir son pais. A ceste cause, il manda audict soigneur d'Anguien qu'il eust seulement à affamer Carignan, à ce que plus aisenoeot il se peust ayder des forces qu'il avoit au Piémont, pour la conservation de son royaume. Qui fut (ce me semble) chose assez mal digérée, car si l'Empereur eust senty le duché de Milan esbranlé et en danger de perdition, veu raesVnes les grandes partialitez,*lesqueUes estoient au royaume de Naples, il eust esté contrainct d'y convertir ses forces, pour plustost garder ce dont il estoit en possession, que d'essayer à conquérir celuy d'autruy, en hazard de ne rien gaigner.

Monseigneur d'Anguien ayant eu oeste respooae de la volonté du Roy, ad visa de chercher le moyen de faire vivre son armée, laquelle u'avoit aucun payement, car ce peu d'argent qu'il avoit receu devant la bataille, le bailla aux Suisses pour les arrester; si est ce que leur baillant tout ce qu'il avoit, il leur demeura enoores redevable de deux mois, sans le mois de la bataille. Parquoy il ordonna le seigneur de Tais, avecquet les bandes françoises, et environ deux cens hommes d'armes de toutes compagnies, pour aller vivre sur le païs de l'ennemy, luy baillant six canons, avec quelques autres pièces, pour se faire ouverture. Et luy aveoquet le reste repassa le Pau et alla camper devant

kfxil 1S44] DIXIÉm LIVRE. tSt

GurigiMUi, anr le obemin tendant de Vimeuz audict lieu de Carignan, et fist faire tout autour d'icelie viJIe, depuis i*un des oostez du Pau jusques à Tautre, des forts en divers lieux, pour enapesoïiflr les saillies des tMiega. Ledict seigneur de Tais partant de Villedest^ Ion, où nous estions campez, s'en alla à Sainct Dfr* miao', place du Montferrat, laquelle n*avoit encores obey oy aux François ny aux Espagnols ; touteslois se voyant sans espérance de secours, elle se rendit par condition qu'elle demeureroit en ses anciennes franchises et n'auroit garnison que de Françoys et point d'Italiens; suyvant laquelle transaction y laissa deux eoseigoes de gens de pied françois. Puis passant plus outre, print Montcalier' par composition, qui est une place forte au milieu du Montferrat, pareillement il print Vigon*, Pont d'Ësture, Sainct Salvadour^, Freseoet de Pau^, qui est à deux mille au dessoubs de Gazai; bref tout le Montferrat se rendit à luy pour Teffroy de b bataille que les Impériaux avoient perdue, hors mises Gazai, Turin ^ et Albe.

Prise de Carignan. — Ce temps pendant on avoit ordinairement du passetemps en escarmouches, lesquelles, depuis le dixhuictiesme jour d'avril jusques au vingtiesme de juing ensuivant, se dressèrent depuis soleil levé jusques à dix heures de matin, et depuis

1. StB-Damiaoo d'Asti, près d'Alexandrie, à 25 kil. au sudooest d'Asti.

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