‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 127 sur 200 · Jacques de la Ghaiteigneraye, t' de la Qieimière · texte numérisé non relu

Jacques de la Ghaiteigneraye, t' de la Qieimière

Août 1544] DIXltlOE UVRI. tM

que dedans le temps ils ne fussent secourus, lesdits ■floirgnr reodroicnt la ville entre les mains de TEm* pereop et s*ea ii-oienl, à sçavoir la cavalerie avecques leurs armes et chevaux, enseignes desployées et armet eo testes; les gens de pied avec leurs armes marchans en bataille, enseignes desployées et tabourin sonnanl, et qu'ils ameiieroient leurs bagues, et quatre pièces d*artiUerie au chois des assiégez avecques leur equip- |)age«.

Dùamn sur la descente des Anglais . — L'occasion de ceste capitulation véritablement tant avantageuse et booorable pour les assiégez (lesquels avoieot arresté Tun des plus grands Empereurs qui ait esté depuis Charlemagne, avec toutes les forces de Tempire occidental, devant une place non fortifiée, laquelle n'avoit jamais eu réputation que d'une ville cham(>estre) provenoit de ce que l'Empereur vouloit oster au roj d'Angleterre les moyens de se plaindre, à cause qu'il estoit campé devant Boulongne et Montreul, s'excusant de ce qu'il ne passoit outre, sur ce qu'il estoit dit par leur traitté, que l'Empereur et luy marcheroient sans s*arrester ailleurs, pour assembler leurs forces près de Paris et contraindre le Roy de les combattre à son desavantage, sinon qu'il permist ruiner ses pais et subjects à sa veue. Car l'Empereur cognoissoit bien la nécessité desdits assiégez et le peu d'apparence de leur secours et mesmes que dedans quinze jours pour le plus tard il les auroit par famine; mais aussi con-

i. La capitnlation de Saint-Dizier fut signée le 9 août. Voir Paillard et Hérelle, op. cit., p. 253-258; Kozet et Lembcy, op. eit.y p. 144-156. Le teite porte qoe le» assiégés pourraient emmener denx fanconneaax (et non quatre).

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sideroit il combien luy estoit mal aisé luy seul, et ores qu'il eust esté accompagné de PAnglois, selon leur desseing, de destruire ce royaume, non comprins qu*il avoit en barbe Tarmée gaillarde, disposte et bien delil)erée de monseigneur le Dauphin, lequel après luy avoir laissé consommer la sienne, le tiendroit la corde au col, dont luy adviendroit plus de perte et de honte plus reprochable, que celle tant insigne qu'il avoit receue en Provence. Parquoy voulant l'Empereur faire cognoistre qu'il ne tiendroit à luy que le traitté qu'il avoit avec le roy d'Angleterre ne fust accomply, accepta ceste capitulation, espérant attirer ledit roy d'Angleterre et se renforcer de son armée, pour ensemblement tenter l'exécution de leur entreprise. Or par incident je vous diray qu'au commencement de ceste entreprise, le plus grand nombre du conseil du roy d'Angleterre estoit d'avis qu'il devoit faire sa descente en Normandie (comme avoient faict ses prédécesseurs) et qu'estant son armée de trente mille hommes faisant sa descente en trois divers lieux et en chacun lieu dix mille hommes, et ayant delil)eré et trouvant le païs despourveu de gens de guerre, ce pendant que le Roy et toutes ses forces seroit amusé contre une si grande armée qu'estoit celle de l'Empereur et contre l'arnnée que conduisoit monsieur du Reux et le comte de Bures pour faire descente en Picardie, il se pourroit investir du duché de Normandie, l'estimant l'ancien héritage d'Angleterre. Mais Dieu, qui a tousjours voulu conserver ce royaume, le feil changer d'opinion et entreprint de con(|ucrir Boulongne et Montreul, qui a esté la ruine par après du royaume d'Angleterre, ainsi que l'on pourra oogooistre

Août i544l DIXIÈlll LIVM. Ml

par ceux qui par cy après escriront des choses advenues du regoe du roy Henry, à présent régnant.

DeffaUe d*AngloU devant Boulongne. — Le Roy ayant entendu le traitté des assiégez, lequel estoit rais sur sa discrétion, le tint pour aggreable, tellement qu^iis mirent es mains de TEmpereur ladite ville de S. Disier, et en sortirent en Tordre et selon qu'ils a voient capitulé. Et parce qu'il prevoyoit que ledit Empereur preudroit son chemin le long de la rivière de Marne, manda à monseigneur le Dauphin de renforcer monsieur de Nevers qui estoit dedans Ghalions, tant d'honunes que de vivres et autres munitions, parce qu'elle estoit peu fortifiée et qu'il estoit besoiog de la garder par la force et vertu des hommes ; au reste qu'il se fortitiast le long de ladite rivière et donnast telle provision à ses affaires que, si l'ennemy entreprenoit de la passer, il peust le combattre à son avantage à demy passé, luy deffendant de hazarder auti*ement la bataille, pour l'importance que c'estoit s'il l'eust perdue au milieu de son royaume, ayant en son dos un tel enoemy que le roy d'Angleterre. Chose qui fut diligemment observée par mondit seigneur le Dauphin; vray est qu'il eust bien désiré avoir en sa compagnie monsieur le connestable de Montmorency, qui estoit retiré en sa maison, pour user de son conseil, et pour cest effect envoya devers le Roy, lequel trouva fort mauvaise ladite requcste de son fils, pour la bayne qu'il portoit audit connestable, et en voulut grand mal aux capitaines qui estoient près de son fils. Pendant que le roy d'Angleterre tenoit le siège devant Boulongne et Montreul, ordinairement se feirent de belles entreprises, et entre autres monseigneur le duc

Wl ICÉMOIRIS DE M ARTm DU BELLAY. (Août 4544

de VeodoMiie, adverty que de Sainct Orner et Aire devoit partir un avitaillement pour amener audit siège de devant Montrcul, délibéra de le destrouaaer, paasant par le Boulenois. Estant party ()our cest effect, eut advertissemeot par les chemins que l'ennemy avoit à la conduitte dudit envitailleroent huict cens chevaux et douze cens lansquenets, lesquels menoient quant et eux quatre coulevrines moyennes, pour se fortifier, si par les chemins ils estoient assaillis. Ledit seigneur de Vendosme, après avoir esté trois grandes lieues au trot, ayant l'homme d'armes l'armet en teste et la lance sur la cuisse, envoya le sieur de Yillebon avecques sa compagnie, lesicurd'Ëstrées* etd'£sguilly, pour attaquer les ennemis et les amuser ce pendant qu'il arriveroit ; et mena quant et luy sa compagnie de cent hommes d'armes, le sieur de la Chastaigneraye avec cinquante de monsieur le Dauphin, et le sieur de Senerpont avecques pareille chaîne. Lesquels arrivans près des ennemis les chaînèrent, de sorte qu'ils furent rompus et mis à vau de routte, et sans les morts furent menez dedans Therouenne huict cens prisonniers et deux coulevrines moyennes. Les deux autres demeurèrent, à cause du rouage qui estoit rompu, et y furent gaignez quatre enseignes de gens de pied allemans. Ledit sieur avoit laissé sur sa queue la compagnie de monsieur de Crequi^ et celle de monsieur de lleilly^

1. Jean d'Estrées, gentilhomme de l'hAtel du Roi, capiuinc des gardes du Dauphin, plus tard grand maître de l'artîHerie.

2. Jean de Créquy, sieur de Créquy et de Canaples, fllt afné de Jean de Créquj et de Françoise de Rubempr^.

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