Joachim de Chabannes, baron de Curton
JaiU. IM&l DIXIÈME LIVIB. W
noz ennemis pour les avoir au lai^e au combat et les tirer hors du destroit. Geste ordonnance fut très hardiment exécutée, mais le temps feit par son changement telle commutation de danger, (|u'on n'eust sœu juger, en si peu d'espace de temps, au(]uel fortune se monstreroit plus favorable à eux ou à nous ; car au matin, à la faveur de la mer qui estoit calme sans vent ne fureur de courante, noz galleres se pouvoient régir et manier à leur plaisir et au dommage des ennemis, lesquels n'ayans pouvoir de se mouvoir par faulte de vent, demeuroient appertement exposez à Tinjure de nostre artillerie, qui avoit plus grande prinse sur leurs navires que les navires sur elles, d'autant qu'ils sont plus eminens et plus corporus, et que par l'usage des rames noz galleres pouvoient fou yr et décliner le danger et gaingner l'avantage.
Fortune entretint nostre armée en ceste sorte plus d*une heure, durant lequel temps, entre autres dommages qu'en receurent les ennemis, la Marirose ^ , l'un de leurs principaux navires, à coups de canon fut mis au fonds, et de cinq ou six cens hommes qui estoient dedans ne s'en sauva que trente cinq. Le Gratut- Henry* ^ qui portoit leur amiral, fut tellement allligé, que s'il n'eust esté soustenu et secouru des prochaines navires, il faisoit une mesme fin ; autres plus mémorables pertes eussent ils faict, si le temps ne se fust tourné en leur favetir, qui non seulement les exempta de ce péril, mais fut fort propice à nous courir sus, en se levant seulement un vent de terre, lequel avecques