La Saalx, aCBaent de la Marne
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Gtiillaume de Fustemberg, avecques huict ou dix mille lansquenets, et de rartillerie pour suivre ladite caTalerie*. £t estoit letir entreprise, que la cavalerie passeroit la rivière de Vitry à un village nommé Changy', à une lieue françoise au dessous dudit Vitry, pour se trouver sur le chemin de Cballons, à ce que si les François se vouloient retirer vers ledit Challons, ils les peusseiit rencontrer en teste, et s'ils se retiroient audit lieu de Vitry, le comte Guillaume venoit avecques Fartillerie pour les forcer. Mais le jour les surprint avant qu'ils fussent à Changy, où ils trouvèrent vingt chevaux de guet de la compagnie du seigneur de Langey, laquelle estoit conduitte par le seigneur de Marville, Cathelin Raillart, son lieutenant, à cause que ledit seigneur de Langey estoit en Piémont; lequel Marville ayant découvert les coureurs des ennemis, qui vouloient recognoistre le passage, se ferma au bout du pont, aussi firent les ennemis attendans leur grosse trouppe, et ce pendant ledit Marville advertit la Motte Gondrin, capitaine de chevaux légers, lequel estant arrivé passa l'eau pour combattre les coureurs des ennemis, mais il fut cliargé de telle furie qu'il fut renversé, et luy fort blessé et repoussé jusques où estoit la compagnie du seigneur de Langey; laquelle, voyant sur ses hns cinq ou six cornettes de dievaux légers, oonnmença tousjours en combattant à faire sa retraite vers Vitry, non sans qu'il en demeurast dix
1. Sar le combat de ViU7 (^ juillet), roir Paillard et Hérelie, op. eit.^ p. 167*210; Roxet et Lembey, op. cii., p. 119-
2. Cbangj, sar les bord» de la Chèxe, affluent de la SauU (rive droite), cant. de IIciltx-le*Maurupt.
Jaill. 1541] miltlll Lim. tSf
OU doute prisonniers, et plusieurs blessez, et les AUmoois qui eiloient togei près ladite compagnie, oyans Talarois, seTeârereot vers Ghalious tous esbandez.
Prise de Vitry. — Estans lesdits chevaux légers rasaamblez près de Vitry, trouvèrent la bande du sieur de la llunaudaye conduitte par Michel Ânge^ son lieutenant, qui leur feit cspaule, et se retirèrent ensemble tousjours oombattans jusques à Vitry, auquel lieu estans arrivez trouvèrent le seigneur de Brissac avec quelques arcbooziers de la bande de Saint Petre Corse dedans des vignes, lesquels soustindrent à coups d'arcbouze l'ennemy, qui leur vint bien à propos, autrement ils eussent esté defaicts. Ledit seigneur de Brissac, voyant la force n*estre sienne, délibéra sa retraitte et print le chemin de la rivière de Marne, pour se retirer à Chaliousou à mi chemin. Monsieur de Nevers avoit envoyé trois ou quatre cens hommes d'armes, qu'il avoit jette hors de la ville pour soustenir noz gens, mais ils ne les rencontrèrent, d'autant qu'ils avoient prins le chemin de la chaussée ; parquoy le seigneur de Brissac ayant passé la rivière, avec si peu de chevaux légers qui luy estoient restez, meit la moitié de ce qu'il avoit sur la main dextre, et luy sur la gauche, et envoya quelque nombre de piquiers et d*arcbouziers au passage de b rivière pour soustenir. Mais soudain l'ennemy esbtnda sept ou huict cens pistoliers, et autant de chevaux légers, et bon nombre d'arcbouziers à cheval, lesqueb contraignirent Sansac, qui estoit demeuré sur la queue, de donner dedans le village où estoit le
1. Mîcbelangelo, Romain. Voir Rocet et Lembey, op. at.^ p. 122, 352.
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passage, qui porta grand ennuj à noz gens de pied, car i'enneroy les trouva en desordre rompus par noz gens mesmes, et les tailla en pièces, hors une partie qui se retirèrent en une église, lesquels ne se voulans rendre, arrivé que fut le comte Guillaume, après leur avoir présenté le canon et fait battre l'église, y feit mettre le feu, et furent tous bruslez là dedans. Ce temps pendant le seigneur de Brissac faisoit sa retraitte, tousjours tournant sur son ennemy quand ToccasioD se presentoit, de sorte qu'il fut deux fois prins et deux fois recoux, si que sa vertu et conduitte vainquit la force, car en combattant obstinément se retira près de Challons. Les Impériaux se logèrent la nuict à Vitry, puis laissant le comte Guillaume tant dedans la ville qu'au chasteau pour favoriser leurs fourrageurs, se retirèrent en leur camp devant S. Disier, auquel l'Empereur continuoit son siège et cherchoit tous les moyens possibles pour endommager les assiégez.
Le comte de Sanxerre, lequel estoit dedans, advisoit diligemment à se conserver et départit les quartiers, afin que chacun sceust où il devoit combattre ^ Au vicomte de la Rivière bailla la garde du boulevert de la Victoire, qui est à la porte qui tire à Parthe avec l'une de ses enseignes; et à son autre enseigne la garde depuis ledit boulevert jusques à la plate forme, qui tire vers S. Menehoult; et depuis ladite plateforme jusques au chasteau ordonna une autre enseigne : et dedans ledit chasteau, le capitaine Neufvillette, nommé André d'Ausbourg*, l'un des lieutenans du
1. Voir le plan des fortiflcations de Saint-Dizier dans le livre cité de Paillard et Hérelle et p. 123-125.
2. Sur ce capitaine, voir Paillard et lltircile, op. cit. , p. 121 , 125 .
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capitaine la Lande, de Tune de ses enseignes; et aussi depuis ledit chasteau jusques au boulcvert, où estoil le vioomie de la Rivière, furent ordonnez deux cens homnies de pied estans soubs la charge du seigneur de Dourriers*» lequel avoil esté prins dedans Ligny. Et en chacun desdits quartiers fut ordonné dix hommes d*armes, et puis pour la garde de la place et secourir où il seroit besoin, vingt hommes d'armes et cinq œos honunes du capitaine Ricarville^, desquels il avoit la charge soubs le capitaine la Lande. Aussi TEmpereur, estant logé près de la Justice, fist approcher les Espagnols entre la ville et la rivière en un fonds, auquel ils ne pouvoient estre ofifensez de Tartillerie de dedans; lesquels après avoir fait leurs trenchées droit à la poincte du boulevert de la Victoire, mirent deux bandes d'artillerie en batterie. Tune qui battoit depuis ledit boulevert jusques k la porte qui descend aux moulins, et l'autre du côté de Parthe, laquelle battoit en flanc ; mais le comte de Sanxerre voyant la diligence qu'ils faisoient, feit venir les vingt hommes d'armes et Tenseigne de Ricarville, qui estoient à la place, pour remparer au lieu de la batterie que les ennemis faisoient.
Pareillement, voyant l'Empereur que noz gens faisoient ordinairement des saillies par devers le diasteau, envoya le prince d'Aurenge' avec dix huict
1. François de Créqajf s' de Dooriez. Sur ce personnage, voir Paillard et Héreile, op. cit., p. 121, 125, note 5.
2. Sur le capitaine Ricanrille, voir Paillard et Hërelle, op. cit., p. 121,125, 156.
3. René de Naasan, prince d'Orange, fils de Henri de Nassau et de Claude de Chalon, héritière de son frère Philibert de Cha-
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enseignes d'Allemans et six grandes coulevrines, poor de ce oosté battre dedans la ville et em[)escber lesdites saillies, lequel se logea à la Forge vis à vis du chasteau près du pont, qui est sur la rivière de Marne. Estant arrivé à ladite Forge, trouva moyen de divertir les eaues hors du fossé de la ville, dont il meit les assiégez en nécessité d*eau, car ils n'avoicnt plus que trois puits, qui mal aisément pouvoient fournir aux gens de guerre. Ce pendant aussi TEmpereur faisoit continuer sa batterie ; mais estant le capitaine la I^ande travaillé d'avoir remparé tout le jour et s'estant retiré dedans son logis pour se refreschir, un coup de canon passant par la brèche et tout à travers la ville luy emporta la teste, qui fut grand dommage, car il estoit vaillant homme et beaucoup expérimenté* ; de quoy le comte de Sanxerre adverty, fist ce jour celer sa mort, craignant estonner ses soldats. Ce jour mesme, le prince d'Aurenge estant party de la Forge où il estoit campé et estant es trenchées pour aller visiter l'Empereur, un coup de coulevrine venant de la ville donna sur le haut d*icelies trenchées, où a voit force pierres, dont les esdats frappèrent ledit prince d'Aurenge, de sorte qu'il en mourut, au grand regret de l'Empereur et des Impériaux.
Deux jours après, l'Empereur, voyant que la brèche estoit raisonnable, délibéra faire donner l'assaut, et pour cesl eflFect sur les neuf heures du matin feit pre-
lon, princ« d'Oraage. Il fiil h\t»*é le 14 juillet et mourut le lendemain soir. '
1. Le •' de It Lande fut tué probablement le 13 juillet, K. Roset et Lembej, op. cit., p. 107-108; Paillard et Hérelle, op. oit.t p. 140-141, penchent plutdt pour le 14.
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parer son année. Les Espagnols craignans que les Allemans vousissenl avoir riioniieur d'assaillir les premiers, soudain, sans aulre oooiniandement, dixhuid eoseigoes des leurs donnèrent droict à la brèche, auquel lieu ils combattirent main à main contre les atiie gez uoe grande heure. L'Empereur, sçachant les Espagnols estre à l'assault, feit haster de marcher neuf ou dix mille Allemans pour les soustenir, toutesfois noz gens à f<NX3e de bien combattre repoussèrent les Espagnols du haut de la brèche en bas; puis après TEmpereur envoya sept ou huict cens hommes tous ayaos casaques de velous et la bourguignote en teste, lesquels furent soustenus conmie les premiers et renversez dedans les fossez. Derechef il feit renouveller Tassault de huict enseignes d' Allemans, avec force petits barils de poudre, lances et autre artifice de feu, lesquels feirent si bien leur prouflRt qu'ils laissèrent dedans le fossé tous lesdicls artifices, avec sept ou huict cens hommes morts, qu'ils perdirent aux trois assaulx. L'Empereur, considérant la vertu des assiégez, mesme qu'il avoit perdu grand nombre d'hommes et des plus expérimentez, feit retirer chacun en son lieu. Telle fut la fin dudit assault, lequel avoit duré depuis les neuf heures du matin jusques à quatre heures après midy. Le comte de Sanxerre y eut son espée qu'il tenoit au poing emportée d'un coup de canon, sans luy faire autre mal sinon quelque blesseure au visage de quelques petits esclats, mais il perdit à b brèche trente ou quarante, tant hommes d'armes qu'archers, et deux cens honunes de pied. Peu de jours après ledit assault, l'Empereur envop un trompette pour sonder la volonté des assiégez, esii-
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mant qu*etix après avoir faict leur devoir se contenteroient d'une composition honnorabic; mais les assiégez ne voulurent jamais escouter ledit trompette, à ce qu*il ne peust donner estonnement aux soldats et leur faire changer la bonne opinion en laquelle ils estoient de faire leur devoir.
Le comte de Sanxerre, après avoir assis son guet, assembla tous les capitaines, spécialement Hieronyme Marin, Boulonois, fortificateur, pour délibérer ce qu'ib avoient à faire. Finablement, il fut conclu que la nuict ledit Hieronyme et le capitaine Ricarville, accompagné de vingt de ses soldats, descendroient dedans le fossé pourescarper la brèche ; ce qu'ils feirent, et raporterent quant et eux grand nombre de pouldres que les Allemans y avoient laissées, qui servirent bien à noz arcbouziers, car ils commençoient d*en avoir faulte; pareillement fut faicte telle diligence de remparer la brèche qu'elle estoit au matin plus forte que devant. Quoy voyant FEmpereur feit cesser la batterie pour tenter la sappe et feit en diligence commencer des trenchées pour aller droict au boullcvert de la Victoire, et aussi du costé de la brèche commença une platteforme de dixhuict gabions de front, sur lesquels quand ils estoient emplis, on en dressoit d'autres jusques à tant que la hauteur fust convenable. Ceux qui besongnoient pour venir saper le boullevert, estans leurs trenchées desja près dudit boullevert, trouvèrent une grosse source de fontaine qui les empesdioit de passer outre ; mais les assiégez voyans jctter l'eau hors de ladite trencbée, souspeçonnerent que les ennciiiii vouloient miner ou saper, et pour en sçavoir la mérité ils mirent la nuict dehors un gentilhomme nommé le
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capitaine Linieres*, Normand, aveoques quelques hommes ; leqofà fnt si bien son devoir qu'il feil abandonner tus Espagnols la garde desdites Irenchées, et les visita de bout en bout et ramena quelques pionniers dedans la ville pour dire des nouvelles ; le reste fut taillé en pièces.
Durant que le siège eslott devant S. Disier, monsieur d'Aumalle, tils aisné du duc de Guise, estoit dedans Stenay, ville (comme j'ay dit) sur la Meuze, avec cent cinquante hommes d'armes et quelque nombre de gens de pied, lequel, outre ce qu'il a voit délibéré de la garder si l'Empereur la venoit assaillir, portoit grand dommage au camp impérial, car ordinairement il estoit à cheval et rompoit les vivres à l'ennemy, principalement ceux qui luy venoient de Bw le Duc, de sorte que ses destrousses apportoient grande fascherie a l'Empereur.
TraUté pour la reddition de S. Disier. — Environ dixhuict jours après ledit assault, un tabounn françois estant allé au camp impérial pour quelques prisonniers, apporta au comte de Sanxerre unes lettres en chiffre, lesquelles luy avoient esté baillées en secret par un homme interposé et à luy inco^^ncu, qui disoit avoir chaîne de monsieur de Guise de les faire tenir secrettement audit comte ; lequel les ayant receues et faict dechifrer, féit assembler les capitaines pour en ouir la substance. G'estoit que monsieur de Guise escrivoit que le Roy, sçachant l'extrémité de vivres et de pouidres en laquelle ils entroient, leur mandoit
1. Sur le capitaine Liniires, Toir Paillard et Hërelle, op. eu., p. 121. 125, 221, 248.