La Miuy-Bose
2. Lt Gre^-Henry, ou HeHiy^Grdee-^-Dieu. L'amiral éuit John Dodley, vicomte Litle.
S90 MÉMOIRES DE MARTIN DU RELLAY. (Jaill. 1545
la courante les apportoit à plaine voille sur noz galleres. El fut ccsle mutation si soudaine que ooi gens à peine eurent loisir ne la commodité de girer les proues; car au temps de la bonasse que vous avez ouy et à la chaleur du combat, les galleres estoient si fort approchées, venans si soudain les navires sur elles de telle impétuosité, que sans aucun remède leur passoient par dessus le corps et les mettoient en fonds, si par une grande asseurance des chefs, adresse et expérience des mariniei^ et de la chiormc, on n*eu8t donné force et célérité extrême à tourner les galleres. Et par ces moyens ayans noz gens giré les proues avecques Tagiiité des rames et faveur des voilles, s'esloignercnt en peu d'heures à la portée du canon et commencèrent à eslargir la vogue et alentir leurs cours, pour attirer les ennemis, ainsi que leur estoit ordonné, hors des bans et diffîcultez des lieux cy dessus exposez. Il y a une espèce de navires particulières, dont usoient noz ennemis, en forme plus longue que ronde et plus estroitte beaucoup que les galleres, pour mieux se régir et commander aux courantes qui sont ordinaires en ceste mer; à quoy les hommes sont si duits qu'avecques ces vaisseaux ils conteiident de vitesse avecques les galleres, et les nomment ramberges. Il s'en trouva quelques unes à ceste retraitte, qui d*une incroyable vélocité suivoient noz galleres en pouppe et les molestoient de leur artillerie très instamment, de quoy elles ne se pouvoient deffendre n'ayans artillerie en pouppe ; parquoy eust fallu qu'elles eussent retourné sur eux, et ce faisant, se fussent mises en évidente perdition, car girant pour les comt)attrr, les ennemis uvoienl temps de les al>order à plaine voille et par
Joill. IMS) DiXlftl» LIVRg. 191
ainsi les trebuscher. Toutesfois le prieur de Gapoue*, frère du seigneur Pierre Strosse, ne pouvant plus comporter ocste indignité, se confiant en l'agilité de sa gallere, coramcn^ a tourner sur un, le<|uel ajant devana* les autres, tenoit pres(|ue une de nos galleres par pouppe; mais ce navire pour estre plus court, tourna plus tost et redressa son chemin devers son corps de bataille; et depuis ne luy, ny les autres, se meirent à suivre. Cependant monsieur i* Amiral estoit dedans son navire, ayant fait mettre les autres en armes selon l'ordoonaAse cy dessus exprimée, et ja estoit pour donner le signe de combat, s*il n'eust veu les ennemis eux retirer de leur chasse et reprendre le chemin de leur fort; à quoy il oogneut seurement qu'ils attendoient qu'à la confiance de noz forces nous vinssions témérairement à les trouver à iiostre desavantage, et que leur intention estoit de suivre noz galleres en tant qu'ils le pourroient faire sans riens bazarder, esperans ikmis attirer sur les bans et battures. En ce conflict iKKis feismes perte de quelques forçats et de quelques soldats privez; d'hommes de nom, il ne s'en perdit pas un.
Descente de mmuieur CAtniral en Angleterre. — Ayant monsieur l'Amiral comprins l'intention des ennemis, se résolut de tenter par autres moyens de les attirer; car ayant nouvelles que le roy d'iVngle-
1. Leone Strozzi, prieur de Capoue, avait été chargé, le 12 mars 1530, da commandement de deux galères par François I*. Voir J. Foumier, t Entrée de Léon Stroszi, prieur de Capoue, au terviee de la France, i539, dans le Bulletin de géographie historique, 1902, et L. Romier, le» Origine* politique* de* guerre* de religion en France, t. II, p. 161-162; Ch. de la Ronciére, op. cit., t. Ul, p. 373, 433, etc.
292 MflMOIRKS DE MARTIIf DU BELLAY. (JaiU. I54S
terre estoit arrivé à Portemuth, eut opinion que frisant descente en terre, gastant et brusiant son pals à sa veue et presque entre ses mains tuant ses hommes, que l'indignation qu'il prendroit de telle injure, la compassion qu'il auroit du sang et mort de ses subjects, et le gast et bruslemcnt de son païs l'esmouveroient tant qu'il feroit partir ses navires pour aller au secours, principalement n'en estant esloigné de deux traits de canon; ou s'il n'y vouloit entendre, le desplaisir de ses subjects se voyans n'estre en rien relevez de la présence du prince, pourroit engendrer quelque sédition et muUnement au païs. La descente se feit en trois divers lieux tout en un temps pour tenir la force des ennemis séparée. En un costé fut mandé le seigneur Pierre Strosse pour descendre au dessus d'un petit fort, où les ennemis avoient (juelque artillerie, dont ils battoient noz galleres par flanc ; là dedans s'estoit retiré un nombre de gens de pied du païs, lesquels ayans veu la hardiesse des nostres, abandon* nerent le fort et se meirent en fuitte dedans un bois taillis vers les parties mediterranes ; doz gens à la poursuitte en tuèrent quelques uns et brusierent les maisons circon voisines.
En autre endroict descendit le seigneur de Tais, gênerai des gens de pied, et avecques luy le baron de la Garde, gênerai de noz galleres. Eux n'ayans trouvé resistence à leur descente tirèrent avant, pour reoognoistre et considérer le païs, mais ils n'allèrent gueres loing qu'ils ne trouvassent aucuns escadrons de gens de pied, qui par voyes secrettes et oouYertes par les bois s'estoient assemblez es lieux plus opportuns pour le combat à leur avantage. A la confiance
Joill. IMS] DIXlfiME LIVHI. n%
de quoy ils feirent teste à noz gens et en blessèrent quelques uns, ei entre autres le seigneur de Moneins y eut ta main droite pensée d*un coup de flesche ; mais le reste de noz gens marchans en bataille leur feirent abtodoooer leur lieu, et se retirèrent à vau de roupte ()ar les mesmes chemins qu'ils estoient venus, par lesquels on ne les pouvoit suivre quVn desordre et à la file.
En autre endroict descendirent les capitaines Marsay* et Pierre Bon, capitaines de galleres, lesquels furent blessez en un combat contre une troupe d'Anglois qui s'estoient assemblez. Les autres gens de guerre estoient cependant es navires attendans le commandement de monsieur T Amiral pour sortir ; aucuns desqueb voyans le feu de tous costez par païs et la Usiere de la mer abandonnée à nostre liberté, descendirent secrettement et sans congé en lieu esloigné de leur ooronnal, pour n'estre par luy empeschez; lesquels descendus sans conduite et sans chef pour leur commander, s*espandirent plus franchement par le païs et sans considération ; ayans à la veue des ennemis gaiogné le hault d'une montagne qui traverse Tisle de Uuicfat en largeur, furent assaillis par gens de cheval et de pied si vivement que quelques uns furent tuez et autres prins, et le reste poursuivis en desordre jusques au bas de la montagne près de la marine, où à faveur de nostre armée et d'une baye et fossé qu'ils trouvèrent, se rassemblèrent et firent teste à l'adveu' de leurs compagnons qui estoient dedans les navires; dont plusieurs, de ce esmeus, montèrent