‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 145 sur 200 · Voir tupna^ p. 70, n · texte numérisé non relu

Voir tupna^ p. 70, n

2. Mont-Lambert, hauteur située à l'est de Boulogne et qui, dans les documents anglais de l'époque, est appelée Boulogne* berg ou Boulognebourg, ou encore Bolemberg. Voir la CorreS' pondancû d'Odet d« S«lv«, p. 33, noie 2.

8(»pt. I&45) orCTÈMI LIVRl. 309

Teau, attendu rocsmemeot que passant delà, on retardoit de beaucoup ta fortification, qui n'estoit Tintention du Boy, car partant le camp, on ostoit la commodité de quatre ou cinq mille soldats, tant françois, bnsqueneis, qu'italiens, qui tous les jours travailloient au rempart, et de cinq cens pionniers de l'aKillerie, qui falloit qui raccompagnassent, et de cinq cens chevaux de ladicte artillerie, lesquels ordinairement amenoient fascines et gasons. Toutes lesquelles remonstraoees n'eurent lieu, car le lendemain matin, sans autre resolution de conseil, dès le poinct du jour, il envoya le seigneur de Villebon faire rabiller le passage du Pont de brique, pour passer Partillerie et Tarmée, et alla loger au Mont Lambert, ainsi qu'il avoit délibéré sans en rien faire entendre au seigneur d'Estré qui estoit mareschal du camp avecques ledict Villebon, d'autant qu'il sçavoit que ledict d'Estré n'estoit de ceste opinion. Pour dire vérité, j'estime que ledict du Biez le faisoit par braverie, et moy mesmes luy remonslray à paK que ce n'estoit l'intention du Hoy, mais je n'y proufitay riens ; et depuis le Roy me dit qu'il pensoit que ledict mareschal n'eust voulu que Boulongne eust esté reprinse, craingnant perdre son autborité de commander aux princes et à une si grosse armée.

Les nouvelles entendues à la court que le mareschal du Biez alloit donner la bataille, toute la jeunesse qui estoit près du Roy, espérant estre à ceste journée, deslogea pour s'y trouver, aucuns sans congé du Roy, autres avecques congé. Entre autres partirent monsieur d'Aoguien, monsieur d'Aumalle, monsieur le duc de Nevers, monsieur le comte de Laval, monsieur de la

310 MÉMOIRES DE MARTIN OU BELLAY. [Sept. I&45

Trimouillc, et tout ie reste de la jeunesse, lesquek vindrent trouver le camp au Mont Lambert, et se logea monsieur d'Aumale à Pavantgarde, laquelle monsieur de Brissac conduisoit. Ledict lieu de Mont Lambert est si près de Bouiongne que coup à coup nostre artillerie donnoit dedans la ville, et celle de la ville dedans nostre camp, et tous les jours se faisoient de belles escarmouches où en demeuroit et des leurs et des nostres.

Mort de monsieur (C Orléans. — Cependant le Roy estoit en ladicte abbaye de Forest Monstier, qui tire d*Âbbeville à Montrent , à onze lieues de Bouiongne. Auquel lieu de Forest Monstier, après y avoir séjourné ({uelques jours, monseigneur d'Orléans, s<HX>nd fils du Roy, jeune prince de Taage de vingt trois ans, fut saisi d*une fièvre continue, que les médecins estimoient pestilentielle, à laquelle ils ne sceurcnt remédier, qu'il ne rendist Tamc à Dieu, le huictiesme jour de septembre mil cinq cens quarante cinq^ Qui ne fut (à ce que vous pouvez considérer) peu d'ennuy au Roy son père d'avoir perdu deux de ses enfans, sçavoir est l'aisné et le dernier en la fleur de leur aage adolescente. Mais à l'imitation de David print la fortune comme chose venant de Dieu ; et pour passer sa douleur, et aussi qu'on estimoit que mondit seigneur d'Orléans estoit mort de peste (ce qui ne fut trouvé véritable, vray est que le païs estoit fort infecté de mauvais air, pour la nécessité que la guerre et le feu y avoient apporté) deslogea promptemcnt dudict lieu

1. Charles de France, duc d'Orléans, ne le 22 janvier 1522, mourut le 9 septembre. Voir Brantôme, Œuvrt$, t. ill, p. i70>

8«pt. fM5] DIXIÈHt LIVKI. 311

de Fores! Monstier et alla coucher en un village nommé rHoêpital« à Tautre boul de la forest de Cressy*; où eaUot aiTfTé« et voyant la diversité des rapports qu'on iuy faisoit de jour en autre de la fortification de son fort, à cause de quoy il ne pouvoit conclure du moyen qu'il aurait de se servir de son armée, depescha pour mieux s'en resouidre monsieur l'amiral d'Annebuult, et en sa compagnie le prince de Melphe, mareschal de France, et le seigneur de Maugeron, chevalier de son ordre et gouverneur de Dauphiné, pour aller devant ikMilongne, afin de recognoistre le fort et iuy rapporter au vray en quel estât il se trouverait, et avecques eux le seigneur de Langey, qui par plusieurs fois y avoit esté pour leur faire entendre sur le lieu ce qu'il en avoit cogneu.

Peu de jours auparavant, les garnisons d'Ardres et celles de Calais et de Guines estoient en courses continuelles les unes contre les autres, et entre autres s'estoit faict une entreprinse par le seigneur de Dampierre, lieutenant du Roy dedans Ardres, ayant appelle du camp pour son renfort le seigneur de Tavannes', lieutenant de la compagnie de monseigneur d'Orléans, avecques icelle compagnie, en laquelle après quelque perte des nostres et des ennemis ledict Dampierre fut tué.

Monsieur l'Amiral ayant prins congé du Roy pour •lier au lieu prédit, alla coucher à Mootreul, partant duquel lieu et arrivé au Neuf GhasteP, trois lieues

t. Crécy, cant. de l'arr. d'AbbcYille (Somiue).

Page 1