A l'approbation
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en barque en grande haste et allèrent à leur secours, qui leur donna tel cueur qu'ils regagnen'nt la montagne, raettans les ennemis en chasse, qui se retirèrent loing en terre jusques à un ruisseau, qu'ils passèrent |>ar dessus un pont qu'ils coupèrent pour crainte d'estre suivis des nostres, et là se tindrent cois attendans du renfort. Cela venu à la cognoissance de monsieur r Amiral, craignant que ses gens estans sans chef vagabonds ne receussent quelque honte, commanda au seigneur de Tais d'y aller en personne pour les faire retirer, ce qu'il feil.
Opinions des capitaines de ce qw devait faire V armée de mer. — Le jour ensuivant, ledit seigneur Amiral ayant veu que par nul moyen se pouvoient attirer les ennemis au combat, délibéra les aller assaillir au lieu où ils estoient ; et sur celte deliberacion assembla en public tous les pilots, capitaines et mariniers, pour mieux entendre la nature et la qualité du lieu et le remède que l'on pourroil prendre contre la difficulté des bans cy dessus mentionnez, leur remonstrant combien nous estions supérieurs, tant de nombre de navires que de valeur d'hommes, et quel proffît porteroit au Roy et au royaume une telle victoire, laquelle il tenoit certaine, qui pounx>it aller jusques à eux. Les hommes, tant capitaines que soldats, se trouvèrent prompts de vouloir aller au combat, mais l'incommodité du lieu leur apportoit tant de hazards que les capitaines de marine et pilots asseuroient n'ostre possible d'y aller sans évidente perte. Et les raisons qui les mou voient estoient telles qu'il falloit entrer par un canal par lequel ne pourroient arriver que quatre navires de front, œ qu'aisément les ennemis pouvoient deCTendre, presen-
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tant pareil nombre de navires en teste; aveoques œ on n*j pouvoii aller qu'en faveur de la courante et du vent, et quand les quatre premiers navires aeroient empesdiei, ladite courante porteroit sur eux les autres qui les suivraient et les fracasseroient ; et outre cela, qu'ils avoient à combattre près de leur terre, de laquelle à ccNips de canon ils seroient favorisez à nostre préjudice; ce qu'encores n'eslant receu en considération, il devoit estre certain que si les navires s'abordoicnt et aocrochoient, la force de la courante les jetteroil en terre les uns sur les autres. En cest endroit fut parlé de combattre à l'ancre, à quoy respondirent les pilots que Ua cables se pourroient couper, et là où ils ne se couperoient, que le danger n'en seroit moindre, car la courante est de telle nature qu'elle fait tousjours girer la proue des navires devers soy, et en ce faisant se nKMistreroit la pouppe de noz navires à noz ennemis en lieu de leur présenter la proue ou le costé. A ces raisons en adjousterent une autre, qu'ayant jette l'ancre les navires ne s'arresteroient pas tout court, car ils vont de telle force que les contraignant, ils tresbucheroient ou romproient l'ancre ou cable, et partant il fault Hier et couler les cables peu à peu, pour par ceste mesme sorte arrester les navires et venans à ce faire, ils pourroient aller jusques à toucher la terre et s'ouvrir et perdre.
Ces raisons se trouvèrent si apparentes que l'on n'y pouvoit contredire; mais monsieur l'Amiral et autres capitaines, craignans que les pilots (combien qu'ils fussent tous conformes à leur dire) ne fcissenl par couardise les choses plus ditticilement qu'elles n'estoient, ne se voulut satisfaire qu'il n'eust envoyé
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sonder le fonds du canal, mesmes sa largeur, et considérer Tavantage que le dedans du goulphe portoit aux ennemis; et pour ce faire donna commission à trois pilots accompagnez d'autant de capitaines pour la nuict sonder tout à loisir et vaquer à cest afifaire. Le matin à leur retour ils feirent rapport tout conforme à ce que vous avez ouy, et dirent davantage que Tentrée du canal n'estoil droite, mais sinueuse et tirant vers les ennemis, de sorte qu'un navire estranger y pourroit à peine rentrer sans pilote, et y allast il sans souspeçon ne doute du combat. Le rapport faict en la présence des capitaines. Ton meit en délibération ce qui seroit plus expédiant pour le service du Roy, ou se lever de là pour prendre chemin vers Picardie et favoriser noz gens et cmpcscher le secours des Anglois d'aller à Boulongne, ou d'entendre à la fortitication de l'isle d'IIuicht, qui seroit au grand dommage du royaume d'Angleterre. Entre autres raisons qui induirent aucuns seigneurs assistans à vouloir fortifier risle, furent celles cy, que l'ayans en nostre puissance, aisément nous viendrions à estre seigneurs de Portemutb, qui est un des plus beaux ports d'Angleterre, et par ce moyen tiendrions les ennemis en incroyable despence, ayans à entretenir continuellement armée tant par mer que par terre pour faire teste à dœ gens, et outre nous serions sur le passage d'Espagne et Flandres que nous tiendrions à nostre plaisir, et qu'avecques le temps l'isle se pourroit cultiver et rapporter vivres pour la nourriture de la garnison que le Roy y tiendroit.
Ces utilitez semblèrent grandes et fortes à cooaider€r| mais au contraire debattoicnt autres difiiculles
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non de moindre considération : la première, que au lieu trouvé plus commode à fortifier, pour estre de forme demy circulaire, faudroit, à l'opinion du seigneur de Tais et de Saiiict Remy * el autres à ce cognoissans, édifier trois forteresses tout en un temps* deux sur les deux pointes du demy cercle, pour la defifence de la rade et protection de noz navires, et une autre sur la rotondité pour loger nos gens ; ce (|ui monteroit à extrême despence et ne se pourroit achever en moins de temps que de trois mois, enoores qu'on eust six mille pionniers, et que le lieu estoit tel pour estre au cueur des ennemis, que Ton n'y pourroit laisser moins de six mille soldats, chose impossible pour Pheure, laissant les vaisseaux armez. Et outre plus que Tarmée ne se pourroit esloigner que les forts ne fussent en deffense ; et de demeurer il leur estoit impossible, n'ayant poK contre la fureur et tourmente des vents, ny vivres abondamment, et s'approcliant l'arriére sai> son qui est pluvieuse et venteuse, les navires n'y pourroient estre seurement, ny les soldats qui seroient laissez en terre ne ()ourroient résister à l'injure du temps, n'ayans habitation pour se tenir à couvert, ny tentes, ny couvertures. Lesquelles incommoditez déduites divertirent les autres de leur opinion et fut conclu à di£ferer ceste entreprise jus<|u'à la response de la volonté du Roy. Quant à mon opinion, ne desplaise à celle des seigneurs de Tais et de S. Remy, il me semble que veue l'affection et le moyen qu'avoit le Roy de se mettre en repos contre son ennemy le roy d'Angleterre, il se présenta une occasion pour ce faire,
1. Jean de Saint-Réniy, commissaire ordinaire de l'artillerie, on des cent gentilshommes de l'hdtel du Roi.
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laquelle mal aisément de long temps s'ofirira; mais Dieu conduit les choses en la forme qu'il luy plaist.
De/faite du chevalier d'Aux. — Cependant les gaileres se rafreschirent d*eau, pour le soir sunrenu faire voille vers Douvres, costoyant ladite isie d*Huicht, pour de là traverser à Boulongne. L'endroit qui se trouva plus commode à prendre l'eau cstoit en un lieu au dessous de la montagne, qui faict la lisière de l'isle à rencontre du Havre de Grâce, là où estant venu, le chevalier d'Aux, I^rovcnçal, capitaine des galleres faites en Normandie, pour n'estre empesché en son aiguade de peur que ses gens en ceste occupation ne tussent assaillis au despourveu, alla à terre pour asseoir son guet, ne s'asseurant du tout en son ai^ousin; Payant assis en compagnie d'une trouppe de gens qui Tavoient suivy au sortir de la gallere, pour mieux encores descouvrir, monta au haut de la montagne où il trouva une embuscade d'Ânglois, qui luy vindrent courir sus si vivement, que ses gens n'ayans loisir de se recognoistre se meirent en fuitte et rabandonnerent. En cest instant ledit chevalier fut frappé d'une flesche au genoil, qui le feit tresbucher; puis se relevant fut frappé sur la teste d'un coup de vouge (qui sont armes que portent lesdits Anglois) si rudement qu*OD luy feit voler le morion hors de la teste et tresbucher une autre fois, et alors un autre coup luy fut redoublé, lequel luy feit tomber la cervelle à terre; qui fut grande perte pour le service du Roy, car il estoit très vaillant et expérimenté gentilhomme*.
Pendant que quelques uns des leurs s'amusèrent à
1 . Blacas d'Aups, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, fui tué le 21 juillet. Voir Ch. de L« Roncière, op. cit., t. III, p. 423.
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le désarmer, les autres ()oursui>irent noz gens qui ne se reoogneurefit oy arresterent jusques à œ qu'ils fassent arrivez près de la marine. Quoy voyant monsieur rAroiral envoya le seigneur de Tais pour les ralier et faire tenir fort en quelques maisons prochaines, pour ne mettre en desordre ceux qui estoient à prendre l'eau. A son arrivée, un nombre de bons et asseurez soldats qu'il a voit menez quant et luy, et autres qui faisoient escorte aux aquerots, mis en esquadron, marchèrent droit aux ennemis et les repoussèrent à la montagne, au moyen de quoy ne récent autre perte. Le prieur de Capoue fut en un autre endroit assailly, mais il se trouva si bien accompagné et avoit si bien pourveu à ses affaires, qu'après en avoir mis plus de trente au til de Tespée, meit les autres à vau de roupte. Sur le soir, monsieur l'Amiral se retira, et le lendemain feit partir ses navires, demeurant à l'arriére garde avecques les galleres pour soustenir les ennemis, où ils feroient quelque saillie. Sur le partement de noz navires le vent fut si à propos. qu'ils arrivèrent à Valseau', ioing d'Huicht quatorze lieœs, ayant que les galleres les peussent attaindre. Ce lieu, pour estre plain et desoouvert, sembla si beau à Doz gens qu'il print volonté à un bon nombre d'y descendre , ce qu'ils feirent en l'absence de leur conmal, sans ordre ny conduitte; et s'estans un peu esloignez de la marine vers un village qu'ils veirent escarté, ils y donnèrent, pensans y faire butin ; mais ils y furent attendus des ennemis auprès d'un ruisseau assez profond, à cause du retins de la mer, lesquels voyans partie de noz gens avoir passé par des-
i. Sel«ea?
300 MEMOIRES DK MARTIN DU BELLAY. [Joill. I&4&
SUS quelques planches soriireot soudainement d'un |>etit fort où ils s*estoient emhuschez, et après le pont rompu, pour clorre le passage aux autres, diai^erent sur ceux qui estoient de leur costé si vigoureusement qu'ils les contraignirent de sauver leur vie à la fuitte ; mais au repasser le ruisseau, une partie furent emportez de la courante et noyez, quelques uns qui sceu> rent nager forcèrent l'impétuosité de l'eau et se sauvèrent à la faveur de leurs compagnons, lesquels estans de l'autre costé de l'eau les soustindrent à coups d'arcbouze.
En ces entrefaictes arriva monsieur l'Amiral, lequel à coups d'artillerie repoussa les ennemis et leur feit quitter le fort, et par ce moyen retira ses gens. Sur le soir il feit voille vers Blanchef * ; puis, costoyant la Rie' jusques auprès de Douvres, dressa son chemin vers Boulongne, où il refreschit de vivres l'armée de mer, et meit en terre au Portet' près Boulongne, pour renforcer nostre armée de terre, quatre mille hommes et trois mille pionniers, laissant son armée de mer pourveue. Par là vous pouvez cognoistre qu'il pouvoit laisser en l'isle d'Huicht lesdits quatre mille hommes et quatre mille pionniers, qui estoit suffisamment pour garder ladite isie, attendant nouveau refreschissement, et leur pouvoit laisser vivres (à ce que j'entendis des munitionnaires) pour un mois ou cinq semaines. Cependant, les vents d'aval se meircnt à soufller partant de devant Boulongne, de sorte que nostre armée de mer, pour se mettre en lieu de scureté,