Voir êupra, p. 280, ni
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fui contrainte de reiascher pour chercher le couvert vers Angleterre; où estant venus t*n un lieu appelé les Ferrais S et là détenus par la force du vent et d\ine grosse mer, sembla au roy d'Angleterre s'estre présenté à luy Toccasion de defTaire nostre armée. Parquoy ne voulant perdre ceste occasion, en toute diligence feit mettre en mer son armée, qui montoit à cent bons navires, pour nous venir trouver à la faveur de ce temps, qui les apportoit par la pouppc et à plaine voille sur nous. Entre autres raisons qui luy donnoient espérance de victoire estoit que la violence des vents et la commotion de la mer nous osteroient Posage et le service de noz gallcres, et que son armée se présentant devant la nostre, la contraindroil sans combattre ou de donner en terre et se perdre, ou de passer le destroit de Calais, chose qui ne se pouvoit faire sans desordre et grand danger.
L'un et Pautrc party luy sembloit aisé, car si nous attendions à nous lever jusques à ce que les eussions en teste, et si alors nous venions à desancrer, la courante et les vents qui les apportoient sur nous, par force nous jetteroient en terre ; au contraire, si nous attendions, ils nous trouvoient escartez les uns des autres, et imî nous estoit possible pour la craincte du mauvais temps de nous tenir serrez, et eux nous abordans en si grand avantage nous forceroicnt et nous jetteroient à travers. Outre plus, et si pour obvier
1. Sur ce comtMit de Beachy Head (15 août 1545), voir ia Relation du combat naval entre les François et les Anglois en l'année i545, te Jour de Nostre-Dame d'aousl, par P. Slroar-i, publiée dans le Bulletin du Comité de» travaux historique»f 1891, p. 325-329, et Ch. de La Roncière, op. cit., t. Dl, p. 425-428.
aOI IfÉMOIRES DE XABTRf DU BELLAY. [Août 1545
à ces inconveniens voulions prévenir à ladicle arrivée et nous lever de bonne heure, la mer et le vent dous forceroient d*aller en Flandres, où nous aurions à passer le destroict, qui nous seroit au retour empeacfaé et deffendu; avec ce il seroit possible que le temps contraire nous retiendroit là si longuement que nous y pourrions avoir faulle de vivres, et cependant les ennemis qui, pour nous attendre au passage, viendroient à Boulongne pourroient destourber les forts que le Roy avoit délibéré d'y faire. A quoy monsieur TAmiral vouloit par tous les moyens du monde remédier ; ces choses requeroient aussi prompt et soudain remède que les dangers que vous avez ouys estoient grands, car un Flament qui, la nuict précédente, s'esloii enfuy d'avec eux asseuroit que le jour mesmes ou le leiidemaia matin ils se pourroient trouver sur nostre armée.
Monsieur l'Amiral ayant toutes ces considérations, par Tadvis des capitaines conclud qu'au cliangement du flux, si aussi le vent venoit à changer ou calmer, qu'on se leveroit pour se jetter en haulte mer, dressant tousjours le chemin vers Tennemy afin de le pouvoir combattre ou large et gaingner le vent; et là où le temps le forceroit de demeurer, il ordonna que les galleres iroient soubs une pointe approchant d'eux qui les oouvroit du vent, et là où ils estoient se tieiidroient les vaisseaux, les pouppes vers la terre, et les grands navires se mettroient en bataille un peu au dessoubs tant serrez que le temps le permettoit, atin que l'armée des ennemis venant à exécuter son entreprinse, et voulant aborder noz navires, eust à passer par devant les galleres qui leur deinourcroient par ce
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moyen au dessus du vent. Et là ou par crainde de oest tooonvenieot les euiiemis voudroicnt arriver de bonne beure pour oombaUre les galleres, ils ne le pourroient Gûre estons en si peu d'eau, mchmes que leurs petits navires n*en pourroient approclier sans toucher en terre; avec ce pour le peu d'intervalle qui seroit entre les (galleres et les navires, il pourroit advenir que non seuk^nent les ennemis passeroient oultre les galleres, mais la courante esloit telle qu'elle les pourroit jetter delà noz navires.
ht chose ainsi résolue, on attendit le changement du flux, à Tancre, pour veoir ce que le temps nous apporteroit; mais nous trouvasmcs que le temps persévéra en sa fureur tout ce jour, dont fusnies forcez d'attendre la marée le lendemain, qui nous fut tant &vorable et bonasse avecques changement de vent que nous pensâmes partir et dresser le chemin la part où avions nouvelles de trouver les ennemis. La bonasse augmenta tellement peu à peu que sur le midy nous ne souhaitions riens plus que de rencontrer ceux qui bravoient de nous venir trouver. Et sur ce poinct descouvrans quelques voilles, soudain noz galleres feirent diligence de les aller recognoistre ; les ayans approchez, se trouva qu'ils estoient Flamens, et par eux s'entendit que l'armée de l'ennemy n'estoit pas loiog de là. Monsieur l'Amiral l'ayant entendu alla au navire rond qu'il a voit choisi pour combattre l'amiral d'Angleterre et manda les galleres donner plus avant pour en sçavoir plus certaines nouvelles; lesquelles au poinct du jour vindrent à la veuc des ennemis. Monsieur rAmirai les suivit avecques l'armée en toute diligence, mais le temps estoit si calme qu'il
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ne pouvoit avancer chemin qu'autant quMI esioit poKé par les <x>urantes. Les ennemis ayans la veue de noz galleres, pour ne denoourer entre icelles et nostre armée par ce temps calme, faisoient grande diligence de gaingner le dessus du vent, ce que nos galleres à loutes forces vouloient avoir; en quoy les armées voguèrent presque tout le jour costoyant l'un l'autre de si près qu'aisément l'on pouvoit compter les navires et juger de leur grandeur.
Retraicte de monsieur f Amiral. — En oeste navigition les ennemis portoient tousjours les proues devers la mer, faisans contenance de vouloir combattre, sans toutesfois qu'ils perdissent la veue de leur terre ; mais enfin ayans veu nostre armée au dessus du vent et suivre en bonne ordonnance sans plus dissimuler, meirent les voiles et dressèrent leur chemin en pouppe vers l'isle d'Huicht. Dont s'estant advisé le baron de la Garde, pour les retarder et donner temps à nostre armée d'approcher, print opinion de donner en queue sur quelques navires qui, pour estre pesants, estoient demourez assez loing des autres, et par ce moyen le reste de l'armée alentiroit sa retraite ; mais sur le champ le vent se refreschit, sans toutesfois commotion ne tourmente de la mer, qui fut cause qu*ils se retirèrent sans désordre ; si est ce qu'on eut loisir d*estre plus de deux heures au combat avecques eux, et de si près qu'à peine pouvoit on descharger nostre artillerie. Il n*y a faulte qu*ils n'espargnoient les nostres. mais noi galleres pour estres plus basses estoient moins exposées à la fureur de leur artillerie. L'escarmouche fut bien chaulde, car le matin il fut veu en mer plusieurs corps morts et forces pièces de bois, et ne fut pas
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tiré moins de trois cens coups d'artillerie tant d*tin oosié que d'autre. En oombattant la courante et le veot portoit les ennemis tout droit vers leur port, et la nuid vint qui meit fin au combat. Le matin, quand on les alla recognoistre, on les trouva en lieu de seureté; par quoy monsieur rAmiral print son cliemin vers le Havre de Grâce, pour refreschir son armée et descendre grand nombre de malades qui estoient sur noz navires ; les gros vaisseaux vindrent descendre au Havre de Grâce. Monsieur l'Amiral, estant adverty que le Roy estoit à Arques ^ alla sur une gallere descendre à Dieppe deux lieues près dudict lieu d*Arques, qui fut le lendemain de la mi aoust.
Du fort devant Boulonyne. — Vous avez entendu cy devant, comme le mareschal du Biez avoit asseuré le Roy, que son fort commencé devant Boulongne seroit en deflfence à la mi aoust; parquoy (estant ce jour venu) le Roy espérant exécuter l'entreprinse de Guines, dont est parlé cy dessus, depescha le sieur de Langey sur chevaux de poste pour aller en son camp devant Boulongne et luy faire rapport de Testât auquel il trouveroit ledict fort. Lequel y estant arrivé, le trouva aussi peu eu deffence que huict jours après qu'il fut commencé ; car premièrement il n'estoit assis sur la poincle qui estoit ordonnée, vis à vis de la tour d'Ordre, pour empescher l'entrée du havre, mais il estoit planté en un lieu appelé Oullreau *, vis à vis de la basse Boulongne, où il n'empeschoit en façon du monde l'entrée ducdit havre. Les raisons qu'en don-